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François Bouloc

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Prisons et prisonniers militaires, par Valériane Milloz


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Petit récit biographique :

Le texte suivant se veut une brève présentation de mes principaux travaux ou contributions, intégrant, chaque fois que cela m’est apparu pertinent, des bouts d’histoire personnelle, des souvenirs ou des appréciations subjectives (qui bien sûr n’engagent que moi). Un parcours de chercheur est nécessairement jalonné de rencontres et de moments forts, influant sur le cours, parfois peut-être un peu morne sinon, des heures passées dans les salles de lecture ou devant un clavier et un écran… Autant que je puisse me le remémorer, j’ai toujours eu un goût particulier pour les choses du passé. J’ai dévoré enfant tous les livres me tombant sous la main ayant trait à ce que j’ai assez vite identifié à de l’histoire, passant pas mal de temps à me demander si j’aurais préféré vivre au temps de Charlemagne, être un mousquetaire ou bien prendre part avec les « Tuniques bleues » à la Guerre de Sécession. J’aimais aussi le contenu des vieilles maisons, tentant de me représenter en fouillant une commode combien de générations de gens avaient pu mettre des choses dedans, ou bien se coincer les doigts avec un des tiroirs… Le système scolaire est ensuite venu structurer un peu tout cela. Les leçons d’histoire assez théâtralisées de mon maître de CM1, portant d’ailleurs le même nom de famille que moi, m’enthousiasmaient. Deux professeurs d’histoire-géographie de Rodez, M. Pradalier en classe de troisième au collège du Sacré-Coeur, M. Raina en seconde et terminale au lycée Sainte-Procule (sic) ont ensuite consolidé mon goût pour la discipline. Mes résultats en mathématiques et sciences physiques au baccalauréat série C, session 1994, ont ensuite achevé de me convaincre que l’histoire était bien ce que j’irais apprendre à l’université. Là, la quantité de savoirs disponibles, ainsi que la grande autonomie offerte aux étudiants, m’ont immédiatement fait me sentir tout à fait à l’aise. Mon intérêt s’est précisé autour de la période contemporaine, sans exclusive toutefois, tandis que trois champs excitaient davantage mon attention : les pensées politiques (prolongement d’un goût pour le politique en général), les guerres (ce qui n’est certes pas très original pour un garçon), et la compréhension des structures économiques et sociales (plus exactement : la réflexion sur le caractère structurel des inégalités dans un ordre social donné). Ce que je trouve assez amusant au sortir de l’écriture de ma thèse, et qui me réjouit plutôt rétrospectivement, c’est de constater que mon travail est à peu près contenu dans ces trois grands axes. Il ne me semble pourtant pas l’avoir fait exprès…

L’année de licence est celle du premier déclic. J’avais réussi à me concocter un programme d’enseignements dont je me trouvais fort aise dans l’ensemble, avec plusieurs professeurs passionnants. Je pense au cours d’Alain Ducellier sur les rapports entre Byzance et ses voisins, à celui de Patrick Cabanel sur les nationalismes en Europe au XIX e siècle, et à celui de Rémy Cazals sur les techniques, les productions et les paysages dans l’Europe de la Révolution Industrielle. C’est là d’ailleurs que j’ai effectué mon premier travail sous sa responsabilité, une recherche sans rien de définitif sur l’hydro-électricité dans le département de l’Aveyron, m’ayant valu la note de 12 sur 20… L’année avançant, il fallait réfléchir à un sujet pour une maîtrise l’année suivante. Je tentais de rassembler plusieurs éléments pour délimiter un périmètre de recherches. Je voulais essayer de croiser un questionnement social avec un moment politique bien marqué (j’aurais dit ça moins clairement à l’époque, je pense). L’opération aboutit finalement à proposer à Rémy Cazals un travail sur l’Union sacrée lors d’une réunion au mois de juin 1998, suite à laquelle, pour l’anecdote, je prenais un pari aussi ferme qu’optimiste avec un autre étudiant sur les chances de l’équipe de France de football lors de la Coupe du Monde qui allait avoir lieu – pari heureux, donc, présage peut-être des belles années qui allaient suivre… Je partais subséquemment en vacances avec pour mission de me faire une idée sur les travaux faits et à faire dans le département de l’Aveyron, ce cadre géographique m’ayant été suggéré comme base de départ par mon directeur de recherches, étant donné mes attaches familiales sur place. Ce choix pragmatique se révélait pertinent sur le fond, et je rédigeais un mémoire sur l’Union sacrée des Aveyronnais. Ce département très rural et conservateur, sauf les centres industriels de Millau et surtout Decazeville, fournissait un terrain d’observation très intéressant des ambiguïtés de l’Union sacrée, avec son lot de doubles discours, d’envolées unanimistes sans être désintéressées, et de tensions persistantes, autour des questions religieuses notamment. Je touchais là à des aspects historiographiques importants, lesquels m’amènent à évoquer ma participation au colloque de Montpellier sur l’historiographie de la Grande Guerre, en novembre 1998. La tenue de cette manifestation au tout début de mes recherches était quelque peu providentielle. Je commençais juste, en effet, à toucher du doigt l’immensité des travaux existants. Par suite, l’intitulé du colloque fit que je m’empressais de m’y inscrire, avec l’intention d’y acquérir un meilleur balisage de mes connaissances naissantes sur la Grande Guerre. Je pouvais facilement être hébergé sur place, il n’y avait aucune raison d’hésiter. De fait, le résultat fut au-delà de mes espérances, car outre le contenu des communications, je pus évaluer in vivo les oppositions alors en cours de structuration à une « Ecole de Péronne » jusque-là omniprésente, et dont certains membres (se reporter à la liste des participants, dans les Actes) étaient visiblement fort agacés par les contestations dont ils faisaient l’objet. Le « consentement » n’avait pas à faire l’objet de remises en question, c’était même, en substance, désolant qu’il faille encore revenir là-dessus… Peut-être, mais moi je suivais dans le cadre de ma maîtrise des cours d’historiographie et d’épistémologie, dans lesquels on m’expliquait que l’histoire de la discipline historique était jalonnée par les conflits interprétatifs, que l’évolution même des questionnements était constitutive de la démarche scientifique : choses simples et universelles qui apparemment n’avaient pas cours concernant la façon « novatrice » de faire l’histoire de 14-18. Je n’étais alors pas vraiment à même de juger sur le fond les arguments en présence, mais il était par contre tout à fait à ma portée de comprendre que je n’avais pas envie de travailler avec des présupposés arbitraires. Incidemment, et heureusement, ayant fait mon cursus à Toulouse, je m’étais retrouvé affilié aux personnes qui me convenaient. J’y suis demeuré depuis.

J’enchaînais avec un DEA dont le thème, conservé pour le doctorat, était : « Les profiteurs de la Grande Guerre en France ». J’avais effleuré en quelques pages le sujet dans ma maîtrise, relevant que l’enrichissement de certains – que l’on pouvait prouver par des sources fiscales spécifiques, liées à la Contribution extraordinaire sur les bénéfices exceptionnels ou supplémentaires réalisés pendant la guerre (1 er juillet 1916) – contrevenaient manifestement à l’intérêt général et au sacrifice de tous. Les sources étant disponibles et encore presque inexplorées, il y avait matière à un travail approfondi, que j’entrepris après l’obtention en 2000 d’une allocation de recherches, prolongée en 2003 par un poste d’ATER. Les années de thèse sont marquées par les temps d’enthousiasme et ceux de lassitude, entre lesquelles s’intercalent ces longues plages de routine, des plus productives au demeurant. L’une d’entre elles fut le théâtre d’un événement sur lequel je ne peux passer, soit un coup de fil, dans le courant de l’été 2002, de Rémy Cazals. Les ramifications de ce qu’il avait à me dire sont considérables et dépassent largement le cadre de cette courte biographie (l’existence même de ce site Internet en est un exemple parmi d’autres). Il venait de passer quelques jours au Chemin des Dames avec d’autres historiens, dont Nicolas Offenstadt (qui avait enseigné à Toulouse auparavant), et un livre était projeté. La question, simple, était la suivante : voulez-vous y participer, pour traiter en particulier de la reconstruction ? Désarçonné de prime abord (j’étais, il faut dire, en train de prendre une pause estivale sur une terrasse avec un ami), je commençais par répondre que je n’étais pas trop spécialiste de l’après-guerre mais, bien sûr, j’acceptais très vite. Beaucoup de choses allaient alors changer. De nouvelles connaissances, autour de Noël Genteur et de la convivialité craonnaise ; le sentiment, pour moi qui avais assisté au colloque de Montpellier, que l’équilibre des forces dans le champ de l’histoire de la Première Guerre mondiale allait évoluer favorablement ; un objectif à moyen terme de plus, qui venait à merveille s’imbriquer dans ma thèse en cours. De fait, la motivation pour un projet a entretenu celle concernant l’autre pendant plus de deux ans, et j’ai vécu la publication de l’ouvrage collectif comme un premier aboutissement, la matérialisation du beau livre fait en commun venant à point nommé me procurer un soutien appréciable au moment de coucher pour de bon ma thèse sur le papier.

Quelques mots sur cette dernière s’imposent. Mes travaux m’ont permis de tirer un certain nombre de conclusions, dont j’ai désormais hâte de discuter. Je n’en retrace ici que les grandes lignes. D’abord, l’insuffisance d’une approche des profiteurs de la guerre en tant que mythe politique. Très vite, il a bien fallu se rendre compte que les enrichissements existaient, et qu’on ne pouvait partant se contenter d’étudier les discours sur le sujet, ou les instrumentalisations de celui-ci. En d’autres termes, étudier les profiteurs de guerre, ce n’est pas, malgré des similitudes superficielles, étudier le Protocole des Sages de Sion. Désireux de contourner la charge polémique de l’expression, j’en ai cantonné dans mon travail l’usage aux enrichis du temps de guerre dénoncés comme tels, forgeant le néologisme de « profitants de guerre » pour englober l’ensemble de la question. Cela permet d’épouser sans anachronisme les perceptions des contemporains, tout en introduisant un biais pour une nécessaire distanciation. Cela débouche sur la création d’une typologie issue a posteriori de l’étude des matériaux empiriques compulsés (vrai/faux profiteur ou profitant, profitant de bonne/mauvaise foi, etc.) Un autre aspect dont il me faut dire deux mots, c’est le double talking des milieux industriels durant la guerre, proclamant à qui mieux-mieux leur indéfectible soutien à la patrie (au nom des productions réalisées dans des conditions compliquées), tout en s’opposant de toutes leurs forces à l’instauration d’une imposition… patriotique ! Les mêmes qui refusaient l’impôt sur le revenu avant 1914 persistent et signent, avec un argumentaire très similaire, malgré les chambardements induits par le conflit. Cette continuité dans le positionnement des milieux économiques en tant que classe sociale, nonobstant la guerre, est largement documentée. Puisant dans des publications telles que les délibérations de Chambres de Commerce ou les discours au sein des conseils d’administration, l’analyse critique des discours produits conduit à confronter ces derniers aux pratiques observables vis-à-vis de l’administration fiscale, dépositaire objectif dans ce contexte de ce que j’appelle le patriotisme efficient, i.e. concrètement observable. On constate alors de grandes distorsions entre les discours (de mise au service de la défense nationale) et les actes (le difficile recouvrement de l’impôt sur les bénéfices de guerre). Les industriels usent au fond d’une forme du discours dominant, parfaitement compatible avec celui produits par les pouvoirs publics. Un parallèle se révèle éclairant : celui avec la conduite militaire de la guerre. Les milliers de morts tombés dans des offensives inutiles et/ou préparées en dépit du bon sens sont en soi aussi inacceptables pour la communauté nationale que les fortunes créées ou accrues du fait de la guerre. Une fonction parmi d’autres du discours dominant est alors de fournir une analyse logique fondée sur un axiome laconique : la guerre doit être gagnée. Partant, la fin justifiant les moyens, les morts comme les profits se trouvent parés d’une étincelante raison d’être. La légitimation de la guerre induisant celle des efforts à mettre en œuvre pour la gagner, les parties prenantes de l’économie de guerre (ou l’Etat-major) se présentent, ou sont présentés (cf. les nombreux discours d’Albert Thomas ou Louis Loucheur sur la mobilisation industrielle) comme des supports essentiels du patriotisme en actes. La vox populi ne l’entend toutefois pas ainsi, et pointe les enrichissements, naturellement scandaleux quand tant de Français font l’expérience des tranchées. Trop vite et trop souvent disqualifié comme une manifestation d’un esprit démagogique qui serait inhérent aux milieux populaires, ce discours de dénonciation a pourtant, rétrospectivement, bien souvent “tapé juste”. Par conséquent, une des ambitions de mon travail a aussi été de « réhabiliter la parole populaire ». Ce qui signifie la chose suivante : elle doit être prise en compte, d’une part, sans ferveur ni angélisme, mais sans, d’autre part, aucun a priori d’expert condescendant – posture analytique si fréquente aujourd’hui. La démocratie a certes tout à craindre des errances irrationnelles de fractions du corps social, nul ne le conteste, mais ce constat n’empêche pas de se demander quelles déraisons, avec quelles origines, sont le plus dommageables. Il serait bien hasardeux de prétendre à une lucidité naturelle des couches populaires, mais ce serait tout aussi vrai pour ce qui concerne les pans mieux lotis de l’édifice social. On prendra les exemples qu’on voudra, j’en termine là avec ce que je crois être certaines implications actuelles de ce travail d’historien. J’ai jugé bon d’éclairer un peu les racines du questionnement qui lui est sous-jacent, tant il est vrai que toute historiographie est datée par les enjeux du contexte environnant sa création.

Tout ces travaux désormais arrivés à leur terme ou presque (ma thèse ne sera soutenue que dans quelques semaines), il me faut parler de mes projets. Désormais professeur des écoles, je songe à certaines évolutions de carrière dans les années à venir – on verra bien. Pour ce qui touche à la recherche, je voudrais bien, d’abord, m’occuper de la publication de ma thèse, et poursuivre principalement dans deux directions : 1) la figure hautement ambiguë d’Albert Thomas, prolongement incontournable de mes recherches sur les profiteurs de guerre ; 2) les campagnes françaises dans la guerre, pour lesquelles je suis en train de mettre en place un questionnement en utilisant pour commencer les archives départementales de l’Aveyron, très riches sur la question, et à deux pas de chez moi. La bibliographie ci-dessous est donc autant tournée vers l’avenir que vers ces sept années et plus qui se sont écoulées depuis que j’ai poussé la porte menant aux champs de bataille…

Publications et travaux :

1914-1918 : l’Union sacrée des Aveyronnais, maîtrise, Université Toulouse-Mirail, s.d. Rémy Cazals, 1999, 187 p. + annexes.

Les profiteurs de la Grande Guerre en France, D.E.A., Université Toulouse-Mirail, s.d. Rémy Cazals, 2000, 97 p. + annexes.

Les profiteurs de la Grande Guerre en France. Histoire culturelle et socio-économique, thèse, Université Toulouse-Mirail, 2006, s.d. Rémy Cazals, 3 vol., 458 p. + sources, bibliographie, annexes.

— « L’Union sacrée des Aveyronnais », in Annales du Midi, n° 232, octobre-décembre 2000, pp. 447-462.

— « The persistence of the discourse against war profiteers in France », communication présentée au colloque Demobilizing the Mind. Culture, Politics and the Legacy of the Great War, 1919-1933, Trinity College, Dublin, 26-28 septembre 2001.

— « “Profiteurs” et “profitants” de la Grande Guerre en Aveyron », in Revue du Rouergue, n°70, été 2002, pp. 179-207.

— « World War One profiteers in France », Arbeitskreis Militärgeschichte e. V.- Newsletter, 18, septembre 2002, pp. 15-16.

— « Les Aveyronnais, l’Allemagne, les Allemands (1914-1918) », in Rouergue, carrefour d’histoire et de nature, Fédération Historique de Midi-Pyrénées, Société des Arts et Lettres de l’Aveyron, Rodez, 2003, 560 p., pp. 407-414.

— « Affronter l’invective et les ressentiments : patrons et administrateurs face à la question des profits de guerre en France en 1914-1918 », in SABOLY (M.), CAILLUET (M.) (dir.), Conflit(s), Toulouse, Presses de l’Université des Sciences Sociales de Toulouse, 2003, 555 p., pp. 99-112.

— « La Première Guerre mondiale », in Le Tarn, encyclopédie illustrée, Toulouse, Privat, 2003, 304 p., pp. 84-85.

— (en collaboration avec Marie AYNIE), « Les 200 Familles. Histoire d’une mesure de l’oligarchie en France », in MARTINEZ (I.), POCHET (C.), Mesure(s), Presses de l’Université des Sciences Sociales de Toulouse, 2004, 363 p ., pp. 161-176.

[Ce travail a reçu le prix de la meilleure communication de jeune chercheur attribué lors du colloque auquel la publication fait suite].

— « Le Chemin des Dames dans l’après-guerre, ou les enjeux de la reconstruction exacerbés », & « Craonne, des ruines au renouveau », in OFFENSTADT (N.) (dir.), Le Chemin des dames. De l’événement à la mémoire, Paris, Stock, 2004, 494 p., pp. 255-269 & 414-425.

— « “Marchands de canons” et “profiteurs de guerre” ou entreprises “au service de la Défense Nationale” ? Schneider, Hotchkiss et les ambiguïtés de la mobilisation industrielle en France », in CAZALS (R.), PICARD (E.), ROLLAND (D.) (dir.), La Grande Guerre. Pratiques et expériences, Toulouse, Privat, 2005, 412 p., pp. 87-96.

— « Les campagnes aveyronnaises dans la Première Guerre mondiale : la mobilisation, jusqu’où ? », in Terre et paysannerie en Rouergue (X e-XX e siècle) , actes du colloque de Rodez (4 & 5 juin 2004), Rodez, Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron, 2005, 415 p., pp. 391-401.

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