Une nouvelle ressource en ligne : les testaments des mobilisés parisiens

1ère page du testament de Marcel Etienne, Archives nationales, MC/ET/XXXIII/1865, minute du 7 novembre 1916

Une nouvelle ressource, très prometteuse, vient d’être mise en ligne par les Éditions de l’École des chartes : il s’agit de l’édition critique de testaments de guerre de Poilus parisiens (1914-1918) conservés aux Archives nationales.

Le 1er août 1914, l’ordre de mobilisation générale est décrété en France. Partant à la guerre sans savoir s’ils en reviendront, de nombreux Parisiens rédigent leurs testaments. Pour ceux d’entre eux morts au front ou de leurs blessures, ces testaments de guerre sont désormais conservés au Minutier central des notaires de Paris.
L’École nationale des chartes et les Archives nationales se sont associées pour donner la première édition scientifique et numérique des testaments des morts pour la France de trois études parisiennes, qui témoignent, dans leur forme même et leur contenu, de l’urgence de la situation et du sentiment bien présent de la mort imminente.

Pour une description de la ressource, voir le billet sur Lectures sociales de la guerre.

Mise au point historiographique sur les mutineries de 1917

André Loez, auteur de 14-18. Les refus de la guerre,  vient de rédiger une brève synthèse très éclairante sur l’historiographie des mutineries de 1917, à la demande du Conseil scientifique la Mission du Centenaire de la Première Guerre Mondiale. En voici les premières lignes :

Les mutineries sont des refus collectifs d’obéissance. Elles apparaissent en 1917 dans les armées françaises, mais aussi russes et italiennes. Elles accompagnent d’autres formes de protestation dans la société civile : grèves, manifestations contre la hausse des prix, meetings pacifistes, qui témoignent de la lassitude et des tensions suscitées par la prolongation de la guerre dans des populations déjà endeuillées par d’énormes pertes. Elles s’inscrivent dans un mouvement d’indiscipline et de désobéissance plus ancien qui prend diverses formes : soldats qui se mutilent eux-mêmes ou désertent, crient « à bas la guerre » ou chantent l’Internationale, retards de permission, refus d’obéissance, trêves et fraternisations, rares mais non limitées à Noël 1914. Ces manifestations, individuelles ou collectives, restaient généralement isolées et concernaient de faibles effectifs avant 1917. Mais la guerre dure, les morts s’accumulent, le refus de la guerre monte. Les mutineries qui le traduisent dans l’armée française sur le front ouest, revêtent une tout autre importance. Elles ont fortement inquiété les autorités et laissé une trace profonde dans la mémoire.

– L’armée française est ainsi affectée en mai-juin 1917 par une vague de désobéissance qui se manifeste au grand jour par trois types de phénomènes : des protestations individuelles, des désertions plus nombreuses, et, fait nouveau, des manifestations collectives extrêmement variées. Pour ces dernières, on a pu recenser 113 incidents différents, étalés du 29 avril au 5 septembre 1917, avec un pic d’intensité autour du 1er juin où surviennent une quinzaine de manifestations collectives de désobéissance.

– Ces événements, pour ceux qu’on sait localiser, ont lieu dans une assez large aire géographique : 55 dans l’Aisne, 25 dans la Marne, 6 dans les Vosges, 5 dans la Meuse, et quelques-uns dans l’Oise, la Somme, la Haute-Marne, la Meurthe-et-Moselle, sans oublier tous les faits impliquant des permissionnaires et militaires en déplacement, dans des trains et des gares très loin à l’arrière (Paris, Nantes, Quimper, Limoges, Aurillac, Lyon, Nîmes, Béziers…).
– Les mutineries elles-mêmes ne se produisent presque jamais en premières lignes où le refus est impraticable, mais dans les cantonnements de l’arrière-front, où des soldats rassemblés peuvent esquisser un mouvement social, souvent à l’annonce de leur remontée aux tranchées, ou encore dans les dépôts militaires, les baraquements et les gares.
– Le nombre des mutins ne peut être connu avec certitude : quelques milliers pour les révoltés les plus actifs et revendicatifs, des dizaines de milliers si l’on inclut tous ceux dont la désobéissance est plus ponctuelle ou furtive. Par rapport aux combattants des divisions en ligne, seuls véritablement concernés, la proportion est peut-être de l’ordre d’un sur quinze ou sur vingt.

Ces faits n’ont pas tous laissé de sources permettant de bien les connaître, mais des rapports d’officiers, des témoignages, des extraits de lettres figurant au contrôle postal et des procédures judiciaires ont permis aux historiens d’apporter de nouveaux éclairages[1]. Il n’est plus possible de réduire les mutineries à un seul aspect, une seule « essence », une nature unique ni d’en donner une explication simple. Plusieurs affirmations courantes méritent d’être révisées.

Lire la suite sur le site de la Mission Centenaire

 

Dominique Richert sur Internet et Twitter !

Photographie de Dominique Richert qui illustre son compte Twitter

Dominique Richert est un agriculteur d’un petit village entre Alsace et Territoire de Belfort, né en 1893. À l’âge de 20 ans, il est appelé sous les drapeaux dans la première compagnie du 112e régiment d’infanterie, stationné à Mulhouse. Pendant plus de quatre ans, il est un acteur et témoin de la Grande Guerre, au sein de l’armée allemande, fréquentant de nombreux champs de bataille (Belgique, Roumanie, Russie, France). A l’issue de la guerre, il décide de coucher par écrit son expérience. Son récit, publié en 1989, que l’on compare à celui de Louis Barthas, a constitué une source précieuse pour Frédéric Rousseau dans le cadre de son travail sur l’expérience combattante (La Guerre censurée. Une histoire des combattants européens de 14-18, Paris, Seuil, 1999). Une notice est également consacrée à son témoignage dans le dictionnaire des témoignages.

Or, voilà qu’il y a peu, Dominique Richert connaît une seconde vie sur la toile. Un site (http://www.1418-survivre.net), riche en informations et à la présentation agréable, permet de consulter les manuscrits, des documents en lien avec les diverses éditions du récit, des vidéos qui donnent un éclairage particulier au témoignage. Il offre aussi la possibilité de commander un exemplaire des Cahiers d’un survivant. On peut également suivre l’actualité de ce Dominique Richert 2.0 en s’abonnant à son compte Twitter : @dominik_richert. Très belle initiative qui permet de découvrir et redécouvrir ce témoignage.