Hugh Sebag-Montefiore, Somme. Into the Breach

Hugh Sebag-Montefiore, Somme. Into the Breach, Penguin Books, 2017, 645 pages (ISBN 978-0-141-04332-6).

C’est la version paperback du livre paru en 2016 pour le centenaire de la bataille qui dura quatre mois et demi. Nombreuses cartes. 65 photos. Très important index des personnes, des lieux, des unités engagées et des thèmes. Une introduction nouvelle tient compte des questions et remarques que l’auteur a reçues entre les deux éditions. L’ouvrage a obtenu des comptes rendus très favorables, notamment de Max Hastings (« le meilleur nouveau récit de la bataille »).

L’auteur a voulu examiner de plus près la version traditionnelle qui évoque les pertes inutiles, les hommes envoyés à l’assaut sans préparation suffisante par des généraux britanniques incompétents. Ses recherches lui ont fait découvrir que les attaques qui avaient obtenu quelque succès n’ont pas été exploitées.Les rapports des services de renseignement montrant les points faibles de la ligne allemande ont été négligés. Les chefs n’ont pas davantage tenu compte des avis d’un expert en artillerie demandant davantage de canons lourds pour détruire les nids de mitrailleuses. Des soldats anglais, capturés avant l’offensive, avaient livré des informations : Hugh Sebag-Montefiore en a retrouvé les traces dans les archives allemandes. Le message du général Rawlinson annonçant l’attaque aux troupes britanniques a été intercepté par les Allemands. En France, il était de notoriété publique qu’on devait tenir ferme à Verdun jusqu’au 1er juillet, date d’une offensive alliée qui allègerait la pression allemande. Voir là-dessus Marie-Louise et Jules Puech, Saleté de guerre ! correspondance 1915-1916, éditions Ampelos, 2015.

Si Hugh Sebag-Montefiore a « remis de l’humanité dans la bataille » (GerardDegroot), c’est qu’il a utilisé tous les témoignages de combattants britanniques, y compris ceux de tous les Dominions. Un détail intéressera particulièrement les historiens qui travaillent sur le témoignage : beaucoup de récits de soldats anglais sont perdus parce qu’ils les ont faits oralement à leur famille, lors des permissions qu’ils passaient chez eux. Mais les Australiens et les Néo-Zélandais qui, en permission, ne quittaient pas le territoire britannique, ne pouvaient raconter que par lettres dont beaucoup sont conservées. L’auteur a également consulté toutes les archives d’Angleterre, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, et son introduction fait le récit de ses recherches et du bonheur de ses découvertes. Dans une correspondance avec moi, Hugh a regretté de ne pas pouvoir disposer d’une quantité suffisante de témoignages français. S’il les avait utilisés, le déséquilibre aurait été trop fort. Son livre ne décrit donc la bataille qu’entre Britanniques et Allemands.

On peut consulter son site : www.hughsebagmontefiore.com

Rémy Cazals

En territoire ennemi

Vient de paraître, sous la direction de James Connolly, Emmanuel Debruyne, Élise Julien et Matthias Meirlaen, En territoire ennemi. Expériences d’occupation, transferts, héritages (1914-1949), aux presses du Septentrion, publication de communications présentées lors de journées d’études à Paris et Lille. Continue reading « En territoire ennemi »

Parution : La crise de La Courtine (mai-septembre 1917)

Le livre de Maxim Chiniakov, maître de conférences à l’université pédagogique d’Etat de Moscou, vient de sortir, en russe (ISBN 978-5-94845-281-4). La traduction du titre est : La crise de La Courtine (mai-septembre 1917). Monographie, 308 pages. En français, une table des matières et un résumé permettent d’en comprendre le sens général et l’articulation. Un premier chapitre décrit ce qui précède la crise de La Courtine. Il présente le corps russe envoyé en France (soldats et officiers), la révolution de février, les soviets de soldats, la bataille du Chemin des Dames… Le chapitre 2 porte sur les phases successives de l’affrontement à La Courtine. Le chapitre 3 en expose les suites : les pertes humaines, l’enquête, la conscience révolutionnaire, et il donne la biographie de quelques leaders de la révolte. Les sources russes consultées sont abondantes. La bibliographie inclut de nombreux ouvrages en français, parmi lesquels le livre collectif du CRID 14-18 sur le Chemin des Dames, les colloques du même collectif, la thèse d’André Loez sur les mutineries, le témoignage de Louis Barthas, le journal de Gavrilenko, etc.

Rémy Cazals

Parution : Athènes 1917, le regard de l’armée d’Orient

 

photos commentées par Tassos Anastassiadis, Lena Korma et Manolis Korres,
École française d’Athènes & Melissa Publishing House,
avec la participation de la Mission du Centenaire, 2017, 240 pages.

Photos de l’ECPAD remarquablement restaurées ; texte en français, grec et anglais. Un plan ancien (p. 235) indique la localisation des 110 photos. Le commentaire signale les maisons et coins de rues encore visibles aujourd’hui. Les photos de 1917 montrent l’état de la restauration des édifices de l’Antiquité, de la mosquée Disdaraki, des petites églises byzantines.
L’occupation d’Athènes par les troupes françaises suit les Noemvriana (jours de novembre 1916 dans le calendrier julien, de début décembre dans le calendrier occidental), période d’affrontement entre les partisans du roi Constantin et ceux de Venizelos soutenu par les forces franco-anglaises. On voit ainsi des soldats français, baïonnette au canon, montant la garde sur l’Acropole, tandis qu’un vélo est négligemment couché sur les marches du petit temple d’Athéna Victorieuse ; d’autres installant leur popote sur la colline des Muses, avec le Parthénon en arrière-plan ; d’autres encore bivouaquant ou faisant la sieste dans le théâtre de Dionysos. Le 14 juillet 1917, la fête nationale est célébrée devant une importante affluence endimanchée dans le stade olympique. Des enfants, souvent pieds nus, entourent les soldats. L’un d’eux s’est couvert la tête d’un casque Adrian et s’est assis sur un tambour de colonne. Dans les rues, se côtoient bourgeois et mendiants, chèvres et brebis ; en pleine chaleur, les cireurs de chaussures font la sieste. Les dernières photos du livre montrent les monuments antiques sous la neige.
Le livre est une réussite.

Rémy Cazals

Parution de Guerre et transgressions

Vient de paraître aux Presses Universitaires de Grenoble, Guerre et transgressions. Expériences transgressives en temps de guerre de l’Antiquité au génocide rwandais, sous la direction de Laurent Douzou, Sylvène Édouard et Stéphane Gal. Il s’agit des actes d’un colloque qui s’est tenu en 2015 à Lyon.

Présentation :

Qu’est-ce que transgresser ? En quoi consistent les pratiques transgressives ? Qu’impliquent-elles réellement ?

La transgression traverse et interroge toutes les époques et toutes les sociétés. Transgresser, c’est aller au-delà de limites juridiquement, politiquement et socialement établies ; c’est aussi s’aventurer hors du territoire dessiné par le code moral de chacun. Au-delà de cette définition sommaire, comment définir en toute rigueur, à partir de cas précis, ce que transgresser veut dire ?
La question de savoir ce que la notion de transgression désigne et implique se pose de manière particulièrement aiguë en temps de guerre. D’où le parti d’aborder cette expérience de la transgression dans une perspective pluridisciplinaire à partir d’une observation sur le temps long, de la Grèce antique à l’expérience contemporaine de la guerre civile au Rwanda.

Ont contribué à l’ouvrage : Guillaume Ancel, Patrice Arnaud, Loïc Cazaux, Sébastien Chatillon, Pauline Flepp, Véronique Garrigues, Charlotte Gobin, Alexandre Jakubiec, Aude-Marie Lalanne Berdouticq, Valéria Pansini, Laurence Prempain, Delphine Richard, Philippe Salson, Morgane Walter, Stéphane Weiss.

 Commander l’ouvrage :

Jean Jaurès, Combat pour l’humanité

Parution du livre Jean Jaurès. Combat pour l’humanité de Rémy Cazals.

Présentation de l’ouvrage :

Jean Jaurès fut le plus grand homme d’État de la Troisième République. Ayant combattu sans répit pour le maintien de la paix, son assassinat, le 31 juillet 1914, signifiait qu’il n’y avait plus d’obstacle au déchainement de la guerre apportant les malheurs qu’il avait annoncés.

Durant sa vie politique, Jaurès n’a cessé de lutter pour améliorer le sort de l’humanité : pour la République démocratique contre les monarchistes ; pour la justice et la vérité dans l’affaire Dreyfus ; pour les retraites ouvrières, la diminution de la journée de travail, la sécurité des mineurs ; pour le mouvement syndical, les coopératives, la Verrerie ouvrière d’Albi ; contre l’obscurantisme pour une éducation guidée par la raison et les Lumières ; en faveur des Arméniens persécutés et des peuples soumis à la domination coloniale ; contre les antisémites ; contre la peine de mort.

Cette biographie nouvelle veut à la fois être complète et accessible à un large public. Elle souligne la construction dans le temps de la personnalité et des convictions socialistes de Jaurès. Elle montre son rôle national et international sans oublier son ancrage régional dans le Tarn, à Toulouse, dans le Midi occitan. Elle donne largement la parole à celui qui a tant écrit et qui s’est tant de fois adressé aux électeurs, aux députés, aux instituteurs, aux syndiqués, aux assemblées d’ouvriers en grève. Elle apporte une attention particulière à un aspect jusqu’ici négligé : l’humour et l’ironie du grand homme qu’il faut percevoir plein d’énergie et de verve dans ses combats.

Le dernier chapitre du livre recense les opinions des combattants de 1914-1918 sur l’homme qui avait compris ce que serait l’horreur d’une guerre européenne.

De mémoire et de paix.

 
Parution du livre De Mémoire et de Paix, le pacifisme dans les monuments aux morts de 14-18 d’Emmanuel Delandre, avec la participation de Rémy Cazals.

Les années suivant la guerre de 1914-1918 ont vu la plupart des communes françaises ériger un monument aux morts. Dans le nombre, quelques dizaines seulement peuvent être qualifiés de pacifistes, comme celui de Gentioux (Creuse) représentant un enfant tendant le poing vers l’inscription « Maudite soit la guerre », ou ceux qui invitent désormais à se battre pour la paix. D’autres peuvent privilégier l’aspect funéraire (gisants, piétas, orphelins au regard fixé sur le nom de leur père) et évoquer les morts comme des victimes. Sur les plus patriotiques ou même cocardiers, la longue liste de noms gravés, souvent plusieurs membres de la même famille, semble dire « Plus jamais ça ! » Place est faite à des initiatives plus tardives comme l’anneau de Notre-Dame-de-Lorette, le monument des fraternisations à Neuville-Saint-Vaast.

Tels sont les thèmes du livre De Mémoire et de Paix, le pacifisme dans les monuments aux morts de 14-18, photos et textes d’Emmanuel Delandre, beau livre de 168 pages et 200 photos, 25 euros, à commander à l’éditeur : dememoireetdepaix@g.mail.com ou dans les bonnes librairies. Conseiller historique : Rémy Cazals. Le livre a obtenu le label de la Mission du centenaire.

Sur la route de la maison : la Grande Guerre banale et exceptionnelle de Michel Lec’hvien

Yann Lagadec et Hervé Le Goff  préparent l’édition des récits, en breton et en français, de l’évasion de Michel Lec’hvien, artilleur du 3e RAP originaire de Ploubazlanec, capturé en septembre 1914 à Maubeuge. Il regagne la France en avril 1916, après 18 mois de captivité en Allemagne. Il tirera de cet épisode plusieurs récits, dont le premier a été publié en breton dans l’hebdomadaire Breizh en 1928 :

D’abord publiée en langue bretonne sous forme de feuilleton en 1928 dans l’hebdomadaire Breiz, « l’histoire vécue et véridique d’un bout à l’autre » de Michel Lec’hvien poursuit son aventure éditoriale sous la forme d’un livret, imprimé par les soins du journal, en février 1929. Toujours contée en langue bretonne, dans un style
simple et accessible, elle s’adresse en priorité à un jeune lectorat, visant avant tout un objectif pédagogique clair où la culture traditionnelle bretonne s’allie à la promotion d’un syncrétisme culturel franco-breton.
Quelque quarante années plus tard, au cœur d’une vieillesse venant couronner
une existence de labeur, l’ancien soldat devenu depuis lors père et grand-père, se pose à nouveau pour déployer au cours d’un plus ample exposé campé autour d’un avant et d’un après l’évasion, la totalité de « sa » guerre. Ecrite en français cette fois, la conclusion de cette nouvelle version, posée dans le cadre d’une sagesse acquise au sein d’une profonde expérience glanée au fil des années, se veut sans ambages : « Pourquoi la guerre qui arrache les hommes à leurs foyers, à leurs travaux ? La guerre ne règle rien, mais plutôt entretient une certaine rancœur… La guerre est inhumaine et engendre de grands désordres, dont le moindre n’est pas le désordre moral… »

On le voit ce récit stimule de passionnantes réflexions sur l’imbrication des cultures régionales et nationales, sur la forme prise par le récit en fonction du locuteur comme de la langue utilisée.

Vous pouvez, dès à présent, acheter le livre par souscription au tarif préférentiel de 20 euros (jusqu’au 22 octobre. Le bulletin de souscription est ici.

Quatre ans sous les obus, un témoignage de civile sur le front dans les Vosges

Yann Prouillet (du CRID 14-18), en collaboration avec Philippe Nivet et Jean-Claude Fombaron, vient de publier un nouveau témoignage de femme ayant vécu au plus près des combats dans les Vosges, pendant la guerre de 1914-1918. Il complète un travail entamé il y a 15 ans avec l’édition du journal de guerre d’un abbé (Une ville vosgienne sous l’occupation allemande. Journal de guerre de l’abbé André Villemin, 1914-1918, Société Philomatique Vosgienne, 2002), puis celui assez détonnant de Clémence Froment (L’écrivain de Lubine. Journal de guerre d’une femme dans les Vosges occupées (1914-1918), Edhisto, 2010) et enfin ceux de Bernadette Colin (Lusse entre les deux feux, journal de guerre de Bernadette Colin, 1914-1918, Edhisto, 2014) et d’Henri Martin (Le journal d’Henri Martin 1917. Moussey sous l’occupation allemande, Edhisto, 2014). Comme les publications précédentes, il est publié dans la maison d’édition vosgienne Edhisto et sera présenté aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois.

Les références :

QUATRE ANS SOUS LES OBUS. Journal de guerre d’Irma Parmentelot, de Celles-sur-Plaine, 1914-1921, Texte présenté et édité par Philippe NIVET, Jean-Claude FOMBARON et Yann PROUILLET, index réalisé par Isabelle CHAVE, éditions EDHISTO, Moyenmoutiers, 2017, 375 p.

Prix unitaire : 19 € – ISBN 978-2-35515-027-2
L’ouvrage peut être commandé auprès des éditions EDHISTO
Il est également disponible auprès des points de vente partenaires (liste sur www.edhisto.eu)

Présentation du témoignage :

Quand elle commence à rédiger son journal, en août 1914, Irma Parmentelot n’a pas encore 20 ans. Fille d’un garde forestier et d’une cultivatrice, elle va relater l’expérience, rare, d’une jeune demoiselle, brodeuse, dans une petite ville ouvrière un temps envahie, puis libérée fin septembre 1914, sur le front des Vosges ; Celles-sur-Plaine.
Dans cette vallée des Vosges coupée en deux par la guerre, Irma raconte l’invasion, la proximité du front paroxystique de La Chapelotte et la menace permanente de l’obus et des gaz, dans une cité qui forme saillant dans la ligne de feu allemande qui couronne les montagnes alentour.
La Grande Guerre à Celles-sur-Plaine, « communauté sous le feu » du côté « libre » du front, est révélée par 6 cahiers composant un journal doublement intime ; celui d’une jeunesse qui découvre la guerre et les hommes qui la font, français, allemands et américains, et d’une petite ville ouvrière aux portes de la guerre. Le journal de guerre d’Irma Parmentelot est un témoignage d’autant plus rare qu’il est tenu pendant la totalité du conflit et ce jusqu’à l’été 1921 et l’inauguration du monument aux morts.

Plus d’infos :

Consulter le dossier de presse

Parution : Stefanie Prezioso, Contre la guerre 14-18. Résistances mondiales et révolution sociale

 Cet ouvrage invite à une réflexion sur la place de ce conflit dans le temps présent, et sur les questions qu’il soulève à l’échelle nationale et transnationale. Cette anthologie contribue à une histoire de celles et ceux qui ont refusé la Grande Guerre, sous toutes ses formes. Elle place au cœur de la réflexion ces voix rebelles et ce que les mondes ouvriers, les peuples opprimés, les dominés ont produit comme critiques du premier conflit mondial en tant que fait total : politique, économique, culturel et social. L’auteure nous fait parcourir les divers lieux – des États-Unis à la Chine –, les genres, les attentes et les expériences de celles et ceux d’en bas, dessinant ainsi une carte des résistances et des  débouchés révolutionnaires. Dans le panorama des publications actuelles sur ce conflit mondial, Contre la guerre 14-18. Résistances mondiales et révolution sociale est à tout point de vue novateur.

Traductions de Stéfanie Prezioso, Hans-Peter Renk et Pierre Vanek.

Stéfanie Prezioso est historienne, membre du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918 (CRID 14-18) ; ses travaux portent sur la génération de 1914, les expériences de guerre dans la première moitié du XXe siècle et le fascisme ; elle est professeure associée à l’Institut d’études politiques, historiques et internationales de l’université de Lausanne.

Table des matières 

Résister à l’irrésistible…

Chapitre premier. Apocalypse ?

Chapitre II. « Si demain la guerre éclatait… »

Chapitre III. Guerre et révolution

Chapitre IV. Résistances intimes et refus déclarés

Chapitre V. Féminismes en guerre et front interne

Chapitre VI. Colonisés, opprimés, dominés face au conflit

Chapitre VII. Transformations des imaginaires ?

Chapitre VIII. « J’étais, je suis, je serai »

Stefanie Prezioso, Contre la guerre 14-18. Résistances mondiales, révolution sociale, La Dispute, 2017, 424p.