Chronique 6/12 Craonne

Brefs souvenirs 6/12 Craonne

Vous partez de Toulouse en train en fredonnant la chanson de Craonne (prononcez Cra-onne) ; à la gare Montparnasse, vous prenez le métro, ligne directe vers la gare du Nord ; de là un train vers Laon (prononcez Lân) ; au chef-lieu du département de l’Aisne, un membre de la famille Genteur vous attend pour vous conduire en auto à Craonne (prononcez Crânne). Près du but, la route dépasse le site du vieux village détruit par la guerre, au pied du plateau de Californie et du Chemin des Dames. Vous arrivez à la mairie (voir la photo), très grand bâtiment qui n’est pas à l’échelle du nouveau village, construit après la guerre grâce à des dons de Suédois (présence du drapeau de la Suède lors des cérémonies commémoratives). La mairie dispose, à l’étage, d’une grande salle où ont lieu concerts, conférences et colloques universitaires. C’est dans cette mairie que Lionel Jospin a prononcé son fameux discours de 1998 appelant à réintégrer les mutins de 1917 dans la mémoire nationale.

C’est à Craonne, en 2003, que Nicolas Offenstadt a rassemblé les futurs auteurs d’un livre collectif en préparation, afin de les familiariser avec le terrain. Nicolas arrivait avec des amis parisiens. Frédéric Rousseau venait de Montpellier, Rémy Cazals et François Bouloc, de Toulouse. Le général André Bach, ancien directeur des Archives de l’armée de terre au château de Vincennes, se trouvait là aussi, de même que des historiens de l’Aisne. Le maire de Craonne, Noël Genteur, nous accueillait, et les habitants nous hébergeaient. Nous étions tous décidés à écrire et diffuser une autre histoire allant à l’encontre des thèses excessives de certains historiens liés à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne. Nous voulions bâtir une histoire ouverte aux acteurs non universitaires, faisant leur place aux témoins « d’en bas », appuyée sur la connaissance concrète du terrain (parcours de nuit du réseau de tranchées ; visite des creutes sous la conduite de Thierry Hardier qui étudie graffitis et sculptures du temps de la guerre). Le livre collectif est sorti en 2004 : Le Chemin des Dames, de l’événement à la mémoire. Il a été suivi, la même année, d’un colloque de haut niveau publié dès 2005 (La Grande Guerre, pratiques et expériences). Le CRID 14-18 s’est constitué le jour même de la sortie du livre, à Soissons, dans une ancienne chapelle classée parmi les monuments historiques. (Elle l’était avant de devenir le lieu de création du CRID : cette plaisanterie je l’ai déjà faite ailleurs, mais je n’hésite pas à la répéter ici.)

Au cours des années suivantes, Craonne a rassemblé un public nombreux lors des journées du livre chaque dimanche proche du 11 novembre et lors des marches du 16 avril, sous la conduite de Noël Genteur. Plusieurs colloques ont été organisés, réunissant une assistance considérable dans le petit village de l’Aisne, parfois 150 personnes dans la salle de la mairie. Les travaux collectifs du CRID et les ouvrages individuels de ses membres sont répertoriés dans une « Bibliothèque du CRID 14-18 » qui aura sa place sur notre site dès que celui-ci sera réorganisé.

Devenu membre du CRID, Yann Prouillet assure depuis 2008 notre présence aux Rendez-vous de l’Histoire de Blois. Le stand EDHISTO-CRID et son coin café attirent beaucoup d’amis, de curieux et de lecteurs.

En 2018, en coopération avec Edhisto et l’association La Cagna, présidée par Noël Genteur, Thierry Hardier a dirigé et publié un nouveau livre collectif : Craonne, cent ans de batailles inachevées.

Rémy Cazals

Prochaine chronique : Brefs souvenirs 7/12 L’Aisne et la Marne

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