Colloque : Être à la guerre sans être à la guerre

Appel à communications pour le colloque « Être à la guerre sans être à la guerre », organisé à l’Université Sorbonne-Nouvelle, les 22-23 juin 2018.

La date limite pour envoyer vos propositions de communication est le 20 novembre 2017.

Être à la guerre sans être à la guerre?

Moments de vacance(s) sur l’arrière-front pendant la Première Guerre mondiale

Université Paris III – Sorbonne Nouvelle

 22 & 23 juin 2018

Maison de la Recherche

 Organisé par Sarah Montin (EA PRISMES) et Clémentine Tholas-Disset (EA CREW)

Conférence plénière de Tim Kendall (University of Exeter)

Ses soldats, sur le rivage de la mer, se plaisent à lancer le disque, le javelot et les flèches ; ses chevaux, chacun près de leurs chars, paissent le lotus et l’ache humide des prairies ; et les chars magnifiques reposent dans les tentes des chefs, qui regrettent ce héros chéri d’Arès ; ils errent dans les champs, et ne se mêlent point aux combats. (Iliade, livre II).

Que font les soldats des pays belligérants quand ils ne se battent pas? L’élargissement de la définition de l’expérience de guerre dans l’historiographie récente, a transformé notre compréhension spatiale, voire temporelle, du conflit, déplaçant la focale à distance des premières lignes et de l’activité combattante. Hors du champ de bataille et des représentations martiales traditionnelles se dessinent ainsi une autre figure du guerrier et du soldat, une expérience seconde de la guerre.

Situé à quelques kilomètres du front, l’arrière-front est le lieu où l’on ressort de l’enfouissement des tranchées après plusieurs jours passés en première ligne ou en ligne de réserve, où l’on ressurgit à la surface pour trouver des cantonnements de repos, des zones d’entraînement, des dépôts de munitions et de nourriture, des hôpitaux, des bordels, des postes de commandements ou des foyers de soldats dévolus aux moments récréatifs. Dans cet entre-deux qui n’est, traditionnellement, ni le lieu des combats ni celui de la vie civile, les soldats sont moins exposés au danger et obéissent à une routine de caserne ponctuée d’activités de détente destinées au ravitaillement moral. Si certains soldats trouvent sur l’arrière-front une forme de repos loin du bruit et de la fureur de l’artillerie, d’autres souffrent de la discipline qui y règne, des efforts inutiles imposés («l’esquinte-bonhomme ») ou de la promiscuité avec des soldats qui ne sont plus des frères d’armes dans cette zone tampon. À la fois lieu d’abandon et lieu contrôlé, l’arrière-front se confond également avec le monde civil par certains aspects car il peut occuper des fermes ou des villages et accueillir des non-combattants comme des médecins, des infirmières, des bénévoles. Ainsi à l’« arrière de l’avant » (Paul Cazin), se rencontrent en marge des batailles livrées à proximité des soldats des différents corps armés et de pays alliés, des officiers et des simples soldats, des soldats et des civils, des hommes et des femmes, des troupes étrangères et des populations locales dans les zones occupées. L’arrière-front n’est pas seulement un lieu, c’est aussi un temps : le temps d’un oubli passager ou d’une liberté illusoire, « un temps libéré » (Thierry Hardier et Jean-François Jagielski) qui représente 3/5 du temps passé au front pour le soldat. C’est un repos relatif entre les combats et la permission, un répit de courte durée avant le retour sur les premières lignes. Si le combattant est en droit de jouir d’une détente et de temps à soi, le règlement impose qu’il ne doit pas cesser un instant d’être soldat.

Certaines activités récréatives de la vie civile, en apparence peu compatibles avec l’expérience guerrière, font leur chemin jusqu’au l’arrière-front, avec l’aval du commandement militaire. Des temps de décompression et de loisir sont laissés aux troupes pour tenter de maintenir une forme de bien-être émotionnel et ne pas couper les soldats de la vie dite normale. Cette détente sert à se ressourcer tant physiquement que moralement et tente d’apporter un certaine forme de réconfort en particulier aux soldats qui ne bénéficient pas de permissions. Le temps libéré n’est pas du temps libre, le temps sans guerre n’est pourtant pas le temps de la paix. Ces moments de vacance(s) ne constituent pas réellement du repos puisque les hommes sont occupés de manière presque continue pour combattre l’ennui (revues, exercices d’entraînement, instruction). Ils s’articulent autour de pratiques collectives comme les jeux, les activités sportives, la chasse et la pêche, les promenades, les bains, les discussions, la création de journaux de tranchées, les projections de films, les spectacles de théâtre et de chansons, les concerts, les offices religieux, mais aussi des pratiques individuelles comme la lecture, la correspondance ou la création artistique.

Entre communion avec le groupe et isolement méditatif, le vécu des soldats à l’arrière-front n’est pas le même en fonction de leur origine sociale, de leur niveau d’éducation et de leur grade militaire, et hors des tranchées on observe une rupture de l’équilibre égalitaire qui naît parfois au contact du combat. La socialisation s’organise ainsi différemment pendant les périodes d’affrontement et de récupération et n’est pas toujours vécue de manière positive par les soldats. Cependant, malgré ces tensions entre l’être-ensemble et le besoin d’isolement, les moments de vacance et les périodes d’oisiveté sont souvent représentés de manière idéalisée comme des « moments de pastorale » (Paul Fussell) dans les productions écrites et visuelles des combattants. L’interlude enchanté entre deux moments de guerre devient ainsi un trope littéraire et artistique, le contraste avec le front évoquant le retour momentané à la vie, l’innocence et l’harmonie retrouvée, la redécouverte des plaisirs du corps qui succéderait à son aliénation et son humiliation lors du combat.

Afin de comprendre les enjeux historiques, politiques et esthétiques de la vie sur l’arrière-front, de déterminer la place et le statut de ce temps de vacance longtemps analysé comme une parenthèse dans l’expérience de guerre, ce colloque interdisciplinaire nous amènera à nous interroger plus en avant sur les thèmes suivants:

  • La construction et l’évolution de la notion (idéologique, médicale, administrative) de “repos” du soldat ainsi que du personnel auxiliaire pendant la Première Guerre mondiale
  • Les différentes activités paramilitaires et récréatives ainsi que les productions créatives qui voient le jour à l’arrière-front; l’organisation de la vie à l’arrière-front et en particulier du divertissement, le rôle de l’armée et des intervenants extérieurs (associations de civils, particuliers, etc.)
  • les relations entre combattants (hiérarchies, tensions, camaraderie) sur l’arrière-front; l’arrière-front comme lieu de sociabilité et zone de rencontre avec l’autre (soldats/personnels auxiliaires, combattants/habitants, hommes/femmes, troupes étrangères, etc), lieu de passage, d’exploration, d’initiation, ou de retour à la “normale” (“cabanes de repos” destinés à reconstruire un “foyer loin du foyer”, etc.) ; témoignages des habitants des zones occupées
  • Les articulations et dissonances entre la vie communautaire et le temps à soi, l’expérience collective et l’expérience individuelle
  • La conceptualisation historique et artistique de l’espace de l’arrière-front; les modes d’écriture et pratiques artistiques spécifiques à l’arrière-front par contraste à l’écriture du front
  • Les représentations de la vie à l’arrière-front: paysages de campagne, mises en scène idylliques du non-combat et du farniente ou images infernales, partie de campagne ou univers carcéral, figure du soldat dilettante, flâneur et promeneur solitaire, de l’observateur, dans les productions de guerre (témoignages, correspondances, mémoires, romans, poésie, arts visuels, etc.) des combattants et des non-combattants (infirmières, médecins, etc.) ;
  • La (re)construction médiatique, culturelle et politique du « repos du guerrier », les représentations du corps masculin et du corps féminin au repos, la construction d’un nouveau modèle de masculinité (sexualité et sport) dans les photographies de guerre, cartes postales, chansons, etc., ainsi que leur place dans la production de guerre

Afin de privilégier le dialogue entre les sphères anglophones, francophones et germanophones, le colloque portera principalement sur l’expérience de l’arrière-front ouest pris dans sa totalité. Néanmoins, des propositions concernant les autres fronts peuvent être envoyées.  Les communications se feront, de préférence, en anglais.

Les propositions (250 mots) accompagnées d’une courte biographie sont à envoyer  avant le 20 novembre 2017 à montin.sarah@gmail.com  et clementine.tholas@univ-paris3.fr

Réponse du comité : 15 décembre 2017

Les propositions seront étudiées par le comité scientifique du colloque :

Jacub Kazecki (Bates College)

Jennifer Kilgore-Caradec (Université de Caen)

Catherine Lanone (Université Sorbonne-Nouvelle)

Mark Meigs (Université Paris Diderot)

Sarah Montin (Université Sorbonne-Nouvelle)

John Mullen (Université de Rouen)

Karen Randell (Nottingham Trent University)

Serge Ricard (Université Sorbonne-Nouvelle)

Clémentine Tholas-Disset (Université Sorbonne-Nouvelle)

Bibliographie

AUDOUIN ROUZEAU, Stéphane et Jean-Jacques Becker (dir.) Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918, Paris: Perrin, 2012 (Bayard, 2004).

BOURKE, Joanna, Dismembering the Male: Men’s Bodies, Britain and the Great War, London: Reaktion Books, 1996.

CAZALS, Rémy et André Loez, 14-18. Vivre et mourir dans les tranchées, Paris: Tallandier, 2012.

COCHET, François La Grande Guerre: Fin d’un monde, début d’un siècle, Paris: Perrin, 2004.

DAS, Santanu, Race, Empire and First World War Writing, Cambridge: Cambridge University Press, 2011.

DAS, Santanu, Touch and Intimacy in First World War Literature, Cambridge: Cambridge University Press, 2005.

FULLER, J. G. Troop Morale and Popular Culture in the British and Dominion Armies, 1914-1918, London : Clarendon Press, 1990.

FUSSELL, Paul, The Great War and Modern Memory, Oxford: Oxford University Press, 1975.

HARDIER, Thierry et Jean-François Jagielski,  Oublier l’apocalypse ? Loisirs et distractions des combattants pendant la Grande Guerre, Paris: Imago, 2014.

HARTER, Hélène, Les Etats-Unis dans la Grande Guerre, Paris: Tallandier, 2017.

LAFON, Alexandre, La Camaraderie au front, 1914-1918, Paris: Armand Colin, 2014.

MAROT, Nicolas, Tous Unis dans la tranchée? 1914-1918, les intellectuels rencontrent le peuple, Paris: Seuil, 2013.

MEIGS, Mark, Optimism at Armageddon: Voices of American Participants in the First World War, New York: Palgrave Macmillan, 1997.

REZNICK, Jeffrey, Healing the Nation: Soldiers and the Culture of Caregiving in Britain during the First World War, Manchester : Manchester University Press, 2004.

SMITH, Angela K. et Krista Cowman (dir.), Landscapes and Voices of the Great War, New York: Routledge, 2017.

TERRER Thierry et J.A. Magan (dir.), Sport, Militarism and the Great War: Martial Manliness and Armageddon, New York: Routledge, 2012.

THOLAS DISSET, Clémentine et Karen Ritzenhoff, Humor, Entertainment and Popular Culture during World War One, New York: Palgrave MacMillan, 2015.

WINTER, Jay (dir.), The Cambridge History of the First World War, Cambridge: Cambridge University Press, 2013


A Holiday from War?

“Resting” behind the lines during the First World War

Organised by Sarah Montin (EA PRISMES) et Clémentine Tholas-Disset (EA CREW)

Confirmed Keynote Speaker: Tim Kendall (University of Exeter)

His men threw the discus and the javelin, and practiced archery on the shore, and their horses, un-harnessed, munched idly on cress and parsley from the marsh, the covered chariots housed in their masters’ huts. Longing for their warlike leader, his warriors roamed their camp, out of the fight. (lliad, Book II)

What do the soldiers do when they are not on the battlefield? The broadening of the definition of war experience in recent historiography has transformed our spatial and temporal understanding of the conflict, shifting the scope away from the front lines and the activities of combat. Beyond the battlefield and its traditional martial associations emerges another representation of the warrior and the soldier, along with another experience of the war.

Situated a few kilometres behind the front lines, the rear area is the space where soldiers rotated after several days burrowed at the front or in reserve lines, surfacing from the trenches to join rest stations, training installations, ammunition and food supply depots, hospitals, brothels, command headquarters or soldiers’ shelters. In that space in-between which is neither the site of combat nor that of civilian life, the soldiers were less exposed to danger and followed a barracks routine enlivened by relaxing activities which aimed to restore morale. If some soldiers found there a form of rest far from the fury of the guns, others suffered from the encroaching discipline, the imposition of training or the promiscuity with soldiers that were no longer brothers-in-arms in thas buffer zone where they spent 3/5ths of their time. Both a place of abandonment and a place of control, the rear area merges at times with the civilian world as it occupies farms and villages and hosts non-combatants such as doctors, nurses or volunteers. With battles being waged close by, the “back of the front” (Paul Cazin) is a meeting place for soldiers of different armies and allied countries, as well as for officers and privates, soldiers and civilians, men and women, foreign troops and locals living in occupied zones. The rear area is not only a spatial concept but also a temporal one: it is a moment of reprieve, of passing forgetfulness and illusive freedom; a moment of “liberated time” (Thierry Hardier and Jean-François Jagielski) indicating a period of relative rest between combat and leave, a short-lived respite before returning to the front. If the combatant is entitled to repose and time to himself, military regulations demand that he never cease to be a soldier. As such we have to consider these moments of relaxation within the strict frame of military life at the front and the role played by civilian organizations such as the YMCA or the Salvation Army, who managed the shelters for soldiers on the Western Front.

Though seemingly incompatible with war experience, certain recreational activities specific to civilian life make their way to the rear area with the approval of military command. Moments of relaxation and leisure are encouraged in order to maintain or restore the soldier’s physical and emotional well-being, thus sustaining the war effort. They also ensure that the soldier is not entirely cut off from “normal” life and bring comfort to those who are not granted leave. Liberated time is not free time, just as periods without war are not periods of peace. These “holidays from war” are not wholly synonymous with rest as the men are almost constantly occupied (review, training exercises, instruction) in order to fight idleness and ensure the soldiers stay fit for duty. The rear is thus also a place of heightened collective practises such as sports, hunting and fishing, walking, bathing, discussions, creation of trench journals, film projections, concert parties, theatre productions, religious services as well as individual activities such as reading, writing and artistic creation.

 Between communion with the group and meditative isolation, experiences vary from one soldier to another, depending on social origins, level of education and rank, all of which take on a new meaning at the rear where the egalitarian spirit fostered during combat is often put to the test. Sociability differs in periods of fighting and periods of recovery, and is not always considered positively by the soldiers. However, despite the tensions induced by life at the rear, these “holidays from war” and spells of idleness are often represented as idyllic “pastoral moments” (Paul Fussell) in the visual and written productions of the combatants. The enchanted interlude sandwiched between two bouts of war becomes thus a literary and artistic trope, evoking, by contrast, a fleeting yet exhilarating return to life, innocence and harmony, a rediscovery of the pleasures of the body following its alienation and humiliation during combat.

In order to further our understanding of the historical, political and aesthetic concerns of life at the rear, long considered a parenthesis in the experience of war, this interdisciplinary conference will address, but will not be limited to, the following themes:

  • The ideological, medical and administrative construction of the notion of “rest” in the First World War (as it applied to combatants but also auxiliary corps and personnel).
  • Paramilitary, recreational and artistic activities at the rear; the organisation of activities in particular leisure and entertainment, the role of the army and independent contractors (civilian organisations, etc.)
  • Sociability between soldiers (hierarchy, tensions, camaraderie); the rear area as meeting place  with the other (between soldiers/auxiliary personnel, combatants, locals, men/women, foreign troops, etc.), site of passage, exploration, initiation or “return to the norm” (“rest huts” built to offer a “home away from home”), testimonies from  inhabitants of the occupied zones
  • Articulations and dissonances between community life and time to oneself, collective experience and individual experience
  • The  historic and artistic conceptualisation of the rear area, specific artistic and literary modes at the rear by contrast with writings at the front
  • Staging life at the rear: scenes of country-life, idyllic representations of non-combat as farniente or hellscapes, bathing parties or penitentiary universes, the figure of the soldier as dilettante, flâneur and solitary rambler, in the productions (memoirs, accounts, correspondence, novels, poetry, visual arts, etc.) of combatants and non-combatants;
  • Cultural, political and media (re)construction of the figure of the “soldier at rest” (war photography, postcards, songs, etc.); representations of the male and female body at rest, constructions of a new model of masculinity (sexuality and sport), and their place in war production

In order to foster dialogue between the Anglophone, Francophone and Germanophone areas of study, the conference will mainly focus on the Western Front. However proposals dealing with other fronts will be examined. Presentations will preferably be in English.

Please send a 250-word proposal and a short bio before November 20, 2017 to :

montin.sarah@gmail.com and clementine.tholas@univ-paris3.fr

Notification of decision: December 15th 2017

Proposals will be reviewed by the Conference scientific committee:

Jacub Kazecki (Bates College)

Jennifer Kilgore-Caradec (Université de Caen)

Catherine Lanone (Université Sorbonne-Nouvelle)

Mark Meigs (Université Paris Diderot)

Sarah Montin (Université Sorbonne-Nouvelle)

John Mullen (Université de Rouen)

Karen Randell (Nottingham Trent University)

Serge Ricard (Université Sorbonne-Nouvelle)

Clémentine Tholas-Disset (Université Sorbonne-Nouvelle)

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Appel à communications Minorités, identités régionales et nationales en guerre 1914-1918 Colloque interdisciplinaire et international organisé à Corte (Corse) par le Musée de la Corse les 19 et 20 juin 2014

[English version below]

En 1914, la guerre entraîne des millions d’hommes vers des horizons nouveaux dont beaucoup ne reviendront pas. Composées en majorité de simples citoyens ayant endossé l’uniforme, des armées s’affrontent au nom de nations au sein desquelles résonnent et s’entremêlent différents modèles de patriotisme, de nationalisme et d’identités sociales. Si depuis quelques années, la recherche historique, aussi bien nationale qu’internationale, s’intéresse de plus en plus aux témoignages précieux de ces hommes ordinaires ballotés par le flux et le reflux d’événements qui les dépassent, l’attention sur les « groupes » (une notion à discuter) régionaux ou nationaux minoritaires, compris comme des entités conscientes d’elles-mêmes, construisant et véhiculant des identités socioculturelles et des expressions patriotiques singulières au sein de leur nation d’appartenance, demeure une clé de lecture aujourd’hui relativement peu étudiée. De fait, il apparaît important de mieux connaître ces groupes, dans leur double dimension sociale et politique, de comprendre leur vision de la guerre, leurs rapports à la nation, au nationalisme et à leurs identités plurielles, parfois concurrentes. Dans un cadre très large, il s’agit d’éclairer les articulations structurant leur(s) identité(s) régionale(s) et/ou nationale(s), au sein de l’entité nationale étatique. D’abord, ces groupes forment-ils des entités sociales homogènes, au sens de repérables et d’objectivables par le sociohistorien ? Comment les individus composant ces groupes sont-ils saisis par la guerre ? Leurs groupes s’en retrouvent-ils renforcés ? Divisés ? Qu’en est-il des Corses mobilisés dans l’armée française ? Quid de la participation des Alsaciens-Mosellans à l’effort de guerre allemand ? Comment se comportent les Italiens du Trentin, les Tchèques, les Slovaques, etc., au sein de l’empire austro-hongrois en guerre ? Le conflit a-t-il été le grand moment de cristallisation du sentiment national ou bien seulement une étape supplémentaire du renforcement des États-nations ? Qu’en est-il d’une France aux identités régionales encore vivaces malgré la laborieuse mais relativement efficace affirmation de l’État ? De l’Italie, dont le processus national est loin d’être achevé en 1914 ? Ou encore des Québécois au Canada ? Comment l’Autriche-Hongrie a-t-elle géré ses minorités à l’arrière et sur le front ? Dans les empires coloniaux, quelles sont les répercussions de la participation à l’effort de guerre national – celui de la métropole coloniale – sur les constructions identitaires des colons et des colonisés ; portent-elles en germe la construction nationale d’États post-coloniaux ?

 

D’une manière générale, que produisent les expériences de guerre des groupes porteurs d’une identité régionale et/ou nationale différente de celle des États qui les mobilisent ? Participent-elles finalement au renforcement de la construction nationale de l’entité étatique ? Au contraire, sont-elles le lit de (nouvelles) résistances ? Comment cela s’exprime-t-il ? Par différentes échelles de solidarité, de la cohésion du groupe primaire de combat (renforcé au début de la guerre par le recrutement régional) aux solidarités régionale et nationale ? Comment ces solidarités interagissent-elles avec les solidarités de classe ou de condition ? L’analyse des constructions et interactions identitaires complexes propres aux diverses minorités engagées dans la Grande Guerre recèle de nombreuses pistes pour la compréhension de ces frontières intra-étatiques peu visibles, redessinées dans la diversité sociale et le brassage national des tranchées.

 

L’échelle nationale, à travers le rapport centre-périphérie, permet une première approche à partir d’axes distincts. Ainsi, sous les angles différents et complémentaires d’une histoire à la fois sociale, politique et culturelle, il s’agira d’étudier les processus de définition et d’autodéfinition des groupes identitaires (minorités nationales, identités régionales, etc.) dans le double cadre de la nation en guerre. Les contributions s’articuleront autour des problématiques suivantes :

–          Comment s’articulent identités régionales et identités nationales dans les processus de mise en guerre de l’État (« mobilisation » des corps et des esprits, expression patriotique, etc.) ?

–          Comment ces identités plurielles résistent-elles l’une à l’autre, se transforment-elles au contact l’une de l’autre, se fondent-elles l’une dans l’autre…, dans le contexte des brassages dans les tranchées, les hôpitaux, les hivernages, les chantiers, les usines, ou lors des permissions (pratiques, expressions, etc.) ?

–          Ces différentes identités renforcent-elles la ténacité des combattants ?

–          Le conflit a-t-il tenu un rôle dans l’apparition ou la structuration d’un sentiment de rejet du sentiment national entre 1914 et 1918 et après-guerre ? A-t-il joué en faveur d’un essor de nationalités jusque-là étouffées ? D’un repli sur les « petites patries » ?

 

Si le colloque porte essentiellement sur une vision « par le bas » du conflit, discuter l’essor ou le repli identitaire revient à évoquer la construction et la postérité politiques de ces identités prises dans la guerre :

–          Quels modes d’administration les États en guerre ont-ils développé vis-à-vis de leurs minorités ? Quelles stratégies identitaires de légitimation de la guerre et de l’État en guerre ont-ils employé ?

–          Comment les politiques étatiques, les élites sociopolitiques locales ou encore les médias régionaux ont-ils cherché, à l’arrière comme au front, à développer le sentiment national et niveler ou reléguer l’expression d’identités différentes ? Des discours aux pratiques, quelle fut l’efficacité réelle de ces procédés ?

–          Enfin, comment les États en conflit ont-ils tenté de jouer sur les identités régionales ou les minorités des nations rivales afin d’affaiblir leurs ennemis ?

 

L’objectif scientifique du colloque repose sur une approche comparée, internationale et interdisciplinaire, de la Grande Guerre.

 

 

Les propositions de communications sont à soumettre en français à : jean-paul.pellegrinetti@wanadoo.fr et sylvain.gregori@wanadoo.fr

Elles ne devront pas excéder 5 000 signes et devront comporter un bref descriptif des sources envisagées. Le dépôt des propositions s’effectuera jusqu’au 31 octobre 2013. Les candidats seront informés de la décision du comité organisateur au plus tard le 31 décembre 2013.

 

Comité scientifique :

Sylvain Gregori (Musée de Bastia, chercheur associé au CMMC. Université de Nice Sophia-Antipolis), Charles Heimberg (Université de Genève), Michel Litalien (Musées des Forces canadiennes et collections historiques, Ottawa, Canada), Julien Mary (Université Paul Valéry-Montpellier III), Jean-Paul Pellegrinetti (Université de Nice Sophia-Antipolis), Frédéric Rousseau (Université Paul Valéry-Montpellier III).

Partenaires :

CMMC (Université de Nice Sophia-Antipolis); CRISES (Université Paul Valéry-Montpellier III) ; CRID 14-18

 

Bibliographie indicative :

Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002 [Imagined communities, 1983]

François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez, Identités troublées. 1914-1918 : Les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Éditions Privat, 2011.

Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 14-18, Pau, Cairn, 2008.

Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006

Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940), Paris, Le Seuil, 2001.

Éric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1992.

Jules Maurin, Armée, guerre, société: soldats languedociens (1899-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard, 2005.

Panikos Panayi, Minorities in Wartime. National and Racial Groupings in Europe, North America and Australia during the Two World Wars, Oxford, Berg, 1993.

Odile Roynette, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000.

Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Paris, Le Seuil, 1999.

Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2004.

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Minorities, regional and national identities at war

1914-1918

 

Interdisciplinary international conference, organized in Corte (Corsica) by the Museum of Corsica, June 19th and 20th 2014

 

In 1914, thousands of men were sent to new horizons from where many of them would not return. Armies were mainly made of average citizens, who took arms and fought in the name of nations. In these nations, different models of patriotism, nationalism and social identities resonated. Since a few years, historical research, at the national and international level, has become increasingly interested in the invaluable testimonies of these ordinary men, tossed by the ebb and flow of events that overwhelmed them. Nevertheless, the study of « groups » -a term to discuss in itself- based on regional or national minorities, and understood as self-conscious entities that built a sense of belonging, has remained the object of lesser attention. Thus, it seems interesting to know better these groups, both in their social and political dimensions, in order to understand their perception of the war, their relationship to national entities and nationalism, and their plural and sometimes competing identities. The articulations structuring their regional and national identity/ies, within the state and national framework, need to be highlighted.

First, did these groups constitute homogeneous social entities that could as such be identified and objectified by social historians? How were the individuals composing these groups taken by the war? Did it reinforce or divide their groups? What about the participation of Corsicans in the French army, or of the inhabitants from Alsace and Moselle in the German war effort? How did behave Italians from Trentino, Czechs or Slovaks within the Austro-Hungarian Empire? Did the war generate a crystallization of national feeling, or was it only a new step in the reinforcement of nation-states? What was the role of still vivid regional identities in France, in spite of its difficult but successful affirmation of the state? What is the situation of Italy, where the nation-building process if far from being over, or that of Quebecers in Canada? How did Austro-Hungary manage minorities at the back and on the front? In colonial empires, what were the consequences of the participation of colonists and colonized in the national war effort of the parent state on their identity building process? Did these consequences nurture the emergence of postcolonial states?

 

In general, what was the outcome of the war experiments of groups whose regional or national identities were different from the states that mobilized them? Did they participate to the reinforcement of the nation building of the state entity? Or on the contrary, did they foster (new) forms of resistance? What were the different ways of expression of these identities: through solidarity, from the cohesiveness of primary groups in the battle, reinforced at the beginning of the war by regional recruitment, to the regional and national levels? How did these solidarities interact with class or condition? The analysis of complex identity interactions and construction, specific to the diverse minorities committed in the Great War opens many directions for the understanding of frontiers within states which remained invisible but were redrawn by social diversity and national mixing in the trenches.

 

The national level, through the center-periphery perspective, suggests a first set of directions. The definition and self-definition of group identity (national minorities, regional identity, etc.), in the context of a nation at war, will be studied under the different and complementary angles of social, political and cultural history. Communications will pay attention to the following questions:

–         How did regional and national identities articulate in the war process and state mobilization (material and psychological mobilization, patriotic expression…)?

–         How did these plural identities resist one another, get transformed through contact or melt, in the intermingling of trenches, hospitals, wintering, public works, factories or leave (practices, expression…)

–         Did these identities reinforce the tenacity of men in combat?

–         Did the war play a role in the birth or development of forms of rejection toward national feelings, between 1914 and 1918 of after the war? Did it play in favor of the rise of nationalities that were quelled until then, or the introverted assertion of local roots?

 

This conference is mainly focused on a perspective from the bottom, but questioning the rise or the withdrawal of identities is also a way to discuss the political construction and posterity of these identities through the war:

–         What kind of administration systems did the States at war develop towards their minorities? How did they use identity strategies to legitimate the war and their action?

–         How did state policies, local sociopolitical elites or regional media try and develop national feelings, at the back and on the front, and kept down the expression of other identities? Were these practices efficient?

–         Finally, how did the States at war use regional identities or minorities in rival nations in order to weaken their enemies?

 

The scientific purpose of this conference is to put forward a compared, international and interdisciplinary approach of the Great War.

 

Communication proposals shall be submitted in French to : jean-paul.pellegrinetti@wanadoo.fr and sylvain.gregori@wanadoo.fr

They shall not exceed 5 000 signs and shall present a brief description of the sources it intends to use. Proposals will be received until October 31, 2013. Candidates will be informed of the organizing committee decision by December 31, 2013.

 

Scientific committee:

 

Sylvain Gregori (Musée de Bastia, associate researcher at CMMC. Université de Nice Sophia-Antipolis), Charles Heimberg (Université de Genève), Michel Litalien (Musées des Forces canadiennes et collections historiques, Ottawa, Canada), Julien Mary (Université Paul Valéry-Montpellier III), Jean-Paul Pellegrinetti (Université de Nice Sophia-Antipolis), Frédéric Rousseau (Université Paul Valéry-Montpellier III).

Associated research centers:

CMMC (Université de Nice Sophia-Antipolis) ; CRISES (Université Paul Valéry-Montpellier III ) ; CRID 14-18.

 

Short Bibliography:

Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002 [Imagined communities, 1983]

François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez, Identités troublées. 1914-1918 : Les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Éditions Privat, 2011.

Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 14-18, Pau, Cairn, 2008.

Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006

Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940), Paris, Le Seuil, 2001.

Éric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1992.

Jules Maurin, Armée, guerre, société: soldats languedociens (1899-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard, 2005.

Panikos Panayi, Minorities in Wartime. National and Racial Groupings in Europe, North America and Australia during the Two World Wars, Oxford, Berg, 1993.

Odile Roynette, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000.

Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Paris, Le Seuil, 1999.

Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2004.

 

 

 

Appel à communications : « Les mises en guerre de l’Etat ». Colloque de 2014.

Les mises en guerre de l’État.

1914-1918 en perspective.

 

Colloque international organisé par le Crid 14-18 à Paris, Laon et Craonne (Aisne), du 30 octobre au 1er novembre 2014.

 

À partir de l’été 1914, les sociétés européennes paraissent brutalement saisies par la guerre et, ce faisant, saisies par l’État. C’est en son nom que des millions d’hommes vont s’affronter, sous l’uniforme, et que s’opère une gigantesque « mobilisation » des corps, des esprits et des ressources, pour reprendre le terme de l’époque toujours employé par les historiens. Cent ans plus tard, alors que tous les États ayant fait la guerre ou en étant issus lancent de vastes programmes de commémoration, le moment est bienvenu pour étudier comment l’État parvient à faire la guerre et, en retour, ce que la guerre fait à l’État. Dans le cadre de cette vaste question, ce colloque international et pluridisciplinaire (histoire, science politique, sociologie) s’intéressera aux mises en guerre de l’État considérées comme l’ensemble des processus par lesquels l’irruption de l’événement se traduit – ou ne se traduit pas – dans les structures, dans les actes et les manières de faire de la puissance publique. Il s’agira donc d’observer des éventuelles ruptures ou des ajustements limités, mais toujours des situations de passages liées à la situation de guerre.

La réflexion sur les mises en guerre de l’État sera restreinte à des enquêtes précises, limitées à des objets abordés de manière empirique, matérielle, voire matérialiste. Il est surtout attendu qu’il soit décrit, de manière fine et sur des terrains bien circonscrits, comment les choses se passent dans leur dimension la plus concrète, en s’interrogeant sur les conditions de possibilités de ce déroulement. Les idées, les lois ou directives de toutes sortes, seront avant tout envisagées en tant qu’il sera possible d’en mesurer les effets ou les applications.

Dans cette perspective, l’analyse de la mise en place ou du développement d’un outil et d’une organisation particulière sera particulièrement bienvenue : une commission de contrôle postal en France, un bureau de recrutement en Grande-Bretagne, une région militaire en Allemagne, ou encore un atelier de travaux publics, une gare de triage, un office de ravitaillement, un hôpital de campagne, un cabinet ministériel, etc. De même, il sera important d’aborder le cas des institutions plus ou moins situées aux marges de la fonction publique (une chambre de commerce, un syndicat, un diocèse ou une loge, etc.) et dont la guerre serait susceptible de mettre en lumière la capacité à capter du capital d’État.

C’est à ce niveau d’observation que pourront être saisis en actes les phénomènes d’invention ou d’ajustements de normes et de procédures (une éventuelle spécificité des modes d’organisation militaire et leur diffusion, l’évolution des modalités d’emprise sur les corps : identification, définitions de la nationalité, etc.), les permanences ou les renouvellements de personnels (les limogeages de 1914, le remplacement dans l’urgence des fonctionnaires partis au front, le recrutement et la spécialisation d’experts, etc.), les conflits de compétences (pouvoirs civils et militaires, par exemple, ou du sommet à la base des hiérarchies administratives) et leur arbitrage, etc.

L’État sera entendu au sens le plus large de la puissance publique sous toutes ses formes. D’abord, parce que l’État central à la française n’est qu’une de ces formes possibles et qu’il sera accordé le plus grand intérêt aux démarches permettant l’étude d’autres situations nationales et d’autres modèles étatiques (multinationaux, fédéraux, impériaux, etc.) éventuellement dans un cadre comparatif. Ensuite parce que, l’objectif du colloque étant de réunir des études aussi proches que possible des réalités concrètes, les pouvoirs locaux (municipalités, par exemple) entrent dans le champ d’étude considéré. Le colloque s’attachera ainsi à observer l’État à toutes les échelles et sur les différents types de territoires qu’il recouvre : de la commune au pays, l’arrière et l’avant, la zone des armées, les territoires occupés, les colonies etc. Enfin, comme on l’a déjà suggéré plus haut, on pourra examiner la manière avec laquelle le périmètre de l’action publique se modifie dans le contexte d’une sphère publique élargie en temps de guerre, ce qui révélera éventuellement l’importance de ses marges (les associations ou institutions de toutes sortes qui se réclament et qui sont reconnues comme porteuses de « l’intérêt général », par exemple) et obligera à reconsidérer la frontière entre le « public » et le « privé ».

À l’image d’une précédente manifestation scientifique organisée autour des mutineries de 1917 , le colloque sera à la fois centré sur 1914-1918 et largement ouvert à une mise en perspective avec d’autres conflits des xixe et xxe siècles qui pourront aussi faire l’objet de propositions. Par ailleurs, si le moment inaugural de l’entrée en guerre est par définition privilégié, aucune borne ultérieure n’est a priori fixée puisque le processus de mise en guerre d’un service de l’État ou d’une forme de l’action publique peut fort bien s’étendre sur une longue période, voire être différé ou engagé après l’entrée en guerre elle-même (on peut penser par exemple à la mise en place, en 1916, de la conscription au Royaume-Uni et de la loi sur le service auxiliaire en Allemagne). C’est à ce titre que l’étude des mises en guerre de l’État n’est pas seulement celle des « entrées en guerre » : elle peut recouvrir des séquences plus longues, aussi bien en amont (l’extension de la conscription en France dès 1905 ou 1913) que vers l’aval (la fin du cycle de guerre de la production imprimée aux alentours de 1923), posant la question du maintien dans le temps de mécanismes ou d’institutions élaborés dans l’urgence par les États, de leur caractère éphémère ou durable, et des façons dont des modes d’action et de fonctionnement nés du conflit peuvent ensuite être réutilisés, repensés ou pérennisés (le contrôle médical des travailleurs introduit en 1916 dans les usines d’armement qui se déploie après guerre dans le monde industriel).

Largement ouvert dans l’espace et dans le temps autour du point de référence de 1914 et composé d’enquêtes bien circonscrites, ce colloque permettra de questionner ce qui semble une évidence, au moins en France : la spectaculaire capacité de l’État de prendre en charge, presque du jour au lendemain, une société toute entière. L’intensification de l’emprise de l’État est-elle immédiate, progressive, continue ou discontinue ? Connaît-elle des phases d’essoufflement, des ratés ? S’accompagne-t-elle de phénomènes parallèles de « déprise » ? Loin de toute généralité ou de toute extrapolation hasardeuse, est-il possible de repérer des formes de résistances ou d’évitement ?

 

Les propositions de communication, problématisées, devront présenter brièvement les matériaux mobilisés (archives, témoignages…). Elles ne dépasseront pas 5 000 signes. Elles devront parvenir à crid.colloque2014@gmail.com le 15 mai 2013 au plus tard.

 

 

Comité scientifique : Sylvain Bertschy (université Paul Valéry-Montpellier III), François Buton (CNRS-CEPEL), Jean-François Chanet (Sciences Po Paris), Astrid Guinotte (université du Havre), Alexandre Lafon (université Toulouse 2 le Mirail), André Loez (CRID14-18), Nicolas Mariot (CNRS-CURAPP), Julien Mary (université Paul Valéry-Montpellier III), Valériane Milloz (université de Paris I-IRSEM), Philippe Olivera, Jean-Paul Pellegrinetti (université de Nice), Renaud Payre (IEP Lyon-Triangle), Emmanuelle Picard (ENS Lyon), Giovanna Procacci (université de Modène), Frédéric Rousseau (université Paul Valéry-Montpellier III), Philippe Salson (université Paul Valéry-Montpellier III), Arndt Weinrich (Institut Historique Allemand, Paris), Thomas Weber (University of Aberdeen – Harvard University), Blaise Wilfert (ENS Ulm).

The state goes to war.

Bringing the Great War into perspective.

 

 

International conference organised by the Crid 14-18 in Paris, Laon and Craonne (Aisne), October 30th – November 1st, 2014.

 

From the summer of 1914, European societies seem brutally seized by war and, as a consequence, seized by the State. In the name of the State, millions of men enrolled in the armed forces are to fight one another. Bodies, minds and resources are subjected to a gigantic “mobilization”, a contemporary word still used by historians. A hundred years later, when all the warring States, as well as the States that were born from the conflict, are launching ambitious commemorative programs, the moment seems well chosen to study how the State wages war and, in return, how war transforms the State. As part of this vast topic, this international and multidisciplinary (history, political science, sociology) conference will address the invention of the War State, from the perspective of all the processes through which the event  has – or does not have – an impact on the organisation, actions and conduct of the public power.  The aim is to identify potential changes or limited adjustments, but always within situations of transition born from the conflict.

The reflection on the invention of the War State will be limited to detailed case studies, backed up by precise empirical research. Studies are expected to describe precisely, within well-defined confines, how things happen in the most concrete way, and to examine the conditions of possibility at work. Ideas, laws or theoretical debates of all sorts will above all be approached through the evaluation of their implementation or results.

In this perspective, the analysis of the setting up or the development of a particular instrument or organisation will be especially appreciated: a postal censorship office in France, a recruitment centre in Great Britain, a military district in Germany, or a military jail, a supply office, a field hospital, a  minister’s private office, etc. It will also be important to broach the subject of institutions located more or less at the margins of civil service (a chamber of commerce, a trade union, a diocese or a Masonic lodge, etc.), since the war may increase their functional or symbolic proximity to the state.

The observation of the State at that level will make it possible to appreciate the extent to which norms and procedures were invented and adjusted (definition of nationalities, states’ control over bodies through identification of individuals, military methods of organisation…), changes in personnel were implemented (the 1914 dismissals of French generals, the hurried replacements of the civil servants that left for the front, the recruiting and the growing specialization of experts, etc.), conflicts of authority unravelled and were arbitrated (between civil and military powers, for example, or from top to bottom of administrative hierarchies).

The State will be understood in the largest sense to mean all forms of public power. First, because the central state as the French know it is only one of its possible forms. Approaches that allow the study of other national situations as well as of other types of States (multinational, federal, imperial, etc.), possibly using a comparative approach, will consequently be most welcome. Second because, as the aim of the conference is to collect studies that are as close as possible to concrete realities, local powers (city councils, for example), are part of the considered field of study. The conference will endeavour to observe the State on all scales and on all the different types of territories it covers: from town to country, from rear to front, army zone, occupied territories, colonies, etc. Finally, as mentioned above, the conference will examine how the scope of public action changes in the context of a widened public sphere, revealing the importance of what lies at its margins (all sorts of organisations or institutions which are officially recognized as beneficial to the public) and will lead to reconsider the line between the “public” and “private” sectors.

In line with a previous scientific event centred on the 1917 mutinies, the conference will focus on 1914-1918 but will also be largely open to paper proposals about other 19th and 20th century conflicts that could put the subject into perspective. Besides, even though the inaugural moment of the entry into the war is favoured by definition, no later time limit is set, since the process of adapting to war situations can take up a long period of time, or even be postponed after the entry into the war (such as, the 1916, the implementation of conscription in the United Kingdom or of the auxiliary service law in Germany). That is why the study of the invention of a War State goes further than the beginnings of the conflict: it can cover longer periods, extending before the war (the extension of conscription in France as early as 1905 or 1913) as well as after (the end of the war cycle of print production around 1923). It raises the question of the durability of mechanisms or institutions that were designed in a hurry by the States, of their lasting or transient nature, and of the way methods and measures born from the conflict can be reused, redesigned or made durable (medical check-ups for factory workers from 1916, broadened after the war to the whole industrial world).

This conference, largely open in space and time around the focus point of 1914 and based on well-defined studies, will investigate a fact that seems evident, at least in France: the State’s remarkable capacity to take charge of a whole society, almost overnight.  Is the intensification of the State’s hold on society immediate or gradual, continuous or discontinuous? Are there slower phases, failures? Is it paralleled with a loss of influence in other areas? Is it possible to detect forms of resistance or avoidance, while refraining from all generalizations and risky extrapolations?

 

This Call for Papers invites abstracts that problematize their subjects and briefly describe the source materials used (archives, diaries…). Abstracts (max. 5000 characters) must be submitted to crid.colloque2014@gmail.com by 15 May 2013 at the latest.

 

Scientific committee : Sylvain Bertschy (université Paul Valéry-Montpellier III), François Buton (CNRS-CEPEL), Jean-François Chanet (Sciences Po Paris), Astrid Guinotte (université du Havre), Alexandre Lafon (université Toulouse 2 le Mirail), André Loez (CRID14-18), Nicolas Mariot (CNRS-CURAPP), Julien Mary (université Paul Valéry-Montpellier III), Valériane Milloz (université de Paris I-IRSEM), Philippe Olivera, Jean-Paul Pellegrinetti (université de Nice), Renaud Payre (IEP Lyon-Triangle), Emmanuelle Picard (ENS Lyon), Giovanna Procacci (université de Modène), Frédéric Rousseau (université Paul Valéry-Montpellier III), Philippe Salson (université Paul Valéry-Montpellier III), Arndt Weinrich (German Historical Institute, Paris), Thomas Weber (University of Aberdeen – Harvard University), Blaise Wilfert (ENS Ulm).