Colloque : Être à la guerre sans être à la guerre

Appel à communications pour le colloque « Être à la guerre sans être à la guerre », organisé à l’Université Sorbonne-Nouvelle, les 22-23 juin 2018.

La date limite pour envoyer vos propositions de communication est le 20 novembre 2017.

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Appel à communications Minorités, identités régionales et nationales en guerre 1914-1918 Colloque interdisciplinaire et international organisé à Corte (Corse) par le Musée de la Corse les 19 et 20 juin 2014

[English version below]

En 1914, la guerre entraîne des millions d’hommes vers des horizons nouveaux dont beaucoup ne reviendront pas. Composées en majorité de simples citoyens ayant endossé l’uniforme, des armées s’affrontent au nom de nations au sein desquelles résonnent et s’entremêlent différents modèles de patriotisme, de nationalisme et d’identités sociales. Si depuis quelques années, la recherche historique, aussi bien nationale qu’internationale, s’intéresse de plus en plus aux témoignages précieux de ces hommes ordinaires ballotés par le flux et le reflux d’événements qui les dépassent, l’attention sur les « groupes » (une notion à discuter) régionaux ou nationaux minoritaires, compris comme des entités conscientes d’elles-mêmes, construisant et véhiculant des identités socioculturelles et des expressions patriotiques singulières au sein de leur nation d’appartenance, demeure une clé de lecture aujourd’hui relativement peu étudiée. De fait, il apparaît important de mieux connaître ces groupes, dans leur double dimension sociale et politique, de comprendre leur vision de la guerre, leurs rapports à la nation, au nationalisme et à leurs identités plurielles, parfois concurrentes. Dans un cadre très large, il s’agit d’éclairer les articulations structurant leur(s) identité(s) régionale(s) et/ou nationale(s), au sein de l’entité nationale étatique. D’abord, ces groupes forment-ils des entités sociales homogènes, au sens de repérables et d’objectivables par le sociohistorien ? Comment les individus composant ces groupes sont-ils saisis par la guerre ? Leurs groupes s’en retrouvent-ils renforcés ? Divisés ? Qu’en est-il des Corses mobilisés dans l’armée française ? Quid de la participation des Alsaciens-Mosellans à l’effort de guerre allemand ? Comment se comportent les Italiens du Trentin, les Tchèques, les Slovaques, etc., au sein de l’empire austro-hongrois en guerre ? Le conflit a-t-il été le grand moment de cristallisation du sentiment national ou bien seulement une étape supplémentaire du renforcement des États-nations ? Qu’en est-il d’une France aux identités régionales encore vivaces malgré la laborieuse mais relativement efficace affirmation de l’État ? De l’Italie, dont le processus national est loin d’être achevé en 1914 ? Ou encore des Québécois au Canada ? Comment l’Autriche-Hongrie a-t-elle géré ses minorités à l’arrière et sur le front ? Dans les empires coloniaux, quelles sont les répercussions de la participation à l’effort de guerre national – celui de la métropole coloniale – sur les constructions identitaires des colons et des colonisés ; portent-elles en germe la construction nationale d’États post-coloniaux ?

 

D’une manière générale, que produisent les expériences de guerre des groupes porteurs d’une identité régionale et/ou nationale différente de celle des États qui les mobilisent ? Participent-elles finalement au renforcement de la construction nationale de l’entité étatique ? Au contraire, sont-elles le lit de (nouvelles) résistances ? Comment cela s’exprime-t-il ? Par différentes échelles de solidarité, de la cohésion du groupe primaire de combat (renforcé au début de la guerre par le recrutement régional) aux solidarités régionale et nationale ? Comment ces solidarités interagissent-elles avec les solidarités de classe ou de condition ? L’analyse des constructions et interactions identitaires complexes propres aux diverses minorités engagées dans la Grande Guerre recèle de nombreuses pistes pour la compréhension de ces frontières intra-étatiques peu visibles, redessinées dans la diversité sociale et le brassage national des tranchées.

 

L’échelle nationale, à travers le rapport centre-périphérie, permet une première approche à partir d’axes distincts. Ainsi, sous les angles différents et complémentaires d’une histoire à la fois sociale, politique et culturelle, il s’agira d’étudier les processus de définition et d’autodéfinition des groupes identitaires (minorités nationales, identités régionales, etc.) dans le double cadre de la nation en guerre. Les contributions s’articuleront autour des problématiques suivantes :

–          Comment s’articulent identités régionales et identités nationales dans les processus de mise en guerre de l’État (« mobilisation » des corps et des esprits, expression patriotique, etc.) ?

–          Comment ces identités plurielles résistent-elles l’une à l’autre, se transforment-elles au contact l’une de l’autre, se fondent-elles l’une dans l’autre…, dans le contexte des brassages dans les tranchées, les hôpitaux, les hivernages, les chantiers, les usines, ou lors des permissions (pratiques, expressions, etc.) ?

–          Ces différentes identités renforcent-elles la ténacité des combattants ?

–          Le conflit a-t-il tenu un rôle dans l’apparition ou la structuration d’un sentiment de rejet du sentiment national entre 1914 et 1918 et après-guerre ? A-t-il joué en faveur d’un essor de nationalités jusque-là étouffées ? D’un repli sur les « petites patries » ?

 

Si le colloque porte essentiellement sur une vision « par le bas » du conflit, discuter l’essor ou le repli identitaire revient à évoquer la construction et la postérité politiques de ces identités prises dans la guerre :

–          Quels modes d’administration les États en guerre ont-ils développé vis-à-vis de leurs minorités ? Quelles stratégies identitaires de légitimation de la guerre et de l’État en guerre ont-ils employé ?

–          Comment les politiques étatiques, les élites sociopolitiques locales ou encore les médias régionaux ont-ils cherché, à l’arrière comme au front, à développer le sentiment national et niveler ou reléguer l’expression d’identités différentes ? Des discours aux pratiques, quelle fut l’efficacité réelle de ces procédés ?

–          Enfin, comment les États en conflit ont-ils tenté de jouer sur les identités régionales ou les minorités des nations rivales afin d’affaiblir leurs ennemis ?

 

L’objectif scientifique du colloque repose sur une approche comparée, internationale et interdisciplinaire, de la Grande Guerre.

 

 

Les propositions de communications sont à soumettre en français à : jean-paul.pellegrinetti@wanadoo.fr et sylvain.gregori@wanadoo.fr

Elles ne devront pas excéder 5 000 signes et devront comporter un bref descriptif des sources envisagées. Le dépôt des propositions s’effectuera jusqu’au 31 octobre 2013. Les candidats seront informés de la décision du comité organisateur au plus tard le 31 décembre 2013.

 

Comité scientifique :

Sylvain Gregori (Musée de Bastia, chercheur associé au CMMC. Université de Nice Sophia-Antipolis), Charles Heimberg (Université de Genève), Michel Litalien (Musées des Forces canadiennes et collections historiques, Ottawa, Canada), Julien Mary (Université Paul Valéry-Montpellier III), Jean-Paul Pellegrinetti (Université de Nice Sophia-Antipolis), Frédéric Rousseau (Université Paul Valéry-Montpellier III).

Partenaires :

CMMC (Université de Nice Sophia-Antipolis); CRISES (Université Paul Valéry-Montpellier III) ; CRID 14-18

 

Bibliographie indicative :

Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002 [Imagined communities, 1983]

François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez, Identités troublées. 1914-1918 : Les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Éditions Privat, 2011.

Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 14-18, Pau, Cairn, 2008.

Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006

Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940), Paris, Le Seuil, 2001.

Éric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1992.

Jules Maurin, Armée, guerre, société: soldats languedociens (1899-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard, 2005.

Panikos Panayi, Minorities in Wartime. National and Racial Groupings in Europe, North America and Australia during the Two World Wars, Oxford, Berg, 1993.

Odile Roynette, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000.

Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Paris, Le Seuil, 1999.

Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2004.

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Minorities, regional and national identities at war

1914-1918

 

Interdisciplinary international conference, organized in Corte (Corsica) by the Museum of Corsica, June 19th and 20th 2014

 

In 1914, thousands of men were sent to new horizons from where many of them would not return. Armies were mainly made of average citizens, who took arms and fought in the name of nations. In these nations, different models of patriotism, nationalism and social identities resonated. Since a few years, historical research, at the national and international level, has become increasingly interested in the invaluable testimonies of these ordinary men, tossed by the ebb and flow of events that overwhelmed them. Nevertheless, the study of « groups » -a term to discuss in itself- based on regional or national minorities, and understood as self-conscious entities that built a sense of belonging, has remained the object of lesser attention. Thus, it seems interesting to know better these groups, both in their social and political dimensions, in order to understand their perception of the war, their relationship to national entities and nationalism, and their plural and sometimes competing identities. The articulations structuring their regional and national identity/ies, within the state and national framework, need to be highlighted.

First, did these groups constitute homogeneous social entities that could as such be identified and objectified by social historians? How were the individuals composing these groups taken by the war? Did it reinforce or divide their groups? What about the participation of Corsicans in the French army, or of the inhabitants from Alsace and Moselle in the German war effort? How did behave Italians from Trentino, Czechs or Slovaks within the Austro-Hungarian Empire? Did the war generate a crystallization of national feeling, or was it only a new step in the reinforcement of nation-states? What was the role of still vivid regional identities in France, in spite of its difficult but successful affirmation of the state? What is the situation of Italy, where the nation-building process if far from being over, or that of Quebecers in Canada? How did Austro-Hungary manage minorities at the back and on the front? In colonial empires, what were the consequences of the participation of colonists and colonized in the national war effort of the parent state on their identity building process? Did these consequences nurture the emergence of postcolonial states?

 

In general, what was the outcome of the war experiments of groups whose regional or national identities were different from the states that mobilized them? Did they participate to the reinforcement of the nation building of the state entity? Or on the contrary, did they foster (new) forms of resistance? What were the different ways of expression of these identities: through solidarity, from the cohesiveness of primary groups in the battle, reinforced at the beginning of the war by regional recruitment, to the regional and national levels? How did these solidarities interact with class or condition? The analysis of complex identity interactions and construction, specific to the diverse minorities committed in the Great War opens many directions for the understanding of frontiers within states which remained invisible but were redrawn by social diversity and national mixing in the trenches.

 

The national level, through the center-periphery perspective, suggests a first set of directions. The definition and self-definition of group identity (national minorities, regional identity, etc.), in the context of a nation at war, will be studied under the different and complementary angles of social, political and cultural history. Communications will pay attention to the following questions:

–         How did regional and national identities articulate in the war process and state mobilization (material and psychological mobilization, patriotic expression…)?

–         How did these plural identities resist one another, get transformed through contact or melt, in the intermingling of trenches, hospitals, wintering, public works, factories or leave (practices, expression…)

–         Did these identities reinforce the tenacity of men in combat?

–         Did the war play a role in the birth or development of forms of rejection toward national feelings, between 1914 and 1918 of after the war? Did it play in favor of the rise of nationalities that were quelled until then, or the introverted assertion of local roots?

 

This conference is mainly focused on a perspective from the bottom, but questioning the rise or the withdrawal of identities is also a way to discuss the political construction and posterity of these identities through the war:

–         What kind of administration systems did the States at war develop towards their minorities? How did they use identity strategies to legitimate the war and their action?

–         How did state policies, local sociopolitical elites or regional media try and develop national feelings, at the back and on the front, and kept down the expression of other identities? Were these practices efficient?

–         Finally, how did the States at war use regional identities or minorities in rival nations in order to weaken their enemies?

 

The scientific purpose of this conference is to put forward a compared, international and interdisciplinary approach of the Great War.

 

Communication proposals shall be submitted in French to : jean-paul.pellegrinetti@wanadoo.fr and sylvain.gregori@wanadoo.fr

They shall not exceed 5 000 signs and shall present a brief description of the sources it intends to use. Proposals will be received until October 31, 2013. Candidates will be informed of the organizing committee decision by December 31, 2013.

 

Scientific committee:

 

Sylvain Gregori (Musée de Bastia, associate researcher at CMMC. Université de Nice Sophia-Antipolis), Charles Heimberg (Université de Genève), Michel Litalien (Musées des Forces canadiennes et collections historiques, Ottawa, Canada), Julien Mary (Université Paul Valéry-Montpellier III), Jean-Paul Pellegrinetti (Université de Nice Sophia-Antipolis), Frédéric Rousseau (Université Paul Valéry-Montpellier III).

Associated research centers:

CMMC (Université de Nice Sophia-Antipolis) ; CRISES (Université Paul Valéry-Montpellier III ) ; CRID 14-18.

 

Short Bibliography:

Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002 [Imagined communities, 1983]

François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez, Identités troublées. 1914-1918 : Les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Éditions Privat, 2011.

Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 14-18, Pau, Cairn, 2008.

Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006

Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940), Paris, Le Seuil, 2001.

Éric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1992.

Jules Maurin, Armée, guerre, société: soldats languedociens (1899-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard, 2005.

Panikos Panayi, Minorities in Wartime. National and Racial Groupings in Europe, North America and Australia during the Two World Wars, Oxford, Berg, 1993.

Odile Roynette, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000.

Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Paris, Le Seuil, 1999.

Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2004.

 

 

 

Appel à communications : « Les mises en guerre de l’Etat ». Colloque de 2014.

Les mises en guerre de l’État.

1914-1918 en perspective.

 

Colloque international organisé par le Crid 14-18 à Paris, Laon et Craonne (Aisne), du 30 octobre au 1er novembre 2014.

 

À partir de l’été 1914, les sociétés européennes paraissent brutalement saisies par la guerre et, ce faisant, saisies par l’État. C’est en son nom que des millions d’hommes vont s’affronter, sous l’uniforme, et que s’opère une gigantesque « mobilisation » des corps, des esprits et des ressources, pour reprendre le terme de l’époque toujours employé par les historiens. Cent ans plus tard, alors que tous les États ayant fait la guerre ou en étant issus lancent de vastes programmes de commémoration, le moment est bienvenu pour étudier comment l’État parvient à faire la guerre et, en retour, ce que la guerre fait à l’État. Dans le cadre de cette vaste question, ce colloque international et pluridisciplinaire (histoire, science politique, sociologie) s’intéressera aux mises en guerre de l’État considérées comme l’ensemble des processus par lesquels l’irruption de l’événement se traduit – ou ne se traduit pas – dans les structures, dans les actes et les manières de faire de la puissance publique. Il s’agira donc d’observer des éventuelles ruptures ou des ajustements limités, mais toujours des situations de passages liées à la situation de guerre.

La réflexion sur les mises en guerre de l’État sera restreinte à des enquêtes précises, limitées à des objets abordés de manière empirique, matérielle, voire matérialiste. Il est surtout attendu qu’il soit décrit, de manière fine et sur des terrains bien circonscrits, comment les choses se passent dans leur dimension la plus concrète, en s’interrogeant sur les conditions de possibilités de ce déroulement. Les idées, les lois ou directives de toutes sortes, seront avant tout envisagées en tant qu’il sera possible d’en mesurer les effets ou les applications.

Dans cette perspective, l’analyse de la mise en place ou du développement d’un outil et d’une organisation particulière sera particulièrement bienvenue : une commission de contrôle postal en France, un bureau de recrutement en Grande-Bretagne, une région militaire en Allemagne, ou encore un atelier de travaux publics, une gare de triage, un office de ravitaillement, un hôpital de campagne, un cabinet ministériel, etc. De même, il sera important d’aborder le cas des institutions plus ou moins situées aux marges de la fonction publique (une chambre de commerce, un syndicat, un diocèse ou une loge, etc.) et dont la guerre serait susceptible de mettre en lumière la capacité à capter du capital d’État.

C’est à ce niveau d’observation que pourront être saisis en actes les phénomènes d’invention ou d’ajustements de normes et de procédures (une éventuelle spécificité des modes d’organisation militaire et leur diffusion, l’évolution des modalités d’emprise sur les corps : identification, définitions de la nationalité, etc.), les permanences ou les renouvellements de personnels (les limogeages de 1914, le remplacement dans l’urgence des fonctionnaires partis au front, le recrutement et la spécialisation d’experts, etc.), les conflits de compétences (pouvoirs civils et militaires, par exemple, ou du sommet à la base des hiérarchies administratives) et leur arbitrage, etc.

L’État sera entendu au sens le plus large de la puissance publique sous toutes ses formes. D’abord, parce que l’État central à la française n’est qu’une de ces formes possibles et qu’il sera accordé le plus grand intérêt aux démarches permettant l’étude d’autres situations nationales et d’autres modèles étatiques (multinationaux, fédéraux, impériaux, etc.) éventuellement dans un cadre comparatif. Ensuite parce que, l’objectif du colloque étant de réunir des études aussi proches que possible des réalités concrètes, les pouvoirs locaux (municipalités, par exemple) entrent dans le champ d’étude considéré. Le colloque s’attachera ainsi à observer l’État à toutes les échelles et sur les différents types de territoires qu’il recouvre : de la commune au pays, l’arrière et l’avant, la zone des armées, les territoires occupés, les colonies etc. Enfin, comme on l’a déjà suggéré plus haut, on pourra examiner la manière avec laquelle le périmètre de l’action publique se modifie dans le contexte d’une sphère publique élargie en temps de guerre, ce qui révélera éventuellement l’importance de ses marges (les associations ou institutions de toutes sortes qui se réclament et qui sont reconnues comme porteuses de « l’intérêt général », par exemple) et obligera à reconsidérer la frontière entre le « public » et le « privé ».

À l’image d’une précédente manifestation scientifique organisée autour des mutineries de 1917 , le colloque sera à la fois centré sur 1914-1918 et largement ouvert à une mise en perspective avec d’autres conflits des xixe et xxe siècles qui pourront aussi faire l’objet de propositions. Par ailleurs, si le moment inaugural de l’entrée en guerre est par définition privilégié, aucune borne ultérieure n’est a priori fixée puisque le processus de mise en guerre d’un service de l’État ou d’une forme de l’action publique peut fort bien s’étendre sur une longue période, voire être différé ou engagé après l’entrée en guerre elle-même (on peut penser par exemple à la mise en place, en 1916, de la conscription au Royaume-Uni et de la loi sur le service auxiliaire en Allemagne). C’est à ce titre que l’étude des mises en guerre de l’État n’est pas seulement celle des « entrées en guerre » : elle peut recouvrir des séquences plus longues, aussi bien en amont (l’extension de la conscription en France dès 1905 ou 1913) que vers l’aval (la fin du cycle de guerre de la production imprimée aux alentours de 1923), posant la question du maintien dans le temps de mécanismes ou d’institutions élaborés dans l’urgence par les États, de leur caractère éphémère ou durable, et des façons dont des modes d’action et de fonctionnement nés du conflit peuvent ensuite être réutilisés, repensés ou pérennisés (le contrôle médical des travailleurs introduit en 1916 dans les usines d’armement qui se déploie après guerre dans le monde industriel).

Largement ouvert dans l’espace et dans le temps autour du point de référence de 1914 et composé d’enquêtes bien circonscrites, ce colloque permettra de questionner ce qui semble une évidence, au moins en France : la spectaculaire capacité de l’État de prendre en charge, presque du jour au lendemain, une société toute entière. L’intensification de l’emprise de l’État est-elle immédiate, progressive, continue ou discontinue ? Connaît-elle des phases d’essoufflement, des ratés ? S’accompagne-t-elle de phénomènes parallèles de « déprise » ? Loin de toute généralité ou de toute extrapolation hasardeuse, est-il possible de repérer des formes de résistances ou d’évitement ?

 

Les propositions de communication, problématisées, devront présenter brièvement les matériaux mobilisés (archives, témoignages…). Elles ne dépasseront pas 5 000 signes. Elles devront parvenir à crid.colloque2014@gmail.com le 15 mai 2013 au plus tard.

 

 

Comité scientifique : Sylvain Bertschy (université Paul Valéry-Montpellier III), François Buton (CNRS-CEPEL), Jean-François Chanet (Sciences Po Paris), Astrid Guinotte (université du Havre), Alexandre Lafon (université Toulouse 2 le Mirail), André Loez (CRID14-18), Nicolas Mariot (CNRS-CURAPP), Julien Mary (université Paul Valéry-Montpellier III), Valériane Milloz (université de Paris I-IRSEM), Philippe Olivera, Jean-Paul Pellegrinetti (université de Nice), Renaud Payre (IEP Lyon-Triangle), Emmanuelle Picard (ENS Lyon), Giovanna Procacci (université de Modène), Frédéric Rousseau (université Paul Valéry-Montpellier III), Philippe Salson (université Paul Valéry-Montpellier III), Arndt Weinrich (Institut Historique Allemand, Paris), Thomas Weber (University of Aberdeen – Harvard University), Blaise Wilfert (ENS Ulm).

The state goes to war.

Bringing the Great War into perspective.

 

 

International conference organised by the Crid 14-18 in Paris, Laon and Craonne (Aisne), October 30th – November 1st, 2014.

 

From the summer of 1914, European societies seem brutally seized by war and, as a consequence, seized by the State. In the name of the State, millions of men enrolled in the armed forces are to fight one another. Bodies, minds and resources are subjected to a gigantic “mobilization”, a contemporary word still used by historians. A hundred years later, when all the warring States, as well as the States that were born from the conflict, are launching ambitious commemorative programs, the moment seems well chosen to study how the State wages war and, in return, how war transforms the State. As part of this vast topic, this international and multidisciplinary (history, political science, sociology) conference will address the invention of the War State, from the perspective of all the processes through which the event  has – or does not have – an impact on the organisation, actions and conduct of the public power.  The aim is to identify potential changes or limited adjustments, but always within situations of transition born from the conflict.

The reflection on the invention of the War State will be limited to detailed case studies, backed up by precise empirical research. Studies are expected to describe precisely, within well-defined confines, how things happen in the most concrete way, and to examine the conditions of possibility at work. Ideas, laws or theoretical debates of all sorts will above all be approached through the evaluation of their implementation or results.

In this perspective, the analysis of the setting up or the development of a particular instrument or organisation will be especially appreciated: a postal censorship office in France, a recruitment centre in Great Britain, a military district in Germany, or a military jail, a supply office, a field hospital, a  minister’s private office, etc. It will also be important to broach the subject of institutions located more or less at the margins of civil service (a chamber of commerce, a trade union, a diocese or a Masonic lodge, etc.), since the war may increase their functional or symbolic proximity to the state.

The observation of the State at that level will make it possible to appreciate the extent to which norms and procedures were invented and adjusted (definition of nationalities, states’ control over bodies through identification of individuals, military methods of organisation…), changes in personnel were implemented (the 1914 dismissals of French generals, the hurried replacements of the civil servants that left for the front, the recruiting and the growing specialization of experts, etc.), conflicts of authority unravelled and were arbitrated (between civil and military powers, for example, or from top to bottom of administrative hierarchies).

The State will be understood in the largest sense to mean all forms of public power. First, because the central state as the French know it is only one of its possible forms. Approaches that allow the study of other national situations as well as of other types of States (multinational, federal, imperial, etc.), possibly using a comparative approach, will consequently be most welcome. Second because, as the aim of the conference is to collect studies that are as close as possible to concrete realities, local powers (city councils, for example), are part of the considered field of study. The conference will endeavour to observe the State on all scales and on all the different types of territories it covers: from town to country, from rear to front, army zone, occupied territories, colonies, etc. Finally, as mentioned above, the conference will examine how the scope of public action changes in the context of a widened public sphere, revealing the importance of what lies at its margins (all sorts of organisations or institutions which are officially recognized as beneficial to the public) and will lead to reconsider the line between the “public” and “private” sectors.

In line with a previous scientific event centred on the 1917 mutinies, the conference will focus on 1914-1918 but will also be largely open to paper proposals about other 19th and 20th century conflicts that could put the subject into perspective. Besides, even though the inaugural moment of the entry into the war is favoured by definition, no later time limit is set, since the process of adapting to war situations can take up a long period of time, or even be postponed after the entry into the war (such as, the 1916, the implementation of conscription in the United Kingdom or of the auxiliary service law in Germany). That is why the study of the invention of a War State goes further than the beginnings of the conflict: it can cover longer periods, extending before the war (the extension of conscription in France as early as 1905 or 1913) as well as after (the end of the war cycle of print production around 1923). It raises the question of the durability of mechanisms or institutions that were designed in a hurry by the States, of their lasting or transient nature, and of the way methods and measures born from the conflict can be reused, redesigned or made durable (medical check-ups for factory workers from 1916, broadened after the war to the whole industrial world).

This conference, largely open in space and time around the focus point of 1914 and based on well-defined studies, will investigate a fact that seems evident, at least in France: the State’s remarkable capacity to take charge of a whole society, almost overnight.  Is the intensification of the State’s hold on society immediate or gradual, continuous or discontinuous? Are there slower phases, failures? Is it paralleled with a loss of influence in other areas? Is it possible to detect forms of resistance or avoidance, while refraining from all generalizations and risky extrapolations?

 

This Call for Papers invites abstracts that problematize their subjects and briefly describe the source materials used (archives, diaries…). Abstracts (max. 5000 characters) must be submitted to crid.colloque2014@gmail.com by 15 May 2013 at the latest.

 

Scientific committee : Sylvain Bertschy (université Paul Valéry-Montpellier III), François Buton (CNRS-CEPEL), Jean-François Chanet (Sciences Po Paris), Astrid Guinotte (université du Havre), Alexandre Lafon (université Toulouse 2 le Mirail), André Loez (CRID14-18), Nicolas Mariot (CNRS-CURAPP), Julien Mary (université Paul Valéry-Montpellier III), Valériane Milloz (université de Paris I-IRSEM), Philippe Olivera, Jean-Paul Pellegrinetti (université de Nice), Renaud Payre (IEP Lyon-Triangle), Emmanuelle Picard (ENS Lyon), Giovanna Procacci (université de Modène), Frédéric Rousseau (université Paul Valéry-Montpellier III), Philippe Salson (université Paul Valéry-Montpellier III), Arndt Weinrich (German Historical Institute, Paris), Thomas Weber (University of Aberdeen – Harvard University), Blaise Wilfert (ENS Ulm).