Thuillier, Alphonse (1896-…)

1. Le témoin

Né en 1896 dans une nombreuse (17 enfants) famille rurale du pays de Caux (Seine-Maritime), titulaire du certificat d’études, Alphonse Thuillier est manœuvre lorsqu’il est incorporé en 1916, à 18 ans, au 94e RI. Il passe du temps au dépôt et en camp (Rennes), arrive au front en décembre, et combat notamment au Chemin des Dames en 1917.

2. Le témoignage

Il prend des notes quotidiennes qui forment la base de ce texte écrit bien plus tard, lorsque l’auteur est à la retraite.

Mes mémoires de soldat. Un bleuet du 94e RI, Rouen, 1981, 195 p., illustrations.

Cote B.N.F. : 8-LN27-93550

3. Analyse

Dans ce texte simple et riche, on trouve peu de jugements sur la guerre, mais des préoccupations concrètes, ainsi de nombreuses anecdotes sur l’hygiène, l’alimentation, la vie de camp et de cantonnement, l’attente de la démobilisation. Les rapports sociaux au front (altercations, jalousies, camaraderie liée à l’origine géographique) sont largement décrits. Un des intérêts du texte est d’émaner d’un soldat « bleuet » de la classe 1916, qui rejoint le front dans les dernières années de la guerre.

Quelques extraits :

La découverte des combats le 16 avril 1917 : « je ne me rappelle pas de leurs noms mais nous les jeunes cela nous avait touché, c’était la première fois que nous voyions des morts à la guerre et comme nous les connaissions, cela nous faisait encore plus de peine. » (49)

Le dérapage dans la violence : « une chose qu’il est triste à rappeler, mais c’était la guerre et avec l’exaltation de la poudre, l’on ne peut peut-être pas répondre de tous ses actes (…) ils firent « Kamarade » en levant les bras, mais exaltés par la fureur avec laquelle ils avaient tiré dans le dos des nôtres, le Lieutenant Defaix nous dit: « Tirez, mais tirez, n’en laissez pas », nous tirons sans épauler, même sur ceux qui sortaient de la sape les bras en l’air, peut-être tirions-nous à plusieurs sur le même » (72-73)

A un camarade nommé ordonnance d’un officier : « maintenant tu as le filon, tu feras l’attaque dans le P.C. » p. 78

Fatalisme : « quand l’un de nous était marqué de la mort, il ne pouvait y fuir » (79)

Altercation, quand un Lieutenant bouscule un sergent : « « si vous n’aviez pas vos galons, je vous remettrais à votre place », le Lieutenant lui répondit : « S’il n’y a que cela, je suis ton homme ! », il déboutonna sa veste, la défit, et ils allaient s’empoigner, les Officiers qui étaient là les empêchèrent de se battre. » (80)

André Loez, avril 2008

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