Cassagnau, Ivan (1890-1966)

1. Le témoin

Ivan Cassagnau et son frère jumeau Marcel, sont nés à Sainte-Radegonde (Gers) le 11 novembre 1890. C’est son grand-père, instituteur, qui élève Ivan et lui donne une solide éducation classique, sanctifiée par le bac, obtenu en 1907. A 19 ans, il s’engage par amour des chevaux dans l’artillerie mais ne pourra y faire carrière comme officier. C’est donc au grade d’adjudant-chef que la guerre le trouve. Il venait de se marier en mai 1914 et son épouse décèdera en couches à l’été 1917, lui laissant un fils, Jules. Il est donc chef de la 30e batterie de renforcement du 57e régiment d’artillerie de campagne de Mirepoix, dans l’Ariège. Sa campagne l’emmène en Alsace le 17 août 1914. Il participe alors à la campagne des Vosges, (août-septembre 1914) puis connait la Meuse (1914 à 1916) l’armée d’Orient (1917-1918) puis le retour en Champagne (avril 1918). Sa guerre s’achève en convalescence pour paludisme. Mais elle se poursuivra sur les théâtres extérieurs (Orient, Roumanie, Bulgarie, Palestine, Egypte) jusqu’à Noël 1920. Il continuera sa carrière militaire après s’être installé dans les Vosges, à Raon-l’Etape, où il épousera sa seconde femme, Marie Ferry. En 1924, il quitte l’armée et devient employé de banque puis de papèterie. Il décède à Raon-l’Etape le 22 février 1966 et est enterré à Saint-Jau, hameau du village natal.

2. Le témoignage

Ivan Cassagnau, Ce que chaque jour fait de veuves. Journal d’un artilleur. 1914 – 1916. Paris, Buchet-Chastel, 2003, 139 pages, non illustré, portrait en couverture.
L’auteur a tenu ses carnets dès le 20 août 1914, et repris ses souvenirs entre 1934 et 1942. La publication a été mise en forme par sa petite-fille, Florence, auteure elle-même et présentée par son petit-fils, Nicolas. Souvenirs hachés et sommaires, le journal d’Ivan Cassagnau fournit au lecteur une vision épisodique de la Grande Guerre dans une chronologie ponctuelle, dictée par les grandes heures, tragiques ou anecdotiques et diversement diluées. L’auteur se souvient des grandes lignes de sa guerre en Alsace et en Lorraine, voyageant ainsi entre journal et souvenirs. Ainsi, il fait le bilan de ses premiers jours de guerre le 20 août 1914 à Heiwiller en Alsace pour reprendre sans transition à Anglemont en Lorraine. Là, par tableaux, il évoque plutôt que ne décrit la bataille de la Chipotte, ponctuant de quelques dates le mois de septembre 1914, pourtant si intense dans les Vosges. On le retrouve sous Saint-Mihiel où l’année 15 s’écoule par bribes, d’anecdotes en descriptions. C’est Verdun qui déclenche véritablement l’intensité d’un récit en prise directe avec la boucherie. Ivan Cassagnau en fait un récit qui n’est plus ponctué que par deux dates : février 1916, début de l’enfer et 9 avril 1916, date de sa blessure. Entre celles-ci, est un long tableau des souffrances universelles, des bêtes et des hommes, du paroxysme de la lutte d’artillerie où plus rien ne compte que la résistance, jusqu’à la mort de l’ennemi. La préface filiale sur l’inconnu initiatique d’un enfant sur la Grande Guerre est agréable et opportune. L’est aussi le titre, tiré d’une citation d’Ivan Cassagnau (page 119). Au final, cet ouvrage révèle un témoignage ténu et mal daté mais intense et correctement présenté.

3. Résumé et analyse

Ivan Cassagnau est artilleur quand débute la Grande Guerre et c’est par un retour sur sa jeune vie qu’à Heiwiller, en Alsace, alors que sont déjà tombés nombre de jeunes soldats, il débute son carnet de guerre le 20 août 1914. Ils lui semblent déjà loin, les premiers jours de la mobilisation de la 30e batterie du 57e régiment d’artillerie, partie de Toulouse le 9. Débarqué à Belfort le 17, il constate bientôt les premières traces de la guerre, au moment où il entre en territoire pas tout à fait ennemi ; en Alsace reconquise. Comme souvent, le baptême du feu est terrible, mélange de pagaïe, d’impuissance, d’impréparation, d’inefficacité et d’inutilité ; la batterie n’a pas tiré un coup de canon. Ce baptême est subi ; rien de glorieux dans cette opération d’Alsace bien vite avortée. Rembarquée à Belfort ; la batterie de Cassagnau débarque dans les Vosges, à Lachapelle-devant-Bruyères et prend position à Anglemont, au nord-est de Rambervillers ce 24 août. La bataille des frontières est engagée et c’est très vite, le second baptême du feu, donné celui-ci. Dès lors, les heures s’accélèrent et le temps manque pour coucher sur le calepin cette terrible bataille de Chipotte qu’il couvre d’acier. Les Allemands ont déjà donné leur nom aux artilleurs de 75 ; les « bouchers noirs » (page 24). Le 4 septembre, l’ennemi reflue, battu, suivi par l’artilleur qui goûte quelques jours de relatif repos dans une ferme de Laneuveville. Il y remarquera une jeune fille triste qui deviendra après guerre son épouse. Pour l’heure, il est déplacé au sud de Saint-Mihiel, à Varnéville où il prend corps avec la guerre de position et la lutte d’artillerie, mélange de missions statiques et d’attente ponctuée. Le temps s’étire ainsi dans une inactivité d’immédiat arrière front ; un temps de séances de photographies et de mascottes.

Février 1916 l’affecte dans la forêt de Esnes-en-Argonne, à l’ombre du Mort-Homme, où « la batterie dévore littéralement les munitions » dans cette frénésie d’artillerie qui couvre d’une chape d’acier tout le front de la bataille de Verdun. Pièces, hommes et bêtes soufrent dans un commun calvaire et Ivan Cassagnau prend plus qu’ailleurs corps avec une guerre mutée en boucherie sans âme. On laisse gémir les blessés car la batterie doit tirer, même réduite à une seule pièce d’un seul servant ! Sans repos, sans roulement possible, au mépris des taux d’usure des pièces, la grande bataille d’artillerie dure jusqu’au mois d’avril quand le front devant Esnes cède. Ivan Cassagnau voit les Allemands avancer « lentement mais irrésistiblement ». La batterie est sacrifiée, il faut se faire tuer sur place. Il sort son revolver, prêt à défendre chèrement sa vie quand sa chair est atteinte de plusieurs shrapnels. Il est évacué au château d’Esnes, achevant ainsi un martyr qu’il ne dépeindra plus désormais par l’écriture. Les souvenirs d’Ivan Cassagnau s’achèvent sur une blessure – encore est-il sauvé par son livret et son carnet de notes (page 124) – qui termine son récit sur le front de l’ouest. Quelques pages résumant la Grande Guerre clôturent ce « journal d’un artilleur ».

Au détour des pages, il évoque les tirs amis (page 39), l’espionnite, à laquelle il ne veut pas céder (pages 42 et 59), la mort prémonitoire (pages 54 et 122), la folie d’un Marsouin, attaché et emmené à l’ambulance (page 54), le bruit de l’obus « comme si le ciel était peuplé de chats sauvages » (pages 62 et 77). Il décrit la naissance de l’artisanat de tranchée (page 82) et ses accidents (page 95), évoque la dotation, le 27 juin 1915, des premiers casques Adrian « dont le port nous cause des migraines » (page 97), la réprobation du soldat devant la création du censeur postal (page 99), l’horreur de la tranchée, botte et pied portemanteaux (page 101) et les soldats attaquants à la gnôle (page118).

4. Autres informations

La mort d’Ivan Cassagnau dans Parlange, Anne, Petite, Moyenmoutier, Edhisto, 2008, 287 pages.

Yann Prouillet

La conversation {7 commentaires}

  1. ANZIANI {Mercredi 9 décembre 2009 @ 12:39 }

    Bonjout

    Quand Ivan Cassaniau a été évacué sur le château d’Esnes, mon grand-père Elie Cyprien MONTEUX y était médecin
    Y aurait-il par hasard, mention de ce dernier dans les souvenirs de votre soldat ?
    Merci de votre réponse
    Cordialement
    Roselyne ANZIANI

  2. Prouillet Yann {Samedi 9 janvier 2010 @ 7:38 }

    Chère madame Anziani,
    je vous remercie de l’intérêt porté à cette recension et vous prie de m’excuser du délai mis à vous répondre.
    Voici sa relation de son évacuation au château d’Esne :
    « … Un jeune médecin-major vint à moi, lut mon billet d’hôpital, me fit de suite une piqûre antitétanique, puis me dit gentiment de me caser où je pourrais et d’attendre tranquillement ».
    Yvan ne nomme pas ce médecin et est ensuite évacué sur Froidos où était la gare d’évacuation. La vision assez suréaliste du château d4esne fait une bonne page dans son manuscrit original.
    Etait-ce votre aïeul ?
    Bien à vous
    Yann Prouillet

  3. anziani roselyne {Vendredi 29 janvier 2010 @ 10:03 }

    Bonjour

    Merci de votre réponse
    Je viens de recevoir les états de service de mon grand-père, il y a deux citations avec des dates précises, dont une de février 1916 qui pourrait correspondre
    Dommage que le nom ne soit pas cité
    Elie Cyprien MONTEUX avait 26 ans en 1916, il était médecin major au 3ème RI premier bataillon

  4. Marc Brasseur {Mercredi 17 mars 2010 @ 11:43 }

    Monsieur bonjour,
    Je viens de recevoir après une longue attente le feuillet matricule de mon grand père Armand Baptiste Marius Bonnemaison , qui fait état d’une citation datée du 2 Mars 1916 au 57e Rac , et de sa mutation au 218e Rac le 1er avril 1917 Je cherche des renseignements pour ma mêre àgée de 90 ans afin de lui faire la surprise de lui donner les lieux les plus exacts possible où a combattu son père et je suis un peu perdu car je n’ai pas plus de précisions , en particulier sur la batterie dans laquelle servait mon grand père et je procède à tatons . Mon grand père a recu ensuite 2 autres citations lors de sa présence au 1er groupement d’aérostiers,ou il a été muté le 298février 1918, l’une le 22 juillet 1918 et l’autre le 31 octobre 1918.
    Auriez vous l’extrème amabilité de vérifier si le nom de mon grand père ne figure pas par hasard dans les documents que vous possédez ?
    Grand merci d’avance en tous cas et j’espère à bientôt.
    .

  5. Marc Brasseur {Mercredi 17 mars 2010 @ 11:45 }

    J’ai omis de vous dire que Armand Bonnemaison avait aux dates précitées le grade de Maréchal des Logis

  6. laurent cardonnet {Samedi 10 avril 2010 @ 10:35 }

    à l’attention de Roselyne Anziani,

    je suis étudiant en médecine, je réalise une thèse sur les médecins ‘morts pour la France’. Le nom de votre grand-père figure dans le livre d’Or du Val-de-Grâce avec les deux citations à l’Ordre datant de la première guerre mondiale, de plus il est inscrit à l’Ordre de la division au titre de la Résistance (la citation n’est pas fournie).
    Quelles étaient ses activités au sein e la Résistance ?
    Mort pour la France le 4 décembre 1947 ‘de maladie contractée en service comamndé’ (sic), quelle fut la cause de son décès ou fut-elle contractée.

    En vous remerciant des renseignements que vous pourrez me fournir.

    Laurent Cardonnet

  7. anziani roselyne {Lundi 24 mai 2010 @ 1:13 }

    A l’attention de Laurent Cardonnet
    Bonjour
    Je ne m’attendais pas à une suite à la conversation et je découvre votre message aujourd’hui
    Vous pouvez m’écrire en bal perso pour me donner des détails sur votre travail
    anziani.roselyne@wanadoo.fr
    Je pourrai vous donner des détails
    A très bientôt
    Cordialement
    Roselyne ANZIANI

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