Papillon, Marcel (1889 – 19..)
lundi 09 mars 2009 à 13:25
1. Le témoin
Aîné d’une famille de six enfants, Marcel Papillon est né en 1889 à Vézelay. Son père est cantonnier chef. Après une brillante scolarité, comme en témoignent les Prix de fin d’année, Marcel devient clerc de notaire à Vézelay. Mobilisé dès les premières semaines de la guerre, il est affecté au 356e Régiment d’Infanterie. Démobilisé le 8 août 1919, Marcel Papillon, alors sergent fourrier au 22e régiment d’infanterie coloniale, envisage de s’engager pour cinq ans de plus. Il s’oriente finalement vers les chemins de fer et sera, pour plusieurs années « facteur mixte », passant d’une gare à l’autre, en Seine-Inférieure. Il se marie en 1935, à 46 ans, à Paris avec Odette Rouchaud. Il termine sa vie à Saintes, en Charente-Maritime, où il prend sa retraite en 1947.
2. Le témoignage
Dans leur préface, Madeleine et Antoine Bosshard, racontent comment, après avoir acquis une maison du bourg de Vézelay, en décembre 1991, habitée depuis 120 ans par des gens modestes, les Papillons, ils découvrirent « un petit paquet, ficelé, de lettres de 1915, puis d’autres encore, et finalement tout le courrier de la famille, de la fin du XIXe siècle aux années 1950 ». Les lettres concernant les années 1914-1918 ont été publiées sous le titre “Si je reviens comme je l’espère”. Lettres du Front et de l’Arrière. 1914-1918 (Paris, Grasset, 2003). Les nombreuses lettres envoyées et reçues par Marcel Papillon sont donc mêlées à celles, entre autres, de ses frères, de sa sœur et de ses parents. On note néanmoins un tarissement à partir de la mort de son frère, Joseph, le 6 novembre 1915.
3. Analyse
Les lettres de Marcel Papillon auraient probablement été suffisamment intéressantes pour justifier d’une publication. Mais le choix d’insérer cette correspondance dans l’ensemble des courriers échangés par la famille Papillon est heureux : il permet de considérer le combattant dans la complexité des liens familiaux. Au fil des lettres, grâce à ces regards croisés, les relations humaines se dévoilent et éclairent ce témoignage sous un jour nouveau.
A ses parents, Marcel ne cache pas la pénibilité de sa vie au front : il ne gomme pas les aspects les plus durs de ses conditions de vie matérielles ou des combats auxquels il participe (p. 113, 124 ou 263). Mais il oscille comme beaucoup de combattants entre besoin de raconter et nécessité de rassurer. Le 31 mai 1915, alors que son frère va rejoindre le front, dans l’infanterie, Marcel écrit : « Chers parents, je vous ai écrit carrément ma façon de penser avec toutes mes récriminations à certains moments. J’ai peut-être eu tord. Car vous avez déjà assez de préoccupations sans cela. Mais c’était plus fort que moi. Maintenant que nous sommes 2 [au front], vous serez encore bien plus sur le qui-vive. » (p. 153) En réalité, les lettres qui suivent montrent qu’il ne renoncera pas réellement aux récits saisissants de sa vie au front.
La complexité des liens familiaux apparaît également avec ses frères, à commencer par Joseph, dans la cavalerie. Joseph est nettement moins exposé que Marcel. Ils ne vivent pas la même guerre. Marcel écrit ainsi à ses parents, le 17 mai 1915 : « je vois que Joseph ne sera jamais si heureux que pendant la guerre, car il n’a jamais connu la misère. Son emploi vaut une fortune. Ce n’est pas comme nous, pauvres misérables » (p. 145). Le déchirement de Marcel à l’annonce de la mort de Joseph, fin 1915, est douloureux. Lui qui était jusqu’ici compréhensif à l’égard de l’ennemi est assailli par un désir de vengeance. Le 27 novembre 1915, il écrit à ses parents : « quel malheur. Je ne m’attendais pas à une pareille nouvelle. Je suis consterné. Je n’ose pas y penser. [...] Son silence ne m’inquiétait pas outre mesure, car j’avais reçu une carte de lui datée du 22 [octobre] dans laquelle il me disait : « je monte aux tranchées pour quelques jours seulement, car je dois aller au dépôt pour travailler. Je passerai l’hiver tranquille. » Et voilà, maintenant il n’a plus besoin de rien ! Ignoble race de boches. Je ne sais ce que l’avenir me réserve. Mais si l’occasion s’en présente, il n’y a pas de pardon, je le vengerai. »
Son regard sur Lucien est celui d’un grand frère bienveillant : lui qui se met régulièrement en colère contre les embusqués incite son frère à choisir une arme moins exposée que l’infanterie. Le 25 septembre 1914 : « Pour Lucien, quoi de neuf ? Qu’il s’évite d’aller dans l’infanterie, car ce n’est pas encourageant. » (p. 40) Plus tard, il se réjouit de sa « fine blessure » (p. 220) et l’encourage à prolonger sa convalescence le plus possible et à revenir au front dans une arme moins exposée. Le 9 novembre 1915, il lui écrit : « tu ne me dis pas si on t’a retiré ton éclat d’obus. Si tu l’as encore, tâche de tirer au cul avec ça. Après ta permission, tu retourneras sans doute au dépôt. Essaie d’y rester un moment. Mais quand tu verras que ton tour approche, tu pourrais choisir un régiment en partant comme volontaire lorsque l’on demandera un renfort, de préférence un régiment de réserve. [...] Si étant au dépôt, on demandait des hommes pour le génie (pour rester en France) ou pour apprendre la mitrailleuse (la mitrailleuse, c’est un bon filon) tu n’as qu’à demander. » (pp. 238-239)
C’est d’ailleurs de Lucien que Marcel se rapproche le plus dans les souffrances quotidiennes, le désir d’échapper au front et de voir la guerre se terminer (p. 155), cette guerre qu’il qualifie de « guerre de cent ans » (p. 182). La lassitude le gagne et il tente de limiter ses souffrances, se réjouissant de trouver un « bon filon » comme le 24 septembre 1915 : « je suis dans la tranchée avec les copains. Seulement je suis tantôt près du capitaine, tantôt au téléphone pour transmettre les ordres. Et au lieu de rester dans la tranchée à me faire geler la nuit et le jour, je suis dans une solide cabane et j’ai l’avantage de pouvoir dormir une partie de la nuit. » (p. 210)
Ainsi replacé dans son contexte familial, le témoignage de Marcel Papillon apparaît sous un jour nouveau qui augmente considérablement son intérêt et sa richesse. Un exemple à suivre.
08/03/2009
Marty Cédric.

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