Rousseau, Louis (1853-1936)

Louis-Théophile Rousseau naît à Mortagne-sur-Sèvre en Vendée. Il a 10 ans quand un parent lègue à l’évêché de Luçon une somme d’argent pour financer la scolarité d’un membre de la famille. Il entre au petit séminaire de Chavagnes-en-Paillers et commence des études. Elles lui permettent de s’extraire d’un milieu très modeste.
Ordonné prêtre en 1876, il poursuit sa mission religieuse à travers le département ; enseignant au petit séminaire des Sables-d’Olonne (1875-1878) et au collège Saint-Joseph de Fontenay-le-Comte (1881-1887), vicaire à Challans (1878-1881), curé de Saint-Cyr-des-Gâts (1887-1894) puis aumônier du lycée de La Roche-sur-Yon en septembre 1894 jusqu’à sa retraite en 1926.
Reconnu pour son sens du dialogue et son ouverture d’esprit, il s’intègre dans une ville marquée par le radical-socialisme. C’est un des premiers érudits à étudier l’histoire ancienne de La Roche-sur-Yon tout en écrivant pour son plaisir, des œuvres théâtrales, des poèmes ou des chansons.

L’abbé Rousseau, un témoin privilégié des événements locaux et nationaux

Le lycée de La Roche-sur-Yon, comme d’autres établissements de la ville, accueille des blessés dès août 1914. L’abbé Rousseau devient aumônier des hôpitaux militaires. Du 1er août 1914 (annonce de la mobilisation de l’armée française) au 24 juin 1919 (peu avant la signature du traité de Versailles), Louis Rousseau rédige ses observations de manière quasi quotidienne. Il recueille témoignages et documents auprès des soldats blessés ou permissionnaires, de prêtres, d’anciens élèves ou de professeurs.
Ses « Mémoires de la Guerre » comprennent 11 cahiers rédigés à la main et illustrés de lettres, photographies, articles de presse, caricatures ou insignes patriotiques. Il ne se voit pas comme un historien, étudiant les faits avec recul, mais comme un chroniqueur qui réunit des documents pour les générations futures. L’ensemble comporte près de 3000 pages qu’il destine à son neveu Pierre Lerat (secrétaire au ministère de la Guerre en poste à Paris puis à Rome).

Nous suivons l’abbé à travers ses activités et ses déplacements. Il décrit les réactions de son entourage face aux événements (entrée en guerre, morts, méfiance envers les réfugiés…), au bouleversement du quotidien (hausse des prix, rationnement…) et à la lassitude d’un conflit qui ne finit pas…Il participe aux cérémonies officielles (remises de décorations, revues), aux manifestations au profit des blessés, des prisonniers (conférences, concerts…). Il fait aussi appel à son cousin, le peintre René Rousseau-Decelle, qui exécute des gravures patriotiques.
Louis Rousseau exprime son attachement envers ses proches (anciens élèves, voisins) et leurs familles, il n’hésite pas à donner son opinion. A travers les articles de La Croix et du Journal, il commente la vie politique française (mort de Jaurès, Union Sacré, chutes de ministères), les événements mondiaux (émeutes berlinoises, révolutions russes), la montée vers une guerre totale (industrie, armement, censure…). Il pense également à l’après-guerre (coût de la reconstruction, paix boiteuse). Il approuve la IIIe République mais s’insurge contre un système parlementaire qui affaiblit le pays et il souhaite revoir le catholicisme au premier plan.
Il admire le courage des combattants de toutes conditions, unis par la guerre et réprouve les politiciens, les planqués, les « méridionaux » ou les profiteurs.
La guerre est un mal envoyé par Dieu pour éprouver un pays éloigné de la foi par les lois de sécularisation. L’abbé observe le mouvement visant à placer la République sous le patronage du Sacré-Cœur. Les miracles de la Marne, de Verdun ou les visions de la jeune Vendéenne Claire Ferchaud sont pour lui autant de preuves que le combat de la France est juste, que Dieu est de son côté.
«Les Mémoires de la Guerre » témoignent de la Première Guerre mondiale sous des aspects variés, à travers le prisme d’un religieux, patriote, qui accepte la République. Le discours est propre à son milieu (antisémitisme, anglophobie, paternalisme, thème de la dégénérescence de la France…) et oublie les personnalités, groupes et événements contraires à ses opinions (rien sur le Comité industriel local, le maire Lucien Génuer est un simple « incapable »).
Ces cahiers montrent aussi le rapport de la population avec l’information (communiqués, presse, rumeurs) et « l’efficacité » de la censure. Des employés de ministères, des PTT ou des soldats de retour du front donnent des nouvelles (voire des documents) au simple abbé vendéen qu’est l’abbé Rousseau. A noter des sujets plus anecdotiques comme des réflexions sur le rôle social du prêtre ou un bulletin météo quotidien…

Les archives de Louis Rousseau

Les « Mémoires de la guerre » font partie du « Fonds Abbé Louis Rousseau », coté 16Z, conservé aux Archives municipales de La Roche-sur-Yon. Il comprend 50 articles, des documents allant de 1895 à 1936 pour un total de 0,90 mètre linéaire.
Les 11 articles des « Mémoires de la guerre » côtoient ses cours d’instruction religieuse au lycée de La Roche-sur-Yon et un travail d’érudition sur la Vendée ; conférences (préhistoire, langue régionale, coiffes…), ouvrages (La Roche-sur-Yon, ses origines : Saint Lienne et son prieuré, Au 93e régiment d’infanterie : hommage et souvenir…). On y trouve des documents familiaux (état-civil, photographies) ainsi que l’œuvre littéraire de l’abbé. Il y a des romans (Le moulin Coudrin, roman des bords de la Sèvre nantaise…), du théâtre (Gilles de Retz, poète et mousquetaire…) et de la poésie (Fleurs de Vendée…).
Des documents émanant de l’abbé Rousseau sont aussi conservés dans d’autres fonds (Association des anciens élèves et professeurs des lycées Herriot et Pierre Mendès-France : 4Z / Société Philarmonique : 8Z / Fonds Potier : 11Z).

Archives municipales de La Roche-sur-Yon :
archivesmunicipales@ville-larochesuryon.fr – 02 51 47 48 27
http://archives.ville-larochesuryon.fr/

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