Glannes, André (1894-1916)

« Au moment de rentrer en campagne, j’ai besoin plus que jamais de l’assistance divine. » C’est par ces mots que débute le carnet de guerre d’André Glannes, jeune séminariste lot-et-garonnais né à Tonneins le 19 janvier 1894, partant au front en avril 1915. D’abord simple soldat puis caporal au 7e RI de Cahors avant de rejoindre le 20e RI de Marmande en octobre 1915, il décède des suites de blessures reçues à Verdun en première ligne en juillet 1916, un an après avoir connu le feu. Il laisse à sa famille un carnet rouge dans lequel il a retranscrit ses impressions à partir de son départ vers le front. Son récit est marqué tout à la fois par ses convictions chrétiennes et par un souci de raconter simplement ce qu’il vit. Les références à Dieu, à l’épreuve, au martyre se croisent souvent, alors que le jeune André dit se battre parce qu’« on attaque [ses] croyances ». La guerre apparaît pour lui comme un temps de régénérescence (13 juin 1915). André reste d’abord en retrait de la ligne de feu jusqu’en septembre 1916, notant sporadiquement quelques faits saillants dans lesquels pointe l’amertume d’une attente forcée : « On dirait qu’il est écrit que jamais je ne mettrai les pieds dans les tranchées » (26 septembre 1915). La guerre se résume alors à une pesante « vie de cantonnement », quelques observations des populations et des modes de culture (2 juin1915), au bruit lointain du canon. La découverte des tranchées le plonge dans une « vie nouvelle, faite de peines, de fatigues, d’angoisses, de périls, de privations », mais qui exalte sa foi et sa croyance en la protection divine. Sa foi l’aide à tenir et parfois à exprimer quelque compassion pour l’ennemi.
Dans la Somme, à Arras, puis près de Nancy, il note par intermittence, lorsqu’il en a le loisir, les épisodes qu’il juge remarquables : ses rencontres avec son frère ; le troc développé avec les civils ; la rencontre avec les cadavres pourrissant sur le champ de bataille ; les Méridionaux comparés à des « produits alcooliques » ; l’importance des duels d’artillerie sur lesquels les fantassins n’ont pas de prise ; les relèves pleines d’imprévus qui énervent les hommes. Le 31 décembre 1915, il lance aux Allemands, « en boche », une « Bonne année, vieilles charognes » après qu’un « Gunt Jahr » soit parti des lignes allemandes, et c’est le colonel qui, trouvant la nuit trop calme, fait tirer le 75 et les crapouillots. André exprime son ressentiment envers les Allemands lorsque des camarades tombent près de lui : « Désormais entre eux et moi, ce sera à la vie, à la mort », écrit-il en avril 1916. Et c’est bien la mort qui l’attend quelques semaines après son arrivée à Verdun. Avant cela, un passage par la Marne oblige les fantassins à se souvenir : « Le cafard s’empare de tous ceux qui ont fait la Marne en 1914 » (27 avril 1916). Cette remarque montre combien il est nécessaire d’appréhender les expériences combattantes en prenant en compte l’épaisseur des mémoires plurielles élaborées durant le conflit.
Le témoignage d’André Glannes, tout en offrant des indices précis et précieux du quotidien des fantassins « au ras du sol », souligne combien les facteurs de la ténacité doivent être recherchés dans de nombreuses directions. Sans que le type de soutien moral de ce fervent chrétien soit généralisable à l’ensemble des combattants.
Alexandre Lafon
* Alain Glayroux, Portraits de Poilus du Tonneinquais 1914-1918, Tonneins, La Mémoire du Fleuve, 2006, p. 65-123.

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