Goutte, Henri (1891-1921)

Les frères Goutte naissent à Rochefort (Charente-Maritime) dans une famille originaire des Vosges. Leur père est militaire dans l’infanterie de marine, ce qui explique la naissance de ses deux fils dans la cité navale : Henri, le 16 juin 1891 ; Georges, le 2 novembre 1893. Le témoignage des deux frères est publié par Marie-Françoise et Jean-François Michel, sous le titre Georges et Henri de Bassigny, La Grande Guerre des frères Goutte 1914-1917 (Châtillon-sur-Saône, 1999, 183 p.) Voir la notice Goutte Georges.
Henri entame une carrière militaire et aspire à entrer dans l’aviation, mais il est affecté comme sous-lieutenant à une compagnie de mitrailleuses du 233e RI dans la Grande Guerre et il est fait prisonnier près de Douaumont le 23 février 1916. Il ne semble pas avoir tenu de carnet de guerre mais relate son expérience du front, sa capture et son évasion dans un court récit (36 pages) daté du 21 février au 14 avril 1916. Après son évasion, il revient sur le front.
Il débute son récit le 21 février 1916 à Louvemont (Meuse) où il « s’attend depuis plus de 15 jours à une attaque de la part des Boches ». À 7 h 15, « ça y est ! c’est l’attaque, il n’est pas trop tôt ». Il tient deux jours avant que son poste de mitrailleuse soit submergé, qu’il soit désarmé et fait prisonnier. De camp en camp, il se retrouve aux sources du Danube, à quelques dizaines de kilomètres seulement de la Suisse. Dès lors, il n’a qu’un objectif, l’évasion. Le 6 avril 1916, en compagnie des sous-lieutenants Billiet et Tréhout, il parvient à fausser compagnie à ses gardiens au cours d’une promenade et à passer la frontière. Les trois officiers sont accueillis en véritables héros puis rapatriés le 10 avril. Le 12, ils débriefent au ministère de la Guerre et Henri Goutte reprend le métier des armes. Son récit s’achève le 14 avril 1916 alors qu’il est en permission.
Le témoignage d’Henri se situe dans un triptyque combat-claustration-évasion rapidement brossé. La partie combat comprend trois dates, du 21 au 23 février 1916 (soit 5 pages), relatant l’attente anxieuse d’une attaque sous la voûte de l’artillerie. Sa capture est rapide et elle lui sauve la vie : « En 10 secondes, nous sommes désarmés. Je n’ai pas eu le temps de sortir mon browning. Aussitôt, nous sommes emmenés. Les Boches nous font franchir notre reste de tranchée et nos débris de fils de fer. Je suis dans une rage indescriptible. Mais que vois-je ? Des tuyaux, et au bout de chaque tuyau, un Boche à plat ventre, dans un trou à peine ébauché, la lance sous le bras. Ce sont des pétroleurs. Ils étaient prêts à nous envoyer des liquides enflammés et à nous rôtir comme de simples poulets. J’ai eu froid dans le dos. »

Yann Prouillet

Photo d’Henri Goutte dans 500 Témoins de la Grande Guerre, p. 234.

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