Appel à communications Minorités, identités régionales et nationales en guerre 1914-1918 Colloque interdisciplinaire et international organisé à Corte (Corse) par le Musée de la Corse les 19 et 20 juin 2014

[English version below]

En 1914, la guerre entraîne des millions d’hommes vers des horizons nouveaux dont beaucoup ne reviendront pas. Composées en majorité de simples citoyens ayant endossé l’uniforme, des armées s’affrontent au nom de nations au sein desquelles résonnent et s’entremêlent différents modèles de patriotisme, de nationalisme et d’identités sociales. Si depuis quelques années, la recherche historique, aussi bien nationale qu’internationale, s’intéresse de plus en plus aux témoignages précieux de ces hommes ordinaires ballotés par le flux et le reflux d’événements qui les dépassent, l’attention sur les « groupes » (une notion à discuter) régionaux ou nationaux minoritaires, compris comme des entités conscientes d’elles-mêmes, construisant et véhiculant des identités socioculturelles et des expressions patriotiques singulières au sein de leur nation d’appartenance, demeure une clé de lecture aujourd’hui relativement peu étudiée. De fait, il apparaît important de mieux connaître ces groupes, dans leur double dimension sociale et politique, de comprendre leur vision de la guerre, leurs rapports à la nation, au nationalisme et à leurs identités plurielles, parfois concurrentes. Dans un cadre très large, il s’agit d’éclairer les articulations structurant leur(s) identité(s) régionale(s) et/ou nationale(s), au sein de l’entité nationale étatique. D’abord, ces groupes forment-ils des entités sociales homogènes, au sens de repérables et d’objectivables par le sociohistorien ? Comment les individus composant ces groupes sont-ils saisis par la guerre ? Leurs groupes s’en retrouvent-ils renforcés ? Divisés ? Qu’en est-il des Corses mobilisés dans l’armée française ? Quid de la participation des Alsaciens-Mosellans à l’effort de guerre allemand ? Comment se comportent les Italiens du Trentin, les Tchèques, les Slovaques, etc., au sein de l’empire austro-hongrois en guerre ? Le conflit a-t-il été le grand moment de cristallisation du sentiment national ou bien seulement une étape supplémentaire du renforcement des États-nations ? Qu’en est-il d’une France aux identités régionales encore vivaces malgré la laborieuse mais relativement efficace affirmation de l’État ? De l’Italie, dont le processus national est loin d’être achevé en 1914 ? Ou encore des Québécois au Canada ? Comment l’Autriche-Hongrie a-t-elle géré ses minorités à l’arrière et sur le front ? Dans les empires coloniaux, quelles sont les répercussions de la participation à l’effort de guerre national – celui de la métropole coloniale – sur les constructions identitaires des colons et des colonisés ; portent-elles en germe la construction nationale d’États post-coloniaux ?

 

D’une manière générale, que produisent les expériences de guerre des groupes porteurs d’une identité régionale et/ou nationale différente de celle des États qui les mobilisent ? Participent-elles finalement au renforcement de la construction nationale de l’entité étatique ? Au contraire, sont-elles le lit de (nouvelles) résistances ? Comment cela s’exprime-t-il ? Par différentes échelles de solidarité, de la cohésion du groupe primaire de combat (renforcé au début de la guerre par le recrutement régional) aux solidarités régionale et nationale ? Comment ces solidarités interagissent-elles avec les solidarités de classe ou de condition ? L’analyse des constructions et interactions identitaires complexes propres aux diverses minorités engagées dans la Grande Guerre recèle de nombreuses pistes pour la compréhension de ces frontières intra-étatiques peu visibles, redessinées dans la diversité sociale et le brassage national des tranchées.

 

L’échelle nationale, à travers le rapport centre-périphérie, permet une première approche à partir d’axes distincts. Ainsi, sous les angles différents et complémentaires d’une histoire à la fois sociale, politique et culturelle, il s’agira d’étudier les processus de définition et d’autodéfinition des groupes identitaires (minorités nationales, identités régionales, etc.) dans le double cadre de la nation en guerre. Les contributions s’articuleront autour des problématiques suivantes :

–          Comment s’articulent identités régionales et identités nationales dans les processus de mise en guerre de l’État (« mobilisation » des corps et des esprits, expression patriotique, etc.) ?

–          Comment ces identités plurielles résistent-elles l’une à l’autre, se transforment-elles au contact l’une de l’autre, se fondent-elles l’une dans l’autre…, dans le contexte des brassages dans les tranchées, les hôpitaux, les hivernages, les chantiers, les usines, ou lors des permissions (pratiques, expressions, etc.) ?

–          Ces différentes identités renforcent-elles la ténacité des combattants ?

–          Le conflit a-t-il tenu un rôle dans l’apparition ou la structuration d’un sentiment de rejet du sentiment national entre 1914 et 1918 et après-guerre ? A-t-il joué en faveur d’un essor de nationalités jusque-là étouffées ? D’un repli sur les « petites patries » ?

 

Si le colloque porte essentiellement sur une vision « par le bas » du conflit, discuter l’essor ou le repli identitaire revient à évoquer la construction et la postérité politiques de ces identités prises dans la guerre :

–          Quels modes d’administration les États en guerre ont-ils développé vis-à-vis de leurs minorités ? Quelles stratégies identitaires de légitimation de la guerre et de l’État en guerre ont-ils employé ?

–          Comment les politiques étatiques, les élites sociopolitiques locales ou encore les médias régionaux ont-ils cherché, à l’arrière comme au front, à développer le sentiment national et niveler ou reléguer l’expression d’identités différentes ? Des discours aux pratiques, quelle fut l’efficacité réelle de ces procédés ?

–          Enfin, comment les États en conflit ont-ils tenté de jouer sur les identités régionales ou les minorités des nations rivales afin d’affaiblir leurs ennemis ?

 

L’objectif scientifique du colloque repose sur une approche comparée, internationale et interdisciplinaire, de la Grande Guerre.

 

 

Les propositions de communications sont à soumettre en français à : jean-paul.pellegrinetti@wanadoo.fr et sylvain.gregori@wanadoo.fr

Elles ne devront pas excéder 5 000 signes et devront comporter un bref descriptif des sources envisagées. Le dépôt des propositions s’effectuera jusqu’au 31 octobre 2013. Les candidats seront informés de la décision du comité organisateur au plus tard le 31 décembre 2013.

 

Comité scientifique :

Sylvain Gregori (Musée de Bastia, chercheur associé au CMMC. Université de Nice Sophia-Antipolis), Charles Heimberg (Université de Genève), Michel Litalien (Musées des Forces canadiennes et collections historiques, Ottawa, Canada), Julien Mary (Université Paul Valéry-Montpellier III), Jean-Paul Pellegrinetti (Université de Nice Sophia-Antipolis), Frédéric Rousseau (Université Paul Valéry-Montpellier III).

Partenaires :

CMMC (Université de Nice Sophia-Antipolis); CRISES (Université Paul Valéry-Montpellier III) ; CRID 14-18

 

Bibliographie indicative :

Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002 [Imagined communities, 1983]

François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez, Identités troublées. 1914-1918 : Les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Éditions Privat, 2011.

Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 14-18, Pau, Cairn, 2008.

Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006

Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940), Paris, Le Seuil, 2001.

Éric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1992.

Jules Maurin, Armée, guerre, société: soldats languedociens (1899-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard, 2005.

Panikos Panayi, Minorities in Wartime. National and Racial Groupings in Europe, North America and Australia during the Two World Wars, Oxford, Berg, 1993.

Odile Roynette, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000.

Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Paris, Le Seuil, 1999.

Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2004.

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Minorities, regional and national identities at war

1914-1918

 

Interdisciplinary international conference, organized in Corte (Corsica) by the Museum of Corsica, June 19th and 20th 2014

 

In 1914, thousands of men were sent to new horizons from where many of them would not return. Armies were mainly made of average citizens, who took arms and fought in the name of nations. In these nations, different models of patriotism, nationalism and social identities resonated. Since a few years, historical research, at the national and international level, has become increasingly interested in the invaluable testimonies of these ordinary men, tossed by the ebb and flow of events that overwhelmed them. Nevertheless, the study of « groups » -a term to discuss in itself- based on regional or national minorities, and understood as self-conscious entities that built a sense of belonging, has remained the object of lesser attention. Thus, it seems interesting to know better these groups, both in their social and political dimensions, in order to understand their perception of the war, their relationship to national entities and nationalism, and their plural and sometimes competing identities. The articulations structuring their regional and national identity/ies, within the state and national framework, need to be highlighted.

First, did these groups constitute homogeneous social entities that could as such be identified and objectified by social historians? How were the individuals composing these groups taken by the war? Did it reinforce or divide their groups? What about the participation of Corsicans in the French army, or of the inhabitants from Alsace and Moselle in the German war effort? How did behave Italians from Trentino, Czechs or Slovaks within the Austro-Hungarian Empire? Did the war generate a crystallization of national feeling, or was it only a new step in the reinforcement of nation-states? What was the role of still vivid regional identities in France, in spite of its difficult but successful affirmation of the state? What is the situation of Italy, where the nation-building process if far from being over, or that of Quebecers in Canada? How did Austro-Hungary manage minorities at the back and on the front? In colonial empires, what were the consequences of the participation of colonists and colonized in the national war effort of the parent state on their identity building process? Did these consequences nurture the emergence of postcolonial states?

 

In general, what was the outcome of the war experiments of groups whose regional or national identities were different from the states that mobilized them? Did they participate to the reinforcement of the nation building of the state entity? Or on the contrary, did they foster (new) forms of resistance? What were the different ways of expression of these identities: through solidarity, from the cohesiveness of primary groups in the battle, reinforced at the beginning of the war by regional recruitment, to the regional and national levels? How did these solidarities interact with class or condition? The analysis of complex identity interactions and construction, specific to the diverse minorities committed in the Great War opens many directions for the understanding of frontiers within states which remained invisible but were redrawn by social diversity and national mixing in the trenches.

 

The national level, through the center-periphery perspective, suggests a first set of directions. The definition and self-definition of group identity (national minorities, regional identity, etc.), in the context of a nation at war, will be studied under the different and complementary angles of social, political and cultural history. Communications will pay attention to the following questions:

–         How did regional and national identities articulate in the war process and state mobilization (material and psychological mobilization, patriotic expression…)?

–         How did these plural identities resist one another, get transformed through contact or melt, in the intermingling of trenches, hospitals, wintering, public works, factories or leave (practices, expression…)

–         Did these identities reinforce the tenacity of men in combat?

–         Did the war play a role in the birth or development of forms of rejection toward national feelings, between 1914 and 1918 of after the war? Did it play in favor of the rise of nationalities that were quelled until then, or the introverted assertion of local roots?

 

This conference is mainly focused on a perspective from the bottom, but questioning the rise or the withdrawal of identities is also a way to discuss the political construction and posterity of these identities through the war:

–         What kind of administration systems did the States at war develop towards their minorities? How did they use identity strategies to legitimate the war and their action?

–         How did state policies, local sociopolitical elites or regional media try and develop national feelings, at the back and on the front, and kept down the expression of other identities? Were these practices efficient?

–         Finally, how did the States at war use regional identities or minorities in rival nations in order to weaken their enemies?

 

The scientific purpose of this conference is to put forward a compared, international and interdisciplinary approach of the Great War.

 

Communication proposals shall be submitted in French to : jean-paul.pellegrinetti@wanadoo.fr and sylvain.gregori@wanadoo.fr

They shall not exceed 5 000 signs and shall present a brief description of the sources it intends to use. Proposals will be received until October 31, 2013. Candidates will be informed of the organizing committee decision by December 31, 2013.

 

Scientific committee:

 

Sylvain Gregori (Musée de Bastia, associate researcher at CMMC. Université de Nice Sophia-Antipolis), Charles Heimberg (Université de Genève), Michel Litalien (Musées des Forces canadiennes et collections historiques, Ottawa, Canada), Julien Mary (Université Paul Valéry-Montpellier III), Jean-Paul Pellegrinetti (Université de Nice Sophia-Antipolis), Frédéric Rousseau (Université Paul Valéry-Montpellier III).

Associated research centers:

CMMC (Université de Nice Sophia-Antipolis) ; CRISES (Université Paul Valéry-Montpellier III ) ; CRID 14-18.

 

Short Bibliography:

Benedict Anderson, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002 [Imagined communities, 1983]

François Bouloc, Rémy Cazals et André Loez, Identités troublées. 1914-1918 : Les appartenances sociales et nationales à l’épreuve de la guerre, Toulouse, Éditions Privat, 2011.

Rémy Cazals et André Loez, Dans les tranchées de 14-18, Pau, Cairn, 2008.

Jean-François Chanet, L’école républicaine et les petites patries, Paris, Aubier, 1996.

Jean-François Chanet, Vers l’armée nouvelle. République conservatrice et réforme militaire, 1871-1879. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006

Christophe Charle, La Crise des sociétés impériales. Allemagne, France, Grande-Bretagne (1900-1940), Paris, Le Seuil, 2001.

Éric Hobsbawm, Nations et nationalisme depuis 1780, Paris, Gallimard, 1992.

Jules Maurin, Armée, guerre, société: soldats languedociens (1899-1919), Paris, Publications de la Sorbonne, 1982.

Gérard Noiriel, État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Gallimard, 2005.

Panikos Panayi, Minorities in Wartime. National and Racial Groupings in Europe, North America and Australia during the Two World Wars, Oxford, Berg, 1993.

Odile Roynette, “Bons pour le service”. L’expérience de la caserne en France à la fin du XIXe siècle, Paris, Belin, 2000.

Anne-Marie Thiesse, La Création des identités nationales, Paris, Le Seuil, 1999.

Patrick Weil, Qu’est-ce qu’un Français ? Histoire de la nationalité française depuis la Révolution, Paris, Gallimard, 2004.

 

 

 

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