{"id":101,"date":"2008-04-30T09:00:31","date_gmt":"2008-04-30T08:00:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/barruol-jean-1898-1984\/"},"modified":"2021-09-09T17:09:33","modified_gmt":"2021-09-09T16:09:33","slug":"barruol-jean-1898-1984","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/barruol-jean-1898-1984\/","title":{"rendered":"Barruol, Jean (1898-1984)"},"content":{"rendered":"<p>1. &nbsp; <strong>Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en 1898 \u00e0 Apt (Vaucluse) dans une famille dauphinoise \u00e9tablie au Revest-du-Bion (Alpes de Haute-Provence), sur le plateau d&rsquo;Albion, depuis la fin du XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Son p\u00e8re, Gabriel, est m\u00e9decin, install\u00e9 \u00e0 Apt en 1896. En 1914, Gabriel Barruol dirige l&rsquo;h\u00f4pital militaire auxiliaire cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Apt jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s survenu le 19 d\u00e9cembre 1917, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 47 ans.<\/p>\n<p>Jean Barruol, orphelin de m\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 11 ans, effectue ses \u00e9tudes au coll\u00e8ge catholique d&rsquo;Aix o\u00f9 il passe son baccalaur\u00e9at \u00e8s-lettres en 1914 et 1915. En 1916, pouss\u00e9 par sa famille, il effectue une ann\u00e9e de m\u00e9decine \u00e0 Marseille. Sa mobilisation, la guerre, le d\u00e9c\u00e8s de ses parents le d\u00e9tournent finalement de cette profession (lettre du 13 janvier 1919).<\/p>\n<p>La mobilisation&nbsp;: classe 1918, il est affect\u00e9 le 15 avril 1917 (il a 19 ans) au 112<sup>e<\/sup> R.I. de Toulon pour y faire son instruction&nbsp;; du 1<sup>er<\/sup> juillet \u00e0 la mi-octobre, sa compagnie est \u00e0 Eygi\u00e8res, pr\u00e8s de Salon (Bouches-du-Rh\u00f4ne)&nbsp;; puis au 9<sup>e<\/sup> bataillon d&rsquo;instruction du 112<sup>e<\/sup> dans la zone des arm\u00e9es, \u00e0 Toul (Meurthe-et-Moselle)&nbsp;; nomm\u00e9 infirmier le 31 octobre au fort du Vieux-Canton (Toul) pour y assurer le service de sant\u00e9. Le 8 janvier 1918, son bataillon est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Mirecourt (Vosges).<\/p>\n<p>Le front&nbsp;: le 23 mars 1918, son unit\u00e9 est dissoute&nbsp;; ses \u00e9l\u00e9ments sont affect\u00e9s au 411<sup>e<\/sup> R.I., \u00e0 Saulxures pr\u00e8s de Nancy. Le 30 mars, premi\u00e8re mont\u00e9e en ligne entre Bioncourt (Moselle) et Moncel-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle).<\/p>\n<p>D\u00e9but juin 1918, en renfort en Champagne&nbsp;puis sur le front de la vall\u00e9e de l&rsquo;Oise pr\u00e8s de Compi\u00e8gne&nbsp;; \u00e0 partir du 10 juin, en premi\u00e8re ligne durant deux mois&nbsp;; 10 ao\u00fbt, bless\u00e9 et gaz\u00e9 \u00e0 Vignemont&nbsp;; \u00e9vacu\u00e9 sur l&rsquo;h\u00f4pital de Montmorillon (Vienne).<\/p>\n<p>21 septembre, cit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre du r\u00e9giment avec Croix de guerre avec \u00e9toile de bronze (p. 176).<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> septembre 1918, retour au d\u00e9p\u00f4t du 411<sup>e<\/sup> \u00e0 Jaux, pr\u00e8s de Compi\u00e8gne&nbsp;; retrouve son r\u00e9giment en ligne le 23 \u00e0 Fonsommes pr\u00e8s de Saint-Quentin (Aisne)&nbsp;; le 4 novembre, pr\u00e8s d&rsquo;Etreux (Aisne), son r\u00e9giment fait 900 prisonniers et lib\u00e8re Le Nouvion. Le 11, p\u00e9n\u00e8tre en Belgique \u00e0 Robechies pr\u00e8s de Chimay.<\/p>\n<p>5 d\u00e9cembre 1918-25 janvier 1919, le 411<sup>e<\/sup> R.I. se rend en Alsace \u00e0 pied. Barruol est secr\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-major du g\u00e9n\u00e9ral commandant l&rsquo;infanterie divisionnaire.<\/p>\n<p>Occupation de l&rsquo;Allemagne&nbsp;de juillet 1919 jusqu&rsquo;\u00e0 sa d\u00e9mobilisation en avril 1920&nbsp;\u00e0 Neustadt, puis Tr\u00e8ves (Palatinat)<\/p>\n<p>Nomm\u00e9 caporal le 10 octobre 1919.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Impr\u00e9gn\u00e9 par une \u00e9ducation chr\u00e9tienne tr\u00e8s traditionnelle, dans un milieu tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9, Jean Barruol n&rsquo;\u00e9tait en rien militariste, tout au plus patriote comme on pouvait l&rsquo;\u00eatre alors (lettre du 23 janvier 1917), avec le sentiment tr\u00e8s fort, et la fiert\u00e9, d&rsquo;appartenir \u00e0 une vieille et solide famille rurale, qui se doit de faire son devoir et de remplir sa mission (21 nov. 1917&nbsp;; 21 juillet 1918&nbsp;; 26 sept. 1920). Dans les moments les plus difficiles, il sollicite les pri\u00e8res de sa famille, s&rsquo;en remet \u00e0 la Providence&#8230;&nbsp;\u00bb (<em>Cf.<\/em> pr\u00e9sentation de Guy Barruol, p. 8)<\/p>\n<p>2. &nbsp; <strong>Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>D&rsquo;une correspondance fort abondante, l&rsquo;ouvrage (<em>Un Haut-Proven\u00e7al dans la Grande Guerre&nbsp;: Jean Barruol. Correspondance 1914-1920)<\/em>, pr\u00e9sentation par Guy Barruol, Forcalquier, Les Alpes de lumi\u00e8re, coll\u00b0 Les Cahiers de Haute Provence. 1., 2004, 256 pages) ne pr\u00e9sente que des extraits soigneusement choisis par son fils, Guy Barruol. Cependant, m\u00eame si l&rsquo;essentiel de la correspondance concerne la p\u00e9riode cons\u00e9cutive \u00e0 la mobilisation, l&rsquo;\u00e9diteur y a fort judicieusement adjoint quelques lettres adress\u00e9es aux siens par le jeune \u00e9tudiant de 1914 \u00e0 1917. Quelques reproductions de lettres.<\/p>\n<p>3. &nbsp; <strong>Analyse<\/strong><\/p>\n<p>La guerre au travers des yeux et des oreilles d&rsquo;<strong>un adolescent&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>T\u00e9moin de la mobilisation \u00e0 Aix-en-Provence&nbsp;o\u00f9 il est alors pensionnaire au coll\u00e8gue catholique&nbsp;: \u00ab&nbsp;parfaite et exemplaire&nbsp;\u00bb (3\/8\/14)&nbsp;; constitution d&rsquo;une garde civile&nbsp;: \u00ab&nbsp;ils ont un brassard rouge, un revolver et 25 balles. Ils gardent les ponts et le viaduc nuit et jour&nbsp;\u00bb&nbsp;; (22\/8\/14), \u00ab&nbsp;Aix est rempli de territoriaux et surtout de turcos, car il y a le d\u00e9p\u00f4t de deux r\u00e9giments de turcos. Ils rient, ils abordent les gens. La plupart ont des m\u00e9dailles de la Ste. Vierge \u00e9pingl\u00e9es sur la poitrine, quoique de religion musulmane. Ils disent que c&rsquo;est le \u00ab&nbsp;marabout&nbsp;\u00bb qui les leur a donn\u00e9, c.\u00e0.d. le pr\u00eatre&#8230;&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p><strong>La mobilisation des esprits<\/strong> au coll\u00e8ge&nbsp;catholique d&rsquo;Aix&nbsp;:<\/p>\n<p>24-8-1914&nbsp;: \u00ab&nbsp;M. le sup\u00e9rieur nous lit toujours les communiqu\u00e9s. De m\u00eame on affiche les lettres et cartes des professeurs \u00e0 l&rsquo;ennemi, \u00e0 la grande \u00e9tude, et l\u00e0 nous pouvons les lire \u00e0 loisir ainsi que le petit Marseillais, aussi affich\u00e9. Nous avons m\u00eame dans notre \u00e9tude, devinez quoi&nbsp;!&#8230; Un hideux b\u00e9ret de soldat allemand. Il est gris avec un liser\u00e9 rouge, et porte sur le devant une horrible cocarde aux couleurs de la Germanie&nbsp;!&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup>\/11\/14&nbsp;: \u00ab&nbsp;M. le sup\u00e9rieur nous a demand\u00e9, il y a quelques temps, la liste de nos parents \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, pour en faire une statistique&nbsp;: je vous ai envoy\u00e9 la liste que je lui ai remise \u00e0 ce sujet&nbsp;: elle est \u00e9loquente et nous pouvons \u00eatre fiers&nbsp;!&nbsp;[&#8230;] Avez-vous vu d&rsquo;ailleurs la fa\u00e7on dont on a fait d\u00e9guerpir les Prusses, pr\u00e8s d&rsquo;Ypres&nbsp;? \u00c7a a \u00e9t\u00e9 fort comique&nbsp;: on a ouvert les digues, qui ont inond\u00e9 leurs taupi\u00e8res. Ils en ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits \u00e0 fuir pr\u00e9cipitamment sous le feu de nos canons, tout en barbotant comme de parfaits canards.<\/p>\n<p>Voulez-vous que je vous raconte une histoire d&rsquo;Allemands&nbsp;? la voici. Nous avions avant la guerre, comme professeur d&rsquo;allemand, un prussien, un vrai prussien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Herr professor Butmann&nbsp;\u00bb&nbsp;! Bien entendu la guerre d\u00e9clar\u00e9e, on n&rsquo;a plus entendu parler de lui \u00e0 Aix&nbsp;: figurez-vous que ce matin, M. le Sup\u00e9rieur re\u00e7oit une lettre du dit Butmann, officier dans l&rsquo;arm\u00e9e teutonne, dans laquelle il assure \u00e0 M. le sup\u00e9rieur qu&rsquo;il retournera, une fois les hostilit\u00e9s finies, apprendre sa belle et sublime langue aux \u00e9l\u00e8ves du Coll\u00e8ge Catholique (sic). On a lu cette lettre en cours, au milieu des cris et de hu\u00e9es, et M. le sup\u00e9rieur a dit qu&rsquo;il y r\u00e9pondrait de la belle fa\u00e7on&#8230;&nbsp;\u00bb [N.B. <em>Cf.<\/em> reproduction de la lettre&nbsp;p. 18: sous la signature, Jean a dessin\u00e9 deux petits drapeaux fran\u00e7ais&#8230;]<\/p>\n<p>29\/11\/14&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Sur une p\u00e9tition des \u00e9l\u00e8ves, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;on lirait des articles se rapportant \u00e0 la guerre au r\u00e9fectoire. Ce sont les philo qui lisent. Comme on a commenc\u00e9 par ordre alphab\u00e9tique, j&rsquo;ai eu l&rsquo;insigne honneur de lire le premier.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>13\/12\/14&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Nous avons depuis qqes. jours ici un b\u00e9n\u00e9dictin anglais d&rsquo;Oxford \u00ab&nbsp;brother Stiven Marhood&nbsp;\u00bb. On l&rsquo;a applaudi fr\u00e9n\u00e9tiquement car comme le dit M. le Sup\u00e9rieur \u00ab&nbsp;il incarne ici la glorieuse Angleterre notre alli\u00e9e&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9tat de guerre suscite une profonde pression sociale<\/strong> qui s&rsquo;exerce sur tous les jeunes gens ayant ou approchant l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;\u00eatre mobilis\u00e9&nbsp;: pour cette raison, le fait d&rsquo;\u00eatre d\u00e9clar\u00e9 \u00ab&nbsp;bon pour le service&nbsp;\u00bb soulage le jeune homme&nbsp;; cela permet notamment de couper court aux rumeurs d&#8217;embusquage syst\u00e9matique des fils de bourgeois (lettre du 23\/1\/17).<\/p>\n<p>Jean est donc <strong>soldat<\/strong> ; pour autant, il ne rejoint pas imm\u00e9diatement le front&nbsp;; gr\u00e2ce \u00e0 son niveau d&rsquo;\u00e9tudes (bachelier, premi\u00e8re ann\u00e9e de facult\u00e9 de sciences), gr\u00e2ce aussi \u00e0 l&rsquo;entregent&nbsp;de son p\u00e8re, docteur, il r\u00e9ussit \u00e0 devenir infirmier&nbsp;: (lettre du 5\/8\/17). Une fois cette situation acquise, toute la difficult\u00e9 est ensuite de conserver une telle affectation. 13\/11\/17&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;on me laissera infirmier, toutefois, tout danger n&rsquo;est pas conjur\u00e9. Je suis \u00e0 la merci du premier ordre venu&#8230;.&nbsp;\u00bb&nbsp;; pour autant, Jean est parfaitement conscient du caract\u00e8re enviable de sa situation. 30\/11\/17&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Comme vous le voyez, en somme mon service est p\u00e9nible et me fait faire plus de gymnastique que si j&rsquo;\u00e9tais dans le rang. Mais on passe ainsi de bons moments lorsque le travail est fini. On n&rsquo;est pas ennuy\u00e9 par les revues incessantes et la foule des grad\u00e9s. On est chauff\u00e9 et dans une bonne chambre. On ne fait plus de marches \u00e9reintantes. On ne porte plus le sac, on ne conna\u00eet plus le fusil. Aussi c&rsquo;est le \u00ab\u00a0filon\u00a0\u00bb. Mais, il faut que je vous dise bien, d\u00e8s que ma Comp. partira, je serai s\u00fbrement revers\u00e9 dans le rang. [&#8230;] Le lieut. Bonnet peut me pistonner ici, mais il ne le pourra plus quand je partirai d&rsquo;ici. Voil\u00e0 exactement o\u00f9 en est la question. Il convient d&rsquo;envisager ma place d&rsquo;infirmier, comme devant durer simplement tant que je serai ici. Le hasard seul pourrait la faire devenir d\u00e9finitive. Aussi, je crois qu&rsquo;il serait sage et pr\u00e9voyant de toujours s&rsquo;occuper de l&rsquo;aviation. Il arrive des accidents&nbsp;: c&rsquo;est vrai&#8230; mais dans la tranch\u00e9e&nbsp;!&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Dans la correspondance de Jean, est perceptible la <strong>tension permanente entre les attentes de l&rsquo;arri\u00e8re<\/strong> (notamment au lendemain du d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re&nbsp;qui fait de lui, l&rsquo;h\u00e9ritier et le nouveau chef de famille, les femmes de sa famille s&rsquo;inqui\u00e8tent particuli\u00e8rement) <strong>et son sens du devoir<\/strong> \u00e0 accomplir, compte tenu de sa naissance et de son rang social. 5\/2\/18&nbsp;; 20\/2\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le renfort dont je vous ai parl\u00e9 hier s&rsquo;est confirm\u00e9 officiellement, et je suis inscrit sur la liste des partants. [&#8230;] au moins, apr\u00e8s la guerre, les gens ne pourront pas me reprocher de ne pas avoir d\u00e9fendu mes propri\u00e9t\u00e9s&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; 20\/3\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] C&rsquo;est pour le 411<sup>e<\/sup> que nous sommes d\u00e9sign\u00e9s. [&#8230;] Je compte en avril, faire une demande pour les \u00e9l\u00e8ves aspirants&nbsp;; j&rsquo;ai qques chances qu&rsquo;elle soit agr\u00e9\u00e9e \u00e0 cause de mes examens (bacc. Et facult\u00e9 de sciences). Si ma demande est agr\u00e9\u00e9e, je suis \u00e0 l&rsquo;abri pour quatre mois. Sinon je t\u00e2cherai de faire mon devoir comme mes devanciers l&rsquo;ont fait&nbsp;: le mieux possible&#8230;.&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/p>\n<p><strong>Jean devient combattant<\/strong> : 2\/4\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Depuis que je suis mont\u00e9 en ligne, le bataillon n&rsquo;a pas eu un seul mort ni un seul bless\u00e9. [&#8230;] Inutile de vous dire que je me pr\u00e9pare \u00e0 faire tout le n\u00e9cessaire pour \u00eatre admis au cours d&rsquo;aspirant. Je suis en train de prendre des renseignements. Blondel d&rsquo;Aix, qui \u00e9tait au coll\u00e8ge, mon excellent ami, est ici para\u00eet-il, aspirant au 411. Je le cherche nuit et jour, mais je n&rsquo;ai pu savoir encore o\u00f9 il se trouve. Si je r\u00e9ussis \u00e0 \u00eatre admis \u00e0 suivre les cours de St-Cyr, ce sera un filon \u00e9patant, c&rsquo;est surtout une affaire de piston&#8230; Si le g\u00e9n\u00e9ral de Lestrac ou le colonel d&rsquo;Izarny \u00e9crivait \u00e0 mon colonel (colonel Chaillot), je serais \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr d&rsquo;obtenir ma demande. Et le commandant Stephani&nbsp;? J&rsquo;y songe beaucoup en ce moment. C&rsquo;est le seul moyen de se tirer de cet enfer. Apr\u00e8s, quand je serais grad\u00e9, la vie de tranch\u00e9es sera cent fois plus douce pour moi, je m&rsquo;en rends compte en ce moment&nbsp;; ce ne sera plus que le purgatoire&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Toutefois, \u00e0 mesure que Jean se rapproche du front et des tranch\u00e9es, son esprit \u00e9volue nettement&nbsp;; devenu combattant au printemps 1918, et tout en continuant de rassurer ses ch\u00e8res parentes, son patriotisme devient de plus en plus actif et assum\u00e9 en conscience&nbsp;: \u00ab&nbsp;Noblesse oblige&nbsp;\u00bb \u00e9crit-il&#8230; En cela, Jean se distingue certainement de nombreux autres t\u00e9moins. 6\/4\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] je vois aussi dans le lointain nos chers pays d&rsquo;origine, [&#8230;] L&rsquo;id\u00e9e que je d\u00e9fends tout cela, ou tout au moins que je souffre pour la d\u00e9fense de tout cela, me soutient dans l&rsquo;accomplissement du tr\u00e8s rude devoir de chaque jour, et j&rsquo;en \u00e9prouve, quand j&rsquo;y pense, une joie infiniment douce. Oui, la souffrance est bonne, je le sens&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 10\/4\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Si nous allions dans l&rsquo;Oise et la Somme vous ne recevrez plus rien de moi, de 8 jours, car para\u00eet-il que l\u00e0-bas, tous les courriers son arr\u00eat\u00e9s. Je ne souhaite pas d&rsquo;ailleurs effectuer ce petit voyage d&rsquo;agr\u00e9ment. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9 j&rsquo;aurai beaucoup de chances d&rsquo;\u00eatre bless\u00e9, et vous savez, une blessure c&rsquo;est le meilleur filon maintenant&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 29\/4\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] il est certain, que d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre, si la bataille du Nord se prolonge, nous irons y coop\u00e9rer. [&#8230;] Il est naturel aussi, que les divisions si \u00e9prouv\u00e9es qui retournent de l\u00e0-bas, soient envoy\u00e9es dans un secteur calme comme le n\u00f4tre, tandis que nous, troupes fra\u00eeches nous irons les remplacer&#8230;.&nbsp;\u00bb&nbsp;; 3\/6\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] On entrera dans la bataille vers le 9 ou le 10 juin, pas avant. On va d\u00e9fendre Paris et livrer la seconde bataille de la Marne, qui esp\u00e9rons-le sera la derni\u00e8re&nbsp;? Je suis avec l&rsquo;abb\u00e9 Sarrab\u00e8re. Plus que jamais courage et confiance in\u00e9branlable en nos saints protecteurs du Ciel. Je suis fier de collaborer \u00e0 la plus grande bataille du monde o\u00f9 vont se jouer les destin\u00e9es de la France&nbsp;!&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 9\/7\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Tr\u00e8s grosse d\u00e9ception&nbsp;!&nbsp;! Notre fameuse rel\u00e8ve n&rsquo;a pas eu lieu \u00e0 la date annonc\u00e9e&nbsp;; ce soir nous montons en ligne&#8230; c&rsquo;est la guerre&nbsp;! la guerre et sa r\u00e9p\u00e9tition quotidienne de sacrifices innombrables. J&rsquo;accepte de tout coeur ce gros sacrifice, pour notre victoire et ma propre conservation. Et j&rsquo;esp\u00e8re que cette acceptation docile sera agr\u00e9able au Sacr\u00e9 Coeur et \u00e0 tous ceux qui du haut du ciel me prot\u00e8gent&nbsp;!..&nbsp;\u00bb. Sa foi, profonde, procure ind\u00e9niablement \u00e0 Jean un soutien v\u00e9ritable et alimente le lien qui le relie \u00e0 sa famille. Ainsi, durant les \u00e9prouvantes journ\u00e9es de la bataille de l&rsquo;Oise, il porte \u00ab&nbsp;le sacr\u00e9 coeur sur la poitrine&nbsp;\u00bb (12\/6\/18)&nbsp;que ses parentes lui ont adress\u00e9 (lettre du 22\/2\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;d\u00e8s que je serai en ligne j&rsquo;en couvrirai ma poitrine, tels les soldats de Charette&nbsp;!&nbsp;\u00bb); d&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les consid\u00e9rations d&rsquo;ordre religieux&nbsp;abondent&nbsp;dans toute la correspondance (messe, pri\u00e8res, d\u00e9votions, voeux, mais aussi d\u00e9clarations de principe en faveur du catholicisme, etc.).<\/p>\n<p><strong>Parall\u00e8lement, Jean se montre particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9 et pr\u00e9occup\u00e9 par les nouvelles en provenance de Russie&nbsp;;<\/strong> il craint une extension du bolch\u00e9visme&nbsp;; dans une lettre du&nbsp;15\/3\/17&nbsp;\u00e0 son p\u00e8re, il \u00e9tablit un lien entre les \u00e9v\u00e9nements de Russie et ceux qui secouent alors Paris&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] voil\u00e0 qu&rsquo;\u00e0 Petrograd, comme \u00e0 Paris, des mouvements int\u00e9rieurs menacent de tout g\u00e2ter. Quelle chose affreuse si l&rsquo;on abandonnait la partie au moment de toucher au but&nbsp;! Je ne suis pas pessimiste, mais je trouve la situation grave. Tout le monde ici \u00e0 Marseille est assez \u00e9nerv\u00e9 par toutes ces nouvelles. Des discussions troubles etc. ont lieu fr\u00e9quemment dans les rues. L&rsquo;esprit populaire est tr\u00e8s surexcit\u00e9. Les nouvelles r\u00e9glementations pour les vivres, et les incommodit\u00e9s des communications y sont pour beaucoup..&nbsp;\u00bb&nbsp;; d\u00e8s lors, l&rsquo;inqui\u00e9tude de Jean ne va plus cesser de cro\u00eetre&nbsp;\u00e0 propos des \u00e9v\u00e9nements de&nbsp;la Russie (11\/11\/17) et de leurs r\u00e9percussions en France, notamment dans l&rsquo;arm\u00e9e&nbsp;; 27\/11\/17&nbsp;; 29\/11\/17&nbsp;; 1<sup>er<\/sup>\/12\/17&nbsp;: \u00ab [&#8230;] devant l&rsquo;anarchie russe je ne puis m&#8217;emp\u00eacher de penser ceci&nbsp;: sous les tsars, Broussiloff fait 400&nbsp;000 prisonniers, sous le \u00ab&nbsp;gouvernement de la r\u00e9publique russe&nbsp;\u00bb comme dit L\u00e9nine, l&rsquo;arm\u00e9e russe se rend, et rend ses prisonniers. Que pensez-vous de tout ceci&nbsp;? Qu&rsquo;en dit-on l\u00e0-bas&nbsp;? Qu&rsquo;en faut-il penser&nbsp;? Ici, je ne vous dis pas ce qu&rsquo;on raconte sur tout cela, car c&rsquo;est terriblement d\u00e9moralisant&nbsp;! La troupe admire la Russie et veut la paix \u00e0 tout prix&nbsp;! Et je ne peux vous en dire plus&#8230; Il y aurait \u00e0 en dire encore. Ah&nbsp;! si on avait \u00e9cout\u00e9 les suggestions de paix de Benoit XV&nbsp;! Elles \u00e9taient honorables pour nous, et nous donnaient l&rsquo;Alsace-Lorraine&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 11\/12\/17&nbsp;; 11\/12\/17 (p. 85)&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Puissions-nous r\u00e9colter la r\u00e9colte de 1918&nbsp;! Car l&rsquo;esprit de la R\u00e9volution souffle partout. En Europe, en France et dans tous les milieux fran\u00e7ais. Jamais les esprits n&rsquo;y ont \u00e9t\u00e9 mieux pr\u00e9par\u00e9s. Attention&nbsp;! attention&nbsp;!&nbsp;! Vous n&rsquo;ignorez pas qu&rsquo;en Russie toutes les propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res et b\u00e2ties sont \u00e0 tout le monde depuis 15 jours. Attention pour nous. Il vaut mieux prendre ses pr\u00e9cautions \u00e0 l&rsquo;avance. L&rsquo;exemple est contagieux&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 22\/5\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] A l&rsquo;heure actuelle, un patriotisme bien entendu consiste \u00e0 man\u0153uvrer diplomatiquement pour la paix et \u00e0 joindre son effort \u00e0 celui du Pape pour cela. Si la guerre se poursuit un an, qu&rsquo;arrivera-t-il&nbsp;? 1&nbsp;000&nbsp;000 d&rsquo;hommes hors de combat en plus, cent milliards de perdus, encore. Le tout pour une paix absolument identique \u00e0 celle que nous pourrions faire maintenant. Je ne crois pas que le temps travaille pour nous, car il aiguille plut\u00f4t le troupier vers l&rsquo;exemple&#8230; de la Russie&nbsp;! C&rsquo;est triste, mais c&rsquo;est frappant. Pour le moment, \u00e9videmment on ne doit avoir qu&rsquo;une pens\u00e9e&nbsp;: repousser la ru\u00e9e boche dans le Nord, mais apr\u00e8s, qu&rsquo;on arr\u00eate, sinon&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 10\/2\/19, Ferrette&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Le tr\u00e8s grand danger, je le r\u00e9p\u00e8te, c&rsquo;est le bolch\u00e9visme. Je vous dirai de vive voix pourquoi, je vous r\u00e9p\u00e8te souvent cela&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 2\/4\/19, Mulhouse&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;]voil\u00e0 quatre jours, le Ministre des Affaires Etrang\u00e8res a d\u00e9clar\u00e9 formellement qu&rsquo;on enverrait personne en Russie, et que notre action anti-bolchevik se bornerait \u00e0 fournir des subsides, des armes, des vivres \u00e0 nos alli\u00e9s, les Roumains et les Polonais. Du c\u00f4t\u00e9 de la France, on parle moins de bolch\u00e9visme.. mais je puis vous assurer que le Commandement fran\u00e7ais s&rsquo;en occupe \u00e9norm\u00e9ment, et que c&rsquo;est un de ses grands soucis de l&rsquo;heure pr\u00e9sente&nbsp;: je suis tenu au secret professionnel, mais n&rsquo;ayez crainte, je puis toujours vous dire que l&rsquo;on prend d&rsquo;excellentes mesures&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>La profonde solitude morale ressentie par Jean Barruol, soldat chr\u00e9tien et monarchiste<\/strong> :<\/p>\n<p>Au Camp d&rsquo;Eygui\u00e8res&nbsp;: 9\/8\/17&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai re\u00e7u hier et aujourd&rsquo;hui les <em>Croix<\/em> [le journal] et les lettres de Can. Continuez toujours \u00e0 m&rsquo;\u00e9crire ainsi, dans la mesure du possible naturellement, m\u00eame si vous n&rsquo;avez rien de nouveau \u00e0 m&rsquo;apprendre, et cela me fera grand bien en chassant le \u00ab&nbsp;cafard&nbsp;\u00bb parfois trop persistant.<\/p>\n<p>Je vous l&rsquo;ai dit souvent&nbsp;: une de mes plus grandes \u00e9preuves ici est ma solitude morale compl\u00e8te. Sans cesse j&rsquo;entends bafouer et blasph\u00e9mer ce que j&rsquo;ai appris \u00e0 craindre, \u00e0 respecter, aimer. Sans cesse on ravale l&rsquo;id\u00e9al dans lequel j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9, l&rsquo;id\u00e9al que je me suis fait de la vie. Je sais bien que j&rsquo;ai pour moi l&rsquo;Ordre \u00e9ternel et immuable et que nos id\u00e9es en mati\u00e8re religieuse et morale finiront bien par \u00eatre confirm\u00e9es avec \u00e9clat. Mais il est dur n\u00e9anmoins de voir le peuple dont on ne voudrait que le bonheur, d\u00e9chirer lui-m\u00eame les possibilit\u00e9s de ce bonheur. Il n&rsquo;aspire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;anarchie dans tous ordres \u00e9tablis et ne voit pas qu&rsquo;ainsi il ne fait qu&rsquo;accentuer sa mis\u00e8re&nbsp;! Dire que ce soir il m&rsquo;a fallu \u00eatre \u00e9loquent pour persuader un soldat apt\u00e9sien que M. Petitcolas n&rsquo;avait pas voulu la guerre&nbsp;! Lui qui a donn\u00e9 un de ses fils pour la patrie&nbsp;! Et ce soldat ne parlait rien moins que \u00ab&nbsp;de le pendre \u00e0 un bec de gaz&nbsp;\u00bb apr\u00e8s la guerre pour le punir&#8230; d&rsquo;avoir voulu la guerre.<\/p>\n<p>On en rirait, et l&rsquo;on en pleurerait aussi&nbsp;! Et bien figurez-vous que de tels propos sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s toute la journ\u00e9e, et assaisonn\u00e9s de mots affreux&nbsp;! Et pas un seul homme ne pense comme moi&nbsp;! Personne \u00e0 qui se confier&nbsp;! L&rsquo;\u00e9glise seule est devenu le refuge o\u00f9 l&rsquo;on retrouve la Paix et la consolation. [&#8230;] L&rsquo;autre grande consolation pour le soldat chr\u00e9tien ce sont les lettres qu&rsquo;il re\u00e7oit de sa famille, lettres qui le retrempent un peu, dans cette atmosph\u00e8re de sentiments et d&rsquo;id\u00e9es, dont il est constamment priv\u00e9. Aussi \u00e9crivez-moi, \u00e9crivez-moi&nbsp;! Envoyez-moi des tracts, des articles, des lettres comme celles de Sr. Ste. Julie tout cela me fait beaucoup de plaisir&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 5\/9\/17&nbsp;; 15\/4\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] J&rsquo;apprends \u00e0 conna\u00eetre ce que c&rsquo;est la solitude morale&nbsp;! Mes nouveaux camarades sont gentils pour moi, mais ne me plaisent n\u00e9anmoins pas du tout. On voit que les quatre ans de guerre qu&rsquo;ils ont tous faits, les ont quelque peu abrutis. Ils sont tous du nord-ouest et ne pensent qu&rsquo;\u00e0 boire du pinard. D&rsquo;ailleurs moi-m\u00eame je ne me sens, je ne sais trop comment, je suis comme \u00e9bahi, par exemple je ne trouve plus tr\u00e8s bien mes mots pour \u00e9crire&nbsp;! Il n&rsquo;y a rien d&rsquo;\u00e9tonnant avec la vie qu&rsquo;on m\u00e8ne, \u00e0 se rapprocher ainsi de la b\u00eate&nbsp;!&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; 23\/4\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Je ne me suis pas g\u00ean\u00e9, il y a qqes jours, pour engueuler dur deux mis\u00e9rables soldats d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es qui chantaient une Carmagnole dix fois plus \u00e9pouvantable que celle que vous connaissez. Comme ils \u00e9taient ivres, ils voulaient me lyncher, mais je les ai fix\u00e9s avec un tel regard et je leur ai parl\u00e9 de la libert\u00e9 de conscience avec de telles menaces (en r\u00e9f\u00e9rer au colonel puisque je sais qu&rsquo;il y a des circulaires qui la garantissent au r\u00e9giment) qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas oser me toucher, car ils sont l\u00e2ches au fond ces gens-l\u00e0. C&rsquo;\u00e9taient deux \u00ab&nbsp;instituteurs la\u00efcs&nbsp;\u00bb. L&rsquo;adjudant a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin (il est pr\u00eatre), et cela a ciment\u00e9 notre amiti\u00e9.&nbsp;\u00bb&nbsp;; 9\/5\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Plus que jamais je crois \u00e0 une intervention divine pour la cessation de cette guerre, et la r\u00e9demption de la France, mais h\u00e9las&nbsp;!&#8230; Aujourd&rsquo;hui, anniversaire de ma Premi\u00e8re Communion, j&rsquo;ai une discussion avec toute mon escouade&#8230; Eh bien, au point de vue religieux et moral la mentalit\u00e9 est effroyable&nbsp;! Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres mots pour l&rsquo;exprimer&nbsp;! L&rsquo;imagination la plus d\u00e9prav\u00e9e ne pourra jamais concevoir les th\u00e9ories et les paroles que j&rsquo;ai entendu \u00e9noncer froidement&nbsp;! J&rsquo;en connais cependant depuis un an que je suis avec les apaches marseillais&nbsp;! C&rsquo;est formidable comme ignorance, b\u00eatise, grossi\u00e8ret\u00e9, cynisme et m\u00e9chancet\u00e9&nbsp;! Sachez que les \u00e9lucubrations de la Taudemps, la d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de la franc-ma\u00e7onnerie, sont bien peu de choses aupr\u00e8s de ce que la majorit\u00e9 ose soutenir ici&nbsp;! Et ce sont des Bretons, des Vend\u00e9ens&nbsp;!&nbsp;!&nbsp;! Les petits fils de La Rochejaquelein&nbsp;! Je sors de cette discussion avec cette id\u00e9e, qu&rsquo;apr\u00e8s la guerre les catholiques ne devront s&rsquo;imposer que par la force. La force de l&rsquo;organisation, la force de la science, voire la force brutale. Est-ce terrible d&rsquo;en arriver l\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Cette solitude est \u00e0 rapprocher de ce qu&rsquo;\u00e9crivait Robert Herz dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 sa femme, le 1<sup>er<\/sup> janvier 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vois-tu, les catholiques et les socialistes seuls savent pourquoi ils se battent. Les autres ont seulement un excellent fond de patience et de bonne humeur, mais leur raison paysanne proteste contre la guerre et refuse son assentiment&#8230;&nbsp;\u00bb (<em>Cf.<\/em> <em>Un ethnologue dans les tranch\u00e9es. Ao\u00fbt 1914-Avril 1915. Lettres de Robert Hertz \u00e0 sa femme Alice<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9es par Alexandre Riley et Philippe Besnard, pr\u00e9faces de Jean-Jacques Becker et Christophe Prochasson, Paris, CN.R.S. \u00e9ditions, 2002, p. 175.)<\/p>\n<p><strong>Discipline<\/strong> : au d\u00e9p\u00f4t divisionnaire du 411<sup>e <\/sup>: 25\/3\/18 \u00ab&nbsp;[&#8230;] Il y r\u00e8gne une discipline de fer. Deux de mes camarades de la classe 18 \u00e9tant rentr\u00e9s hier au soir 3 minutes apr\u00e8s l&rsquo;appel ont re\u00e7u 15 jours de prison, et ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s aussit\u00f4t en ligne, dans la Cie de discipline pour y purger leur peine&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Prisonniers allemands<\/strong> : 26\/5\/18&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Une de nos patrouilles a fait 4 boches prisonniers cette nuit, juste devant nous Savez-vous ce qu&rsquo;ils faisaient ces boches l\u00e0 quand je les ai vus passer&nbsp;? Ils dansaient tous les 4 de joie&nbsp;! Ils ne pouvaient contenir leur bonheur&nbsp;! C&rsquo;est qu&rsquo;ils en ont encore plus assez que nous, eux&nbsp;!&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Alsace<\/strong> : 25\/1\/19&nbsp;: Kotsingen, apprentissage du fran\u00e7ais aux enfants et aux adultes&nbsp;; 2\/2\/19, Ferrette, expulsion des Alsaciens \u00e0 sentiments germanophiles.<\/p>\n<p><strong>Occupation du Palatinat<\/strong> ; 28\/2\/20, Neustadt&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Ici rien de nouveau. Les boches cr\u00e8vent de faim et de temps en temps ils essayent de piller quelques magasins comme cela s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 Ludwigshafen r\u00e9cemment&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Le 15 f\u00e9vrier 1919, Jean Barruol a r\u00e9dig\u00e9 le r\u00e9cit de sa guerre&nbsp;en 5 pages. On y trouve cette description d&rsquo;un combat contre des porteurs de <strong>lance-flammes<\/strong> non relat\u00e9 dans la correspondance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le 12 juin [1918]&nbsp;devant Antheuil, [&#8230;] les Allemands nous attaqu\u00e8rent \u00e0 jets de liquides enflamm\u00e9s&nbsp;! Ils projetaient la flamme \u00e0 40 m\u00e8tres et provoquaient une fum\u00e9e noire d&rsquo;une \u00e9paisseur extraordinaire&nbsp;: notre fureur et notre acharnement se trouv\u00e8rent port\u00e9s \u00e0 leur comble, et tous les feux de nos fusils converg\u00e8rent vers les porteurs d&rsquo;appareils \u00e0 jets enflamm\u00e9s. J&rsquo;affirme avoir vu un de ces porteurs griller tout vivant&nbsp;; je le vis gesticuler tout enflamm\u00e9 sur la route de Villers \u00e0 Vignemont et s&rsquo;ab\u00eemer consum\u00e9 par les flammes dans le foss\u00e9 de la route&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, avril 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin N\u00e9 en 1898 \u00e0 Apt (Vaucluse) dans une famille dauphinoise \u00e9tablie au Revest-du-Bion (Alpes de Haute-Provence), sur le plateau d&rsquo;Albion, depuis la fin du XVe si\u00e8cle. Son p\u00e8re, Gabriel, est m\u00e9decin, install\u00e9 \u00e0 Apt en 1896. En 1914, Gabriel Barruol dirige l&rsquo;h\u00f4pital militaire auxiliaire cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Apt jusqu&rsquo;\u00e0 son d\u00e9c\u00e8s survenu &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/barruol-jean-1898-1984\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Barruol, Jean (1898-1984)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[170,103,129,13,10,6],"tags":[462,353,928,305,253,631],"class_list":["post-101","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-112e-ri","category-103","category-411e-ri","category-medecin-service-de-sante","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-ivresse","tag-patriotisme","tag-pression-sociale","tag-prisonniers","tag-religion","tag-revolution-russe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=101"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3736,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/101\/revisions\/3736"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=101"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=101"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=101"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}