{"id":102,"date":"2008-04-30T09:00:19","date_gmt":"2008-04-30T08:00:19","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/christophe-victor-1891\/"},"modified":"2021-09-09T17:09:21","modified_gmt":"2021-09-09T16:09:21","slug":"christophe-victor-1891","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/christophe-victor-1891\/","title":{"rendered":"Christophe, Victor (1891- ?)"},"content":{"rendered":"<p>1. &nbsp; <strong>Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 en 1891&nbsp;; jeune paysan, mobilis\u00e9 le 31 juillet 1914&nbsp;au 150<sup>e<\/sup> R.I. en tant que musicien&nbsp;; d&rsquo;apr\u00e8s ces carnets, Victor Christophe v\u00e9cut l&rsquo;essentiel de la guerre \u00e0 proximit\u00e9 du front, c&rsquo;est-\u00e0-dire suffisamment pr\u00e8s pour subir la chute plus ou moins al\u00e9atoire d&rsquo;obus&nbsp;; un certain nombre de ses camarades sont d&rsquo;ailleurs bless\u00e9s ou tu\u00e9s pr\u00e8s de lui&nbsp;; mais son regard et ses commentaires sont ceux d&rsquo;un soldat qui ne connut pas l&rsquo;exp\u00e9rience directe des tranch\u00e9es de premi\u00e8res lignes&nbsp;; ses activit\u00e9s consistent \u00e0 transporter des bless\u00e9s, du mat\u00e9riel&nbsp;; \u00e0 participer aux d\u00e9fil\u00e9s et diverses c\u00e9r\u00e9monies qui \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du front (\u00e0 plusieurs kilom\u00e8tres) s&rsquo;agr\u00e9mentent de musique militaire. Chose \u00e9trange, nous ignorons m\u00eame de quel instrument joue ce musicien&#8230;<\/p>\n<p>Pendant toute la guerre, il ne rejoint son village de Bas-Lieu (canton d&rsquo;Avesnes, Nord) alors en zone occup\u00e9e, que pour une permission obtenue en janvier 1919&nbsp;; pendant l&rsquo;occupation, il passe ses autres permissions \u00e0 Paris (une visite au Havre et \u00e0 Rouen) o\u00f9 se trouvent certains membres de sa famille&nbsp;; il n&rsquo;est d\u00e9mobilis\u00e9 qu&rsquo;en juillet 1919.<\/p>\n<p>2. &nbsp; <strong>Le t\u00e9moignage&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Le texte des carnets de guerre de Victor Christophe a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par Paul Christophe, son fils, pour leur \u00e9dition dans l&rsquo;ouvrage&nbsp;: <em>Journaux de combattants et de civils de la France du Nord<\/em>, introduction et notes d&rsquo;Annette Becker, Villeneuve d&rsquo;Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1998, p. 17-105.<\/p>\n<p>Le carnet couvre irr\u00e9guli\u00e8rement les ann\u00e9es de guerre&nbsp;: l&rsquo;ann\u00e9e 1914 n&rsquo;est renseign\u00e9e que du 30 juillet au 20 septembre&nbsp;; l&rsquo;ann\u00e9e 1915 du 1<sup>er<\/sup> janvier au 25 mai&nbsp;(24 dates seulement sont renseign\u00e9es); l&rsquo;ann\u00e9e 1916 est en revanche beaucoup mieux nourrie&nbsp;(142 dates renseign\u00e9es); l&rsquo;ann\u00e9e 1917 (121 dates renseign\u00e9es)&nbsp;; l&rsquo;ann\u00e9e 1918 (54 dates renseign\u00e9es)&nbsp;;<\/p>\n<p>Notons qu&rsquo;un certain nombre de [&#8230;] laissent \u00e0 penser que certains passages n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 retenus pour la publication. Mais nous ne disposons d&rsquo;aucune information plus pr\u00e9cise \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>3. &nbsp; <strong>L&rsquo;analyse<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e 1914 se caract\u00e9rise par une longue marche commenc\u00e9e avec l&rsquo;offensive de Lorraine qui tourne court&nbsp;: 22-23 ao\u00fbt 1914, bient\u00f4t suivie par la retraite sous une chaleur torride. Puis, \u00e0 partir du 6 septembre, Christophe suit le nouveau mouvement vers l&rsquo;avant. Il parvient le 20 septembre&nbsp;\u00e0 Verdun, cantonn\u00e9 \u00e0 la caserne Miribel. Pour l&rsquo;ann\u00e9e 1914, les carnets rec\u00e8lent une longue liste des communes travers\u00e9es et retravers\u00e9es.<\/p>\n<p>En tant que musicien, ce soldat est affect\u00e9 \u00e0 ce que l&rsquo;on appelle une C.H.R., compagnie hors rang. Pendant que les soldats \u00ab&nbsp;dans le rang&nbsp;\u00bb de son r\u00e9giment, le 150<sup>e<\/sup> R.I. participent \u00e0 la douloureuse et mortelle guerre de tranch\u00e9es, Victor Christophe conna\u00eet la vie de l&rsquo;arri\u00e8re-front&nbsp;qui, sans \u00eatre exempte de tout danger (il y a parfois des pluies d&rsquo;obus meurtriers <em>Cf.<\/em> 13 avril&nbsp;; 30 septembre, 13 octobre 1916) est fort supportable, de l&rsquo;aveu m\u00eame de l&rsquo;auteur des carnets, bien conscient de ses privil\u00e8ges (13 avril 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] ma foi, nous sommes mieux l\u00e0 encore qu&rsquo;en premi\u00e8re ligne&nbsp;\u00bb&nbsp;; 3 octobre 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;Par ce mauvais temps, nous sommes encore des heureux \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nos camarades qui sont en lignes). L&rsquo;ennemi le plus redoutable est souvent le rat qui avec le bruit de la canonnade ou des avions bombardiers emp\u00eache les musiciens de dormir (15 f\u00e9vrier 1916)&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] toute la nuit on pouvait entendre din, din, din, les rats venant mordre le bout de viande et faisant tinter la clochette Et voil\u00e0 comment la guerre se passe le plus agr\u00e9ablement qu&rsquo;il est possible de la rendre, bien que ce ne soit pas toujours possible&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong>Moral<\/strong><\/p>\n<p>On sait que V. Christophe fr\u00e9quente les \u00e9glises, assiste aux messes lorsque son service lui en offre le loisir (par ex. 9 avril 1916) et peut-\u00eatre a-t-il \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un type de discours catholique fort pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-front et \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re&nbsp;; toujours est-il que le 1<sup>er<\/sup> mars 1916, il reprend \u00e0 son compte l&rsquo;id\u00e9e que la guerre et ses souffrances sont une punition&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] la privation aura aboli ces d\u00e9sirs luxueux qui nous faisaient nous plaindre dans l&rsquo;abondance. Trop g\u00e2t\u00e9s nous \u00e9tions, pauvres Fran\u00e7ais&nbsp;!&nbsp;\u00bb&#8230; Mais comme on va le voir, cette tournure d&rsquo;esprit va consid\u00e9rablement \u00e9voluer. Et tr\u00e8s rapidement.<\/p>\n<p>En effet, le moral du jeune homme, paysan sensible au temps qu&rsquo;il fait, aux changements de saison est tr\u00e8s fluctuant&nbsp;; la longueur de la guerre lui p\u00e8se&nbsp;; le 14 mars 1916,&nbsp; dans le secteur de Verdun, mais toujours \u00e0 bonne distance de la ligne de feu, Christophe \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Le canon donne un peu moins en ce moment&nbsp;: et dire qu&rsquo;en ces journ\u00e9es de printemps on se sent si bien vivre et qu&rsquo;\u00e0 quelques kilom\u00e8tres la mort se s\u00e8me \u00e0 flots&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; idem, le 16 mars 1916&nbsp;; \u00e0 nouveau le 2 avril 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;Encore du beau temps&nbsp;! C&rsquo;est malheureux de s&rsquo;entretuer par du temps semblable&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;; et le 9 avril 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dimanche de la Passion aujourd&rsquo;hui. Profitant d&rsquo;un court r\u00e9pit, je vais entendre la messe. Depuis le matin, retentit un formidable bombardement sur notre ancien secteur, le Mort-Homme. Allons, voil\u00e0 que je ne sais plus quoi&nbsp;! On devient un peu dingot dans ce m\u00e9tier, il n&rsquo;y a pas \u00e0 douter&nbsp;! L&rsquo;ancienne existence reviendra-t-elle&nbsp;? On se le demande souvent, surtout en ces jours o\u00f9 l&rsquo;on peut constater et appr\u00e9cier les d\u00e9lices de la vie civile. Enfin, esp\u00e9rons toujours et ne perdons pas courage.&nbsp;\u00bb&nbsp;; les carnets de Victor Christophe t\u00e9moignent de ce que les soldats de l&rsquo;arri\u00e8re-front s&rsquo;adaptent et s&rsquo;accomodent relativement bien de la guerre qui fait rage \u00e0 quelques kilom\u00e8tres&nbsp;; ils am\u00e9nagent leurs nouvelles vies, comme ils am\u00e9nagent leurs logements successifs&nbsp;: le 23 avril 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Apr\u00e8s la soupe, en allant voir quelques musiciens cantonn\u00e9s un peu plus loin, je rencontre Dindin qui m&rsquo;invite \u00e0 boire un quart de vin avec ses camarades. On boit un quart, deux quarts, trois quarts, une gnole, deux gnoles, trois gnoles si bien que je regagne le tas de couvertures qui me sert de \u00ab&nbsp;plume&nbsp;\u00bb, un peu \u00e9mu&nbsp;! Enfin, c&rsquo;est la guerre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>La chute du moral des d\u00e9fenseurs de Verdun&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>La distance vis-\u00e0-vis de la ligne de front proprement dite n&#8217;emp\u00eache pas Victor Christophe de prendre conscience de la chute du moral des troupes combattantes du secteur de Verdun descendues au repos&nbsp;(ici celles attach\u00e9es \u00e0 la 40<sup>e<\/sup> D.I.) et de livrer un certain nombre d&rsquo;indices et de commentaires int\u00e9ressants&nbsp;; \u00e0 nouveau il se montre conscient de l&rsquo;\u00e9cart s\u00e9parant la ligne de feu de la zone arri\u00e8re&nbsp;: 2 juillet 1916&nbsp;; 8 juillet 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sommes toujours au ravin de Boncourt. Les correspondances sont terriblement retard\u00e9es&nbsp;: 60% sont ouvertes [&#8230;]. Pour ma part, ceci ne m&rsquo;\u00e9tonne qu&rsquo;\u00e0 demi&nbsp;: des troupes arrivant d&rsquo;un pareil carnage ont forc\u00e9ment le moral un peu atteint. Je comprends tr\u00e8s bien que des hommes occupant depuis 20 mois un secteur tranquille, cultivant des jardins, pouvant se ravitailler aux villes voisines conservent cette haute pens\u00e9e de la victoire proche et facile. [&#8230;] Mais quand ces m\u00eames hommes sont soumis pendant 3 p\u00e9riodes de 23, 21 et 16 jours \u00e0 un bombardement infernal comme celui de Verdun, eh bien&nbsp;! ceci bouleverse la cervelle (nombreuses d\u00e9sertions), explique un peu la conduite de ces hommes abandonnant leur poste. Il est certain que ces soldats soumis par la pens\u00e9e \u00e0 cette id\u00e9e fixe de se retrouver au milieu d&rsquo;un semblable enfer, auraient travers\u00e9 un peloton d&rsquo;ex\u00e9cution plut\u00f4t que de rejoindre avec leurs camarades. L&rsquo;esprit repos\u00e9, les nerfs calmes, ces malheureux revenaient se rendre comme des \u00e9coliers en faute. Quelles terribles crises le cerveau de ces pauvres aura-t-il travers\u00e9es&nbsp;! Enfin&nbsp;! nous nous devons toujours tout entiers \u00e0 la patrie en danger.&nbsp;\u00bb&nbsp;; 18 ao\u00fbt 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] A midi un sergent du 154 am\u00e8ne un homme d\u00e9serteur de Verdun. Tous ces malheureux regrettent leur acte en pensant \u00e0 leurs \u00ab&nbsp;vieux&nbsp;\u00bb comme ils disent. Pour la plupart au front depuis le d\u00e9but, une minute d&rsquo;\u00e9garement et de non-r\u00e9flexion sous Verdun leur vaut plusieurs ann\u00e9es de travaux publics, quand ce n&rsquo;est pas la mort. Celui-ci s&rsquo;en tire avec 10 ans apr\u00e8s les 21 jours de pr\u00e9v\u00f4t\u00e9, touchant la demi-ration&nbsp;: 21 haricots&nbsp;! dit-il d&rsquo;un air m\u00e9lancolique cuisin\u00e9s par un ma\u00e7on ou un terrassier. Et ni tabac, ni \u00ab&nbsp;pinard&nbsp;\u00bb&nbsp;! Tous veulent racheter leur faute&nbsp;: 3 patrouilles, disent-ils, amenant une citation, plus 3 mois de conduite exemplaire donnent droit \u00e0 la feuille de r\u00e9habilitation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Dans la Somme, le 26 septembre 1916, il est t\u00e9moin d&rsquo;une punition inflig\u00e9e \u00e0 un soldat anglais&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] il est attach\u00e9 \u00e0 la roue d&rsquo;un caisson&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ennemi&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Victor Christophe plaint r\u00e9guli\u00e8rement ses camarades en ligne&nbsp;; le 3 octobre 1916, il plaint aussi ceux d&rsquo;en face&nbsp;: \u00ab&nbsp; Les tranch\u00e9es boches conquises sont enti\u00e8rement boulevers\u00e9es et nos troupes s&rsquo;installent dans les trous d&rsquo;obus. Quoi de plus terrible que la position de ces malheureux sous la pluie et la mitraille et sans aucun abri&nbsp;! Quant aux boches, ils sont au moins aussi malheureux, avec ce que nous leur balan\u00e7ons. Des camarades du 73<sup>e<\/sup> nous disent&nbsp;: \u00ab\u00a0Ces malheureux pr\u00e9sentent un tel aspect d&rsquo;effroi quand ils crient&nbsp; \u00ab&nbsp;Kamarades&nbsp;\u00bb que le plus endurci d&rsquo;entre nous, bien qu&rsquo;exalt\u00e9 par la chaleur de l&rsquo;action, est dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de leur tirer dessus\u00a0\u00bb&#8230;\u00bb&nbsp;; de telles r\u00e9flexions alternent avec d&rsquo;autres plus hostiles (5 ao\u00fbt 1917, 6 novembre 1918&nbsp;).<\/p>\n<p><strong>Emotion patriotique&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>21 janvier 1917, lors d&rsquo;un concert&nbsp;offert aux troupes au repos \u00e0 Maffr\u00e9court, la Marseillaise produit un grand effet sur l&rsquo;assistance&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] tous, officiers et soldats furent litt\u00e9ralement subjugu\u00e9s, hypnotis\u00e9s&nbsp;! rien ne pouvait arr\u00eater ces paroles accompagn\u00e9es de gestes \u00e9mouvants&nbsp;; pas m\u00eame la baguette de notre chef dirigeant la musique. Et biss\u00e9 et applaudi de tous, Goavec dut nous chanter le troisi\u00e8me couplet [&#8230;]. En v\u00e9rit\u00e9, sc\u00e8ne patriotique ne m&rsquo;avait jamais produit semblable \u00e9motion. [&#8230;] Vraiment dommage que le g\u00e9n\u00e9ral soit parti si t\u00f4t. Voici deux bonnes journ\u00e9es pass\u00e9es qui font un peu oublier les mis\u00e8res de la guerre&#8230;&nbsp;\u00bb. A-t-on affaire \u00e0 l&rsquo;expression d&rsquo;un patriotisme \u00ab&nbsp;exalt\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ou \u00e0 une manifestation d&rsquo;explosion nerveuse d&rsquo;hommes ayant \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une forte et longue tension&nbsp;? difficile de trancher. N\u00e9anmoins, V. Christophe observe \u00e0 quel point la guerre p\u00e8se sur les corps et sur les esprits&nbsp;: 22 septembre 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] \u00e0 la longue, apr\u00e8s ces quatre ann\u00e9es, l&rsquo;abrutissement nous gagne. On sent cette fatigue nerveuse en remarquant les camarades s&rsquo;\u00e9nerver , s&#8217;emporter pour un rien&nbsp;: en s&rsquo;\u00e9tudiant bien, on constate que l&rsquo;on fait exactement la m\u00eame chose. \u00d4 guerre&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00e0 l&rsquo;inverse, le 12 novembre 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aujourd&rsquo;hui, premier jour de la paix, hier \u00e9tait le 1561<sup>e<\/sup> de la guerre&nbsp;! On n&rsquo;y croit pas encore&nbsp;! Comme la vie de mis\u00e8res, celle de bien-\u00eatre reviendra peu \u00e0 peu. Mais la physionomie de tous se d\u00e9ride&nbsp;: on s&rsquo;aborde le sourire aux l\u00e8vres&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;offensive Nivelle<\/strong> : Victor Christophe n&rsquo;y prend pas part en premi\u00e8re ligne mais un certain nombre de ses camarades musiciens participent \u00e0 l&rsquo;assaut&nbsp;; ces carnets nous renseignent sur la rapidit\u00e9 avec laquelle les troupes stationn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-front ont per\u00e7u la catastrophe, notamment au travers de l&rsquo;afflux des bless\u00e9s&nbsp;(<em>Cf.<\/em> Antoine Prost, \u00ab&nbsp;Le d\u00e9sastre sanitaire du Chemin des Dames&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> Nicolas Offenstadt (dir.), &nbsp;<em>Le Chemin des Dames. De l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la m\u00e9moire<\/em>, Paris, Stock, 2004, p. 137-151.): entr\u00e9es du 16 avril, 17 avril&nbsp;; 18 avril<em> <\/em>: \u00ab&nbsp;D\u00e8s le matin, nous apprenons que le r\u00e9giment est relev\u00e9. Gurat, Albert et Achille arrivent vers 8 heures, nous confirmant malheureusement les pertes terribles de notre r\u00e9giment et son \u00e9chec en face des positions ennemies redoutables du Mont Sapigneul, non d\u00e9truites par l&rsquo;artillerie. Le 114<sup>e<\/sup> nous rel\u00e8ve. Et la pluie tombe toujours&nbsp;! Par-dessus tout, le canon tonne, terrible&nbsp;\u00bb&nbsp;; 19 avril&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] A partir de 15 heures un roulement de canonnade donne, terrible, sur l&rsquo;ensemble du secteur. Quel carnage effroyable ce doit \u00eatre. A 15 h 30 passe un important peloton de prisonniers&nbsp;: 500, dit-on. Les nouvelles concernant le 150<sup>e<\/sup> ne sont gu\u00e8re encourageantes malgr\u00e9 l&rsquo;entrain des officiers et des hommes. Apr\u00e8s \u00eatre sortis et avanc\u00e9s un peu, les malheureux furent hach\u00e9s par un terrible feu de mitrailleuses. [&#8230;] La C.H.R., le fusil en mains, se pr\u00e9parait \u00e0 repousser les boches&nbsp;: quelle m\u00eal\u00e9e et quel carnage&nbsp;!&nbsp;\u00bb&#8230; 22 avril&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] Et dire que cette h\u00e9catombe eut lieu en 2 heures et demie&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Russes et Russie<\/strong> sont \u00e9voqu\u00e9s \u00e0 trois occasions&nbsp;: tout d&rsquo;abord, &nbsp;V. Christophe essaye d&rsquo;entrer en contact avec des soldats russes pr\u00e9sents au Chemin des Dames (20 avril 1917)&nbsp;mais : \u00ab&nbsp;Pas facile de se comprendre sinon au moyen d&rsquo;un dictionnaire que l&rsquo;un d&rsquo;entre eux sort aussit\u00f4t&nbsp;\u00bb. <em>Cf.<\/em> R\u00e9my Cazals, \u00ab&nbsp;Soldats russes en France. Entre guerre et r\u00e9volution&nbsp;\u00bb, <em>in<\/em> Nicolas Offenstadt (dir.), &nbsp;<em>Le Chemin des Dames. De l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la m\u00e9moire<\/em>, Paris, Stock, 2004, p. 217-225. Ensuite, comme de nombreux soldats, Christophe s&rsquo;inqui\u00e8te des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9volutionnaires qui \u00e9clatent en Russie&nbsp;: 12 septembre 1917&nbsp;: \u00ab&nbsp;La guerre civile \u00e9clate en Russie. Le g\u00e9n\u00e9ralissime marche contre le gouvernement&nbsp;: pauvre Russie&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Le 3 novembre 1917, l&rsquo;\u00e9chec italien de Caporetto est mis sur le compte de la \u00ab&nbsp;crise russe&nbsp;\u00bb&nbsp;; le 18 d\u00e9cembre&nbsp;1917, l&rsquo;armistice sign\u00e9 par les Russes est ainsi comment\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que va-t-il donc sortir de tout ceci&nbsp;? Un gros effort des Allemands va s\u00fbrement \u00eatre donn\u00e9 sur notre front. J&rsquo;esp\u00e8re que nos hauts dirigeants pr\u00e9voient le fait de m\u00eame qu&rsquo;ils obvient pour pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 la formidable invasion a\u00e9rienne ennemie qui aura lieu sans nul doute l&rsquo;an prochain. Eux construisent, nous&#8230; jusque-l\u00e0, avons caus\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00e0 nouveau, une critique \u00e0 peine voil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;endroit des dirigeants fran\u00e7ais. Enfin, le 8 juillet 1919, Christophe s&rsquo;installe au camp de Mailly. Le lendemain il \u00e9voque une derni\u00e8re fois les troupes russes&nbsp;: (9 juillet)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Am\u00e9nagement du cantonnement. 8&nbsp;000 Russes sont ici encore, prisonniers des allemands, lib\u00e9r\u00e9s \u00e0 l&rsquo;armistice. Ils refusent de travailler et m\u00eame de pr\u00e9parer leur nourriture. Une petite r\u00e9volte de leur part a eu lieu ces jours derniers&nbsp;: quelques tanks charg\u00e8rent, para\u00eet-il, des 75 prirent le r\u00e9glage&nbsp;: au bilan 6 ou 7 tu\u00e9s&nbsp;! C&rsquo;est toujours la guerre&nbsp;!&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec du Chemin des Dames, il est notable que le ton de V. Christophe devient volontiers sarcastique, ce qui peut t\u00e9moigner de la baisse de son propre moral&nbsp;; d\u00e8s lors, il \u00e9met de plus en plus de doutes sur le degr\u00e9 de pr\u00e9paration des autorit\u00e9s fran\u00e7aises&nbsp;; le 30 mai 1917, il assiste au mitraillage d&rsquo;une saucisse par un avion allemand&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] L&rsquo;observateur du ballon, sans attendre une seconde, saute avec son parachute et quelques minutes apr\u00e8s (d\u00e9lai que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 expliquer) une flamme jaillit \u00e0 l&rsquo;un des bouts du \u00ab&nbsp;captif&nbsp;\u00bb qui, rapidement consum\u00e9, s&rsquo;abat sur le sol. Encore quelque billets de mille volatilis\u00e9s&nbsp;! Heureusement que nous avons la ma\u00eetrise de l&rsquo;air. Que serait-ce si nous ne l&rsquo;avions pas&nbsp;! Pendant ce temps, nos \u00ab&nbsp;as&nbsp;\u00bb se reposent sans doute&nbsp;!&nbsp;\u00bb Comme s&rsquo;il s&rsquo;en voulait de cette remarque, il conclut par une forme d&rsquo;auto-d\u00e9nonciation&nbsp;: \u00ab&nbsp;(Esprit inf\u00e2me&nbsp;!)&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais d\u00e8s le lendemain, il r\u00e9cidive&nbsp;: (31 mai) \u00ab&nbsp;[&#8230;] Ce soir, nos avions montent la garde autour des observateurs&nbsp;: ce n&rsquo;est pas trop t\u00f4t&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; le 23 juillet (1917), le ton devient franchement acerbe pour ne pas dire subversif&nbsp;: (Verdun) \u00ab&nbsp;22 juillet 1917. Plusieurs cimeti\u00e8res rappellent ici les h\u00e9catombes de l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re. Que de deuils h\u00e9las&nbsp;! accrus tous les jours pour satisfaire l&rsquo;orgueil de quelques d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Quelques semaines plus tard, la visite de cimeti\u00e8res militaires retrempe sa \u00ab&nbsp;haine&nbsp;\u00bb de l&rsquo;ennemi&nbsp;: (5 ao\u00fbt&nbsp;1917): \u00ab&nbsp;[&#8230;] Que de cocardes tricolores repr\u00e9sentant h\u00e9las&nbsp;! autant de morts. Et quand l&rsquo;on voit ces malheureux \u00e9tendus par milliers, ces ruines sur lesquelles ces barbares s&rsquo;acharn\u00e8rent, la raison de l&rsquo;homme le plus paisible commande de faire payer ces mis\u00e9rables&nbsp;\u00bb&nbsp;; mais peu \u00e0 peu, la lassitude de la guerre semble l&#8217;emporter sur toute autre consid\u00e9ration&nbsp;: 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1917&nbsp;: \u00ab&nbsp;40 mois de guerre&nbsp;! Quand donc la fin de cette tuerie&nbsp;?\u00bb&nbsp;; 12 f\u00e9vrier 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] De nouveau, voici la voix qui revient au canon. [&#8230;] Que de barbarie en cette Europe civilis\u00e9e&nbsp;!..&nbsp;\u00bb&nbsp;; 20 ao\u00fbt 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9 sont-ils un id\u00e9al atteint ou \u00e0 atteindre&#8230;&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mutineries<\/strong> : s&rsquo;il a connaissance des \u00ab&nbsp;troubles&nbsp;\u00bb, V. Christophe demeure fort discret dans ses consid\u00e9rations&nbsp;: \u00ab&nbsp;7 juin (1917)&nbsp;: ce matin, les ordres sont chang\u00e9s et nous allons \u00e0 Romigny. [&#8230;] A l&rsquo;arriv\u00e9e, je comprends pourquoi nous ne sommes pas all\u00e9s cantonner \u00e0 Sarcy&nbsp;: tout simplement \u00e0 cause de troubles de troupes cantonn\u00e9es \u00e0 Villers-en-Tardenois. Ces derni\u00e8re ont, para\u00eet-il, mitraill\u00e9 ces jours derniers celles cantonn\u00e9es \u00e0 Romigny. \u00c7a marche, la guerre&nbsp;! Gr\u00e8ve des midinettes \u00e0 Paris&nbsp;: tout s&rsquo;encha\u00eene \u00e0 merveille&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;; pour autant, m\u00eame si ce soldat reste \u00e0 distance de ces troubles, son esprit porte n\u00e9anmoins la marque du \u00ab&nbsp;mauvais&nbsp;\u00bb \u00e9tat d&rsquo;esprit ambiant au lendemain de l&rsquo;\u00e9chec du Chemin des Dames.<\/p>\n<p>Cas de <strong>grippe espagnole<\/strong> (24 septembre 1918).<\/p>\n<p><strong>Enfants de l&rsquo;ennemi<\/strong> : 12 novembre 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;[&#8230;] M. le m\u00e9decin Marceau, de notre r\u00e9giment, a hier, \u00e0 Wadelincourt, accouch\u00e9 une jeune fille de 16 ans \u00bd , d&rsquo;un petit allemand&nbsp;! Nombreux sont les cas semblables&nbsp;\u00bb. <em>Cf.<\/em> St\u00e9phane Audoin-Rouzeau, <em>L&rsquo;Enfant de l&rsquo;ennemi, 1914-1918<\/em>, Paris, Aubier, 1995.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9litement de l&rsquo;arm\u00e9e allemande<\/strong> : 16 d\u00e9cembre 1918&nbsp;: \u00ab&nbsp;S\u00e9jour \u00e0 Faulquemont. On trouve ici beaucoup de choses encore&nbsp;; les magasins sont approvisionn\u00e9s. Les prix varient avec ceux de la France suivant l&rsquo;objet ou la marchandise sont plus ou moins rares. Une habitante nous raconte qu&rsquo;\u00e0 leur d\u00e9part les soldats allemands malmenaient leurs officiers, les d\u00e9gradant, etc. tous n&rsquo;avaient qu&rsquo;un but, rentrer chez eux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Au total, ce t\u00e9moignage d&rsquo;un soldat de l&rsquo;arri\u00e8re-front, malgr\u00e9 sa distance des tranch\u00e9es, malgr\u00e9 son style discret et sans effet, s&rsquo;av\u00e8re utile en ce qu&rsquo;il compl\u00e8te notre connaissance de l&rsquo;exp\u00e9rience sp\u00e9cifique des soldats non combattants&nbsp;qui \u00e0 leur place, fort diff\u00e9rentes de celle des combattants v\u00e9ritables, ont \u00e9galement fait marcher la machine de guerre.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, avril 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin N\u00e9 en 1891&nbsp;; jeune paysan, mobilis\u00e9 le 31 juillet 1914&nbsp;au 150e R.I. en tant que musicien&nbsp;; d&rsquo;apr\u00e8s ces carnets, Victor Christophe v\u00e9cut l&rsquo;essentiel de la guerre \u00e0 proximit\u00e9 du front, c&rsquo;est-\u00e0-dire suffisamment pr\u00e8s pour subir la chute plus ou moins al\u00e9atoire d&rsquo;obus&nbsp;; un certain nombre de ses camarades sont d&rsquo;ailleurs bless\u00e9s &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/christophe-victor-1891\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Christophe, Victor (1891- ?)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[768,102,343,3,17],"tags":[909,919,929,567,438,253,361],"class_list":["post-102","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-150e-ri","category-1991-2000","category-73e-ri","category-carnet","category-militaire-non-combattant","tag-carnage","tag-demoralisation","tag-musicien","tag-mutineries","tag-rats","tag-religion","tag-russes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=102"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3735,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/102\/revisions\/3735"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=102"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=102"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=102"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}