{"id":1021,"date":"2013-01-09T16:48:46","date_gmt":"2013-01-09T15:48:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1021"},"modified":"2021-09-14T19:37:47","modified_gmt":"2021-09-14T18:37:47","slug":"joly-emile-1863-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/01\/09\/joly-emile-1863-1918\/","title":{"rendered":"Joly, Emile (1863-1918)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Toulon le 17 mai 1863, cet avocat, radical-socialiste, s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Mende (Loz\u00e8re) o\u00f9 il s\u2019est mari\u00e9 en 1887 et o\u00f9 il a eu un fils unique, Paul, n\u00e9 en 1889. \u00c9mile Joly est \u00e9lu maire de Mende en 1908 et r\u00e9\u00e9lu en 1912. Il va donc g\u00e9rer les affaires communales pendant la difficile p\u00e9riode de la guerre, tandis que Paul est sous-lieutenant au 81e RI. Du 30 avril 1916 au 14 d\u00e9cembre 1918, \u00c9mile Joly tient les 943 pages de son journal. Il y d\u00e9crit la vie quotidienne, la forte hausse des prix, les foires perturb\u00e9es, les r\u00e9quisitions, les mesures contre la prostitution, les envois de colis aux prisonniers mendois en Allemagne, le remplacement des enseignants par des demoiselles, les paysans qui monopolisent les pi\u00e8ces et refusent les billets de banque, la taxe du prix des pommes de terre qui vide les march\u00e9s, la r\u00e9cup\u00e9ration du cuivre alors qu\u2019on s\u2019\u00e9tait moqu\u00e9 des Allemands lorsqu\u2019ils l\u2019avaient institu\u00e9e\u2026 Il note qu\u2019en 1916 le communiqu\u00e9 officiel n\u2019int\u00e9resse plus la population, que les embl\u00e8mes nationaux marqu\u00e9s du c\u0153ur de J\u00e9sus, abondants au d\u00e9but, ont \u00e0 peu pr\u00e8s disparu, que les \u00e9tablissements d\u2019enseignement sont transform\u00e9s en h\u00f4pitaux, tandis que les cours sont dispens\u00e9s dans des locaux de fortune dispers\u00e9s \u00e0 travers la ville. Le 10 mai 1916, un individu est condamn\u00e9 \u00ab pour avoir vendu et tent\u00e9 de vendre \u00e0 des militaires un liquide ayant la propri\u00e9t\u00e9 de provoquer une \u00e9ruption de boutons d\u2019apparence assez s\u00e9rieuse pour retarder le d\u00e9part au front \u00bb. Le 20 novembre 1916 et les jours suivants, le maire patriote s\u2019\u00e9tonne et s\u2019attriste de voir des permissionnaires \u00ab d\u00e9courag\u00e9s, pessimistes et haineux contre les d\u00e9put\u00e9s, les ministres et le gouvernement \u00bb. \u00ab Ils en ont assez. La campagne d\u2019hiver, dans la neige, sous la pluie, dans la boue et la vermine, fait d\u2019eux des r\u00e9volt\u00e9s. On les plaint, mais on n\u2019a pas le courage de les contredire. \u00bb [Sur la vie \u00e0 Mende pendant la guerre, voir aussi la notice Jurquet Albert.]<br \/>\nD\u00e8s le d\u00e9but, le maire de Mende souligne sa situation peu enviable quand il s\u2019agit d\u2019aller annoncer le d\u00e9c\u00e8s d\u2019un soldat dans une famille. Le 16 juin 1916, il pr\u00e9cise : \u00ab Verdun nous aura co\u00fbt\u00e9 bien cher. Le nombre des Mendois tomb\u00e9s dans cette formidable bataille est d\u00e9j\u00e0 grand, et tout fait pr\u00e9voir qu\u2019il va s\u2019accro\u00eetre encore, car dix familles sont sans nouvelles depuis pr\u00e8s d\u2019un mois. [\u2026] Depuis quelques jours, je vis des heures bien p\u00e9nibles. Je ne sais rien et ces p\u00e8res d\u00e9sol\u00e9s, ces m\u00e8res en larmes, ces s\u0153urs d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, ces \u00e9pouses affol\u00e9es croient que je sais quelque chose et que, par piti\u00e9 pour eux, je ne veux rien dire. En ce moment les fonctions de maire sont cruelles \u00e0 remplir. Il faut consoler ceux dont la douleur est inconsolable. Il faut donner de l\u2019espoir quand on est convaincu que tout espoir est perdu. \u00bb Et, le 16 novembre 1916 : \u00ab Ces jours-ci, les morts vont vite. La Somme nous co\u00fbtera autant, sinon plus que Verdun. \u00bb Un an plus tard, jour pour jour, \u00c9mile Joly pousse un cri de souffrance : il vient d\u2019apprendre la mort de son fils ; il d\u00e9borde de haine contre les Allemands et veut se venger. Il entreprend des d\u00e9marches pour s\u2019assurer que Paul a eu une tombe d\u00e9cente. On lui r\u00e9pond qu\u2019on ne pouvait sacrifier des vivants pour r\u00e9cup\u00e9rer un mort et qu\u2019on a fait ce qu\u2019on a pu. Le p\u00e8re le conc\u00e8de et s\u2019enferme dans sa douleur. Il meurt le 29 d\u00e9cembre 1918, quinze jours apr\u00e8s avoir cess\u00e9 de tenir son journal.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n*Des extraits du journal d\u2019\u00c9mile Joly sont publi\u00e9s par Yves Pourcher dans <em>Les jours de guerre, La vie des Fran\u00e7ais au jour le jour 1914-1918<\/em>, Paris, Plon, 1994. Merci \u00e0 Yves Pourcher et \u00e0 Samuel Caldier pour les renseignements biographiques.<\/p>\n<p>* L&rsquo;ensemble du texte sera publi\u00e9 par Jules Maurin en 2018.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Toulon le 17 mai 1863, cet avocat, radical-socialiste, s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Mende (Loz\u00e8re) o\u00f9 il s\u2019est mari\u00e9 en 1887 et o\u00f9 il a eu un fils unique, Paul, n\u00e9 en 1889. \u00c9mile Joly est \u00e9lu maire de Mende en 1908 et r\u00e9\u00e9lu en 1912. 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