{"id":104,"date":"2008-04-30T09:06:52","date_gmt":"2008-04-30T08:06:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/carossa-hans-1878-1956\/"},"modified":"2021-09-09T17:09:58","modified_gmt":"2021-09-09T16:09:58","slug":"carossa-hans-1878-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/04\/30\/carossa-hans-1878-1956\/","title":{"rendered":"Carossa, Hans (1878-1956)"},"content":{"rendered":"<p>1.   <strong>Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>N\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 1878 \u00e0 Bad T\u00f6lz, en Haute Bavi\u00e8re. Fils d&rsquo;un m\u00e9decin r\u00e9put\u00e9 d&rsquo;origine italienne. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de m\u00e9decine, s&rsquo;installe \u00e0 Nuremberg puis \u00e0 Munich.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement \u00e0 ses activit\u00e9s m\u00e9dicales, il \u00e9crit des po\u00e8mes ; un premier roman : <em>La Fin du docteur B\u00fcrger<\/em> (1913) ; ce \u00ab journal intime d&rsquo;un m\u00e9decin qui, confront\u00e9 aux limites de la science, choisit de se suicider, sera remani\u00e9 en 1930 \u00bb sous le titre : le <em>Docteur Ghion<\/em> (1931) ; puis en 1955 : <em>la Journ\u00e9e du jeune m\u00e9decin<\/em>.<\/p>\n<p>2.   <strong>Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9dition originale de cet ouvrage a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e en 1924 par Inzel Verlag, \u00e0 Leipzig sous le titre : <em>Rum\u00e4nisches Tagesbuch<\/em>. Traduit en fran\u00e7ais en 1938 par Jacques Legu\u00e8be, et publi\u00e9 une premi\u00e8re fois aux \u00e9ditions Grasset et Fasquelle. Publi\u00e9 en 1999, sous le titre <em>Journal de guerre<\/em>, aux \u00e9ditions Bernard Grasset, coll\u00b0 Les Cahiers Rouges, 196  pages. Avant-propos de Jacques Legu\u00e8be.<\/p>\n<p>\u00ab Ce <em>Journal de guerre<\/em> consigne d&rsquo;octobre \u00e0 d\u00e9cembre 1916, parfois heure par heure, l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;auteur, alors m\u00e9decin dans l&rsquo;arm\u00e9e allemande, parti de la baie de somme pour rejoindre le front roumain avec son r\u00e9giment \u00bb (<em>Cf.<\/em> Pr\u00e9sentation, p. III)<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Relations cordiales avec des civils occup\u00e9s : Libermont (France du Nord) : \u00ab Le 4 octobre 1916, je brisai le petit miroir de ma table de toilette. Je voulus m&rsquo;en excuser aupr\u00e8s de la vieille Mme Varnier et lui proposer une indemnit\u00e9. Bien qu&rsquo;elle en fut certainement contrari\u00e9e, elle n&rsquo;en voulut rien laisser para\u00eetre et me r\u00e9pondit en souriant que ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une bagatelle ; [&#8230;] Par bonheur je venais de recevoir de M\u00fcnich un colis de macarons au chocolat que je lui offris. Elle le prit sans fa\u00e7ons et l&#8217;emporta dans ses mains tremblantes.<\/p>\n<p>Plus tard, en retour elle pla\u00e7a sur ma fen\u00eatre un arbuste, une sorte d&rsquo;araucaria qui faisait songer \u00e0 un pin&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9part le 9 octobre 16 : \u00ab [&#8230;] Les vieux Varnier \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9s et habill\u00e9s lorsque je vins \u00e0 la cuisine les remercier et leur faire mes adieux. Ils se d\u00e9fendirent, \u00ab\u00a0on remplit son devoir\u00a0\u00bb me dit avec courtoisie Mme Varnier. Cependant, nous nous sommes cordialement serr\u00e9 les mains. \u00bb<\/p>\n<p>Le repos : \u00ab 5 oct. 16 : Tous nous maudissons d\u00e9j\u00e0 ce pr\u00e9tendu repos avec sa nourriture chiche, ses inspections incessantes, ses exercices, ses appels, ses alertes, et les marques de respect que nous devons donner \u00e0 des uniformes trop neufs. Beaucoup appellent d\u00e9j\u00e0 de tous leurs voeux la vie du front, plus rude et plus dangereuse mais plus digne et plus libre.. \u00bb<\/p>\n<p>Censure du courrier par le lieutenant : \u00ab (8\/10\/16) il ne fallait laisser partir aucune lettre qui puisse laisser supposer l&rsquo;imminente rel\u00e8ve&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Prisonniers fran\u00e7ais : \u00ab (9\/10\/16) Des Fran\u00e7ais en long manteau sombre, les \u00e9paules frileusement serr\u00e9es, s&rsquo;en vont en captivit\u00e9. Quelques-uns de nos jeunes lourdaux s&rsquo;approchent d&rsquo;eux, rassemblent les rares mots fran\u00e7ais qu&rsquo;ils connaissent et voudraient bien savoir ce qu&rsquo;on mange l\u00e0-bas en face, quelle est la solde, si la paix sera bient\u00f4t sign\u00e9e et d&rsquo;autres choses semblables. Les \u00e9trangers ne paraissent pas comprendre, leurs p\u00e2les visages se durcissent, imp\u00e9n\u00e9trables sous la lune. Je ne m&rsquo;\u00e9tonne vraiment pas qu&rsquo;ils ne r\u00e9pondent gu\u00e8re \u00e0 la na\u00efve affabilit\u00e9 de nos Allemands du sud, tels que je les vois, au milieu de leur pays d\u00e9vast\u00e9&#8230; \u00bb (p. 14)<\/p>\n<p>Mauvais esprit : 12\/10\/16 : apr\u00e8s la d\u00e9couverte de fromages pourris et immangeables : \u00ab [&#8230;] le fantassin Kristl d\u00e9charge encore cette fois la mauvaise humeur qui le ronge sans cesse : il propose d&rsquo;envoyer les fromages \u00e0 Spa, pour la table de la cour Imp\u00e9riale. Il a parl\u00e9 assez haut pour \u00eatre entendu par le commandant mais le commandant sait depuis longtemps combien Kristl aimerait \u00e0 \u00eatre engag\u00e9 dans l&rsquo;imbroglio d&rsquo;une poursuite judiciaire et regagner la patrie par le d\u00e9tour de la prison. Il fait mine de ne pas avoir entendu la remarque insolente. \u00bb (p. 17)<\/p>\n<p>Pendant une marche, un homme crie \u00ab Halte \u00bb ; cela cr\u00e9e un incident, le chef exigeant de conna\u00eetre le nom du coupable : \u00ab Si l&rsquo;on cherche \u00e0 voir clairement ce que signifie cet incident on sent que ce n&rsquo;est que l&rsquo;acc\u00e8s aigu d&rsquo;un mal qui nous travaille depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. La guerre entre dans sa troisi\u00e8me ann\u00e9e. Le soldat, souvent sans vocation, nourri maigrement, mal v\u00eatu, mal chauss\u00e9, perd sa r\u00e9sistance nerveuse et sa discipline. Les officiers le savent et laissent, surtout les jeunes, beaucoup de choses aller \u00e0 l&rsquo;abandon, font mine de ne pas entendre des r\u00e9flexions punissables, se disant qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9es m\u00e9chamment et que pr\u00e8s de l&rsquo;ennemi elles se tairont d&rsquo;elles-m\u00eames&#8230; \u00bb (p. 52)<\/p>\n<p>4\/11\/16 : \u00ab Nous sommes rest\u00e9s \u00e0 observer par une petite \u00e9claircie la hauteur de Lespedii que le bataillon doit attaquer pendant les prochaines journ\u00e9es. [&#8230;] et le lieutenant K. exprima mon propre sentiment lorsqu&rsquo;il demanda s&rsquo;il y avait une utilit\u00e9 tactique quelconque \u00e0 sacrifier le sang allemand pour ces mis\u00e9rables masses de pierre. Au nom de Dieu qu&rsquo;on les laisse donc aux Roumains ! L&rsquo;officier d&rsquo;ordonnance regarda le jeune camarade d&rsquo;un air scandalis\u00e9&#8230; \u00bb (p. 78-79)<\/p>\n<p>La colonne s&rsquo;\u00e9gare dans la nuit : \u00ab Par place nous pataugions dans l&rsquo;eau qui entrait avec des gargouillis dans nos bottes \u00e9cul\u00e9es. La 6<sup>e<\/sup> compagnie se d\u00e9tacha de la colonne et s&rsquo;\u00e9gara dans une vall\u00e9e affluente : au bout d&rsquo;une demi-heure, la liaison \u00e9tait reprise par les cris des coureurs et des signaux lumineux. Une fatigue infinie pourrissait les \u00e2mes. Plus d&rsquo;un se mit \u00e0 rugir sa rage et son d\u00e9sespoir : \u00ab Donnez-nous au moins des bottes enti\u00e8res si vous voulez faire une guerre ! \u00bb murmura une voix. \u00ab Ceux qui continuent sont des clowns ! Je reste ! \u00bb brailla une autre. Les officiers ne s&rsquo;inqui\u00e9taient pas de ces appels au d\u00e9sordre. Ils \u00e9taient eux-m\u00eames trop occup\u00e9s de leurs souffrances. Ils savaient bien aussi que les crieurs suivraient quand m\u00eame car il y a moins de fatigues et de dangers en effet pour pour celui qui quitte la colonne sans raison valable, mais de nouvelles souffrances plus d\u00e9shonorantes commencent pour lui.<\/p>\n<p>Dans le lointain obscur deux flammes bleu\u00e2tres. On entend des d\u00e9tonations, un bruit strident et, coup sur coup, deux obus \u00e9clatent sur le gravier. Un homme s&rsquo;affaisse. Le lieutenant S. est bless\u00e9. Nous le pansons aussi bien que nous le pouvons dans l&rsquo;obscurit\u00e9 Ce sont nos signaux qui ont d\u00fb attirer les coups. La d\u00e9fense absolue de faire de la lumi\u00e8re est donn\u00e9e. C&rsquo;en est fini des cris s\u00e9ditieux. Ramen\u00e9s \u00e0 la discipline par l&rsquo;ennemi lui-m\u00eame, les hommes parlent entre eux \u00e0 voix basse. Une sorte d&rsquo;accord r\u00e9solu, coh\u00e9rent, s&rsquo;est \u00e9tabli&#8230; \u00bb (p. 138-139)<\/p>\n<p>Hongrie (Roumanie apr\u00e8s la guerre): secteur de Parajd (Transylvanie), 19 octobre 1916 ; Szentlelek, 21 octobre ; Ottelve, 24 octobre 1916 : \u00ab Autour de la ville a pouss\u00e9 une couronne de tombes nouvelles. Beaucoup de maisons ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites et pill\u00e9es, en bien des endroits on a fait sauter avec des grenades \u00e0 main les rideaux de fer des boutiques. Les Roumains en fuite ont d\u00e9truit les ponts de l&rsquo;Aluta. Maintenant les pionniers prussiens jettent en quelques heures un pont de fortune en bois, hardi, presque \u00e9l\u00e9gant&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Koczmas, 25\/10\/16 ; Esztelnek, 30\/10\/16 ; escalade du Bako Tet\u00f6 le 1<sup>er<\/sup> novembre 16 ; manque d&rsquo;\u00e9quipement hivernal ; soldats aux orteils gel\u00e9s (p. 70) ; montagne de Kishava, 2 nov. 16<\/p>\n<p>Tuer ou ne pas tuer : 2 novembre 1916 \u00ab [&#8230;] Je vois dans la lunette une petite colline rocheuse couverte de beaucoup de broussailles et de quelques arbustes. Tout \u00e0 coup je d\u00e9couvre un groupe entier de Roumains en train de construire un obstacle derri\u00e8re un buisson de gen\u00e9vriers. Je vais avertir l&rsquo;observateur lorsque je ressens une contrainte et je me tais. Je me trouvais pour la premi\u00e8re fois devant le devoir de tuer, car l&rsquo;ennemi qu&rsquo;on \u00e9pargne risque l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s de menacer les n\u00f4tres. Et pourtant, ces hommes, j&rsquo;avais l&rsquo;impression de les tenir dans ma main. J&rsquo;en voyais un bourrer sa pipe, un autre boire son bidon. Ils \u00e9taient s\u00fbrs de n&rsquo;avoir rien \u00e0 craindre et tant qu&rsquo;en effet je me tairais il ne leur arriverait rien. Situation \u00e9trange pour un homme qui n&rsquo;est pas soldat et qui vit \u00e0 peu pr\u00e8s en paix avec lui-m\u00eame&#8230; \u00bb (p. 72-73)<\/p>\n<p>Nouvelles de Vienne : 2 novembre 1916 : \u00ab Il para\u00eet que la Hofburg \u00e0 Vienne est assi\u00e9g\u00e9e jour et nuit par des foules affam\u00e9es qui supplient l&rsquo;Empereur de faire le premier pas pour la paix&#8230; \u00bb (p. 73)<\/p>\n<p>Bosniaques (p. 75); (p. 90) ; Russes (p. 145)<\/p>\n<p>Indices du moral et de l&rsquo;ambiance au sein d&rsquo;une arm\u00e9e multinationale : 12\/11\/16 : [&#8230;] Des troupes autrichiennes traversent la montagne, faisant halte parfois. J&rsquo;ai vu, un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de la for\u00eat, un jeune officier polonais, le visage p\u00e2le, frapper avec son poing ferm\u00e9 aux \u00e9paules et \u00e0 la t\u00eate un Bosniaque plus \u00e2g\u00e9 qui ne paraissait pas comprendre ses ordres. De telles sc\u00e8nes ont d\u00fb se produire par-ci par-l\u00e0 depuis peu de temps dans les arm\u00e9es alli\u00e9es. Cette arm\u00e9e est tellement disparate et tous se ha\u00efssent les uns les autres. Le chef ne sait pas parler et ne comprend pas la langue de sa troupe et il se juge trop distingu\u00e9 pour l&rsquo;apprendre&#8230; \u00bb (p. 91-92)<\/p>\n<p>29\/11\/16 : Chefs autrichiens et allemands se sont disput\u00e9s pour une question de logement : \u00ab A midi, pendant que nous, allemands, isol\u00e9s et hostiles, nous mangions cette viande de conserve dont nous \u00e9tions satur\u00e9s, du pain dur et buvions un caf\u00e9 amer, dans la m\u00eame salle, \u00e0 la table de nos alli\u00e9s le vin coulait et les ordonnances autrichiens, les yeux fix\u00e9s sur nous avec une indiff\u00e9rence et une fixit\u00e9 command\u00e9es, faisaient passer devant nous de beaux r\u00f4tis et des cr\u00eapes&#8230; \u00bb (p. 135)<\/p>\n<p>4\/11\/16 : \u00ab [&#8230;] Soudain nous nous trouvons devant un mort et comme s&rsquo;il nous avait ouvert les yeux, nous voyons maintenant que la for\u00eat est pleine de cadavres. La plupart sont des Roumains, les Autrichiens ayant \u00e9t\u00e9 ensevelis. Ils ont \u00e9t\u00e9 abattus en rangs, autour des hauteurs de Lespedii. Ils portent une casquette \u00e0 deux pointes. [&#8230;] Ils ont tous des uniformes enti\u00e8rement neufs, des demi-bottes taill\u00e9es dans un seul morceau de cuir et tenues en haut par de forts lacets verts qui font dans des oeillets le tour de la jambe&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Ramassage de troph\u00e9es : \u00ab [&#8230;] Nous voyons des bless\u00e9s l\u00e9gers allemands descendre au milieu de la zone mortelle, les uns p\u00e2les et battus, d&rsquo;autres pleins de jactance, attif\u00e9s comme \u00e0 Carnaval de ceintures, de vestes et de d\u00e9corations prises sur les morts ennemis. L&rsquo;un d&rsquo;eux rapporte de la position roumaine un gramophone qu&rsquo;il lui vient maintenant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;ouvrir et de poser sur un rocher. Figaro entonne un grand air et la chanson de Mozart retentit comme la voix d&rsquo;un fou dans ce monde boulevers\u00e9&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>Au poste de secours :<\/p>\n<p>Odeurs : \u00ab [&#8230;] dans l&rsquo;abri, la vapeur de sang devient de plus en plus \u00e9paisse. Cette puanteur animale et gluante exasp\u00e8re et attriste les nerfs, on court sans cesse respirer un peu d&rsquo;air pur&#8230; \u00bb (p. 108)<\/p>\n<p>Bless\u00e9 revenu \u00e0 lui : \u00ab [&#8230;] Le fantassin Pirkl, apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9 pendant deux jours sans connaissance dans le poste de secours a repris aujourd&rsquo;hui un pouls vigoureux, \u00e0 sa dixi\u00e8me piq\u00fbre camphr\u00e9e. Il a recommenc\u00e9 \u00e0 respirer profond\u00e9ment. Compl\u00e8tement revenu \u00e0 lui, il a bu un dernier bidon de th\u00e9 et mang\u00e9 de la viande de conserve. Couch\u00e9 dans ses propres excr\u00e9ments, il se sentit g\u00ean\u00e9 \u00e0 la fin et, sortant aussit\u00f4t pour se nettoyer, il aper\u00e7ut brusquement la croix que son fr\u00e8re lui avait taill\u00e9e. Il y lut attentivement son nom, regarda ensuite dans la fosse ouverte et se frotta longuement les yeux. Puis il se mit \u00e0 rire&#8230; \u00bb (p. 117)<\/p>\n<p>Un soldat commotionn\u00e9 (p. 146-147)<\/p>\n<p>\u00ab [&#8230;] sans cesse des imprudents s&rsquo;offrent aux tireurs ennemis intr\u00e9pides qui sont cach\u00e9s dans les arbres et restent des demi-journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt, avec une patience animale, attendant que quelqu&rsquo;un des n\u00f4tres s&rsquo;oublie et quitte son abri. C&rsquo;est une tactique f\u00e9line pour laquelle aucun soldat au monde n&rsquo;est si mal fait que l&rsquo;Allemand \u00bb (p. 118)<\/p>\n<p>22 novembre 1916 : rel\u00e8ve par la Landwehr prussienne. Repos \u00e0 Kezdi-Almas ; \u00ab [&#8230;] La journ\u00e9e s&rsquo;est pass\u00e9e tranquillement bien que plusieurs hommes fussent venus me trouver, se plaignant d&rsquo;avoir la poitrine oppress\u00e9e. A l&rsquo;auscultation, je d\u00e9couvris de nombreuses stases du coeur. Aucun ne veut aller \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital car chacun compte sur des semaines de repos et se contente de gouttes de val\u00e9riane \u00bb (p. 120)<\/p>\n<p>Femmes : \u00ab [&#8230;] Elle d\u00e9sirait avant tout savoir si les maisons de Hosszuhavas avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites. Elle parut joyeuse lorsque je lui dis que non. Elle me demanda ensuite qui nous avions comme adversaires. Lorsque je lui dis que c&rsquo;\u00e9taient des Russes, elle sourit. Elle me raconta que, dans ce cas, c&rsquo;est \u00e0 peine s&rsquo;ils auraient eu \u00e0 fuir car les Russes ne faisaient aucun mal aux petits paysans et ils avaient plus de respect pour les femmes que les Roumains&#8230; \u00bb (p. 158)<\/p>\n<p>La pression du groupe :<\/p>\n<p>\u00ab [&#8230;] En haut, pendant une courte halte sur un large champ de neige, un fantassin se fit porter malade, &#8211; une des recrues qui nous ont rejoints \u00e0 Palanka. Pendant qu&rsquo;il s&rsquo;approche il doit essuyer les mots cruels des gens de sa section ; l&rsquo;un d&rsquo;eux fait mine de lui barrer la route et ne recule que sur mon ordre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai attendu vingt-huit mois une permission\u00a0\u00bb, s&rsquo;\u00e9crie le vieux Lutz. &#8211; Je suis devenu gris et tordu \u00e0 la guerre et toi tu veux te sauver d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour, poule mouill\u00e9e ! \u00a0\u00bb Un autre raille : \u00ab\u00a0Tiens bon, camarade, tiens bon.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le jeune homme, une petite figure d&rsquo;enfant g\u00e2t\u00e9 sous un casque d&rsquo;acier bien trop grand, explique, en pleurant presque, qu&rsquo;il est engag\u00e9 volontaire pour le front et qu&rsquo;il reviendra aussit\u00f4t qu&rsquo;il sera gu\u00e9ri mais qu&rsquo;il n&rsquo;en peut vraiment plus. On se moque de lui. Son souffle pr\u00e9cipit\u00e9 lance une vapeur blanche dans le froid et ses yeux luisent de fi\u00e8vre ; mais \u00e0 cela les autres ne prennent plus garde. Exasp\u00e9r\u00e9s par la fatigue et leur destin\u00e9e incertaine, ils ha\u00efssent comme un damn\u00e9 celui qui cherche \u00e0 fuir l&rsquo;enfer commun&#8230; \u00bb (p. 168)<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, avril 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin N\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 1878 \u00e0 Bad T\u00f6lz, en Haute Bavi\u00e8re. Fils d&rsquo;un m\u00e9decin r\u00e9put\u00e9 d&rsquo;origine italienne. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de m\u00e9decine, s&rsquo;installe \u00e0 Nuremberg puis \u00e0 Munich. 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