{"id":106,"date":"2008-05-13T08:03:01","date_gmt":"2008-05-13T07:03:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/05\/13\/leroy-georges-1884\/"},"modified":"2021-09-09T17:10:28","modified_gmt":"2021-09-09T16:10:28","slug":"leroy-georges-1884","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/05\/13\/leroy-georges-1884\/","title":{"rendered":"Leroy, Georges (1884- ?)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1.   Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>G. Leroy est instituteur \u00e0 Lewarde (Nord) au moment de l&rsquo;entr\u00e9e en guerre. Le 22 ao\u00fbt 1914, il quitte Lewarde afin d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;avance allemande. Sa fuite le conduit \u00e0 Poitiers o\u00f9 il arrive le 26 ao\u00fbt au soir. Malgr\u00e9 la bataille de la Marne et le recul allemand, le Cambraisis demeure aux mains de l&rsquo;ennemi : ses parents, ses s\u0153urs se retrouvent en zone occup\u00e9e. Georges Leroy occupe alors un emploi d&rsquo;instituteur, d&rsquo;octobre 1914 \u00e0 avril 1917, \u00e0 Poitiers.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir fait ses classes \u00e0 Poitiers, il est nomm\u00e9 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe et fonctionnaire caporal le 15 ao\u00fbt 1917. Il quitte Poitiers le 2 janvier 1918 en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e8ve-aspirant et rejoint l&rsquo;\u00e9cole situ\u00e9e pr\u00e8s du front de Lorraine, \u00e0 Fraisnes. Le 5 juillet 1918, il embarque \u00e0 Rouvres (un trajet en wagon \u00e0 bestiaux, p. 116) ; d\u00e9barquement dans les Vosges, affectation au 264<sup>e<\/sup> R.I. le 6 juillet;<\/p>\n<p>Premi\u00e8re mont\u00e9e en ligne sur le front des Vosges le 20 juillet 1918. Travaux de protection de r\u00e9seaux de tranch\u00e9es. Patrouilles ; apr\u00e8s une permission dans le Midi au cours de laquelle il retrouve son p\u00e8re et sa soeur (sa m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e sans l&rsquo;avoir revu), il retrouve son r\u00e9giment dans l&rsquo;Aube \u00e0 Rance (16 septembre 1918) ; \u00e0 Suippes le 24 septembre. Apr\u00e8s un engagement tr\u00e8s violent pr\u00e8s de la Ferme Navarin le 29 septembre 1918 il est fait prisonnier avec 6 autres soldats.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Le texte des carnets de guerre de Georges  Leroy a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par Yves Leroy, son fils, pour leur \u00e9dition dans l&rsquo;ouvrage : Annette Becker (\u00e9d.), <em>Journaux de combattants et de civils de la France du Nord<\/em>, introduction et notes d&rsquo;Annette Becker, Villeneuve d&rsquo;Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 1998, p. 108-158.<\/p>\n<p>Note de l&rsquo;\u00e9ditrice : \u00ab Parfois, Georges Leroy s&rsquo;adresse \u00e0 un lecteur potentiel, on peut se demander s&rsquo;il n&rsquo;a pas en partie r\u00e9\u00e9crit une partie de ses souvenirs juste apr\u00e8s la guerre, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9mobilis\u00e9 extr\u00eamement tard et qu&rsquo;il a donc pu mettre ainsi \u00e0 profit ses loisirs forc\u00e9s \u00bb (p. 12). Ainsi peut-on lire page 129 : \u00ab Peut-\u00eatre \u00eates-vous curieux de conna\u00eetre l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;un soldat en pareille circonstance&#8230; \u00bb ; par ailleurs, la datation est approximative (par ex. on passe du 18 octobre au 7 novembre)&#8230;<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>25 septembre 1918 : entr\u00e9e en ligne pour la derni\u00e8re bataille, en Champagne, secteur de <strong>Souain<\/strong> : \u00ab Nous touchons des grenades et chacun fait son plein de cartouches. Le Commandant de la Cie nous harangue dans la cour du ch\u00e2teau, il nous recommande d&rsquo;\u00eatre courageux et nous dit que d\u00e8s le lendemain nous commencerons la grande bataille qui de la Belgique aux Vosges doit mettre les Boches en d\u00e9route&#8230; \u00bb (p. 124)<\/p>\n<p><strong>La conscience de la sup\u00e9riorit\u00e9 mat\u00e9rielle alli\u00e9e<\/strong> : \u00ab Nous avons devant nous, sous ce soleil radieux un spectacle grandiose, nous apercevons trois lignes d&rsquo;artillerie \u00e9chelonn\u00e9es \u00e0 environ 2 km de distance et \u00e0 perte de vue. Ces lignes s&rsquo;allongent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;horizon, les canons se touchant presque ; aussi quel vacarme, quel tonnerre continuel ! L&rsquo;artillerie ennemie r\u00e9pond \u00e0 peine&#8230; \u00bb (p. 125) ; id., 27 septembre 1918 (p. 127).<\/p>\n<p>Combats pr\u00e8s de la <strong>Ferme Navarin<\/strong> : 27 septembre 1918 ; Georges Leroy prend part \u00e0 l&rsquo;attaque proprement dite \u00e0 partir du 29 septembre ; l&rsquo;enfer et la solitude du combattant. Ext\u00e9nu\u00e9 par sa course folle, de nuit, sous les balles et les obus, et sous une pluie battante, il reprend son souffle un moment : \u00ab [&#8230;] En ce moment, je pense, je ne puis croire que c&rsquo;est moi qui se trouve en ce lieu. Les balles sifflent sans cesse. Une grenouille vient se poser sur mon bras et j&rsquo;aime son regard paisible et bon, un regard presque humain que je n&rsquo;ai plus coutume de voir, car dans cette obscurit\u00e9, dans ces lieux de mort, on ne se regarde plus. Chacun est tout \u00e0 son devoir, chacun aussi ne semble guid\u00e9 que par l&rsquo;instinct de conservation&#8230; \u00bb (p. 131)<\/p>\n<p>G. Leroy fait part de <strong>visions peu aseptis\u00e9es<\/strong> : 27 septembre 1918, \u00ab ce boyau, accident\u00e9, boueux, nous fait deviner qu&rsquo;il fut le th\u00e9\u00e2tre de luttes r\u00e9centes. Ici nous rencontrons des armes bris\u00e9es, des \u00e9quipements d\u00e9chiquet\u00e9s, des objets les plus divers cribl\u00e9s d&rsquo;\u00e9clats d&rsquo;obus ; l\u00e0, un soulier renfermant encore la chair et les os sanguinolents m&rsquo;attristent bien fort. Plus loin le corps inerte d&rsquo;une jeune soldat barre notre chemin, les pieds disparaissent dans la boue et chacun, en passant, pi\u00e9tine un peu plus ce corps qui, peu \u00e0 peu, sera lui-m\u00eame r\u00e9duit en boue. Ces sortes de spectacles d\u00e9solent profond\u00e9ment et font ha\u00efr plus que jamais la guerre et ceux qui veulent de pareils carnages. \u00bb (p. 126) ; id., le 29 septembre 1918 (p. 132).<\/p>\n<p><strong>La capture<\/strong>. Le 29 septembre 1918 (p. 133), <strong>par des combattants allemands peu haineux<\/strong> : \u00ab Les Allemands nous emmen\u00e8rent et nous font suivre un boyau qui me para\u00eet bien long et dans lequel, h\u00e9las, je rencontre beaucoup de cadavres que je dois enjamber. [&#8230;] La grande pr\u00e9occupation des Allemands est de s&rsquo;informer si nous avons du chocolat dans nos musettes. Les combattants sont tout \u00e0 fait convenables \u00e0 notre \u00e9gard, l&rsquo;un d&rsquo;eux cause un peu le fran\u00e7ais et se montre fort aimable. Il nous laisse nous reposer car pour moi je suis si fatigu\u00e9 que je ne sais si je pourrai sortir de ce lieu&#8230; \u00bb Les capteurs, qui sont des combattants, pansent les bless\u00e9s, et transportent ceux qui ne peuvent marcher jusqu&rsquo;\u00e0 leur poste de secours (p 135). Plus en arri\u00e8re, le comportement de certains allemands est moins honorable : \u00ab \u00c0 Cauroy un officier interroge quelques-uns d&rsquo;entre nous, pendant que des soldats pillards fouillent nos musettes et veulent nous prendre ce qui leur pla\u00eet \u00bb (p. 137) ; un soldat le d\u00e9pouille de sa capote (p. 137).<\/p>\n<p><strong>G. Leroy est un prisonnier peu furieux d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la guerre<\/strong> : \u00ab Sur la route, au fur et \u00e0 mesure que s&rsquo;apaise le bruit infernal, malgr\u00e9 ma tristesse d&rsquo;\u00eatre aux mains des boches, j&rsquo;\u00e9prouve une sorte de satisfaction de me sentir presque en paix dans cette campagne remplie d&rsquo;obscurit\u00e9 et si calme \u00bb (p. 136)<\/p>\n<p><strong>Les camps  d&rsquo;une fin de guerre :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Camp d&rsquo;Attigny,<\/strong> 8 octobre 1918 : surpopulation, faim, soif, absence d&rsquo;hygi\u00e8ne, d\u00e9solent Leroy : \u00ab [&#8230;] Quelles mis\u00e8res. Des Russes, des Italiens dans leurs v\u00eatements en loques et d&rsquo;une salet\u00e9 repoussante sont en train de faire cuire sur des feux de bois leur maigre d\u00e9jeuner. [&#8230;] La plupart sont joyeux cependant, depuis quelques jours, les Allemands les occupent \u00e0 scier les arbres fruitiers de la r\u00e9gion et cela est pour eux le signe d&rsquo;une prochaine retraite et peut-\u00eatre de la grande d\u00e9faite \u00bb (p. 140) ; s&rsquo;y trouvent aussi des Fran\u00e7ais et des Am\u00e9ricains (p. 141) ; Leroy constate le poids croissant de la d\u00e9faite annonc\u00e9e chez de plus en plus de soldats allemands et l&rsquo;\u00e9volution de leur \u00e9tat d&rsquo;esprit (p. 139 et 141). 14 octobre 1918 : les prisonniers sont pris dans le flot de la retraite allemande. Manger devient une question obs\u00e9dante pour les prisonniers ; ils re\u00e7oivent quelques secours de la part des civils ; 17 octobre 1918 : des allemands monnayent cher des suppl\u00e9ments de pain ; d&rsquo;autres offrent g\u00e9n\u00e9reusement du mauvais tabac&#8230; ; \u00e0 plusieurs reprises, Leroy note que la fuite des troupes allemandes s&rsquo;accompagne d&rsquo;un pillage et d&rsquo;un d\u00e9m\u00e9nagement \u00e0 grande \u00e9chelle (p. 143-144)<\/p>\n<p><strong>Camp de Flize<\/strong>, 18 octobre 1918 ; Leroy \u00e9voque \u00e0 nouveau la pr\u00e9sence de <strong>prisonniers russes et italiens<\/strong> (p. 144) ; leur d\u00e9nuement, leur aspect fam\u00e9lique frappent particuli\u00e8rement Leroy ; plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation : tout d&rsquo;abord la longue dur\u00e9e de la d\u00e9tention de ces Russes et de ces Italiens ; mais plus encore les effets d\u00e9vastateurs du blocus alli\u00e9 \u00e0 l&rsquo;endroit des populations des Empires centraux (\u00e0 partir de 1916, la disette frappe particuli\u00e8rement les populations des Empires centraux tant \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avant ; Leroy t\u00e9moigne ici de la difficult\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e par les Allemands pour nourrir leurs prisonniers : p. 138-139) ; on peut y ajouter l&rsquo;abandon sp\u00e9cifique des prisonniers italiens par l&rsquo;Etat italien (<em>Cf.<\/em> Giovanna Procacci, <em>Soldati e progioneri italiani nella Grande Guerra<\/em>, Editori Riuniti, 1993), l&rsquo;incapacit\u00e9 enfin, de la Russie qui est en pleine r\u00e9volution et en guerre civile d&rsquo;assister ses prisonniers de guerre. Les prisonniers fran\u00e7ais, belges et britanniques ont quant \u00e0 eux g\u00e9n\u00e9ralement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des secours de leurs pays respectifs pour att\u00e9nuer les effets de la mis\u00e8re r\u00e9gnant dans les camps allemands. Mais tel ne semble pas \u00eatre le cas des Fran\u00e7ais prisonniers du camp de Flize dans les derni\u00e8res semaines de la guerre : \u00ab [&#8230;] le moral des prisonniers est d\u00e9testable, tous souffrent de la faim et sont devenus inabordables ; ils se refusent ordinairement tout service, se regardent comme des b\u00eates fauves et r\u00e9pondent avec acrimonie m\u00eame aux paroles les plus d\u00e9licates. C&rsquo;est le cas de le dire : \u00ab\u00a0Ventre affam\u00e9 n&rsquo;a pas d&rsquo;oreilles\u00a0\u00bb. D\u00e8s qu&rsquo;une occasion se pr\u00e9sente d&rsquo;avoir des vivres, soit que les civils les donnent, soit qu&rsquo;un Allemand offre un reste de repas, tous se pr\u00e9cipitent sans \u00e9gard pour les personnes qu&rsquo;ils renversent \u00e0 l&rsquo;occasion et d\u00e9vorent ces vivres sans m\u00eame songer aux camarades aussi malheureux qu&rsquo;eux.<\/p>\n<p>A tout instant le pauvre morceau de pain que les plus pr\u00e9voyants et les plus volontaires savent garder dans leur musette dispara\u00eet. Il y a parmi nous des voleurs de pain et c&rsquo;est extraordinaire, avec quelle dext\u00e9rit\u00e9 ils op\u00e8rent.<\/p>\n<p>Pour moi, ma souffrance est grande de voir des Fran\u00e7ais en \u00eatre arriv\u00e9s \u00e0 ce point et de donner un tel spectacle \u00e0 nos ennemis qui sont responsables et \u00e0 voir les mines h\u00e2ves, les yeux presque vitreux, l&rsquo;allure de vieillard des plus jeunes d&rsquo;entre nous et qui maintenant d\u00e9clinent si rapidement, ma haine pour l&rsquo;Allemand ne fait que cro\u00eetre. \u00bb (p. 147) Annette Becker cite ce passage dans <em>Oubli\u00e9s de la Grande Guerre, humanitaire et culture de guerre. Populations occup\u00e9es, d\u00e9port\u00e9s civils, prisonniers de guerre<\/em>, Paris, No\u00e9sis, 1998, p. 102-103. Sur la question des prisonniers fran\u00e7ais, voir Odon Abbal, \u00ab Vivre au contact de l&rsquo;ennemi : les prisonniers de guerre fran\u00e7ais en Allemagne en 1914-1918 \u00bb in Sylvie Caucanas, R\u00e9my Cazals, Pascal Payen, <em>Les Prisonniers de guerre dans l&rsquo;histoire. Contacts entre peuples et cultures<\/em>, Toulouse, Privat, 2003, p. 197-210.<\/p>\n<p><strong>Dans la retraite allemande <\/strong>:<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que les troupes alli\u00e9es avancent, les prisonniers de guerre doivent reculer avec les d\u00e9bris de l&rsquo;arm\u00e9e allemande en direction de la fronti\u00e8re belge.<\/p>\n<p>Sedan, 7 novembre 1918 : \u00ab [&#8230;] Nous arrivons \u00e0 Sedan dans l&rsquo;obscurit\u00e9, les rues encombr\u00e9es de camions, couvertes de boue, o\u00f9 je distingue des cadavres de chevaux, du mat\u00e9riel bris\u00e9, abandonn\u00e9. De fort nombreux soldats allemands ivres, hurlant, gesticulant, m&rsquo;attristent fortement et je me demande peut-\u00eatre pour la premi\u00e8re fois ce que je vais devenir dans ce lieu de mis\u00e8re et de brutalit\u00e9. Un Allemand ivre se jette m\u00eame sur moi en hurlant, heureusement je me d\u00e9gage avec rapidit\u00e9, car je n&rsquo;ai aucune envie de m&rsquo;entretenir avec cette brute \u00bb (p. 148)<\/p>\n<p>8 novembre 1918, d\u00e9part de Givonne, entr\u00e9e en Belgique (p. 149-150)&#8230;<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, mai 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin G. Leroy est instituteur \u00e0 Lewarde (Nord) au moment de l&rsquo;entr\u00e9e en guerre. Le 22 ao\u00fbt 1914, il quitte Lewarde afin d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;avance allemande. Sa fuite le conduit \u00e0 Poitiers o\u00f9 il arrive le 26 ao\u00fbt au soir. 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