{"id":1060,"date":"2013-01-25T16:51:23","date_gmt":"2013-01-25T15:51:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1060"},"modified":"2021-09-14T19:39:31","modified_gmt":"2021-09-14T18:39:31","slug":"fenix-laurent-joseph-1892-1958","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/01\/25\/fenix-laurent-joseph-1892-1958\/","title":{"rendered":"Fenix, Laurent, Joseph (1892\u20131958)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Fenix2.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1063\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Fenix2-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"212\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Fenix2-212x300.jpg 212w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Fenix2-725x1024.jpg 725w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Fenix2.jpeg 1088w\" sizes=\"auto, (max-width: 212px) 100vw, 212px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Laurent Joseph Fenix est le n\u00e9 le 19 mai 1892 \u00e0 Grignon, en banlieue d\u2019Albertville (Savoie), o\u00f9 son grand-p\u00e8re est b\u00fbcheron charbonnier. Une de ses filles, paysanne gardant les ch\u00e8vres, \u00e9pouse un journalier agricole qui travaille \u00e9galement comme ouvrier de four \u00e0 pl\u00e2tre. De cette union na\u00eetront 12 enfants survivants (sur 14 con\u00e7us), dont Laurent, 7<sup>e<\/sup> de la fratrie. Il va quelques ann\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9cole o\u00f9 l\u2019instituteur, r\u00e9publicain anticl\u00e9rical, aura manifestement une influence sur le jeune gar\u00e7on. En effet, il ne comprend pas une religiosit\u00e9 de sa m\u00e8re confinant \u00e0 la bigoterie, malgr\u00e9 ses conditions d\u2019extr\u00eame pauvret\u00e9. Lou\u00e9 comme berger par son p\u00e8re, il quitte rapidement les \u00e9tudes pour devenir ouvrier agricole. Adolescent, il devient ramoneur (et il y gagne le sobriquet de \u00ab\u00a0<em>souris<\/em> \u00bb) et, bon ouvrier, va jusqu\u2019\u00e0 diriger une \u00e9quipe. Jeune adulte, il quitte le m\u00e9tier et, apr\u00e8s deux ann\u00e9es d\u2019apprentissage, devient charpentier. Toutefois, devant souscrire \u00e0 ses obligations militaires, il rejoint le 133<sup>e<\/sup> RI de Belley (Ain). Il devient tampon<a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> d\u2019un caporal puis d\u2019un sous-officier avant d\u2019\u00eatre employ\u00e9 comme menuisier dans un atelier de sapeurs. La guerre l\u2019affecte \u00e0 la 4<sup>\u00e8me<\/sup> compagnie du 133 qui part en Alsace d\u00e8s les premiers jours d\u2019ao\u00fbt 1914. Bless\u00e9 gravement \u00e0 la t\u00eate par une torpille fran\u00e7aise le 9 juillet 1915, en reprenant la colline de La Fontenelle dans les Vosges, il est \u00e9vacu\u00e9. Commence alors une longue p\u00e9riode entre h\u00f4pitaux de traitement et de convalescence, avant d\u2019\u00eatre r\u00e9form\u00e9, inapte \u00e0 poursuivre la lutte. D\u00e9mobilis\u00e9, il reprend sa vie d\u2019ouvrier menuisier, participant d\u2019ailleurs \u00e0 la reconstruction de la zone envahie \u00e0 Soissons. Il poursuit sa carri\u00e8re \u00e0 Paris, Grenoble, Lyon, part en Afrique et revient se marier \u00ab\u00a0<em>dans un pays du Dauphin\u00e9<\/em> \u00bb avec une femme qui se jettera sous un train. Lui-m\u00eame se suicide le 11 novembre 1958 \u00e0 Voiron (Is\u00e8re), apr\u00e8s une vie qu\u2019il a qualifi\u00e9e de mis\u00e8re.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Fenix, Laurent-Joseph, <em>Histoire passionnante de la vie d&rsquo;un petit ramoneur savoyard, \u00e9crite par lui-m\u00eame<\/em>. Paris, Le Sycomore, 1978, (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 aux \u00e9ditions Michel Chomarat (Lyon) en 1994 et \u00e0 La Fontaine de Silo\u00e9 (Montm\u00e9lian) en 1999), 120 pages.<\/p>\n<p>Marcel Peyrenet, journaliste, qui \u00e9pilogue cet ouvrage, nous renseigne sur ce petit t\u00e9moignage, en forme de souvenirs autobiographiques\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Telle a \u00e9t\u00e9 la vie de Laurent, Joseph Fenix. Racont\u00e9e par lui-m\u00eame. Ecrite d\u2019un trait, selon toute apparence, comme pour lib\u00e9rer une m\u00e9moire<\/em> \u00bb (page 191). Il re\u00e7oit de lui un cahier contenant ses souvenirs, portant en frontispice la mention, \u00ab\u00a0<em>\u00e9crit dans le Dauphin\u00e9, le mois de novembre 1955<\/em> \u00bb (page 15). F\u00e9nix raconte sa vie en deux parties \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9gales\u00a0: l\u2019avant-guerre, son enfance et son adolescence pauvres et besogneuses et la Grande Guerre(qui repr\u00e9sente 30 pages sur l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage) et ses cons\u00e9quences pour un soldat de la \u00ab\u00a0<em>pi\u00e9taille<\/em> \u00bb, bris\u00e9 et aigri par la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>La mis\u00e8re de sa jeunesse, la duret\u00e9 de sa vie et le poids psychique de la guerre forment le fil conducteur de ce t\u00e9moignage d\u2019une gueule cass\u00e9e, dont \u00ab\u00a0<em>la bouche elle-m\u00eame n\u2019\u00e9tait r\u00e9duite qu\u2019\u00e0 une ouverture de moins de deux centim\u00e8tres<\/em> \u00bb (pages 191-192). Sa description de l\u2019arriv\u00e9e dans le secteur du Ban-de-Sapt (Vosges), \u00e0 la mi-septembre 1914, est dantesque\u00a0: \u00ab\u00a0<em>L\u00e0 il y avait d\u00e9j\u00e0 des milliers de morts \u00e0 moiti\u00e9 enterr\u00e9s, on voyait leur t\u00eate et leurs jambes qui sortaient, il y avait autant de Fran\u00e7ais que d\u2019Allemands <\/em>(\u2026) <em>Ils \u00e9taient l\u00e0 m\u00e9lang\u00e9s Fran\u00e7ais et Allemands. Je les ai vus pendant<br \/>\nplus d\u2019une semaine, de mes yeux vus, aucun ne ressuscitait. Ils \u00e9taient tous bien d\u2019accord les uns et les autres. Il n\u2019y avait plus de rancune, de question de fortune, de politique ou de religion<\/em> \u00bb (page 123) et il poursuit sur ce parall\u00e8le social avec les vivants\u00a0: \u00ab\u00a0<em>M\u00eame les camarades qui \u00e9taient avec moi, il y en avait de toutes sortes d\u2019opinions, des croyants et des incroyants, de toutes sortes d\u2019id\u00e9es politiques, sauf des communistes puisque \u00e7a n\u2019existait encore pas. Mais il n\u2019y avait que des riches qu\u2019on ne voyait pas, surtout pas dans mon bataillon dans tous les cas. Il y avait des ouvriers, des petits paysans, des petits commer\u00e7ants, des\u00a0 instituteurs\u2026 Les riches, apr\u00e8s la guerre, on les a appel\u00e9s les morts-vivants. Ils \u00e9taient tous malades \u00e0 ce qu\u2019il para\u00eet, pour ne pas aller \u00e0 la guerre. Et ils ont trouv\u00e9 des braves gens pour les r\u00e9former ou les camoufler dans un coin bien tranquille. Et bien longtemps apr\u00e8s la guerre, ils sont redevenus tr\u00e8s lurons tandis que d\u2019autres sont morts par suite de guerre sans m\u00eame pu toucher une pensions<\/em> \u00bb (pages 123-124). Sa vision de l\u2019Armistice est celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ce jour-l\u00e0 que tout le monde f\u00eatait en guinguette, pour moi \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le plus triste de ma vie. Je n\u2019aurais fait que pleurer. Je pensais \u00e0 tous ces camarades que je ne reverrais plus, \u00e0 tous ceux que j\u2019avais vu mourir dans des atroces souffrances, surtout que je commen\u00e7ais \u00e0 comprendre que nous \u00e9tions des imb\u00e9ciles. Car je me rendais d\u00e9j\u00e0 compte que c\u2019\u00e9tait les profiteurs qui s\u2019\u00e9taient engraiss\u00e9s avec notre sang. On allait \u00eatre leurs esclaves et comme r\u00e9compense de notre souffrance, il allait falloir livrer une deuxi\u00e8me guerre toute sa vie pour obtenir une aum\u00f4ne<\/em> \u00bb (page 165). En effet, il ne se remettra jamais du traumatisme de la Grande Guerre\u00a0; en t\u00e9moignent le ton de ses souvenirs, sa r\u00e9currence \u00e0 se focaliser sur les nantis et les profiteurs de guerre, sa vie de \u00ab\u00a0<em>r\u00e9prouv\u00e9<\/em> \u00bb et jusqu\u2019\u00e0 son suicide un 11 novembre 1958, 40 ans apr\u00e8s l\u2019armistice, dans l\u2019explosion de sa maison, laquelle entra\u00eenera \u00e9galement la mort de deux locataires, deux s\u0153urs \u00e2g\u00e9es de 20 et 23 ans. \u00ab\u00a0<em>Sous un balcon, au premier \u00e9tage, pend un \u00e9criteau portant, en lettres rouges, ces mots<\/em> : \u00ab\u00a0Profiteurs de guerre, monstrueux profiteurs. Vous serez ch\u00e2ti\u00e9s\u00a0\u00bb (page 194). Son t\u00e9moignage est impr\u00e9cis, distordu par le ressentiment, peu dat\u00e9 et t\u00e9nu mais suffisamment repr\u00e9sentatif du poids psychique et psychologique de la Grande Guerre chez ceux qui y ont souffert de la conjonction des traumatismes du feu et de la mis\u00e8re sociale qu\u2019elle engendra. Il se replace en tous cas dans l\u2019exp\u00e9rience moins\u00a0socialement marqu\u00e9e de Charles Vuillermet, d\u2019Andr\u00e9 Cornet-Auquier, de Louis de Corcelles ou des docteurs Joseph Saint-Pierre et Frantz Adam<a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Yann Prouillet, janvier 2013<\/p>\n<div>\n<hr size=\"1\" \/>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Le tampon exerce les fonctions d\u2019ordonnance.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Voir leur notice dans le pr\u00e9sent dictionnaire.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Laurent Joseph Fenix est le n\u00e9 le 19 mai 1892 \u00e0 Grignon, en banlieue d\u2019Albertville (Savoie), o\u00f9 son grand-p\u00e8re est b\u00fbcheron charbonnier. Une de ses filles, paysanne gardant les ch\u00e8vres, \u00e9pouse un journalier agricole qui travaille \u00e9galement comme ouvrier de four \u00e0 pl\u00e2tre. 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