{"id":1073,"date":"2013-02-02T10:44:12","date_gmt":"2013-02-02T09:44:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1073"},"modified":"2021-09-15T17:55:16","modified_gmt":"2021-09-15T16:55:16","slug":"cantie-marius-1884-1917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/02\/02\/cantie-marius-1884-1917\/","title":{"rendered":"Canti\u00e9, Marius (1884-1917)"},"content":{"rendered":"<p>Sa famille a conserv\u00e9 de lui des notes prises entre ao\u00fbt 1914 et juillet 1916, lorsqu\u2019il \u00e9tait sergent dans le groupe de brancardiers de la 31e division. Commen\u00e7ons par les lire. Ce M\u00e9ridional est surpris par le climat lorrain comme le montre son r\u00e9cit de la nuit du 15 au 16 ao\u00fbt : \u00ab Nous devons coucher sur le champ avec 5 cm d\u2019eau, on r\u00e9ussit cependant \u00e0 s\u2019abriter tout mouill\u00e9s dans ou sous les voitures d\u2019ambulance et nous passons ainsi une nuit glac\u00e9e \u00e0 grelotter dans nos effets mouill\u00e9s, car impossible de se changer, le sac \u00e9tant tout tremp\u00e9 aussi. Les officiers de l\u2019ambulance avaient fait monter une tente Tortoise pouvant abriter 50 hommes, mais ont mis tout le monde \u00e0 la porte et ont support\u00e9 d\u2019y coucher seuls sur un brancard, quand les infirmiers n\u2019avaient aucun abri. \u00bb D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, les officiers gestionnaires, qui ne combattent pas, qui ne soignent pas, sont \u00e9pingl\u00e9s pour leurs brimades. En janvier 1915, par exemple, Marius est puni pour avoir fait son service alors qu\u2019il en \u00e9tait exempt ! En f\u00e9vrier 1916, la popote des sergents est supprim\u00e9e parce que les officiers veulent prendre le cuisinier \u00e0 la leur. Aussi, lorsque la formation est disloqu\u00e9e, tout le monde est content \u00ab d\u00e8s l\u2019instant que l\u2019on doit vivre loin de l\u2019officier d\u2019administration \u00bb.<br \/>\nRamasser les bless\u00e9s, enterrer les morts<br \/>\nLes premiers combats, en Lorraine, sont terribles : \u00ab Les bless\u00e9s arrivent en si grand nombre qu\u2019on est stup\u00e9fait. On voit des plaies ignobles, on entend des r\u00e2les et les cris d\u00e9chirants des bless\u00e9s, que le c\u0153ur se serre d\u2019angoisse. Le 142 est d\u00e9cim\u00e9, le colonel tu\u00e9, ainsi que le 81, le 96 et le 122 [voir Ferroul]. Les Allemands \u00e9taient retranch\u00e9s dans des foss\u00e9s profonds et ne craignaient rien de notre artillerie ainsi que de l\u2019infanterie. Les n\u00f4tres \u00e9tant \u00e0 d\u00e9couvert \u00e9taient d\u00e9cim\u00e9s. \u00bb C\u2019\u00e9tait le 18 ao\u00fbt, et le lendemain ceux qui restent du 142 et du 122 sont relanc\u00e9s \u00e0 l\u2019attaque des \u00ab Prussiens \u00bb fortifi\u00e9s et se font an\u00e9antir : \u00ab On les m\u00e8ne autrement dit \u00e0 la boucherie. \u00bb Les brancardiers participent \u00e0 la retraite, puis \u00e0 la course \u00e0 la mer. Le 21 novembre 1914, Marius d\u00e9crit la ville d\u2019Ypres : \u00ab \u00c0 8 h les Boches bombardent Ypres avec leurs grosses marmites, brisent le clocher de l\u2019h\u00f4tel de ville et l\u2019incendient. Les halles br\u00fblent aussi et le feu se communique \u00e0 la cath\u00e9drale. La ville n\u2019est qu\u2019un immense foyer ardent, et \u00e0 la nuit c\u2019est tout \u00e0 fait lugubre. En ville, on ne trouve pas \u00e2me qui vive, tout est d\u00e9sert, les rues sont encombr\u00e9es d\u2019un amoncellement de ruines, les maisons \u00e9ventr\u00e9es ou calcin\u00e9es, des objets \u00e9pars, \u00e7\u00e0 et l\u00e0 quelque poutre qui fume encore. On dirait qu\u2019un fl\u00e9au est pass\u00e9 l\u00e0 et a emport\u00e9 toute la vie avec lui, et n\u2019a laiss\u00e9 qu\u2019une vaste n\u00e9cropole. \u00bb<br \/>\nEn f\u00e9vrier 1915, d\u00e9placement vers la Somme (pr\u00e8s d\u2019Amiens, \u00ab un marchand de vins du Midi nous fait boire tous et remplit nos bidons \u00e0 titre gracieux \u00bb), puis vers la Champagne (\u00ab dans des wagons \u00e0 bestiaux ayant contenu des chevaux et non d\u00e9sinfect\u00e9s, ayant encore l\u2019odeur et la trace des d\u00e9jections \u00bb). La nuit du 29 mars, pr\u00e8s de Mesnil-les-Hurlus, est un bon exemple de ce qui attend les brancardiers apr\u00e8s les combats : \u00ab D\u2019espace en espace on y rencontre des casemates bois\u00e9es sur les c\u00f4t\u00e9s ayant servi sans doute d\u2019abris aux grad\u00e9s boches, car tout ceci est un travail boche, et ce n\u2019est pas une petite affaire. En approchant de la ligne de feu, le boyau a, sur tout le long, des niches en terre servant d\u2019abri aux troupes. Nous passons devant la guitoune du g\u00e9n\u00e9ral et enfin nous entrons dans les boyaux abandonn\u00e9s. Tout y est boulevers\u00e9, les trous d\u2019obus se touchent et tous les morts qui sont \u00e0 c\u00f4t\u00e9 y sont enfouis. Certains forment de v\u00e9ritables murailles. Ils sont l\u00e0, entass\u00e9s p\u00eale-m\u00eale, et recouverts de la boue calcaire du pays. Elle a fait prise, et les morts restent l\u00e0 dans ce mortier, oubli\u00e9s et perdus. Quelquefois on aper\u00e7oit un pied ou une main qui d\u00e9passe, semblant nous dire : \u00ab\u00a0Je suis l\u00e0, donnez-moi donc une autre s\u00e9pulture !\u00a0\u00bb On trouve aussi des membres \u00e9pars, des corps sans t\u00eate ou \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9chiquet\u00e9s. C\u2019est horrible. La lune de son disque brillant \u00e9claire ces sc\u00e8nes fun\u00e8bres. Les fus\u00e9es \u00e9clairantes projettent encore leur vive lumi\u00e8re et viennent parfois retomber jusque chez nous. Les balles sifflent toute la nuit, un peu haut il est vrai, mais de nombreux ricochets font voler la poussi\u00e8re autour de nous. \u00bb<br \/>\nLes combats et leurs suites<br \/>\nLe 10 juin 1915, Marius Canti\u00e9 mentionne un \u00e9pisode comme il y en eut tant : \u00ab On annonce qu\u2019hier au soir les Boches ont tent\u00e9 de reprendre au 96e et au 322e la tranch\u00e9e du Trap\u00e8ze. Ils y ont r\u00e9ussi mais une contre-attaque les en a d\u00e9log\u00e9s. Une 2e tentative r\u00e9ussit encore mais une vive contre-attaque de nous les en chasse d\u00e9finitivement. Les bless\u00e9s sont nombreux. Plus de 300 et une quarantaine de morts. \u00bb En septembre, du c\u00f4t\u00e9 de Valmy, il faut faire face aux gaz ; le 1er d\u00e9cembre, \u00ab on commence \u00e0 avoir des \u00e9vacu\u00e9s pour gelure des pieds \u00bb. Des prisonniers allemands passent : \u00ab Tous sont contents de s\u2019en tirer ainsi et sont gais, quelques officiers seuls ont l\u2019air maussade et ennuy\u00e9s comme des rats qui se voient pris. \u00bb La lecture des citations \u00e0 l\u2019ordre de la division ne suscite que ce commentaire : \u00ab Quelle blague !!! \u00bb En d\u00e9cembre, le 96 refuse de monter \u00e0 l\u2019assaut, \u00ab all\u00e9guant que le 81 avait perdu la tranch\u00e9e et n\u2019avait qu\u2019\u00e0 la reprendre \u00bb. La nuit de No\u00ebl, quelques brancardiers \u00ab ont f\u00eat\u00e9 un peu trop le mousseux \u00bb et bousculent les officiers qui veulent intervenir.<br \/>\nLa boue reste un ennemi implacable. \u00ab Plusieurs cuisines roulantes restent en panne dans les grands trous de la route avec des roues cass\u00e9es et des essieux fauss\u00e9s. Il est form\u00e9 un projet d\u2019\u00e9vacuer les bless\u00e9s par le petit chemin de fer \u00e0 voie \u00e9troite. Nous allons passer chefs de gare. \u00bb Mais cette proposition du 16 novembre, r\u00e9it\u00e9r\u00e9e le 2 d\u00e9cembre, ne re\u00e7oit pas de r\u00e9ponse. Il faut atteler 4 \u00e0 5 chevaux \u00e0 une voiture faite pour un seul. \u00ab Il pleut toujours, les cagnas s\u2019effondrent dans les tranch\u00e9es et m\u00eame chez nous. Les routes sont des lacs de boue. \u00bb<br \/>\n\u00c0 la recherche de l\u2019auteur<br \/>\nLe carnet de Marius Canti\u00e9, peu fourni pour 1916, ne d\u00e9passe pas le mois de juillet de cette ann\u00e9e. La famille a retenu de lui qu\u2019il \u00e9tait originaire du Pays de Sault, que son p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 gendarme \u00e0 Narbonne et que lui-m\u00eame \u00e9tait employ\u00e9 de banque dans cette ville. La famille avait encore la date et le lieu du d\u00e9c\u00e8s : 14 septembre 1917 au Bois des Cauri\u00e8res (Meuse). La consultation du site \u00ab M\u00e9moire des Hommes \u00bb donne la date de naissance du sergent Canti\u00e9 C\u00e9lestin Marius Achille, le 27 d\u00e9cembre 1894 \u00e0 Roquefort-de-Sault.<br \/>\nRC<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sa famille a conserv\u00e9 de lui des notes prises entre ao\u00fbt 1914 et juillet 1916, lorsqu\u2019il \u00e9tait sergent dans le groupe de brancardiers de la 31e division. 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