{"id":1075,"date":"2013-01-26T23:23:11","date_gmt":"2013-01-26T22:23:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1075"},"modified":"2021-09-14T19:41:14","modified_gmt":"2021-09-14T18:41:14","slug":"compagnon-auguste-1879-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/01\/26\/compagnon-auguste-1879-1915\/","title":{"rendered":"Compagnon, Auguste (1879-1915)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Compagnon.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1076\" src=\"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Compagnon-214x300.jpg\" alt=\"\" width=\"214\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Compagnon-214x300.jpg 214w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Compagnon-732x1024.jpg 732w, https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-content\/uploads\/2013\/01\/Compagnon.jpeg 864w\" sizes=\"auto, (max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><\/a><br \/>\nAuguste Compagnon est n\u00e9 le 12 mai 1879 \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne (Sa\u00f4ne-et-Loire) \u00ab\u00a0<em>d\u2019une tr\u00e8s honn\u00eate famille de travailleurs<\/em> \u00bb. Son oncle, le R\u00e9v\u00e9rant P\u00e8re Compagnon, directeur des Missions \u00e9trang\u00e8res, lui fait faire ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019Ecole cl\u00e9ricale de Rimont (Sa\u00f4ne-et-Loire) o\u00f9 il est un brillant \u00e9l\u00e8ve, dou\u00e9 pour les lettres. Apr\u00e8s avoir accompli son service militaire au 56<sup>e<\/sup> RI de Chalon, il se dirige vers le journalisme, devient correcteur d\u2019imprimerie au <em>Courrier de Sa\u00f4ne-et-Loire<\/em> puis grimpe les \u00e9chelons dans ce journal pour \u00eatre successivement secr\u00e9taire de r\u00e9daction et r\u00e9dacteur en second, signant de nombreux articles. En 1907, il publie <em>Primev\u00e8res<\/em>, un recueil de po\u00e9sie. Mari\u00e9, il a deux enfants, Henri (n\u00e9 en 1906) et Juliette (n\u00e9e en 1911) et un fr\u00e8re, Pierre, combattant \u00e9galement comme sergent infirmier (en 1916). La guerre le mobilise \u00e0 Gray comme caporal infirmier, peut-\u00eatre du fait de sa myopie, mais il d\u00e9sire rejoindre son unit\u00e9 au front. Il y parvient en d\u00e9cembre 1914, y passe rapidement sergent et semble avoir de l\u2019ascendant sur ses camarades qui le surnomment le \u00ab\u00a0<em>P\u00e8re de la compagnie<\/em> \u00bb, la 8<sup>e<\/sup> du 56<sup>e<\/sup>. Son pr\u00e9sentateur, anonyme, indique m\u00eame que \u00ab\u00a0<em>la tranch\u00e9e o\u00f9 il succomba fut d\u00e9nomm\u00e9e par les Autorit\u00e9s militaires<\/em> : \u00ab\u00a0Tranch\u00e9e Compagnon\u00a0\u00bb (page 9). Le 7 octobre 1915, il est tu\u00e9 alors qu\u2019il se porte au secours d\u2019un bless\u00e9 au lieu-dit \u00ab\u00a0<em>Le Cam\u00e9l\u00e9on<\/em> \u00bb \u00e0 Sommes-Suippes (Marne) en Champagne et est inhum\u00e9 au cimeti\u00e8re du \u00ab\u00a0<em>Voussoir<\/em> \u00bb, pr\u00e8s de Tahure. Son nom est inscrit sur l\u2019un des murs du Panth\u00e9on.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Compagnon, Auguste, <em>Po\u00e8mes et lettres des tranch\u00e9es. \u0152uvres posthumes<\/em>. Chalon-sur-Sa\u00f4ne, Association Amicale de la Presse Chalonnaise, 1916, 148 pages.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage se compose de trois parties ; une biographie pan\u00e9gyrique, empruntant plusieurs courriers de ses sup\u00e9rieurs, compagnons d\u2019armes et coll\u00e8gues de la presse en formes de condol\u00e9ances (33 pages)\u00a0; des po\u00e8mes de tranch\u00e9es (33 pages) et ses lettres de tranch\u00e9es (70 pages). C\u2019est cette partie de l\u2019ouvrage qui fait l\u2019objet de la pr\u00e9sente analyse.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Adress\u00e9es \u00e0 plusieurs personnes anonymes de diff\u00e9rents milieux (confr\u00e8res de la presse, amis, comit\u00e9s de secours et sa famille), ses lettres couvrent une ann\u00e9e de guerre, du 12 octobre 1914 au 5 octobre 1915. Dans un ouvrage ouvertement pan\u00e9gyrique,\u00a0Auguste Compagnon est \u00e0 classer parmi les t\u00e9moins patriotes. Lui-m\u00eame confirme dans un courrier du 4 mars 1915 qu\u2019il s\u2019est donn\u00e9 une mission dans la guerre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si, au point de vue formation<br \/>\nmilitaire, je ne suis pas un bon soldat (myope comme je suis surtout), j\u2019ai conscience d\u2019\u00eatre utile par mon influence sur mes camarades. Je r\u00e9chauffe leur patriotisme, j\u2019impose silence aux brebis galeuses (car il y en a), je leur communique mon sang-froid et ma bonne humeur. J\u2019ai conscience depuis que je suis ici, d\u2019avoir beaucoup relev\u00e9 le moral des hommes, dont beaucoup h\u00e9las\u00a0! d\u00e9prim\u00e9s par les privations, ne songeaient qu\u2019\u00e0 se faire \u00e9vacuer <\/em>\u00bb (pages 132-133). Il se bat car il ne tient pas \u00ab\u00a0<em>\u00e0 recommencer, dans quelques ann\u00e9es, une aussi rude campagne, encore moins \u00e0 en passer la charge \u00e0 nos fils<\/em> \u00bb (14 juillet 1915, page 82). D\u00e8s lors la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9pistolaire de sa guerre est sujette \u00e0 caution, mais l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage est \u00e9clairant sur la dialectique patriotique. Ainsi, \u00e9voquant l\u2019ennemi prisonnier\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ils auraient pu r\u00e9sister encore ou, du moins, bravement mourir. Mais ils sont venus \u00e0 nous, drapeau blanc d\u00e9ploy\u00e9, en se tra\u00eenant sur les genoux, en nous tendant, pour nous apaiser, leurs musettes, leurs bidons, leurs effets d\u2019\u00e9quipement. Tous tr\u00e8s jeunes, vingt ans au maximum, \u00e0 part une dizaine. Et d\u00e9j\u00e0 tous lass\u00e9s de la guerre, d\u00e9clarant qu\u2019ils en avaient assez, tous heureux et non pas honteux d\u2019\u00eatre pris. Voil\u00e0 les nouveaux soldats du Kaiser, le supr\u00eame espoir de l\u2019Allemagne \u00e9puis\u00e9e<\/em> \u00bb (16 mai 1915, pages 78-79). Jusqu\u2019au bout, il diffuse ce bourrage de cr\u00e2ne, minore \u00ab\u00a0<em>la casse<\/em> \u00bb et souscrit aux pertes, lourdes uniquement chez l\u2019ennemi\u00a0: \u00ab\u00a0(\u2026) <em>le corps le plus \u00e9prouv\u00e9, le 14<sup>e<\/sup>, n\u2019avait que 3\u00a0000 hommes hors de combat (dont 2\u00a0500 bless\u00e9s, et la plupart peu gravement. Au contraire, on cite des r\u00e9giments boches, dont il ne reste que 22, 23 et 60 survivants)<\/em> \u00bb (4 octobre 1915, page 83). Le caract\u00e8re inoffensif des obus est une antienne (pages 109 ou 131). Il n\u2019est pas question pour lui de fraternisation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai ou\u00ef dire qu\u2019en certains r\u00e9giments, les hommes s\u2019amusaient \u00e0 parlementer avec les Boches. Ici, rien de tout \u00e7a. Les officiers ne le permettraient pas et les hommes n\u2019y sont pas dispos\u00e9s. On ne se parle entre ennemis qu\u2019\u00e0 coups de fusils<\/em> \u00bb (18 f\u00e9vrier 1915, pages 92-93). Il confesse toutefois, avec la m\u00eame outrance invers\u00e9e, que cela existe aussi dans son r\u00e9giment le 14 juin suivant\u00a0: \u00ab\u00a0<em>nous ne sommes dans notre secteur qu\u2019\u00e0 une dizaine de m\u00e8tres des Boches, &#8211; pas plus &#8211; mais ces Boches-l\u00e0 ne manifestent aucune ardeur guerri\u00e8re. Ils parlementent, au contraire, avec nos sentinelles, montrent la t\u00eate et jusqu\u2019\u00e0 la poitrine pour inspirer confiance, envoient des saluts militaires, des bouff\u00e9es de tabac et de vielles bo\u00eetes de fer-blanc contenant, dit-on, des \u00e9crits, mais que nul ne songe \u00e0 aller ramasser, car elles tombent assez loin de la tranch\u00e9e, sur une pente d\u2019o\u00f9 l\u2019on est vu de partout<\/em> \u00bb (page 100). Le 3 mai 1915, il \u00e9voque son retour du front et son ambition \u00ab\u00a0<em>aussit\u00f4t rentr\u00e9, de constituer une ligue des combattants de 1914-1915, qui n\u2019aurait d\u2019autre mission que\u00a0: 1\u00b0 De maintenir, entre Fran\u00e7ais l\u2019Union sacr\u00e9e, en rel\u00e9guant chez Satan l\u2019inf\u00e2me politique, cette nourrici\u00e8re des charlatans\u00a0; 2\u00b0 De mettre toute sa force au service exclusif de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral (soit du pays, soit de la cit\u00e9), et de ne mettre \u00e0 la t\u00eate des affaires que les hommes les plus comp\u00e9tents, abstraction faite de toute consid\u00e9ration de nom, de fortune et autre futilit\u00e9\u00a0; 3\u00b0 De surveiller \u00e9troitement toute tentative de retour\u2026 pacifique des Boches<\/em> \u00bb (3 mai 1915, page 94). Le 4 mars 1915, il r\u00e9dige une violente charge contre les embusqu\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019apprends avec plaisir qu\u2019on fait d\u00e9m\u00e9nager les embusqu\u00e9s. Quelle triste mentalit\u00e9 que celle de ces l\u00e2ches qui s\u2019embusquent, et quelle responsabilit\u00e9 ils assument devant leurs enfants et les g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 venir\u00a0! <\/em>(\u2026) <em>Ah\u00a0! dans leur \u00e9go\u00efsme \u00e9pouvantable, ces gens-l\u00e0 se r\u00e9servent un bien p\u00e2le avenir\u00a0: honteux de se r\u00e9jouir d\u2019une victoire \u00e0 laquelle ils n\u2019auront pas contribu\u00e9 et si, par impossible, nous \u00e9tions vaincus, bien oblig\u00e9s de s\u2019avouer qu\u2019il sont responsables de la \u00a0d\u00e9faite. Ah\u00a0! je ne les envie pas, ces \u00e9mascul\u00e9s l\u00e0\u00a0!<\/em> \u00bb (pages 129-130). Il explique \u00e9galement le patriotisme de ses camarades du front\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les Boches ont attaqu\u00e9, mais ils ont \u00e9t\u00e9 tenus toujours \u00e0 une respectable distance. Ainsi, pas de prisonniers de vive force. Tr\u00e8s peu aussi de prisonniers volontaires, car, en passant d\u2019une tranch\u00e9e \u00e0 l\u2019autre, ils se feraient, le jour, fusiller par les leurs, la nuit par les n\u00f4tres qui tirent au moindre bruit. Il faut des circonstances exceptionnelles pour qu\u2019ici, Fran\u00e7ais ou Boches capturent, vivants, quelques-uns de leurs adversaires<\/em> \u00bb (4 mars 1915, pages 130-131).<\/p>\n<p>Yann Prouillet, janvier 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Auguste Compagnon est n\u00e9 le 12 mai 1879 \u00e0 Chalon-sur-Sa\u00f4ne (Sa\u00f4ne-et-Loire) \u00ab\u00a0d\u2019une tr\u00e8s honn\u00eate famille de travailleurs \u00bb. 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