{"id":108,"date":"2008-05-13T08:02:50","date_gmt":"2008-05-13T07:02:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/05\/13\/maginot-andre-1877-1932\/"},"modified":"2021-09-09T17:10:22","modified_gmt":"2021-09-09T16:10:22","slug":"maginot-andre-1877-1932","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/05\/13\/maginot-andre-1877-1932\/","title":{"rendered":"Maginot, Andr\u00e9 (1877- 1932)"},"content":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Maginot est n\u00e9 \u00e0 Paris le 17 f\u00e9vrier 1877. Fils d&rsquo;Auguste, notaire parisien issu d&rsquo;une vieille lign\u00e9e de paysans meusiens. La famille passe r\u00e9guli\u00e8rement les cong\u00e9s scolaires en Lorraine, \u00e0 Revigny (Meuse).&nbsp; Apr\u00e8s des \u00e9tudes secondaires au lyc\u00e9e Condorcet (Paris) o\u00f9 il passe son baccalaur\u00e9at, il fait de brillantes \u00e9tudes sup\u00e9rieurs \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des Sciences Politiques et l&rsquo;\u00c9cole de Droit. Docteur en Droit.<\/p>\n<p>Il effectue un service militaire d&rsquo;un an au 94<sup>e<\/sup> d&rsquo;infanterie \u00e0 Bar-le-Duc ayant obtenu une dispense de fils a\u00een\u00e9 de veuve. Admis au Conseil d&rsquo;\u00c9tat, il devient rapidement chef-adjoint du Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;Alg\u00e9rie C\u00e9lestin Jonnart. En 1905, Andr\u00e9 Maginot \u00e9pouse Marie Dargent issue d&rsquo;une vielle famille bourgeoise de Revigny. Apr\u00e8s avoir mis au monde deux enfants, celle-ci meurt en couches le 12 d\u00e9cembre 1909. (Maginot perd son fils \u00e2g\u00e9 de 20 ans, atteint par la grippe).<\/p>\n<p>Conseiller g\u00e9n\u00e9ral de Revigny, puis d\u00e9put\u00e9 de la Meuse en 1910. Inscrit \u00e0 la Gauche d\u00e9mocratique, il fut \u00e9lu secr\u00e9taire de la Chambre en 1912&nbsp;et le resta jusqu&rsquo;en 1913. Avec l&rsquo;arriv\u00e9e de Poincar\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, Maginot s&rsquo;engage tr\u00e8s activement dans la d\u00e9fense de l&rsquo;adoption de la Loi de trois ans. Il devient sous-secr\u00e9taire d&rsquo;\u00c9tat \u00e0 la Guerre (9 d\u00e9cembre 1913- 9 juin 1914).<\/p>\n<p>D\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914, il quitte Paris en compagnie du d\u00e9put\u00e9 Fr\u00e9d\u00e9ric Chevillon, lorrain comme lui, et rejoint son r\u00e9giment, le 44<sup>e<\/sup> Territorial, \u00e0 Verdun. \u00c0 cause du manque d&rsquo;effectifs, et bien qu&rsquo;appartenant \u00e0 la Territoriale, d\u00e8s le 11 ao\u00fbt, Chevillon et Maginot montent en ligne.<\/p>\n<p>Le 28 ao\u00fbt, apr\u00e8s avoir men\u00e9 ensemble une patrouille t\u00e9m\u00e9raire, les deux d\u00e9put\u00e9s sont nomm\u00e9s caporaux. Le 2 septembre, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Hier j&rsquo;ai fait du bon travail, je me suis avanc\u00e9 avec ma patrouille \u00e0 4 kilom\u00e8tres d&rsquo;Etain. Dans le village de Gincray, je suis tomb\u00e9 sur huit hussards de la mort, cinq ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. J&rsquo;en ai tu\u00e9 deux, dont le chef, auquel j&rsquo;ai pris son sabre.&nbsp;\u00bb (<em>Cf.<\/em> Pierre Belperron, <em>Andr\u00e9 Maginot<\/em>, Paris, Plon, 1940, p. 30). Il est nomm\u00e9 sergent et cit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ordre de la division.<\/p>\n<p>Gri\u00e8vement bless\u00e9 au cours d&rsquo;une patrouille le 9 novembre. Apr\u00e8s un long s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, il retourne \u00e0 la Chambre. Le 11 janvier 1917, il est \u00e9lu pr\u00e9sident de la Commission de l&rsquo;arm\u00e9e. Le 19 mars, il entre comme ministre des Colonies dans le Cabinet Ribot et commence alors une brillante carri\u00e8re minist\u00e9rielle.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Les <em>Carnets de patrouille<\/em> d&rsquo;Andr\u00e9 Maginot ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9s par sa s\u0153ur, Mme R. Joseph-Maginot&nbsp;; dans l&rsquo;avant-propos, celle-ci pr\u00e9sente \u00ab&nbsp;ce simple r\u00e9cit&nbsp;\u00bb comme des \u00ab&nbsp;notes jet\u00e9es \u00e0 la h\u00e2te, en ses brefs instants de libert\u00e9, sur de simples feuilles de papier \u00e0 lettres ou de cahiers d&rsquo;\u00e9colier&nbsp;\u00bb que l&rsquo;auteur \u00ab&nbsp;n&rsquo;a pas eu le temps de [&#8230;] revoir. La mort est venue le surprendre avant qu&rsquo;il les ait mises au point. Il y tenait beaucoup. Je les livre telles que je les ai trouv\u00e9es sans y changer un mot&nbsp;\u00bb&#8230; Pour autant, contrairement \u00e0 ce que peut laisser penser le titre donn\u00e9 \u00e0 la publication de ce t\u00e9moignage&nbsp;publi\u00e9 \u00e0 Paris, chez Grasset en 1940 (181 pages), ces \u00ab&nbsp;carnets&nbsp;\u00bb s&rsquo;apparentent davantage \u00e0 des souvenirs recompos\u00e9s par le d\u00e9put\u00e9. En t\u00e9moigne imm\u00e9diatement cette phrase qui conclut l&rsquo;\u00e9vocation de l&rsquo;ambiance du d\u00e9part le 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt&nbsp;: \u00ab&nbsp;Noble et courageux peuple de France, toujours pr\u00eat aux plus sublimes sacrifices, comme j&rsquo;ai senti battre ton \u00e2me sur ce quai de gare et que de fois, par la suite, le souvenir que j&rsquo;en ai gard\u00e9 m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 traverser les rudes moments&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 12, mais seconde page du r\u00e9cit). Voir aussi p. 23, au chapitre II, \u00ab&nbsp;Verdun. 2 ao\u00fbt 1914&nbsp;\u00bb&nbsp;; apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la nuit chez lui \u00e0 Revigny, Maginot prend le train pour Verdun&nbsp;; il \u00e9crit alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je revois, en cours de route, tous ces jolis villages qui s&rsquo;\u00e9tagent de la vall\u00e9e de l&rsquo;Ornain \u00e0 celle de l&rsquo;Aire et sur lesquels, avant un mois, les hordes allemandes plus f\u00e9roces cent fois que les bandes de Gustave-Adolphe&#8230;.&nbsp;\u00bb&nbsp;; ces deux remarques, qui sont suivies par une multitude d&rsquo;autres r\u00e9parties tout au long du r\u00e9cit, suffisent \u00e0 d\u00e9montrer que ces \u00ab&nbsp;carnets&nbsp;\u00bb ont \u00e9t\u00e9 compos\u00e9s apr\u00e8s l&rsquo;automne 1914. D&rsquo;ailleurs, le dernier chapitre relate la \u00ab&nbsp;derni\u00e8re patrouille&nbsp;\u00bb au cours de laquelle le d\u00e9put\u00e9 a \u00e9t\u00e9 gri\u00e8vement bless\u00e9, le 9 novembre 1914. Peut-on dater plus pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e9daction de ce r\u00e9cit&nbsp;? Le ton et l&rsquo;expression vigoureusement agressives peuvent indiquer une composition effectu\u00e9e durant les ann\u00e9es de guerre. Dans le chapitre VIII, Maginot fait une allusion au \u00ab&nbsp;brave et regrett\u00e9 Driant&nbsp;\u00bb (p. 135)&nbsp;; nous savons que Driant est tomb\u00e9 au Bois des Caures (Verdun) le 22 f\u00e9vrier 1916&#8230; En tout \u00e9tat de cause, Jean Norton Cru aurait not\u00e9 le faible nombre de dates pr\u00e9cis\u00e9es&nbsp;dans ce r\u00e9cit pr\u00e9sent\u00e9 comme des \u00ab&nbsp;carnets&nbsp;\u00bb : 1<sup>er<\/sup>, 2, 22, 26 ao\u00fbt, 1<sup>er<\/sup> septembre, 12 octobre 1914,&nbsp; \u00ab&nbsp;premiers jours de novembre&nbsp;\u00bb (p. 145), 9 novembre 1914 (p. 155).<\/p>\n<p><em>1940.<\/em> La date de publication est int\u00e9ressante. Le livre para\u00eet en effet en pleine \u00ab&nbsp;dr\u00f4le de guerre&nbsp;\u00bb durant laquelle la foi en la capacit\u00e9 de la ligne Maginot \u00e0 emp\u00eacher toute invasion est encore largement partag\u00e9e. Durant cette m\u00eame p\u00e9riode, une br\u00e8ve biographie (hagiographie) d&rsquo;Andr\u00e9 Maginot est publi\u00e9e par Pierre Belperron, <em>Andr\u00e9 Maginot<\/em>, Paris, Librairie Plon, 92 pages. La quatri\u00e8me de couverture reproduit un clich\u00e9 du monument \u00ab&nbsp;Andr\u00e9 Maginot&nbsp;\u00bb dress\u00e9 \u00e0 Souville (inaugur\u00e9 le 18 ao\u00fbt 1935). Quelques semaines avant le d\u00e9ferlement des <em>Panzerdivisionen<\/em>, la biographie s&rsquo;ach\u00e8ve sur ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;L&rsquo;homme, que fut Maginot, m\u00e9ritait d&rsquo;\u00eatre mieux connu et aim\u00e9 de ceux que \u00ab&nbsp;sa&nbsp;\u00bb ligne abrite et prot\u00e8ge et de tous ceux, de par le monde, qu&rsquo;elle sauvera de la dictature hitl\u00e9rienne, en arr\u00eatant les arm\u00e9es allemandes&nbsp;\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>On notera encore que la biographie de Belperron et les \u00ab&nbsp;carnets&nbsp;\u00bb rec\u00e8lent certains \u00e9l\u00e9ments communs&nbsp;qui apparaissent sous la forme de notes br\u00e8ves, probablement extraites du v\u00e9ritable carnet de route tenu par Maginot&nbsp;durant ses aventures de patrouilleur (dans les <em>Carnets de patrouille<\/em>, sa s\u0153ur ins\u00e8re un certain nombre de ces notes)&nbsp;; par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le 23, il est tout \u00ab\u00a0retourn\u00e9\u00a0\u00bb, car il a trouv\u00e9 trois patrouilleurs du 164<sup>e<\/sup> \u00ab\u00a0le cr\u00e2ne d\u00e9fonc\u00e9 \u00e0 coups de talons, les oreilles coup\u00e9es et le ventre ouvert \u00e0 coups de ba\u00efonnette\u00a0\u00bb. (p. 134 dans les \u00ab&nbsp;<em>carnets<\/em> \u00bb&nbsp;; p. 32 dans la biographie). Cependant la biographie comporte davantage de citations de ce type. \u00ab&nbsp;Le 7 [novembre], l&rsquo;attaque continue. Il entre le premier dans Mogeville. \u00ab\u00a0J&rsquo;ai saut\u00e9 sur la sentinelle allemande qui m&rsquo;a manqu\u00e9 \u00e0 bout portant et je l&rsquo;ai tu\u00e9 d&rsquo;un coup de ba\u00efonnette\u00a0\u00bb.&nbsp;\u00bb (p. 33). Dans les <em>Carnets<\/em>, cet \u00e9pisode est quelque peu transpos\u00e9&nbsp;; il n&rsquo;est plus question d&rsquo;une sentinelle mais d&rsquo;un officier&#8230;&nbsp;: \u00ab&nbsp;J&rsquo;ai la chance de pouvoir, au sens litt\u00e9ral du mot, \u00ab\u00a0parer la balle\u00a0\u00bb et en guise de r\u00e9ponse, je plante froidement ma ba\u00efonnette dans le cou de l&rsquo;<em>Oberleutnant<\/em> \u00bb (p. 152).<\/p>\n<p>La confrontation de ces quelques notes \u00ab&nbsp;prises sur le vif&nbsp;\u00bb avec le r\u00e9cit intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Carnets de patrouille<\/em> \u00bb, permet de percevoir la facture litt\u00e9raire de ces derniers. Quelques mois, voire quelques ann\u00e9es apr\u00e8s les faits relat\u00e9s, Maginot a construit &#8211;&nbsp;pour partie \u00e0 partir de ses notes&nbsp;&#8211; un r\u00e9cit d&rsquo;aventures (cette remarque indique clairement que tel \u00e9tait son projet&nbsp;: \u00ab&nbsp;c&rsquo;est ainsi que surpassant les romans d&rsquo;imagination de maints conteurs, surpassant les aventures de cape et d&rsquo;\u00e9p\u00e9e de Dumas, quatre simples patrouilleurs r\u00e9ussirent \u00e0 s&#8217;emparer d&rsquo;un village occup\u00e9 par l&rsquo;ennemi&nbsp;\u00bb, p. 154), plus coh\u00e9rent, plus lin\u00e9aire, m\u00ealant anecdotes personnelles et consid\u00e9rations d&rsquo;ordre plus g\u00e9n\u00e9ral. Lui-m\u00eame et quelques-uns de ses compagnons hauts en couleurs sont savamment mis en sc\u00e8ne. Pour autant, cette reconstruction plus ou moins tardive ne s&rsquo;accompagne pas d&rsquo;une euph\u00e9misation de la violence de guerre&nbsp;: ainsi Maginot ne craint pas de se d\u00e9peindre en train de tuer&nbsp;(p. 114, 115, 152, 160); mieux, il s&rsquo;en glorifie. Chez Maginot, on ne trouve pas de trace d&rsquo;autocensure suscit\u00e9e par un sentiment de culpabilit\u00e9 r\u00e9trospectif.<\/p>\n<p>3. &nbsp; L&rsquo;analyse<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914&nbsp;: <strong>le d\u00e9part<\/strong> \u00e0 la Gare de l&rsquo;Est&nbsp;: le calme recueilli des quais contraste avec la fr\u00e9n\u00e9sie bruyante des abords de la gare.<\/p>\n<p>2 ao\u00fbt 1914&nbsp;: Verdun&nbsp;; arrive en gare un train venant de Paris empli de r\u00e9servistes chantant \u00ab&nbsp;la <em>Marseillaise<\/em>. Les porti\u00e8res des wagons, les embrasures des fourgons sont orn\u00e9es de guirlandes de feuillages retenues par des rubans tricolores&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 26)<\/p>\n<p><strong>Garde civique<\/strong> : \u00e0 Verdun, un coiffeur intrigue Maginot par son accoutrement&nbsp;: \u00ab&nbsp;lui aussi a un k\u00e9pi ou plut\u00f4t une casquette que je ne puis mieux comparer qu&rsquo;\u00e0 celle d&rsquo;un chef de fanfare, agr\u00e9ment\u00e9e de deux galons d&rsquo;argent, insigne \u00e9vident d&rsquo;une hi\u00e9rarchie que j&rsquo;ignore. [&#8230;] bon prince, [il] m&rsquo;apprend [&#8230;] qu&rsquo;il est depuis la veille chef de la garde civique. En cette qualit\u00e9, il parcourt la ville avec trois ou quatre citoyens qui constituent la dite garde, assurant l&rsquo;ex\u00e9cution des ordres de la municipalit\u00e9, veillant \u00e0 ce qu&rsquo;il ne reste personne de ceux dont le d\u00e9part a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9, faisant fermer les boutiques et les caf\u00e9s ind\u00fbment ouverts, rappelant les civils et parfois m\u00eame les militaires au respect de l&rsquo;autorit\u00e9 et des r\u00e8glements&nbsp;\u00bb (p. 29).<\/p>\n<p>Le r\u00e9giment de Maginot doit organiser la d\u00e9fense d&rsquo;un petit plateau afin d&rsquo;interdire \u00e0 l&rsquo;ennemi la route de Douaumont. La vision des villages envahis incendi\u00e9s met en rage les soldats t\u00e9moins&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si jamais on les tient, les bandits, avec quelle joie on leur fera payer tout cela&nbsp;!&nbsp;\u00bb (p. 45). Notons que la plupart des compagnons de Maginot sont originaires de territoires envahis et ravag\u00e9s.<\/p>\n<p>Maginot \u00e9voque le spectacle d\u00e9moralisant de l&rsquo;<strong>exode<\/strong> des populations civiles (22 ao\u00fbt 1914)&nbsp;bient\u00f4t suivies, quelques heures plus tard, par les soldats en retraite (p. 47). Rien que tr\u00e8s banal.<\/p>\n<p>Mais le t\u00e9moignage de Maginot vaut surtout pour son \u00e9vocation d&rsquo;un type de guerre peu d\u00e9crit&nbsp;: la<strong> guerre de patrouilles&nbsp;: une guerre d&#8217;embuscades<\/strong>. Au d\u00e9but de la guerre, les reconnaissances \u00e9taient effectu\u00e9es par des patrouilles, insuffisantes en nombre, et constitu\u00e9es par des d\u00e9tachements de volontaires sans cesse renouvel\u00e9s. Dans son secteur (devant Verdun), le bouillant caporal Maginot sugg\u00e8re au g\u00e9n\u00e9ral Moutey de constituer des corps de patrouille r\u00e9guliers&nbsp;; et le g\u00e9n\u00e9ral autorise Maginot \u00e0 constituer une \u00ab&nbsp;patrouille r\u00e9guli\u00e8re&nbsp;\u00bb avec des volontaires pour la plupart \u00ab&nbsp;connaissant admirablement le pays, aimant par-dessus tout la chasse, tous un peu braconniers par temp\u00e9rament, casse-cou et risque-tout&nbsp;\u00bb&#8230; (p. 55)<\/p>\n<p>Les patrouilleurs de Maginot s&rsquo;installent au village de Bezanceaux, \u00e0 la pointe des avant-postes du secteur de Verdun.<\/p>\n<p>26 ao\u00fbt&nbsp;: mission \u00e0 Maucourt et Mogeville. Les Allemands n&rsquo;occupent pas ces villages. Maginot, deux autres d\u00e9put\u00e9s, Chevillon et Abrami, et quelques hommes r\u00e9ussissent \u00e0 rapporter de pr\u00e9cieux renseignements. Ils sont f\u00e9licit\u00e9s et promus caporaux.<\/p>\n<p>1<sup>er<\/sup> septembre&nbsp;: \u00e0 3 heures du matin, d\u00e9part en patrouille de reconnaissance depuis Fleury jusqu&rsquo;\u00e0 Gincrey&nbsp;; les Allemands ne sont pas dans le village abandonn\u00e9&nbsp;; seul un couple de vieillards demeure cach\u00e9 dans une cave, dans l&rsquo;attente du retour de l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise. Quelque peu d\u00e9pit\u00e9 de n&rsquo;avoir pas d\u00e9busqu\u00e9 d&rsquo;Allemands, Maginot persuade alors son capitaine de le laisser dans le village avec dix hommes pour tendre une embuscade aux cavaliers allemands qui ont pris l&rsquo;habitude, le soir venu, d&rsquo;abreuver leurs chevaux dans ce village (p. 108-115)&nbsp;; \u00ab&nbsp;j&rsquo;ai la chance de toucher mon Boche qui, atteint en pleine course, fait panache sur mon coup de fusil et s&rsquo;abat pour ne plus se relever. &#8211;&nbsp;C&rsquo;est toujours un de moins, conclut Muller en guise d&rsquo;oraison fun\u00e8bre. [Muller est un Alsacien, qui apr\u00e8s avoir d\u00e9sert\u00e9 de l&rsquo;arm\u00e9e allemande s&rsquo;est engag\u00e9 dans la L\u00e9gion. Il voue une haine f\u00e9roce aux Allemands&#8230;] J&rsquo;approuve sa r\u00e9flexion de la t\u00eate [poursuit Maginot]. Bien que je ne sois pas d&rsquo;un naturel sanguinaire, je trouve, en effet, que le rude Alsacien a raison. Moins il en restera de cette race de proie qui nous poursuit de sa haine implacable et d\u00e9cha\u00eene en ce moment sur l&rsquo;Europe tat de calamit\u00e9s, mieux cela vaudra pour nous et pour l&rsquo;humanit\u00e9. La fameuse parole de Kipling me revient \u00e0 l&rsquo;esprit&nbsp;: \u00ab\u00a0Le monde se divise en deux&nbsp;: les Humains et les Allemands\u00a0\u00bb. (p. 115-116)<\/p>\n<p>Maginot et ses camarades parviennent \u00e0 se retirer du village et \u00e0 rejoindre les lignes fran\u00e7aises. Son fait d&rsquo;armes lui vaut une nouvelle citation \u00e0 l&rsquo;ordre de la division.<\/p>\n<p>Le 7 octobre 1914, nouvelle citation \u00e0 l&rsquo;ordre de la division&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Le g\u00e9n\u00e9ral commandant le 1<sup>er<\/sup> secteur, cite \u00e0 l&rsquo;ordre du secteur le sergent Maginot, du 44<sup>e<\/sup> r\u00e9giment territorial. Au cours d&rsquo;une reconnaissance effectu\u00e9e dans la journ\u00e9e du 6 octobre, ce sous-officier commandant une patrouille d&rsquo;\u00e9claireurs, a vigoureusement entra\u00een\u00e9 ses hommes pour entrer dans le bois de Maucourt et a ainsi grandement contribu\u00e9 \u00e0 chasser l&rsquo;ennemi.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Voil\u00e0 quelques passages qui \u00e9moustilleront les \u00ab&nbsp;anthropologues&nbsp;\u00bb en herbe, d\u00e9couvreurs des liens pouvant exister entre la pratique de la chasse et la guerre&nbsp;: \u00ab&nbsp;De fa\u00e7on \u00e0 permettre \u00e0 mes hommes de recharger leurs armes le plus rapidement possible, je leur ai fait remplir de cartouches leurs k\u00e9pis pos\u00e9s \u00e0 terre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux. C&rsquo;est un proc\u00e9d\u00e9 que j&rsquo;ai maintes fois, pour ma part, employ\u00e9 en battue et dont je me suis toujours bien trouv\u00e9&#8230;&nbsp;\u00bb (p. 110)&nbsp;; un peu plus loin&nbsp;: \u00ab&nbsp;C&rsquo;est presque un d\u00e9part pour une partie de chasse que celui de notre patrouille. La nuit finit \u00e0 peine. [&#8230;] Mes compagnons sont bien dispos apr\u00e8s un bon sommeil. Ils sont presque joyeux \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que nous allons chercher du \u00ab&nbsp;boche&nbsp;\u00bb et que le v\u00e9ritable but de notre exp\u00e9dition est de ramener des prisonniers. N&rsquo;est-ce pas apr\u00e8s tout une v\u00e9ritable chasse&nbsp;?&nbsp;\u00bb (p. 130)&nbsp;;<\/p>\n<p>La patrouille est fructueuse et un jeune soldat allemand est fait prisonnier&nbsp;; au passage, il est \u00e0 noter que l&rsquo;un des hommes de la patrouille qui au moment du d\u00e9part de la patrouille semblait particuli\u00e8rement d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 ne pas faire de prisonnier et s&rsquo;\u00e9tait dot\u00e9 d&rsquo;un \u00ab&nbsp;long couteau&nbsp;\u00bb, se montre en d\u00e9finitive \u00e9mu par la jeunesse du prisonnier. Il lui offre m\u00eame \u00e0 boire pour le \u00ab&nbsp;remonter&nbsp;\u00bb&#8230; Ainsi, les d\u00e9clarations volontiers assassines de cet homme (\u00ab&nbsp;dont la femme et le petit sont rest\u00e9s \u00e0 Briey [&#8230;] sous la f\u00e9rule de l&rsquo;ennemi&nbsp;\u00bb) ont-elles \u00e9t\u00e9 finalement contredites par des gestes d&rsquo;humanit\u00e9. Le \u00ab&nbsp;chasseur&nbsp;\u00bb a reconnu l&rsquo;homme en sa prise&#8230; C&rsquo;est pas simple l&rsquo;anthropologie&nbsp;! Le mieux est de ne pas oublier que les patrouilles en avant des lignes fortifi\u00e9es, les coups de main, les embuscades, ne sont pas le quotidien de la majorit\u00e9 des poilus, loin de l\u00e0. Ce type de guerre, que l&rsquo;on pourrait assimiler \u00e0 la \u00ab&nbsp;petite guerre&nbsp;\u00bb, se distingue tr\u00e8s fortement de la guerre de tranch\u00e9es o\u00f9 les soldats subissent quasiment impuissants les fouilles meurtri\u00e8res des artilleries.<\/p>\n<p>12 octobre&nbsp;: affaire d&rsquo;Ornes. Chaude alerte&nbsp;; Maginot et ses hommes \u00e9chappent de peu, gr\u00e2ce \u00e0 la nuit, \u00e0 un encerclement par un nombre sup\u00e9rieur d&rsquo;ennemis.<\/p>\n<p>D\u00e9but Novembre&nbsp;: prise du village de Mogeville occup\u00e9 par les Allemands.<\/p>\n<p>Le dernier chapitre relate la derni\u00e8re patrouille&nbsp;: le 9 novembre. Cette fois, l&rsquo;affaire tourne mal. La patrouille est d\u00e9cim\u00e9e&nbsp;; Maginot est lui-m\u00eame gri\u00e8vement bless\u00e9 et doit ramper sur 25 m\u00e8tres, sous une pluie de balles pour rejoindre le gros de ses maigres forces&nbsp;; il d\u00e9crit un long calvaire durant lequel ses hommes se sacrifient (plusieurs sont tu\u00e9s) pour le ramener \u00e0 l&rsquo;abri (on peut confronter ce r\u00e9cit au t\u00e9moignage du sergent L\u00e9onard rapport\u00e9 par Belperron dans la biographie de Maginot, p. 34-36). Notons que dans sa relation de l&rsquo;\u00e9pisode, Maginot \u00e9tablit une comparaison entre les deux \u00ab&nbsp;races&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;les cris de douleur des soldats boches [&#8230;] n&rsquo;ont rien d&rsquo;humain. Ce sont des hurlements de b\u00eates fauves, des plaintes tragiques, des appels effroyables qui, malgr\u00e9 toute l&rsquo;horreur de ma propre situation, m&rsquo;arrachent cette pens\u00e9e qui maintenant domine mes souffrances&nbsp;: \u00ab\u00a0Vraiment, comme ces gens-l\u00e0 portent mal la balle\u00a0\u00bb. Et j&rsquo;ai pr\u00e8s de moi le contraste complet des deux races&nbsp;: hormis le malheureux Georges nous n&rsquo;avons, de notre c\u00f4t\u00e9, que des bless\u00e9s, mais eux ne disent rien. R\u00e9sign\u00e9s, silencieux, c&rsquo;est \u00e0 peine s&rsquo;ils se plaignent, sauf le pauvre chapelet qui, le ventre entr&rsquo;ouvert, commence \u00e0 r\u00e2ler. Derri\u00e8re moi je l&rsquo;entends et faisant de mon mieux, je t\u00e2che de l&rsquo;exhorter&nbsp;: \u00ab\u00a0Fais comme moi&#8230; Bouffe-toi les poings&#8230;\u00a0\u00bb&nbsp;\u00bb (p. 166)&#8230;<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, mai 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. &nbsp; Le t\u00e9moin Andr\u00e9 Maginot est n\u00e9 \u00e0 Paris le 17 f\u00e9vrier 1877. Fils d&rsquo;Auguste, notaire parisien issu d&rsquo;une vieille lign\u00e9e de paysans meusiens. 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