{"id":1081,"date":"2013-01-30T14:06:47","date_gmt":"2013-01-30T13:06:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1081"},"modified":"2021-09-14T19:41:52","modified_gmt":"2021-09-14T18:41:52","slug":"pelloutier-raymond-1897","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/01\/30\/pelloutier-raymond-1897\/","title":{"rendered":"Pelloutier, Raymond (1897-1956)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>Raymond Paul Ulrich Pelloutier est n\u00e9 le 25 juillet 1897 \u00e0 Paris (2e arr.). Son grand-p\u00e8re est fonctionnaire des Postes, son p\u00e8re est employ\u00e9 (sans autre pr\u00e9cision), son oncle Fernand, po\u00e8te, journaliste, est un des pionniers du syndicalisme r\u00e9volutionnaire. Sa m\u00e8re est signal\u00e9e sans profession \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-civil. Raymond ne semble avoir fait aucune carri\u00e8re militaire puisqu\u2019il appara\u00eet au grade de 1\u00e8re classe dans une liste de prisonniers de guerre en 1940, c\u2019est le grade qu\u2019il a \u00e0 son entr\u00e9e en guerre en 1916. La suite de sa vie n&rsquo;est pas connue. Il est mort \u00e0 Nantes le 28 novembre 1956.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Pelloutier, Raymond, <em>La voix d\u2019un jeune. (Souvenirs et impressions d\u2019un \u00ab\u00a0bleuet\u00a0\u00bb de la classe 1917).<\/em> Paris, Eug\u00e8ne Figui\u00e8re, 1930, 185 pages.<\/p>\n<p>L\u2019auteur s\u2019engage en juillet 1916, semble-t-il au 131<sup>e<\/sup> RI d\u2019Orl\u00e9ans, et rejoint le front en Argonne \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e, sans y \u00eatre engag\u00e9 toutefois. Son r\u00e9giment est en effet d\u00e9plac\u00e9 \u00e0 l\u2019ouest de Reims, secteur de Berry-au-Bac. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il va prend sa premi\u00e8re garde de nuit au cr\u00e9neau, qui l\u2019impressionne du fait de son \u00ab <em>inaccoutumance au danger<\/em> \u00bb (page 26). \u00ab\u00a0<em>Bleuet<\/em> \u00bb donc bleu, il multiplie les corv\u00e9es et c\u2019est au cours de l\u2019une d\u2019elles qu\u2019il subit son premier bombardement. Il s\u2019est ainsi aguerri au feu quand arrive le 16 avril 1917. Il est sur le front de l\u2019Aisne, devant le Bois des Buttes, Craonne et la Cote 108. Apr\u00e8s l\u2019enfer, une p\u00e9riode de repos \u00e0 Ventelay puis une permission \u00e0 Paris, qui lui laisse une \u00ab\u00a0<em>singuli\u00e8re sensation<\/em> \u00bb, g\u00e9n\u00e9rant d\u2019abord des \u00ab\u00a0<em>regards compatissants, mais souvent ironiques<\/em> \u00bb (page 110), bient\u00f4t remplac\u00e9s par \u00ab\u00a0<em>une l\u00e9gitime indignation<\/em> \u00bb devant le \u00ab\u00a0<em>scandaleux \u00e9talage d\u2019un luxe ind\u00e9cent et de cette ru\u00e9e vers les plaisirs malsains<\/em> \u00bb et subissant \u00ab\u00a0<em>une indiff\u00e9rence qui frise le d\u00e9dain<\/em> \u00bb (page 113) des Parisiens, il revient dans l\u2019Aisne, en face de Juvincourt. Une demande de changement d\u2019arme pour passer dans l\u2019aviation reste sans suite \u00e0 l\u2019hiver 1917-1918. Transport\u00e9 \u00e0 Noyon, reconquise, il est au village de Guivry en mars 1918, date \u00e0 laquelle les Allemands d\u00e9clenchent une offensive qu\u2019il prend de plein fouet. D\u00e9pass\u00e9 par la vague, il est fait prisonnier et envoy\u00e9 au camp de Giessen (Hesse) en Allemagne, o\u00f9 son internement met fin \u00e0 sa narration mais le d\u00e9termine, d\u00e8s son retour, \u00e0 \u00ab\u00a0<em>faire le r\u00e9cit\u00a0le plus fid\u00e8lement possible<\/em>\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;horreur de cette effroyable <em>calamit\u00e9 qu\u2019est la GUERRE<\/em>\u00a0\u00bb (page 179).<\/em><\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>Raymond Pelloutier livre dans ses souvenirs et impressions d\u2019un \u00ab\u00a0<em>bleuet<\/em> \u00bb un t\u00e9moignage certainement bas\u00e9 sur son exp\u00e9rience de guerre mais difficile \u00e0 suivre. Impr\u00e9cis sur les dates (qui couvrent de l\u2019hiver 1916-1917 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019op\u00e9ration Michael de mars 1918), il ne nomme pas son r\u00e9giment et les personnages cit\u00e9s ne correspondent pas \u00e0 la \u00a0r\u00e9alit\u00e9. Ces d\u00e9sagr\u00e9ments mis de c\u00f4t\u00e9, il reste un t\u00e9moignage honn\u00eate, contenant de nombreuses descriptions et informations d\u2019ambiance li\u00e9es au statut de jeune classe du t\u00e9moin <a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Ainsi, les pages li\u00e9es \u00e0 son aguerrissement au front, aux bombardements et aux attaques sont repr\u00e9sentatives. Il \u00e9prouve un profond respect envers les anciens qui ont \u00ab\u00a0<em>fait Verdun<\/em> \u00bb (page 14) et \u00e9voque l\u2019attraction du spectacle de la bataille du Chemin des Dames (page 56). Car le front attire, ind\u00e9niablement\u00a0: au repos, apr\u00e8s les combats du 16 avril, il dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Parfois, les vents d\u2019est nous apportent, assourdie, la rumeur du front que, le croirait-on\u00a0? il ne me d\u00e9pla\u00eet pas d\u2019entendre<\/em> \u00bb (page 97). Cette attraction est r\u00e9currente pour nombre de soldats pour qui le champ de bataille g\u00e9n\u00e8re autant de crainte que de fascination\u00a0: \u00ab\u00a0<em>En arrivant \u00e0 la\u00a0 hauteur de Roucy, une vision grandiose s\u2019offre \u00e0 nos regards. Le bombardement que vient de d\u00e9clencher notre artillerie illumine le ciel, tandis que dans le lointain des fus\u00e9es blanches, vertes et rouges, s\u2019\u00e9l\u00e8vent de toutes parts, donnant l\u2019impression de quelque gigantesque feu d\u2019artifice. Ce spectacle est si beau que nous en oublions la triste cause<\/em> \u00bb (pages 118-119). Sa description du 16 avril et des sentiments que la grande m\u00eal\u00e9e lui occasionne est int\u00e9ressante. Il y disserte sur une certaine superstition, ayant de nombreux sentiments pr\u00e9monitoires au fil de son exp\u00e9rience\u00a0: nomm\u00e9 \u00e0 la caserne soldat de 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe, au d\u00e9but de sa campagne, il dit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai l\u2019id\u00e9e que nous mourrons avant d\u2019acc\u00e9der \u00e0 un grade sup\u00e9rieur <\/em>\u00bb (page 11), est sauv\u00e9 par un camarade qui le pousse \u00e0 changer de place en disant \u00ab\u00a0<em>C\u2019est dr\u00f4le, quelque chose de plus fort que moi m\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 lever la t\u00eate\u2026 Ne restons pas ici<\/em> \u00bb avant qu\u2019un obus explose \u00e0 l\u2019endroit qu\u2019ils occupaient (page 66), et s\u2019interroge sur ce ressenti, entre \u00ab\u00a0<em>devoir imp\u00e9rieux<\/em> \u00bb, \u00ab\u00a0<em>choses vraiment incompr\u00e9hensibles et quasi-miraculeuses<\/em> \u00bb (page 78) et \u00ab\u00a0<em>puissance myst\u00e9rieuse, <\/em>(\u2026) <em>entit\u00e9 sup\u00e9rieure ma\u00eetresse de nos destin\u00e9es<\/em> \u00bb (pages 98-99). Il n\u2019\u00e9voque pas les mutineries, mais comprend \u00e0 cette \u00e9poque le ressentiment de \u00ab\u00a0<em>pauvres bougres, qui n\u2019ont en poche que les cinq sous que leur alloue quotidiennement l\u2019Etat, et, moyennant quoi, il leur est demand\u00e9 de risquer leur peau \u00e0 tout instant. Ils font sans<br \/>\ndoute de tristes r\u00e9flexions en comparant leur sort avec celui de leur camarade de l\u2019arri\u00e8re qui, occup\u00e9s \u00e0 la fabrication des obus et soustraits aux risques des combats, se voient, en outre, attribuer un important p\u00e9cule<\/em> \u00bb (pages\u00a0101-102). D\u2019autres descriptions d\u2019int\u00e9r\u00eat ponctuent encore l\u2019ouvrage\u00a0sur la mis\u00e8re sexuelle (page 148), la vision des combattants allemands de 1918 (page 168) ou le traitement de leurs prisonniers (page 169).<\/p>\n<p>Yann Prouillet &#8211; R\u00e9my Cazals, janvier 2013<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Outre Pelloutier, 6 autres t\u00e9moins se r\u00e9clament du statut de \u00ab\u00a0<em>Bleuet<\/em> \u00bb dans le titre de leur ouvrage publi\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Raymond Paul Ulrich Pelloutier est n\u00e9 le 25 juillet 1897 \u00e0 Paris (2e arr.). Son grand-p\u00e8re est fonctionnaire des Postes, son p\u00e8re est employ\u00e9 (sans autre pr\u00e9cision), son oncle Fernand, po\u00e8te, journaliste, est un des pionniers du syndicalisme r\u00e9volutionnaire. Sa m\u00e8re est signal\u00e9e sans profession \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-civil. 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