{"id":1102,"date":"2013-02-07T21:35:21","date_gmt":"2013-02-07T20:35:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1102"},"modified":"2021-09-15T17:55:43","modified_gmt":"2021-09-15T16:55:43","slug":"amalric-adrien-1892-1917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/02\/07\/amalric-adrien-1892-1917\/","title":{"rendered":"Amalric, Adrien (1892-1917)"},"content":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>N\u00e9 le 21 octobre 1892 \u00e0 St Sulpice la Pointe (Tarn). Les parents sont des \u00ab\u00a0cultivateurs ais\u00e9s\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0propri\u00e9taires\u00a0\u00bb, poss\u00e9dant plusieurs m\u00e9tairies. Leur maison compte 9 pi\u00e8ces, ils disposent d&rsquo;un pigeonnier et d&rsquo;un \u00ab\u00a0grand chai\u00a0\u00bb contenant vins en f\u00fbt et eaux de vie. Adrien passe par l&rsquo;Ecole normale, devient instituteur. A 22 ans, il est d\u00e9j\u00e0 (selon l&rsquo;\u00e9diteur de son journal de route) inspecteur primaire.<br \/>\nMobilis\u00e9 \u00e0 Castelnaudary (Aude) dans le 143e RI, il part sur le front de Lorraine et devient agent de liaison d\u00e8s le 9 septembre 1914. Le 9 octobre, il part vers l&rsquo;Ouest et accompagne la \u00ab\u00a0course \u00e0 la mer\u00a0\u00bb. Le 31 octobre il arrive pr\u00e8s de Calais et se trouve pris dans les combats sur l&rsquo;Yser.<br \/>\nAu d\u00e9but de 1915, il quitte la Belgique, combat en Champagne, en Argonne. En 1916, il passe au 70e RI, se retrouve \u00e0 Verdun et finit l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 Mourmelon le Grand, au lieu-dit \u00ab\u00a0le camp russe\u00a0\u00bb. 1917 le voit d&rsquo;abord sur l&rsquo;Aisne, puis \u00e0 Abbeville, puis dans la Marne et, en juin, \u00e0 Lavoye (Meuse) pr\u00e8s de Verdun. Il passe alors dans le 35\u00e8me RIC et s&#8217;embarque pour Salonique sur le Parana, un ancien vapeur devenu transport de troupes. Il p\u00e9rit en mer le 24 ao\u00fbt pr\u00e8s de l&rsquo;\u00eele grecque de l&rsquo;Eub\u00e9e, le Parana ayant \u00e9t\u00e9 atteint par un sous-marin allemand.<\/p>\n<p>2) Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Adrien Amalric, d\u00e8s le 1er ao\u00fbt 1914 a not\u00e9 chaque jour en 1914 (sauf le 7 novembre) ses observations sur un carnet ou \u00ab\u00a0cahier de poche\u00a0\u00bb. Il a \u00e9crit plusieurs carnets et seul le dernier a disparu apr\u00e8s le torpillage du Parana. Les carnets jusqu&rsquo;au d\u00e9but de 1917 ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s par la famille. Seul le contenu du carnet tenu en 1914 a \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9, en 2006, par M. Adrien B\u00e9langer de Dom\u00e9rat (Allier), auteur de plusieurs ouvrages, \u00e0 diffusion limit\u00e9e, sur la guerre de 14. La BNF conserve un exemplaire de l&rsquo;ouvrage intitul\u00e9 <em>C&rsquo;\u00e9tait 14. Les \u00e9v\u00e9nements et, parall\u00e8lement le carnet de guerre d&rsquo;Adrien Amalric<\/em>. Auto-\u00e9dit\u00e9, cet ouvrage de 303 pages a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9 chez Chaumeil \u00e0 Clermont-Ferrand. Il est pr\u00e9fac\u00e9 par Aline Torchass\u00e9, petite-ni\u00e8ce d&rsquo;Adrien Amalric.<br \/>\nAdrien B\u00e9langer a dispos\u00e9 du tapuscrit \u00e9tabli par M. Jean-Claude Plan\u00e8s mais aussi, semble-t-il des carnets eux-m\u00eames. Il publie l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du texte, jour apr\u00e8s jour, se contentant de modifier la graphie de certains toponymes (M\u00fclhwald au lieu de Mulevalde). Il assortit le texte d&rsquo;expos\u00e9s sur l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la guerre et de commentaires personnels, bien intentionn\u00e9s, parfois utiles, parfois discutables voire hors-sujet. Adrien B\u00e9langer ne donne aucune pr\u00e9cision sur l&rsquo;\u00e9tat de conservation des carnets, sur leur aspect mat\u00e9riel. Il ne donne aucun extrait des carnets \u00e0 partir de 1915 et se contente de donner en quelques lignes les indications sur les \u00e9tapes de la guerre d&rsquo;Amalric indiqu\u00e9es ci-dessus.<\/p>\n<p>3) Analyse<\/p>\n<p>Instruit, Adrien Amalric \u00e9crit avec nettet\u00e9, dans un style sobre mais non exempt par moment d&rsquo;une sensibilit\u00e9 ma\u00eetris\u00e9e. Il trouve le temps d&rsquo;observer \u00e0 l&rsquo;occasion la beaut\u00e9 de la r\u00e9gion travers\u00e9e. Ainsi apr\u00e8s Ch\u00e2teau-Thierry : \u00ab\u00a0les villages de ce coin de France avec les aiguilles de leur clochers sont tr\u00e8s coquets. A les voir de loin au milieu de la nature jaunissante, ils font penser \u00e0 des hameaux miniature\u00a0\u00bb. Il ne compare pas avec son Tarn natal, qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9voque jamais.<\/p>\n<p>B\u00e9langer note tr\u00e8s justement qu&rsquo;Adrien Amalric porte sur ce qu&rsquo;il voit un \u00ab\u00a0regard d&rsquo;inspecteur\u00a0\u00bb. Agent de liaison, il saisit les attitudes du commandement et observe bien le mouvement des troupes. La description de l&rsquo;offensive en Lorraine en ao\u00fbt 14 est pr\u00e9cise et vivante, et plus encore la d\u00e9b\u00e2cle \u00e0 partir du 21 ao\u00fbt, entra\u00eenant aussi les civils (un \u00ab\u00a0exode \u00e0 grande \u00e9chelle\u00a0\u00bb).<br \/>\nInstituteur de la jeune g\u00e9n\u00e9ration tr\u00e8s la\u00efque du d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, Amalric est indiff\u00e9rent en mati\u00e8re religieuse, contrairement \u00e0 sa m\u00e8re. Patriote \u00e0 la mani\u00e8re r\u00e9publicaine (il est heureux d&rsquo;envoyer \u00e0 sa s\u0153ur une carte postale de Valmy, le jour anniversaire de la fameuse bataille de 1792), il n&rsquo;est pas patriotard. Il estime que la retraite de Lorraine \u00e0 la fin ao\u00fbt est \u00ab\u00a0une honte\u00a0\u00bb. La brutalit\u00e9 de certains officiers le r\u00e9vulse. Ainsi l&rsquo;odieux lieutenant-colonel Bertrand qui en Flandre, le 17 d\u00e9cembre, invective ses hommes : \u00ab il para\u00eet que quelques hommes d&rsquo;une compagnie auraient manifest\u00e9 leur fatigue ce matin par des propos qui auraient imm\u00e9diatement m\u00e9rit\u00e9 la peine de mort (\u2026) Les soldats qui se plaignent hautement sont des l\u00e2ches. Ils m\u00e9riteraient que les bons Fran\u00e7ais leur crachent \u00e0 la figure. Ce sont des gens qui m\u00e9riteraient d&rsquo;\u00eatre \u00e9mascul\u00e9s pour que leur race de pleutres et de l\u00e2ches ne se reproduise plus \u00bb.<br \/>\nAdrien Amalric note les exactions commises par les \u00ab Alboches \u00bb (expression employ\u00e9e d\u00e8s le 27 ao\u00fbt) : pillages (par exemple de l\u2019\u00e9cole des Eaux et For\u00eats de Nancy), cadavres jet\u00e9s dans les puits pour les infecter etc. Mais lors de l\u2019offensive en Lorraine il est impressionn\u00e9 par les tombes individuelles des Allemands, avec casques align\u00e9s au-dessus : \u00ab des couronnes de grains et de fleurs ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9es sur les croix ; c\u2019est dire s\u2019ils ont les morts en grande v\u00e9n\u00e9ration tandis que chez nous les morts sont mis en grand nombre dans des fosses avec du gazon sur le corps ce qui a pour effet d\u2019infester l\u2019air. Par ailleurs les Boches soignent aussi bien les bless\u00e9s qu\u2019ils enterrent leurs morts \u00bb.<br \/>\nAmalric est peu effusif et pas du genre \u00e0 se plaindre sans cesse (\u00ab il ne se plaint jamais \u00bb, note A. B\u00e9langer). Mais il vit pleinement l\u2019horreur de la guerre. Le 3 novembre, il note : \u00ab avec l\u2019ennemi qui nous cerne et cette pluie torrentielle et glac\u00e9e, la nuit devient tragiquement angoissante. Comment ne pas avoir cette impression de terreur tant est grande la brutalit\u00e9 des hommes ? \u00bb<br \/>\nLucide et humaniste, tel appara\u00eet Adrien Amalric. Le 20 ao\u00fbt 1914, lors de la bataille de Dieuze Morhange, il surprend un officier allemand bless\u00e9 qui a essay\u00e9 de tuer d\u2019un coup de pistolet l\u2019officier fran\u00e7ais qui venait de lui planter sa ba\u00efonnette dans le corps : \u00ab loin de mettre fin \u00e0 ses jours, je lui retire l\u2019arme de la main et je laisse l\u00e0 ces deux bless\u00e9s jadis ennemis et maintenant fr\u00e8res dans le malheur \u00bb. D\u2019ailleurs, note Amalric, cet officier fran\u00e7ais \u00ab ne valait pas cher non plus \u00bb. Amalric aspire implicitement \u00e0 la paix et au dialogue entre les nations. Rencontrant des aviateurs \u00ab britanniques \u00bb \u00e0 l\u2019Est de Soissons, o\u00f9 ils disposent d\u2019un mini-a\u00e9roport, il observe qu\u2019ils ont chip\u00e9 quelques fruits dans un verger et d\u00e9plore de ne pas pouvoir parler avec eux ; mais lui et ses compagnons d\u2019armes couchent \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s \u00ab comme si nous \u00e9tions de la m\u00eame nation, de la m\u00eame patrie \u00bb.<br \/>\nJean Faury<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1) Le t\u00e9moin N\u00e9 le 21 octobre 1892 \u00e0 St Sulpice la Pointe (Tarn). Les parents sont des \u00ab\u00a0cultivateurs ais\u00e9s\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0propri\u00e9taires\u00a0\u00bb, poss\u00e9dant plusieurs m\u00e9tairies. Leur maison compte 9 pi\u00e8ces, ils disposent d&rsquo;un pigeonnier et d&rsquo;un \u00ab\u00a0grand chai\u00a0\u00bb contenant vins en f\u00fbt et eaux de vie. Adrien passe par l&rsquo;Ecole normale, devient instituteur. 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