{"id":113,"date":"2008-07-15T14:10:30","date_gmt":"2008-07-15T13:10:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/15\/laporte-henri-1895-1982\/"},"modified":"2021-09-09T17:11:06","modified_gmt":"2021-09-09T16:11:06","slug":"laporte-henri-1895-1982","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/15\/laporte-henri-1895-1982\/","title":{"rendered":"Laporte, Henri (1895-1982)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin.<\/strong><\/p>\n<p>Henri Laporte est n\u00e9 \u00e0 \u00c9tr\u00e9aupont (Aisne) en 1895. Re\u00e7u au concours d&rsquo;entr\u00e9e des Arts et m\u00e9tiers, il int\u00e8gre finalement avant guerre l&rsquo;administration des chemins de fer. T\u00e9moins de la retraite en ao\u00fbt 1914 alors qu&rsquo;il habite avec sa famille \u00e0 Hirson (Aisne, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re belge), il re\u00e7oit son ordre d&rsquo;appel \u00e0 Montreuil sous bois o\u00f9 il est r\u00e9fugi\u00e9 avec sa m\u00e8re et ses deux s\u0153urs le 27 novembre 1914. Apr\u00e8s plusieurs mois d&rsquo;instructions au d\u00e9p\u00f4t du 151<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Quimper (stationn\u00e9 en temps de paix \u00e0 Verdun), Henri Laporte part volontaire pour le front le 10 avril 1915. Deux fois \u00e9vacu\u00e9, une premi\u00e8re fois en 1915, puis en 1916 apr\u00e8s une blessure par obus, il termine la guerre au d\u00e9p\u00f4t \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, inapte au service arm\u00e9.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1998 (Laporte Henri, <em>Journal d&rsquo;un poilu<\/em>, Paris, Mille et Une Nuits, 135 p.), l&rsquo;ouvrage ne reprend que des extraits du journal de guerre d&rsquo;Henri Laporte dont on peut consulter les originaux aupr\u00e8s de l&rsquo;Association pour l&rsquo;autobiographie (APA, 015000 Amb\u00e9rieu-en-Bugey). Du point de vue de la forme du t\u00e9moignage, \u00e0 plusieurs reprises, l&rsquo;auteur \u00e9voque ses \u00ab souvenirs \u00bb mais qu&rsquo;il appuie dans une premi\u00e8re partie sur un carnet de route tenu pendant le conflit (jusqu&rsquo;au chapitre VIII, p. 92). La deuxi\u00e8me partie n&rsquo;est \u00e9crite qu&rsquo;\u00e0 partie \u00ab de souvenirs lointains, bas\u00e9s sur quelques notes prises au hasard, sans beaucoup de d\u00e9tails \u00bb (p. 92). L&rsquo;auteur semble avoir arr\u00eat\u00e9 son carnet apr\u00e8s son passage, difficile, dans la fournaise de Verdun. L&rsquo;ensemble du r\u00e9cit couvre une p\u00e9riode s&rsquo;\u00e9talant de la fin ao\u00fbt 1914 \u00e0 janvier 1919 au moment de la d\u00e9mobilisation de l&rsquo;auteur. Henri Laporte d\u00e9crit dans son r\u00e9cit avec minutie \u00e0 la fois la vari\u00e9t\u00e9 des combats auxquels il a particip\u00e9, et la d\u00e9couverte du feu de l&rsquo;artillerie qui an\u00e9antit les hommes sans que ceux-ci ne puissent en ma\u00eetriser la puissance. D&rsquo;abord en Argonne, il d\u00e9couvre le front dans le secteur de La Haraz\u00e9e, pr\u00e9cis\u00e9ment dans le ravin de Blanloeil. Il participe alors \u00e0 plusieurs combats tr\u00e8s meurtriers dans une partie du front alors active (voir attaque allemande et r\u00e9sistance du 1<sup>er<\/sup> juillet 1915 d\u00e9crites avec beaucoup de d\u00e9tails, p. 56-58). En juillet 1915, il est une premi\u00e8re fois \u00e9vacu\u00e9 du front pour une fi\u00e8vre typho\u00efde et apr\u00e8s plusieurs s\u00e9jours dans les h\u00f4pitaux de la zone des arm\u00e9es et de l&rsquo;arri\u00e8re (Tarascon), il reprend le chemin du d\u00e9p\u00f4t en septembre. Comme Henri Despeyri\u00e8res (caporal fourrier), Laporte devient tr\u00e8s rapidement agent de liaison dans la compagnie de mitrailleuse de son r\u00e9giment. Apr\u00e8s un s\u00e9jour \u00ab monotone \u00bb, marqu\u00e9 par le froid et l&rsquo;humidit\u00e9 en Champagne, entre Suippes et Tahure fin 1915, le r\u00e9giment d&rsquo;Henri Laporte se porte par une marche forc\u00e9e de trois jours sur le front de Verdun d\u00e8s le 25 f\u00e9vrier 1916. Les pages consacr\u00e9es \u00e0 cette p\u00e9riode couvrent une partie importante du t\u00e9moignage publi\u00e9, dans lesquelles s&rsquo;\u00e9talent l&rsquo;horreur des combats, entre la fureur du bruit et la puissance des obus, et le \u00ab massacre \u00bb des hommes tir\u00e9s \u00e0 vue par les mitrailleuses. Mis au repos plus au sud toujours en Lorraine, le combattant Laporte est gravement bless\u00e9 dans la Somme. Evacu\u00e9 sur l&rsquo;arri\u00e8re, il se voit d\u00e9finitivement class\u00e9 \u00ab inapte aux arm\u00e9es \u00bb \u00e0 Quimper en ao\u00fbt 1917. La guerre pour lui se terminera entre dessin et formation musicale dispens\u00e9e aux bless\u00e9s et aux jeunes recrues avant leur d\u00e9part au front.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse.<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit d&rsquo;Henri Laporte permet en premier lieu de suivre l&rsquo;int\u00e9gration progressive de la jeune recrue dans son uniforme de soldat, puis dans la guerre elle-m\u00eame. D&rsquo;\u00ab amateur \u00bb, le civil, encore v\u00eatu du costume de ville au d\u00e9p\u00f4t, devient apr\u00e8s le \u00ab bapt\u00eame du feu \u00bb, un vrai \u00ab poilu \u00bb. Ainsi, la guerre se d\u00e9couvre peu \u00e0 peu, de l&rsquo;arriv\u00e9e dans la zone des arm\u00e9es \u00e0 celle en premi\u00e8re ligne. Tr\u00e8s vite, elle impose une r\u00e9alit\u00e9 qui ne correspondait pas \u00e0 ce qu&rsquo;en attendait le jeune homme. Devant le spectacle des corps mutil\u00e9s de ses camarades, Henri \u00e9crit apr\u00e8s quelques jours dans les tranch\u00e9es, \u00ab quelle horreur, la guerre \u00bb (p. 45). Les lettres re\u00e7ues de sa m\u00e8re l&rsquo;aide sans aucun doute \u00e0 tenir, tout comme la participation aux c\u00e9r\u00e9monies religieuses lorsqu&rsquo;il le peut (p. 42). Si l&rsquo;on retrouve certains th\u00e8mes connus (duels d&rsquo;artillerie qui ravagent les unit\u00e9s, conditions de vie des fantassins au front, mouvements de troupes), ce t\u00e9moignage met en lumi\u00e8re la grande vari\u00e9t\u00e9 des secteurs rencontr\u00e9s (secteur o\u00f9 parfois une entente tacite permet de limiter la violence &#8211; p.95) et le cycle irr\u00e9gulier de violence\/repos. L&rsquo;auteur regrette ainsi l&rsquo;Argonne (pourtant secteur actif mais o\u00f9 la guerre v\u00e9cue correspond \u00e0 la repr\u00e9sentation de l&rsquo;auteur) lorsque son r\u00e9giment se porte en Champagne o\u00f9 l&rsquo;artillerie \u00e9crase les hommes. Verdun reste la grande \u00e9preuve, tant du point de vue de la violence subie, que de celle mise en \u0153uvre contre un ennemi qui n&rsquo;est dans son r\u00e9cit jamais rabaiss\u00e9.<\/p>\n<p>Henri Laporte \u00e9voque avec force le rapprochement entre les hommes provoqu\u00e9 par la guerre : certains camarades deviennent des compagnons, parfois des amis avec lesquels la complicit\u00e9 partag\u00e9e permet d&rsquo;att\u00e9nuer la pesanteur de la vie militaire et guerri\u00e8re. Parti seulement soldat, Laporte devient combattant, puis \u00ab poilu \u00bb, le bleu s&rsquo;efface pour devenir vis-\u00e0-vis des autres \u00ab l&rsquo;ancien \u00bb, alors que peu de camarades partis avec lui ont surv\u00e9cu. Riche de plusieurs mois dans les tranch\u00e9es, il est porteur d&rsquo;une exp\u00e9rience partag\u00e9e ensuite avec les nouveaux arrivants. Cette camaraderie de tranch\u00e9e s&rsquo;\u00e9tend au-del\u00e0 du champ de bataille, puisque Henri trouve lors de sa convalescence une place dans une entreprise parisienne gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;un de ses camarades de combat.<\/p>\n<p>Ainsi, sans \u00eatre forc\u00e9ment d&rsquo;une grande originalit\u00e9, ce t\u00e9moignage offre n\u00e9anmoins quelques informations suppl\u00e9mentaires pour la compr\u00e9hension de l&rsquo;impact de la guerre sur les hommes qui la firent.<\/p>\n<p>Alexandre Lafon, juillet 2008.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin. Henri Laporte est n\u00e9 \u00e0 \u00c9tr\u00e9aupont (Aisne) en 1895. Re\u00e7u au concours d&rsquo;entr\u00e9e des Arts et m\u00e9tiers, il int\u00e8gre finalement avant guerre l&rsquo;administration des chemins de fer. T\u00e9moins de la retraite en ao\u00fbt 1914 alors qu&rsquo;il habite avec sa famille \u00e0 Hirson (Aisne, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re belge), il re\u00e7oit &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/15\/laporte-henri-1895-1982\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Laporte, Henri (1895-1982)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[139,102,3,10,21],"tags":[289,416,654],"class_list":["post-113","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-151e-ri","category-1991-2000","category-carnet","category-combattant-infanterie","category-souvenirs","tag-blessure","tag-camaraderie","tag-entente-tacite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=113"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3746,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/113\/revisions\/3746"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=113"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=113"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=113"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}