{"id":115,"date":"2008-07-22T11:00:00","date_gmt":"2008-07-22T10:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/22\/chalmette-leon-1886\/"},"modified":"2021-09-09T17:11:20","modified_gmt":"2021-09-09T16:11:20","slug":"chalmette-leon-1886","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/22\/chalmette-leon-1886\/","title":{"rendered":"Chalmette, L\u00e9on (1886-1961)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Il a lui-m\u00eame \u00e9crit au dos de la couverture de son carnet : \u00ab N\u00e9 le 15 novembre 1886, commune du Sappey, canton de Grenoble Est, d\u00e9partement de l&rsquo;Is\u00e8re. \u00bb En lisant le texte, on comprend que L\u00e9on Chalmette est cultivateur : en ao\u00fbt 1917, en permission chez lui, il fait les foins. Fin 1917, il \u00e9voque sa fianc\u00e9e L\u00e9a ; il l&rsquo;\u00e9pouse le 30 novembre 1918. L\u00e9on Chalmette est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Lumbin (Is\u00e8re) le 14 d\u00e9cembre 1961.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;un carnet format 10&#215;15 trouv\u00e9 par hasard, mais qui fournit quelques \u00e9l\u00e9ments pour en \u00e9tablir le contexte. Les pr\u00e9cisions suivantes sont donn\u00e9es au tout d\u00e9but : \u00ab Carnet de notes appartenant \u00e0 Chalmette L\u00e9on, caporal 174<sup>e<\/sup> RI, 2<sup>e<\/sup> Compagnie, 15<sup>e<\/sup> escouade. \u00bb Le carnet compte 58 pages \u00e9crites. Il d\u00e9bute le 24 d\u00e9cembre 1916 et se termine le 27 mars 1919. Il y avait vraisemblablement des notes sur la p\u00e9riode 1914-1916, mais je ne les ai pas. Nous y apprenons que Chalmette s&rsquo;est trouv\u00e9 \u00e0 Baudricourt (Vosges) en 1916, sans autre pr\u00e9cision. Lorsqu&rsquo;il d\u00e9crit une attaque \u00e0 la ba\u00efonnette, le 4 mai 1917, il dit qu&rsquo;il s&rsquo;agit pour lui de la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Les 33 premi\u00e8res pages sont d&rsquo;une \u00e9criture r\u00e9guli\u00e8re avec la m\u00eame encre. Elles paraissent avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9crites \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital en janvier ou f\u00e9vrier 1918 en reprenant des notes journali\u00e8res port\u00e9es sur un autre support. A partir de la sortie de l&rsquo;h\u00f4pital, de fr\u00e9quents changements d&rsquo;encre laissent penser qu&rsquo;il a poursuivi l&rsquo;\u00e9criture, sinon au jour le jour, au moins en suivant la chronologie. Tr\u00e8s lisible, bonne orthographe.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Du 24 d\u00e9cembre 1916 (retour de permission) au 26 avril 1917, il n&rsquo;est question que de repos, stage, marches et cantonnements. Le 26 avril, le r\u00e9giment prend les lignes apr\u00e8s avoir travers\u00e9 les villages d&rsquo;Hermonville et Cauroy, \u00ab celui-ci d\u00e9moli compl\u00e8tement \u00bb. Quelques jours sous les obus, puis :<\/p>\n<p>\u00ab Le 3, la journ\u00e9e se passe en bombardement, surtout de notre c\u00f4t\u00e9, car para\u00eet-il que nous devons attaquer le lendemain. Le 4 mai en effet, vers les 3 h du matin, notre artillerie redouble de violence, et \u00e0 6 h 45 on saute sur le parapet, ba\u00efonnette au canon, moment tragique pour moi que c&rsquo;est la premi\u00e8re fois que je vois \u00e7a, c&rsquo;est beau et c&rsquo;est terrible. Un feu de barrage d&rsquo;enfer nous coupe la route et cependant nous avan\u00e7ons toujours. Le terrain devant nous, on ne le voit presque pas, un brouillard de poussi\u00e8re soulev\u00e9e par les obus, ainsi que la fum\u00e9e produite par les \u00e9clatements d&rsquo;obus, tel qu&rsquo;en plein jour on y voit pas \u00e0 dix m\u00e8tres devant soi. Plus loin sur notre route, une mitrailleuse nous crache des balles ; on se planque dans un trou d&rsquo;obus ; enfin l&rsquo;on repart et l&rsquo;on arrive sans trop de mal \u00e0 la tranch\u00e9e boche conquise (tranch\u00e9e Lambert, secteur du Godat). Comment ai-je pu passer \u00e0 travers de tout \u00e7a, un vrai ouragan de fer, quoi, je me le demande encore. Enfin il est 6 h du soir et encore point de mal, mais une soif qui me d\u00e9vore. On a tout bu le jus des Fritz. \u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire n&rsquo;est pas termin\u00e9e. Il faut r\u00e9sister aux bombardements et \u00e0 deux contre-attaques avant la rel\u00e8ve.<\/p>\n<p>\u00ab Le 11 mai, l&rsquo;on vient de me dire que nous remontons en premi\u00e8re ligne ce soir. Quelle barbe ! Ce qui me console, c&rsquo;est que j&rsquo;esp\u00e8re bient\u00f4t partir en perm&#8230; Ce soir, j&rsquo;ai le num\u00e9ro 2 \u00e0 la compagnie. Vivement 5 heures que je le sache.<\/p>\n<p>12 mai. Agitation au r\u00e9giment. Le 3<sup>e<\/sup> bataillon rousp\u00e8te de remonter en ligne, et cependant il faut aller relever le 409<sup>e<\/sup>. Nous autres, le 1<sup>er<\/sup> bataillon, nous ne montons que demain. Pour moi, je m&rsquo;en fous car je suis pour partir en perm. \u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le retour de permission, d\u00e9placements, repos, puis remont\u00e9e en ligne pr\u00e8s de Reims :<\/p>\n<p>\u00ab 17 juillet. Partons de Tinqueux \u00e0 21 h pour monter en ligne o\u00f9 nous arrivons \u00e0 minuit. Nous relevons la Cie du 170<sup>e<\/sup> qui tient l&#8217;emplacement de la voie ferr\u00e9e au secteur du Cavalier de Courcy. Triste secteur : les tranch\u00e9es combl\u00e9es en partie, presque pas de r\u00e9seaux, et l&rsquo;on est \u00e0 quinze m\u00e8tres des Boches. La premi\u00e8re nuit, tout se passe bien, et le lendemain grande stup\u00e9faction parmi nous : les Fritz se montrent et nous disent amicalement bonjour.<\/p>\n<p>18 juillet. Dans le tant\u00f4t, un des leurs se rend volontairement. Il s&rsquo;am\u00e8ne avec un bouteillon, ayant dit \u00e0 ses copains qu&rsquo;il allait chercher de l&rsquo;eau, mais ils l&rsquo;attendent encore car nous l&rsquo;avons gard\u00e9. Nous lui avons donn\u00e9 \u00e0 manger car le pauvre bougre, \u00e0 ce qu&rsquo;il nous a dit, depuis la veille n&rsquo;a mang\u00e9 qu&rsquo;un petit bout de pain. Il nous dit aussi que chez eux ils n&rsquo;ont plus de patates et n&rsquo;ont de la viande que trois fois par semaine. Les jours suivants, tout se passe bien. Les Boches nous envoient des paquets de cigarettes et demandent du pain et du chocolat en place. Nous pouvons travailler \u00e0 remettre le secteur en \u00e9tat \u00e0 l&rsquo;aise car eux font pareil, et soit d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 comme de l&rsquo;autre personne ne tire jusqu&rsquo;au 24, jour de la rel\u00e8ve. \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juillet 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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