{"id":1159,"date":"2013-02-28T09:29:00","date_gmt":"2013-02-28T08:29:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1159"},"modified":"2021-09-15T19:18:26","modified_gmt":"2021-09-15T18:18:26","slug":"balard-auguste-germain-1881-1961","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/02\/28\/balard-auguste-germain-1881-1961\/","title":{"rendered":"Balard, Auguste Germain (1881-1961)"},"content":{"rendered":"<p>Les 454 pages du manuscrit de Germain Balard posent la question de la date de l\u2019\u00e9criture. L\u2019entr\u00e9e en guerre constitue l\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8res sur 2 pages qui \u00e9voquent l\u2019assassinat de Jaur\u00e8s et le proc\u00e8s Villain ; la r\u00e9daction est donc post\u00e9rieure \u00e0 1919. L\u2019auteur raconte alors sa jeunesse en 76 pages et sa mobilisation \u00e0 Perpignan en 5 pages. \u00c0 partir de son d\u00e9part pour le front, le 10 avril 1915, le r\u00e9cit, parfaitement dat\u00e9, est une r\u00e9daction \u00e0 partir d\u2019un carnet de notes pr\u00e9cises. La guerre (avec ses suites imm\u00e9diates) occupe jusqu\u2019\u00e0 la p. 442. Viennent enfin 12 pages de remarques isol\u00e9es de 1924 et de 1930-32. La derni\u00e8re phrase est : \u00ab Le monde est en train d\u2019\u00e9voluer rapidement. \u00bb<br \/>\nLa longue biographie permet de dire que Germain est n\u00e9 le 3 janvier 1881 \u00e0 Saint-Ju\u00e9ry (Tarn), de p\u00e8re inconnu. Sa m\u00e8re a ensuite \u00e9pous\u00e9 un sabotier qui donna son nom \u00e0 l\u2019enfant. Celui-ci fr\u00e9quenta irr\u00e9guli\u00e8rement l\u2019\u00e9cole, mais r\u00e9ussit \u00e0 obtenir le certificat d\u2019\u00e9tudes et entra en apprentissage \u00e0 12 ans pour devenir tailleur de limes. Tant en usine que dans l\u2019agriculture, il fit plusieurs m\u00e9tiers manuels jusqu\u2019\u00e0 la date du service militaire commenc\u00e9 \u00e0 Carcassonne, mais non termin\u00e9 pour raisons m\u00e9dicales. Sa grande chance, en 1906, fut d\u2019\u00eatre embauch\u00e9 comme livreur par un pharmacien de Toulouse qui l\u2019initia \u00e0 l\u2019\u00e9tude des m\u00e9dicaments et l\u2019encouragea \u00e0 acqu\u00e9rir une culture d\u2019autodidacte. La situation \u00e9tait bonne et Germain se maria en 1909 avec une couturi\u00e8re. R\u00e9form\u00e9, il fut \u00ab r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00bb en d\u00e9cembre 1914 et envoy\u00e9 comme infirmier \u00e0 l\u2019ambulance 5\/16 en Champagne en juin 1915. \u00c0 34 ans, c\u2019\u00e9tait un libre-penseur, anticl\u00e9rical, un homme curieux de tout, ayant une haute id\u00e9e des r\u00e8gles morales \u00e0 respecter et une capacit\u00e9 d\u2019indignation qui allait rencontrer de nombreuses occasions de fonctionner. Ainsi, face \u00e0 un pr\u00eatre chauvin : \u00ab Lui qui se dit \u00e9ducateur d\u2019une certaine jeunesse, est capable de lui enseigner un nombre infini d\u2019erreurs, plus grossi\u00e8res les unes que les autres. Aussi, comme conclusion \u00e0 cette discussion, je lui conseille de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9cole et de travailler la philosophie. \u00bb Il pense qu\u2019il faudrait punir les responsables de la guerre ; qu\u2019il faut lutter contre le \u00ab badernisme \u00bb. Il critique les profiteurs et les embusqu\u00e9s, la censure et le bourrage de cr\u00e2ne, les absurdit\u00e9s de la vie militaire. Il d\u00e9crit un des m\u00e9decins chefs de l\u2019ambulance comme drogu\u00e9, incomp\u00e9tent, fain\u00e9ant et despotique.<br \/>\nApr\u00e8s la Champagne, l\u2019ambulance est regroup\u00e9e avec d\u2019autres pour former un HOE \u00e0 Landrecourt pr\u00e8s de Verdun en ao\u00fbt 1916. L\u00e0, il voit descendre des survivants : \u00ab Le 143e RI descend des lignes, passe pr\u00e8s de nous. C\u2019est avec un serrement de c\u0153ur tr\u00e8s p\u00e9nible que l\u2019on voit \u00e0 quel \u00e9tat squelettique sont r\u00e9duits ses bataillons. Sur 3000 hommes qui \u00e9taient mont\u00e9s, il en redescend 700, et dans quel \u00e9tat ! Cependant leurs clairons sonnent et leurs tambours r\u00e9sonnent \u00e0 la travers\u00e9e de Landrecourt. Beaucoup d\u2019entre eux se redressent dans un supr\u00eame effort d\u2019\u00e9nergie pour marquer le pas ; mais plus nombreux encore sont ceux que tout laisse indiff\u00e9rents, tra\u00eenant p\u00e9niblement ce qu\u2019ils ont pu rapporter de ce lieu infernal, parce qu\u2019ils savent qu\u2019on ne leur demandera pas d\u2019autre effort avant longtemps, qu\u2019on va les prendre en auto \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0. Il n\u2019y a pas quinze jours que ce r\u00e9giment \u00e9tait mont\u00e9 en ligne au complet. \u00bb<br \/>\nEn juin 1917, retour de permission, Balard d\u00e9crit l\u2019effervescence dans les trains o\u00f9 les poilus cassent toutes les vitres et conspuent les gendarmes, \u00ab aussi \u00e0 chaque arr\u00eat y a-t-il des individus qui descendent du train et incitent les autres \u00e0 descendre et \u00e0 ne pas revenir au front \u00bb. Lui-m\u00eame n\u2019y participe pas, mais estime que les hommes arr\u00eat\u00e9s par les gendarmes \u00ab auront toujours assez de mal pour se soustraire aux griffes de la justice militaire \u00bb. Le 28 octobre 1917, notation originale, il dit entendre la Madelon pour la premi\u00e8re fois.<br \/>\nL\u2019offensive alli\u00e9e en 1918 fait d\u00e9couvrir des territoires d\u00e9vast\u00e9s. Ainsi au retour d\u2019une permission, le 3 septembre, dans les parages de Villers-Cotter\u00eats : \u00ab Je parcours de r\u00e9cents champs de bataille : des trous d\u2019obus partout, des arbres fauch\u00e9s par la mitraille tomb\u00e9s un peu partout et n\u2019importe comment, des canons ennemis abandonn\u00e9s au petit bonheur. J\u2019arrive \u00e0 Longpont que je connaissais comme petite ville accident\u00e9e tr\u00e8s coquette et propre ; je ne rencontre plus que des ruines partout ; pas une maison n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e. [\u2026] Je remarque des tombes un peu partout, sur les bords de la route, dans les champs. Elles sont reconnaissables \u00e0 la terre fra\u00eechement remu\u00e9e, un piquet qui supporte un casque ou un sabre, une vareuse ou des restes de capote ; quelques-unes ont une croix avec un nom. [\u2026] L\u00e0, sur un petit plateau, deux tanks inutilisables. \u00bb Et, le 15 septembre, le travail repris \u00e0 l\u2019ambulance : \u00ab Les bless\u00e9s affluant de toutes parts, je me trouverais d\u00e9bord\u00e9 sans l\u2019aide de deux prisonniers allemands dont un est particuli\u00e8rement d\u00e9vou\u00e9. Ils me sont d\u2019un grand secours \u00e9tant donn\u00e9 que j\u2019ai un seul bless\u00e9 fran\u00e7ais \u2013 on n\u2019a pas voulu le mettre dans une salle o\u00f9 il aurait \u00e9t\u00e9 seul \u2013 tous les autres sont allemands. \u00bb<br \/>\nLe 11 novembre, le mot \u00ab armistice \u00bb est \u00e9crit en lettres capitales : \u00ab Pour savoir ce que ce mot repr\u00e9sente, il faut avoir v\u00e9cu la journ\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui parmi les poilus, parmi les civils qui ont quelqu\u2019un de leurs proches sur la ligne de feu, parmi ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le peuple ! \u00bb<br \/>\nRC<br \/>\n*Virginie Auduit, <em>Carnet de guerre d\u2019un ambulancier 1914-191<\/em>8, m\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail, 1998 (avec 75 pages d\u2019extraits du t\u00e9moignage).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les 454 pages du manuscrit de Germain Balard posent la question de la date de l\u2019\u00e9criture. L\u2019entr\u00e9e en guerre constitue l\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8res sur 2 pages qui \u00e9voquent l\u2019assassinat de Jaur\u00e8s et le proc\u00e8s Villain ; la r\u00e9daction est donc post\u00e9rieure \u00e0 1919. L\u2019auteur raconte alors sa jeunesse en 76 pages et sa mobilisation \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/02\/28\/balard-auguste-germain-1881-1961\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Balard, Auguste Germain (1881-1961)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[406,13,3,104,21],"tags":[284,594,272,494,267,551,593,311],"class_list":["post-1159","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-143e-ri","category-medecin-service-de-sante","category-carnet","category-non-publie","category-souvenirs","tag-armistice","tag-blesses-allemands","tag-embusques","tag-jaures","tag-mutinerie","tag-profiteurs","tag-punir-les-responsables-de-la-guerre","tag-ruines"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1159","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1159"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1159\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4058,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1159\/revisions\/4058"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1159"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1159"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1159"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}