{"id":1164,"date":"2013-03-03T22:36:04","date_gmt":"2013-03-03T21:36:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1164"},"modified":"2021-09-15T19:19:06","modified_gmt":"2021-09-15T18:19:06","slug":"beaufils-jean-louis-1894-1950","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/03\/beaufils-jean-louis-1894-1950\/","title":{"rendered":"Beaufils, Jean-Louis (1894-1950)"},"content":{"rendered":"<p>*Jean-Louis Beaufils, <em>Journal d\u2019un fantassin, Campagnes de France et d\u2019Orient, Ao\u00fbt 1914-Ao\u00fbt 1919<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2007, 417 p.<br \/>\nLa publication de ce t\u00e9moignage pose quelques probl\u00e8mes qui vont \u00eatre abord\u00e9s. Disons d\u2019abord que, oui, Jean-Louis Beaufils fut un authentique poilu. Mobilis\u00e9 au 90e RI, il arrive sur le front le 15 novembre 1914 et le quitte le 2 d\u00e9cembre, les pieds gel\u00e9s. Sa convalescence dure jusqu\u2019en mai 15 et on le retrouve au 125e RI en Artois o\u00f9 il participe \u00e0 l\u2019attaque du 25 septembre. En janvier 16, apr\u00e8s un stage, il passe \u00e0 la compagnie de mitrailleurs, se rend en Champagne, puis  \u00e0 Verdun, en mai. Il participe \u00e0 \u00ab l\u2019inutile et sanglante bataille dans la boue de la Somme \u00bb en septembre et octobre. Ce titre de chapitre est proche d\u2019un titre de Barthas : \u00ab Dans la boue sanglante de la Somme \u00bb. Le parcours des deux hommes a d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 proche, Artois, cote 304, Somme. Beaufils suit les pr\u00e9paratifs de l\u2019offensive Nivelle, mais se trouve en permission lors de son d\u00e9clenchement. Il assiste aux mutineries et nous dit que c\u2019est \u00ab la peur hideuse de braquer une mitrailleuse sur une bande de soldats en d\u00e9bandade \u00bb qui le fait se porter volontaire pour l\u2019arm\u00e9e d\u2019Orient. M\u00eame si la v\u00e9ritable raison \u00e9tait d\u2019\u00e9chapper aux horreurs du front occidental, il n\u2019y aurait rien de contraire \u00e0 l\u2019esprit des vrais poilus. Il quitte les tranch\u00e9es le 10 juin 1917 et, apr\u00e8s une permission, un s\u00e9jour \u00e0 Marseille, un passage en Italie, il d\u00e9barque \u00e0 It\u00e9a et il est transport\u00e9 \u00e0 Salonique o\u00f9, le 2 ao\u00fbt, il est affect\u00e9 au 176e RI. Commence une campagne \u00ab \u00e0 pied dans l\u2019\u00e2pre Albanie : faim, froid et paludisme \u00bb. Trois mots qui r\u00e9sument la situation, car les combats sont rares. Beaufils passe une grande partie du temps comme infirmier ou comme malade, le cafard ajoutant son poids car, selon sa belle formule, \u00ab le c\u0153ur lui aussi a son paludisme \u00bb. Apr\u00e8s la victoire, le r\u00e9giment est transport\u00e9 \u00e0 Odessa pour contenir les bolcheviks. Beaufils en part le 25 janvier 1919 \u00e0 destination de la France. Cinq ans sous les drapeaux, il semble qu\u2019il soit rest\u00e9 simple soldat.<br \/>\nEt nombre de ses descriptions, br\u00e8ves ou d\u00e9velopp\u00e9es, sont celles que l\u2019on rencontre chez d\u2019autres poilus. D\u00e8s juin 1915, il a compris que les attaques, aussi bien allemandes que fran\u00e7aises, ne pouvaient aboutir qu\u2019\u00e0 des pertes humaines sans gagner de terrain. Il a d\u00e9crit le syst\u00e8me complexe des tranch\u00e9es et montr\u00e9 concr\u00e8tement la difficult\u00e9 de circuler dans les boyaux \u00e9troits : \u00ab On tr\u00e9buche dans des trous, les jambes s\u2019emm\u00ealent dans les fils t\u00e9l\u00e9graphiques qu\u2019accroche le quillon du fusil : jurons, cris de ceux qui suivent et qui craignent d\u2019\u00eatre coup\u00e9s de la compagnie par des corv\u00e9es ; c\u2019est alors l\u2019embouteillage. Puis on s\u2019\u00e9gare dans le d\u00e9dale des sapes, on revient sur ses pas, le temps passe, la fatigue s\u2019accro\u00eet et les courroies p\u00e9n\u00e8trent dans les chairs. \u00bb Il parle d\u2019artisanat, des totos et des rats, des petits filons des \u00ab embusqu\u00e9s du front \u00bb, d\u2019un feu de crosses de fusils, du vin \u00ab en paillettes dans les bidons \u00bb en janvier 17, des poilus charm\u00e9s par le chant des oiseaux. Il \u00e9voque une fraternisation et une nuit de travail face \u00e0 face avec les Allemands, sans tirer.<br \/>\nMais ce soldat ordinaire est bien singulier par certains aspects. Chr\u00e9tien militant et lecteur de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, ses camarades sont des pr\u00eatres, des s\u00e9minaristes ou de solides croyants n\u2019h\u00e9sitant pas \u00e0 fonder un \u00ab cercle de soldats chr\u00e9tiens \u00bb qui d\u00e9cide \u00ab d\u2019instituer le rosaire vivant au 2e bataillon pour contrebalancer la vague d\u2019immoralit\u00e9 qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 l\u2019arri\u00e8re chez les civils \u00bb. Lui-m\u00eame, avant de partir en ao\u00fbt 14, est rest\u00e9 longtemps prostern\u00e9 au Sacr\u00e9-C\u0153ur de Montmartre : \u00ab Quand je me suis relev\u00e9, je ne m\u2019appartenais plus, j\u2019\u00e9tais \u00e0 la Patrie. \u00bb Et en ao\u00fbt 17, pr\u00e8s de Salonique : \u00ab Je songe \u00e0 la grandeur, \u00e0 la puissance, \u00e0 la beaut\u00e9 de Dieu et je m\u2019endors, confiant ma petitesse au Ma\u00eetre des Mondes, qui conna\u00eet chaque brin d\u2019herbe. \u00bb Tout en respectant la personnalit\u00e9 de chacun, il faut pointer deux contradictions. D\u2019une part, certains pourraient dire que \u00ab la joie furieuse \u00bb qu\u2019il \u00e9prouve \u00ab de tirer, de tuer \u00bb (7-5-16) n\u2019est point un sentiment chr\u00e9tien. D\u2019autre part, affirmer que les bons camarades tu\u00e9s ont \u00ab re\u00e7u la r\u00e9compense des amis du Christ \u00bb (5-9-15) ou encore \u00ab la r\u00e9compense ineffable \u00bb (8-5-16) rend incompr\u00e9hensible sa satisfaction d\u2019en r\u00e9chapper apr\u00e8s un bombardement terrible, gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab la protection de la Sainte-Vierge \u00bb (9-5-16).<br \/>\nLe th\u00e8me de la guerre comme expiation de l\u2019anticl\u00e9ricalisme des gouvernements de la R\u00e9publique revient sans cesse, de m\u00eame que la critique des parlementaires, des partis, des journaux les plus subversifs qui \u00ab ont libre cours \u00bb (ah, une absence dans le texte du poilu Beaufils : pas la moindre critique du bourrage de cr\u00e2ne). Les poilus ne murmurent pas quand il faut monter ; la majorit\u00e9 assiste \u00e0 la messe, et avec ferveur ; ils ne veulent pas entendre parler d\u2019une paix boiteuse. Si tout n\u2019est pas parfait, c\u2019est parce qu\u2019il y a eu trahison, r\u00f4le n\u00e9faste des apaches ou des francs-ma\u00e7ons, des \u00ab r\u00e9volutionnaires juifs bolcheviks \u00bb ou des instituteurs de l\u2019\u00e9cole la\u00efque, victimes des \u00ab th\u00e9ories de l\u2019enseignement mat\u00e9rialiste et ath\u00e9e profess\u00e9 dans les \u00e9coles normales \u00bb.<br \/>\nSi l\u2019on accepte comme t\u00e9moignage authentique celui d\u2019un socialiste, il faut aussi accepter celui d\u2019un catholique r\u00e9actionnaire avec ses propres points de vue, et, dans les grandes lignes, le texte publi\u00e9 ne semble pas en contradiction avec les id\u00e9es du poilu en 1914-19. Toutefois, des dizaines de pages paraissent surajout\u00e9es : texte int\u00e9gral de sermons patriotiques, cantiques, \u00ab po\u00e8mes \u00bb, chansons cocardi\u00e8res de Botrel (\u00ab Botrel-le-Cr\u00e9tin \u00bb, disent d\u2019autres poilus). Dire que les poilus attendent, le flingot et \u00ab Rosalie \u00bb \u00e0 port\u00e9e de la main, en novembre 1914 para\u00eet un anachronisme, encore accentu\u00e9 par une note de bas de page qui pr\u00e9tend que Rosalie est la \u00ab personnification de la ba\u00efonnette par les Poilus \u00bb, alors que c\u2019est une chanson de Botrel qui l\u2019a popularis\u00e9e \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et que les combattants parlent \u00e9ventuellement de \u00ab la fourchette \u00bb. Et encore, en mars-avril 1916, parmi les \u00ab mauvais ma\u00eetres \u00bb de l\u2019instituteur Hilaire Sapain, \u00e0 cot\u00e9 de Darwin, Rousseau, Voltaire, A. France et Romain Rolland, figure Barbusse. Une note pr\u00e9cise que ce dernier \u00ab venait de recevoir le Goncourt (1916) pour son livre <em>Le Feu<\/em> \u00bb. Or ce roman a commenc\u00e9 \u00e0 para\u00eetre en feuilleton seulement en ao\u00fbt 1916, en volume en septembre et n\u2019a obtenu le prix qu\u2019en d\u00e9cembre. Une des derni\u00e8res pages du livre de Beaufils commence ainsi : \u00ab Quelques vingt ans apr\u00e8s, savoir se souvenir ! \u00bb Il semble bien que l\u2019\u00e9criture d\u00e9finitive du t\u00e9moignage date de la fin des ann\u00e9es Trente. Pas au-del\u00e0 car on n\u2019y trouve pas de pages \u00e0 la gloire de P\u00e9tain. On souhaiterait savoir ce qu\u2019est devenu Beaufils dans l\u2019entre-deux-guerres, et m\u00eame ce qu\u2019il \u00e9tait avant 1914. Trois textes pr\u00e9c\u00e9dant le t\u00e9moignage proprement dit pourraient nous renseigner.<br \/>\nMais la <em>pr\u00e9face<\/em> de Monseigneur Hippolyte Simon apporte peu, en dehors du fait que Beaufils \u00e9tait un chr\u00e9tien. L\u2019<em>introduction<\/em>, sign\u00e9e Sophie de Lastours, directrice de la collection , n\u2019apporte pas plus sinon une bizarre confusion entre l\u2019\u0153uvre d\u2019un certain \u00ab capitaine allemand d\u2019artillerie \u00bb nomm\u00e9 Richter et le beau livre de Dominique Richert. Le troisi\u00e8me texte pr\u00e9alable est <em>l\u2019avant-propos <\/em>de Fran\u00e7oise Robin qui commet deux erreurs fondamentales pour un tel texte : nous dire \u00e0 l\u2019avance ce qu\u2019on va trouver dans le t\u00e9moignage ; ne rien nous dire sur la biographie du t\u00e9moin. Divers indices dans le t\u00e9moignage laissent penser que Jean-Louis Beaufils est n\u00e9 \u00e0 Dournazac (Haute-Vienne) le 14 d\u00e9cembre 1894, qu\u2019il est all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole communale de ce village, que ses parents \u00e9taient dans l\u2019agriculture, que lui-m\u00eame habitait Paris. Mais quel \u00e9tait pr\u00e9cis\u00e9ment son milieu social ? jusqu\u2019o\u00f9 a-t-il pouss\u00e9 ses \u00e9tudes ? quel \u00e9tait son m\u00e9tier avant 14 ? Et apr\u00e8s ? Est-il devenu camelot du roi ou Croix de Feu ? On ne saura rien de tout cela. Par contre, on \u00ab apprend \u00bb qu\u2019on peut s\u2019abriter dans une sape ou dans une \u00ab marmite \u00bb. Fran\u00e7oise Robin a \u00e9galement ajout\u00e9 au t\u00e9moignage une importante s\u00e9rie de notes, dont beaucoup sont inutiles (\u00ab Que de soupirs pour la permission, la grande d\u00e9sir\u00e9e \u00bb, \u00e9crit Beaufils en novembre 17, et la note 156 de pr\u00e9ciser \u00ab Toujours le malaise des soldats priv\u00e9s de permission \u00bb), d\u2019autres entach\u00e9es d\u2019erreurs d\u2019inattention sur les dates (par exemple les notes 27 et 203), d\u2019autres enfin un peu ridicules : l\u2019Internationale est pr\u00e9sent\u00e9e en note 120 comme \u00ab hymne des partis ouvri\u00e9ristes \u00bb ; lorsque Beaufils emploie le mot \u00ab buffleteries \u00bb pour d\u00e9crire l\u2019uniforme de beaux officiers embusqu\u00e9s, la note 158 est l\u00e0 pour dire \u00ab Peut-\u00eatre pour bluffeteries, n\u00e9ologisme pour acte de bluffer ? \u00bb, etc.<br \/>\nMieux vaut publier moins en quantit\u00e9 et am\u00e9liorer la qualit\u00e9 des productions.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>*Jean-Louis Beaufils, Journal d\u2019un fantassin, Campagnes de France et d\u2019Orient, Ao\u00fbt 1914-Ao\u00fbt 1919, Paris, L\u2019Harmattan, 2007, 417 p. 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