{"id":1169,"date":"2013-03-02T15:46:31","date_gmt":"2013-03-02T14:46:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1169"},"modified":"2021-09-15T19:18:59","modified_gmt":"2021-09-15T18:18:59","slug":"colin-ernest-1859-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/02\/colin-ernest-1859-1945\/","title":{"rendered":"Colin, Ernest (1859-1945)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<\/p>\n<p>Constant Ernest Colin na\u00eet \u00e0 Saint-Di\u00e9 (Vosges) le 5 mars 1859, de Constant, commis de fabrique, et de Marie Anne G\u00e9rard. Employ\u00e9 de commerce puis fabricant de tissu, il \u00e9pouse le 26 f\u00e9vrier 1889 \u00e0 Bl\u00e2mont (Meurthe-et-Moselle) Marie Claire Hennequin, sans profession, avec laquelle il aura trois enfants, Marie Ren\u00e9e (1889), Emile (1891) et Andr\u00e9 (1896). Elu conseiller municipal de sa ville en 1910, il devient adjoint au maire, Camille Duceux, lorsque celui-ci quitte la ville avant l\u2019invasion allemande le 24 ao\u00fbt 1914. Pour son action dans la r\u00e9cup\u00e9ration des otages alsaciens, il sera fait chevalier de la L\u00e9gion d\u2019Honneur le 7 ao\u00fbt 1916, d\u00e9coration qui lui est remise le 9 lors d\u2019un voyage du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Raymond<br \/>\nPoincar\u00e9 dans les Vosges <a href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Ernest Colin d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Reims le 25 f\u00e9vrier 1945 <a href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n<p>Colin, Ernest, <em>Saint-Di\u00e9 sous la botte. Une mission impos\u00e9e par les Allemands en 1914<\/em>. Paris, Berger-Levrault, 1919, 81 pages, collection <em>La guerre &#8211; les r\u00e9cits des t\u00e9moins<\/em>.<\/p>\n<p>Le 27 ao\u00fbt 1914 \u00e0 17 heures, les troupes allemandes de la 3<sup>e<\/sup> division de r\u00e9serve du g\u00e9n\u00e9ral von Knoerzer envahissent la ville de Saint-Di\u00e9 dans les Vosges. D\u00e8s le lendemain, ils convoquent Ernest Colin et lui intiment l\u2019ordre de tout mettre en \u0153uvre pour faire rapatrier des otages, majoritairement femmes et enfants, arr\u00eat\u00e9s par les troupes fran\u00e7aises dans les vall\u00e9es alsaciennes voisines de la Bruche et de la Liepvrette lors de l\u2019offensive d\u2019ao\u00fbt 1914. En cas d\u2019\u00e9chec de sa mission, une valeur \u00e9gale de femmes et d\u2019enfants d\u00e9odatiens, dont les membres de sa famille, \u00ab\u00a0<em>seront arr\u00eat\u00e9s et leurs maisons incendi\u00e9es<\/em> \u00bb (page 2). Porteur de laissez-passer, il va devoir, alors que les offensives allemandes pour tenter de forcer le verrou de la Haute Meurthe font rage autour de la ville, traverser le champ de bataille pour effectuer sa mission en zone libre. Apr\u00e8s une tentative infructueuse du fait des combats, il traverse une premi\u00e8re fois la ligne de feu sous les obus et parvient \u00e0 Epinal o\u00f9 il rend compte de sa mission au pr\u00e9fet des Vosges Linar\u00e8s et au g\u00e9n\u00e9ral Dubail. Muni de la r\u00e9ponse suivante\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le Gouvernement acceptait la remise des femmes et des enfants arr\u00eat\u00e9s comme suspects, mais \u00e0 la condition que la population de Saint-Di\u00e9 n\u2019aurait rien \u00e0 souffrir pendant l\u2019occupation allemande <\/em>\u00bb (page 16), Colin repasse la ligne de feu avec un trompette fran\u00e7ais et est re\u00e7u au quartier g\u00e9n\u00e9ral allemand. Cette r\u00e9ponse g\u00e9n\u00e8re un engagement de l\u2019occupant en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Il est accord\u00e9 \u00e0 la population de Saint-Di\u00e9 tous m\u00e9nagements sous condition qu\u2019elle s\u2019abstienne de toute action hostile. Cependant \u00e0 cette condition que les femmes et les enfants qui ont \u00e9t\u00e9 faits prisonniers soient remis en libert\u00e9 et ramen\u00e9s<\/em> \u00bb (page 23). Les yeux band\u00e9s, il est ramen\u00e9 \u00e0 la limite des lignes allemandes, traverse une nouvelle fois la zone de feu, est arr\u00eat\u00e9 par une patrouille fran\u00e7aise, et reconduit devant le g\u00e9n\u00e9ral Dubail \u00e0 Epinal. Une partie des otages alsaciens, 14 femmes et 7 enfants, y sont retrouv\u00e9s et charg\u00e9s dans un autobus avec mission pour Ernest Colin de les ramener \u00e0 Saint-Di\u00e9. Le 2 septembre, l\u2019autobus d\u00e9barque les civils \u00e0 la limite de la ligne de feu fran\u00e7aise et femmes et enfants traversent le no man\u2019s land\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les obus \u00e9clatent nombreux dans la vall\u00e9e et quelques-uns \u00e0 trente m\u00e8tre de nous\u00a0; on se figure les cris de frayeur, les pleurs des enfants qui sont glac\u00e9s d\u2019effroi, les arr\u00eats continuels de tous ces gens paralys\u00e9s par la peur<\/em> \u00bb (page 30). Ils parviennent sans dommage toutefois \u00e0 Saint-Di\u00e9 mais il manque encore 15 femmes et 19 enfants, toujours prisonniers des Fran\u00e7ais. La propre femme d\u2019Ernest Colin, Marie, est alors arr\u00eat\u00e9e et l\u2019\u00e9dile est mand\u00e9 de terminer sa mission. Il repasse donc une nouvelle fois les lignes au m\u00eame endroit que pr\u00e9c\u00e9demment, est intercept\u00e9 par deux fantassins du 133<sup>\u00e8me <\/sup>R.I., et est conduit une nouvelle fois \u00e0 Epinal. Les otages manquants sont retrouv\u00e9s \u00e0 Clermont-Ferrand, rapatri\u00e9s sur les Vosges et eux-aussi plac\u00e9s dans des autobus avec mission pour Ernest Colin de les rapatrier \u00e0 Saint-Di\u00e9. Mais au moment d\u2019embarquer, l\u2019une d\u2019entre-elles, Lydia Damm, enceinte, perd ses eaux et est hospitalis\u00e9e. Le 8 septembre, le convoi (deux bus et une automobile) se<br \/>\nmet en route mais est pris sous des bombardements \u00e0 Saint-L\u00e9onard, en zone fran\u00e7aise. Femmes et enfants sont alors d\u00e9barqu\u00e9s et traversent le champ de bataille\u00a0: \u00ab\u00a0<em>A partir de ce village, le trompette ex\u00e9cuta les sonneries r\u00e8glementaires mais sans succ\u00e8s\u00a0; d\u00e8s que nous f\u00fbmes sortis de la localit\u00e9, les obus recommenc\u00e8rent \u00e0 tomber dans notre rayon, plusieurs \u00e0 quelques m\u00e8tres de nous, dans les pr\u00e9s avoisinant la route. Que serait-il arriv\u00e9 si quelques femmes et enfants avaient \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ou bless\u00e9s\u00a0?<\/em> \u00bb (page 48). Les otages rendus \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 allemande, Ernest Colin se rend alors en Alsace pour tenter de retrouver son \u00e9pouse, qui n\u2019est pas lib\u00e9r\u00e9e malgr\u00e9 l\u2019accomplissement de sa mission. Entre temps, les troupes allemandes abandonnent Saint-Di\u00e9 et retraitent vers la fronti\u00e8re. Colin passe donc une nouvelle fois la ligne de feu et revient dans sa ville enfin lib\u00e9r\u00e9e. Marie, un temps emprisonn\u00e9e \u00e0 Strasbourg, \u00e9chou\u00e9e chez des proches en Alsace, parvient \u00e0 obtenir un sauf-conduit de retour et, par la Suisse, retrouve enfin son mari le 24 septembre 1914.<\/p>\n<p>3. Analyse<\/p>\n<p>L\u2019un des 33 titres de la c\u00e9l\u00e8bre collection <em>La guerre &#8211; les r\u00e9cits des t\u00e9moins<\/em> des \u00e9ditions Berger-Levrault, ce rapport de l\u2019\u00e9dile vosgien est un t\u00e9moignage ahurissant. En pleine bataille, du 27 ao\u00fbt au 8 septembre 1914, alors que se d\u00e9roulent des combats parmi les plus sanglants connus dans les Vosges \u2013 l\u2019\u00e9quivalent \u00e0 l\u2019est de la bataille de La Marne \u2013 autour de Saint-Di\u00e9, un civil est charg\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer 29 femmes et 26 enfants arr\u00eat\u00e9s en Alsace quelques jours auparavant \u00ab\u00a0<em>sous l\u2019inculpation d\u2019espionnage <\/em>\u00bb (page 45). Il traverse \u00e0 plusieurs reprises les champs de bataille en plein combats et, en deux \u00ab\u00a0livraisons\u00a0\u00bb, ram\u00e8ne sous les obus femmes et enfants \u00e0 l\u2019occupant. Cette affaire, digne d\u2019un sc\u00e9nario de fiction surr\u00e9aliste, est pourtant r\u00e9v\u00e9latrice d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 peu \u00e9voqu\u00e9e dans les \u00e9tudes martyrologes\u00a0: les r\u00e9torsions inflig\u00e9es \u00e0 la population civile lors de la courte lib\u00e9ration de l\u2019Alsace en ao\u00fbt 1914 et leurs cons\u00e9quences. En effet, derri\u00e8re la \u00ab\u00a0barbarie\u00a0\u00bb d\u00e9nonc\u00e9e par Ernest Colin, qui se place comme une victime d\u2019une \u00ab\u00a0<em>mission impos\u00e9e par les Allemands<\/em> \u00bb, d\u00e9peints comme d\u00e9loyaux, il fait \u00e9tat d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 invers\u00e9e. Dans les \u00ab\u00a0<em>espions<\/em> \u00bb arr\u00eat\u00e9s dans la vall\u00e9e de la Bruche se trouvent entre autres deux institutrices, une femme de chef d\u2019\u00e9quipe de la gare de Saulxures, une femme de chef de gare de Saales et une femme de gendarme, enceinte, avec ses quatre enfants. Quasiment toutes sont de jeunes m\u00e8res de famille emmen\u00e9es avec leurs enfants. La guerre n\u2019ayant pas aboli le droit, la diligence mise \u00e0 leur lib\u00e9ration par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises semble t\u00e9moigner de l\u2019ampleur de \u00ab\u00a0<em>l\u2019incident diplomatique<\/em> \u00bb g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par cette vague d\u2019arrestations ayant manifestement peu de lien avec la s\u00e9curit\u00e9 nationale. Elle illustre les m\u00e9faits de l\u2019espionnite au sein des troupes fran\u00e7aises. Opportun\u00e9ment, il se trouve, \u00e0 la r\u00e9clamation allemande, que l\u2019autorit\u00e9 fran\u00e7aise d\u00e9cide que les \u00ab\u00a0<em>arr\u00eat\u00e9s comme suspects, seront remis en libert\u00e9, l\u2019instruction ouverte contre eux sous l\u2019inculpation d\u2019espionnage n\u2019ayant pas \u00e9tabli de charges suffisantes<\/em> \u00bb (page 45). La narration de cet \u00e9pisode d\u00e9montre \u00e9galement la r\u00e9alit\u00e9 des ententes entre bellig\u00e9rants et les contacts possibles entre eux en plein combats pour des questions d\u2019ordre diplomatiques. Elle r\u00e9v\u00e8le aussi l\u2019efficacit\u00e9 des communications et la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 de l\u2019application des d\u00e9cisions administratives dans une France loin d\u2019\u00eatre d\u00e9sorganis\u00e9e par la guerre. Plusieurs ouvrages <a href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> font \u00e9tat de cette \u00ab\u00a0affaire des otages\u00a0\u00bb mais \u00ab\u00a0<em>Saint-Di\u00e9 sous la botte<\/em> \u00bb est le seul qui fasse vivre l\u2019\u00e9v\u00e8nement de l\u2019int\u00e9rieur, par l\u2019un de ses principaux acteurs.<\/p>\n<p>Yann Prouillet, mars 2013<\/p>\n<hr size=\"1\" \/>\n<p><a href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Tr\u00e8s bri\u00e8vement \u00e9voqu\u00e9 page 308 de Poincar\u00e9, Raymond, <em>Au service de la France. Neuf ann\u00e9es de souvenirs. Tome VIII : Verdun. 1916<\/em>. Paris, Plon, 1931, 355 pages.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> L\u2019\u00e9tat-civil de Saint-Di\u00e9-des-Vosges ayant \u00e9t\u00e9 totalement d\u00e9truit en novembre 1944, nous remercions Pierre Colin, g\u00e9n\u00e9alogiste d\u00e9odatien \u00e9m\u00e9rite, pour les informations g\u00e9n\u00e9alogiques fournies.<\/p>\n<div>\n<div>\n<p><a href=\"#_ftnref2\">[<\/a><a href=\"#_ftnref3\">3]<\/a> Citons entres autres Courtin-Schmidt, Charles, <em>De Nancy aux Vosges. Reportages de guerre.<\/em> Nancy, Dupuis, 1918, pages 70 et 190, Gromaire, Georges, <em>L&rsquo;occupation allemande en France, 1914-1918<\/em>. Paris, Payot, 1925, page 362 ou Allier, Raoul, <em>Les Allemands \u00e0 Saint-Di\u00e9 (27 ao\u00fbt &#8211; 10<br \/>\nseptembre 1914)<\/em>. Paris, Payot, 1918, page 47.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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