{"id":1185,"date":"2013-03-07T10:24:53","date_gmt":"2013-03-07T09:24:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1185"},"modified":"2021-09-15T19:19:54","modified_gmt":"2021-09-15T18:19:54","slug":"caujolle-louis-1888-1960","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/07\/caujolle-louis-1888-1960\/","title":{"rendered":"Caujolle, Louis (1888-1960)"},"content":{"rendered":"<p>Son p\u00e8re \u00e9tait professeur d\u2019allemand ; lui-m\u00eame, n\u00e9 \u00e0 Vic-en-Bigorre (Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es) le 16 janvier 1888, devient agr\u00e9g\u00e9 d\u2019allemand. Fianc\u00e9 en 1914, il se marie en ao\u00fbt 1917. Son t\u00e9moignage publi\u00e9 est tir\u00e9 de son manuscrit \u00ab Mes m\u00e9moires de guerre 1914-1918 et 1939-1940 \u00bb, r\u00e9dig\u00e9 tardivement comme le montrent plusieurs indices, en particulier la mention du <em>mar\u00e9chal<\/em> P\u00e9tain en 1917. Il y avait sans doute des notes au jour le jour, dont la succession des dates a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e pour certaines p\u00e9riodes, et pas pour d\u2019autres. Dans tous les cas, on a l\u2019impression que le t\u00e9moignage a \u00e9t\u00e9 liss\u00e9 avec affirmation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d\u2019un patriotisme sans h\u00e9sitation ni murmure, attitude peu vraisemblable chez un combattant des tranch\u00e9es, mais construite par la suite \u00e0 partir d\u2019un parcours particulier.<br \/>\nLors de la mobilisation, il est caporal au 83e RI de Toulouse. Face \u00e0 \u00ab l\u2019agression brutale de l\u2019Allemagne \u00bb, il \u00e9crit que \u00ab le Pays se redresse plus fier et plus fort que jamais et se pr\u00e9pare \u00e0 tous les sacrifices pour d\u00e9fendre son sol et sa libert\u00e9 \u00bb. Dans l\u2019enthousiasme g\u00e9n\u00e9ral, le 83 part, la fleur au fusil. Caujolle aligne quelques poncifs : territoriaux \u00e0 barbe blanche ; quantit\u00e9 d\u2019espions allemands qui r\u00f4dent en France. Le 8 ao\u00fbt est le plus beau jour de sa vie : \u00ab L\u2019Alsace est \u00e0 nous. \u00bb En marche vers le nord, ses chaussures lui ab\u00eement les pieds, ce qui le handicape lors de la bataille de Bertrix o\u00f9 le r\u00e9giment est fauch\u00e9 par les mitrailleuses. Il est \u00e9vacu\u00e9 vers Saint-Gaudens o\u00f9 il critique les embusqu\u00e9s qui ne veulent pas monter. Il dit qu\u2019il est envoy\u00e9, sans l\u2019avoir sollicit\u00e9, comme sergent instructeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole des \u00e9l\u00e8ves aspirants de Toulouse, avec la noble mission de former des officiers dont on a tant besoin. Il y reste jusqu\u2019en f\u00e9vrier 1915, \u00e9tant lui-m\u00eame nomm\u00e9 aspirant. Il retourne au front en avril au 209e d\u2019Agen et d\u00e9couvre la guerre de tranch\u00e9es le 5 mai devant Arras. Certes les attaques n\u2019apportent que massacres inutiles. Mais : \u00ab Les grands et nobles sentiments que mes parents ont fait na\u00eetre dans mon \u00e2me prennent maintenant une nettet\u00e9 et une force inaccoutum\u00e9e. Je sens tout ce qu\u2019il faudrait pour cr\u00e9er une France rajeunie, vigoureuse, ardente, vaillante, digne de son glorieux pass\u00e9, d\u00e9barrass\u00e9e de tous ces sales <em>politicards<\/em> arrivistes et sectaires qui l\u2019ont d\u00e9sunie et ont failli par n\u00e9gligence, veulerie ou faux id\u00e9alisme humanitaire, la conduire \u00e0 la ruine \u00bb (sentiments du 19 mai 1915 ou du 6 f\u00e9vrier 1934 ?). Il cite P\u00e9guy, Psichari et Barr\u00e8s ; il fait des conf\u00e9rences sur le pangermanisme.<br \/>\n\u00c0 plusieurs reprises, il affirme que ses chefs sont tr\u00e8s contents de lui, mais il se dit \u00e9c\u0153ur\u00e9 par la distribution des croix \u00e0 des incapables et des froussards parce qu\u2019ils savent faire la cour ou parce qu\u2019ils sont d\u2019Agen. Il note que les permissionnaires sont d\u00e9courag\u00e9s par les scandales qu\u2019ils ont vus \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. On utilise ses comp\u00e9tences de la vie civile pour envoyer dans les petits postes allemands des lettres participant de la guerre psychologique. En d\u00e9cembre 1915 en Artois, on s\u2019attendrait \u00e0 voir tomber la pluie pendant des jours entiers, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inondation des tranch\u00e9es et \u00e0 la fraternisation que tant d\u2019autres ont pu constater. Mais pas Caujolle. Cela correspond \u00e0 une p\u00e9riode liss\u00e9e o\u00f9 peu de dates sont pr\u00e9cis\u00e9es.<br \/>\nEn janvier 16, il est bless\u00e9 par \u00e9clats d\u2019obus et envoy\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. En ao\u00fbt, r\u00e9tabli, il est d\u00e9tach\u00e9 au 2e bureau de l\u2019\u00e9tat-major de la 158e DI. Il vient souvent en premi\u00e8re ligne pour effectuer des observations, mais il regagne ensuite son confort. Il \u00e9crit qu\u2019il r\u00e9clame \u00e0 plusieurs reprises son retour dans une unit\u00e9 combattante, mais en vain. Lors de l\u2019offensive du 16 avril 1917, il est nomm\u00e9 chef du 2e bureau de la division. L\u2019attaque conna\u00eet l\u2019\u00e9chec. Le journal de Caujolle passe du 19 avril au 13 mai sans notes. Le 27 mai, il \u00e9voque la \u00ab r\u00e9volte des soldats dans les trois r\u00e9giments de notre division \u00bb. Ils viennent d\u2019\u00eatre relev\u00e9s, ils croient pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un repos, on leur donne l\u2019ordre de remonter en ligne en renfort. C\u2019est alors une \u00ab explosion de col\u00e8re qui trouve un terrain pr\u00e9par\u00e9 par une perfide propagande antimilitante [antimilitaire ? antimilitariste ?], antipatriotique, qui depuis quelque temps intoxique notre arm\u00e9e \u00bb. Opinion d\u2019un officier d\u2019\u00e9tat-major qui semble bien loin des poilus ; peut-\u00eatre, aussi, loin dans le temps car il ne faut pas oublier que Caujolle \u00e9crit vingt ans plus tard. C\u2019est ici qu\u2019il parle \u00e0 trois reprises du mar\u00e9chal P\u00e9tain ; qu\u2019il \u00e9voque une 5e colonne d\u2019agents pay\u00e9s par l\u2019ennemi ; qu\u2019il pr\u00e9cise qu\u2019il s\u2019agit de propagande communiste ; qu\u2019il m\u00e9lange dans la m\u00eame cat\u00e9gorie des \u00ab journaux d\u00e9faitistes inspir\u00e9s par l\u2019ennemi \u00bb<em> La Gazette des Ardennes <\/em>et <em>Le Bonnet rouge<\/em>. Une note intempestive du pr\u00e9sentateur vient encore aggraver la confusion en annon\u00e7ant que Bolo Pacha a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort en f\u00e9vrier 1919, alors qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 le 17 avril 1918.<br \/>\nEn novembre 1917, Caujolle monte un \u00e9chelon de plus en entrant \u00e0 l\u2019\u00e9tat-major de la 3e arm\u00e9e \u00e0 Noyon. Il se sp\u00e9cialise dans la cartographie \u00e0 partir de photos a\u00e9riennes et souligne que tout le monde le f\u00e9licite pour son travail. Sur les \u00e9pisodes de 1918, offensives allemandes et contre-offensive alli\u00e9e, il n\u2019\u00e9crit que des pages d\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale et non de t\u00e9moignage personnel. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e triomphale en Alsace, jour de gloire bien arriv\u00e9. Apr\u00e8s l\u2019armistice, il est nomm\u00e9 professeur d\u2019allemand \u00e0 Saint-Cyr, puis entreprend une carri\u00e8re civile en lyc\u00e9e.<br \/>\nRC<br \/>\n*Louis Caujolle, <em>M\u00e9moires de Guerre 1914-1918<\/em>, s. l., \u00e9ditions Gascogne, 2011, 217 p., illustrations (dessins et aquarelles de l\u2019auteur).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son p\u00e8re \u00e9tait professeur d\u2019allemand ; lui-m\u00eame, n\u00e9 \u00e0 Vic-en-Bigorre (Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es) le 16 janvier 1888, devient agr\u00e9g\u00e9 d\u2019allemand. Fianc\u00e9 en 1914, il se marie en ao\u00fbt 1917. 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