{"id":1204,"date":"2013-03-12T21:20:27","date_gmt":"2013-03-12T20:20:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1204"},"modified":"2021-09-15T19:20:44","modified_gmt":"2021-09-15T18:20:44","slug":"abjean-rene-noel-1879-1951","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/12\/abjean-rene-noel-1879-1951\/","title":{"rendered":"Abjean, Ren\u00e9-No\u00ebl (1879-1951)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nN\u00e9 le 13 juillet 1879 \u00e0 Plouguerneau (Finist\u00e8re), 4e d\u2019une famille de 9 enfants, il est le fils d\u2019un cultivateur-propri\u00e9taire, adjoint au maire de sa commune. Dans un L\u00e9on bient\u00f4t domin\u00e9 par la d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne, il fait partie de cette frange sup\u00e9rieure de la paysannerie moyenne qui acc\u00e8de aux \u00e9tudes secondaires, par le biais du coll\u00e8ge catholique de Lesneven, offrant ainsi \u00e0 certains des possibilit\u00e9s d\u2019ascension sociale.<br \/>\nApr\u00e8s son service militaire effectu\u00e9 au 115e RI (Mamers), il \u00e9pouse en 1902 S\u00e9raphine Loa\u00ebc, la fille d\u2019un expert foncier agricole dont il reprend les activit\u00e9s. La notabilit\u00e9 relative que lui procure cette profession lui permet d\u2019\u00eatre \u00e9lu conseiller d\u2019arrondissement en 1909. Mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914, ce p\u00e8re de trois puis quatre enfants \u2013 le dernier na\u00eet en 1917 \u2013, retrouve Plouguerneau en janvier 1919. La m\u00eame ann\u00e9e, il est \u00e9lu maire de sa commune, fonctions qu\u2019il occupe jusqu\u2019en 1941 : il doit d\u00e9missionner en raison d\u2019un conflit avec la Kommandantur locale. Il n\u2019exerce plus le moindre mandat jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1951.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nMobilis\u00e9 le 2 ao\u00fbt 1914 au sein du 87e RIT (Brest), Ren\u00e9-No\u00ebl Abjean r\u00e9dige plusieurs centaines de cartes postales adress\u00e9es \u00e0 son \u00e9pouse \u2013 \u00ab Ma bien ch\u00e8re S\u00e9raphine \u00bb \u2013 ou ses enfants, notamment son fils a\u00een\u00e9, Pierre. 700 ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9es, couvrant une p\u00e9riode allant du 2 ao\u00fbt 1914 au 5 janvier 1919, presque deux tous les trois jours, jusqu\u2019\u00e0 cinq pour la seule journ\u00e9e du 29 juillet 1916 au cours de laquelle il est tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9, constituant ainsi ce qu\u2019Abjean nomme lui-m\u00eame d\u00e8s mai 1916 \u00ab notre collection de cartes postales \u00bb.<br \/>\nCette correspondance permet de reconstituer le parcours du territorial finist\u00e9rien pendant les quatre ann\u00e9es de guerre. Affect\u00e9 au 87e RIT, en charge de la d\u00e9fense des c\u00f4tes finist\u00e9riennes face \u00e0 un \u00e9ventuel d\u00e9barquement allemand en ao\u00fbt 1914, il gagne le camp retranch\u00e9 de Paris puis se rapproche du front dans l\u2019Aisne et l\u2019Oise en octobre-novembre. En d\u00e9cembre 1914, il quitte la zone des arm\u00e9es pour le d\u00e9p\u00f4t du 151e RI, un r\u00e9giment de Verdun repli\u00e9 \u00e0 Quimper. Il reste dans le Sud-Finist\u00e8re jusqu\u2019en mars 1916, passant simplement du d\u00e9p\u00f4t du 151e \u00e0 celui de son r\u00e9giment de r\u00e9serve, le 351e, install\u00e9 \u00e0 Douarnenez. C\u2019est avec cette unit\u00e9 qu\u2019il gagne le front des Flandres au printemps 1916, apr\u00e8s un d\u00e9tour par la Haute-Sa\u00f4ne : la plupart de ses cartes postales sont alors envoy\u00e9es de Dunkerque, Coxyde, Nieuport et des environs, jusqu\u2019\u00e0 son affectation au 8e RIT, \u00e0 Rouen, en avril 1918. Il passe l\u00e0 les derniers mois de la guerre.<br \/>\nPubli\u00e9 par l\u2019un de ses petits-fils aux \u00e9ditions Emgleo Breizh en 2009, ce riche t\u00e9moignage, dot\u00e9 d\u2019une introduction fort utile, aurait sans doute m\u00e9rit\u00e9 un v\u00e9ritable appareil critique et une traduction des quelques passages r\u00e9dig\u00e9s en breton par Abjean.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><br \/>\nEn raison m\u00eame des multiples affectations de Ren\u00e9-No\u00ebl Abjean durant le conflit \u2013 r\u00e9giment territorial \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-front, d\u00e9p\u00f4t de r\u00e9giments repli\u00e9s en Bretagne, r\u00e9giment d\u2019infanterie engag\u00e9 en premi\u00e8re ligne, r\u00e9giment territorial \u00e0 l\u2019arri\u00e8re \u2013, ses lettres offrent une vision parfois d\u00e9cal\u00e9e mais en cela tr\u00e8s pr\u00e9cieuse de la diversit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience combattante.<br \/>\nOn trouvera dans cette correspondance \u2013 comme dans la plupart des documents du m\u00eame genre \u2013 mille d\u00e9tails sur la vie quotidienne des soldats de la Grande Guerre. Gouvernement \u00e0 distance de l\u2019exploitation agricole familiale de Gorr\u00e9k\u00e9ar, en Plouguerneau, violence des combats, pr\u00e9sence presque banale de la mort, des cadavres que le territorial doit ramasser sur les champs de bataille de la Marne mi-septembre 1914 \u00e0 ces corps \u00ab d\u00e9chiquet\u00e9s, les uns sans t\u00eate, d\u2019autres sans jambes, d\u2019autres dont tout le corps \u00e9tait cribl\u00e9 d\u2019\u00e9clats d\u2019obus \u00bb d\u00e9crits en juin 1916, vie dans la boue et dans le froid, parmi les rats : rien ne manque. Plus originales sont sans doute les mentions faites \u2013 \u00e0 son \u00e9pouse\u2026 \u2013 des maladies contract\u00e9es par certains de ses camarades \u00ab en compagnie d\u2019une femme malsaine du quartier o\u00f9 se trouve la compagnie \u00bb (16 novembre 1916), au suicide d\u2019un \u00ab jeune soldat de la classe 1916 [\u2026] en se tirant deux balles, dont une lui perfora le ventre \u00bb (13 juin 1916), aux tr\u00eaves tacites voire fraternisations de P\u00e2ques 1916, des soldats \u00ab s\u2019amus[a]nt \u00e0 aller jusqu\u2019aux tranch\u00e9es ennemies leur envoyer du pain et des cigares \u00bb (18 avril 1916).<br \/>\nTrois aspects m\u00e9ritent sans doute plus d\u2019attention. Le premier concerne la vie des d\u00e9p\u00f4ts des 151e et 351e RI \u00e0 Quimper et Douarnenez : instruction des nouvelles classes, r\u00e9partition des renforts entre ces deux r\u00e9giments mais aussi de nombreux autres, permissions presque hebdomadaires \u2013 le dimanche au moins \u2013 pour les soldats du cru qui peuvent rejoindre leur famille constituent les \u00e9l\u00e9ments les plus saillants des 16 mois qu\u2019Abjean passe ainsi, loin du front. Cette exp\u00e9rience, au contact de soldats originaires d\u2019autres r\u00e9gions, est l\u2019occasion pour le territorial de dire r\u00e9guli\u00e8rement \u2013 second aspect \u2013 son attachement \u00e0 sa \u00ab petite patrie \u00bb : les solidarit\u00e9s essentielles ici ne sont pas celles n\u00e9es des combats livr\u00e9s en commun, celles de l\u2019escouade, mais bien celles d\u00e9coulant des origines communes, bretonnes, et plus encore finist\u00e9riennes voire m\u00eame l\u00e9onardes. \u00ab Nous pr\u00e9f\u00e9rons \u00eatre entre Bretons [\u2026]. On se conna\u00eet mieux, on se fr\u00e9quente davantage et l\u2019on s\u2019entraiderait de meilleure volont\u00e9 en cas de besoin qu\u2019avec les gars du Nord que nous fr\u00e9quentons tr\u00e8s peu ou presque pas et qui font bande \u00e0 part \u00bb \u00e9crit-il par exemple le 15 f\u00e9vrier 1915. Le d\u00e9nigrement des M\u00e9ridionaux va de pair, notamment ceux du 3e RI, \u00ab un r\u00e9giment du midi des environs de Marseille \u00bb avec lequel le 351e entretient des relations parfois tendues. Une troisi\u00e8me dimension m\u00e9rite d\u2019\u00eatre not\u00e9e : l\u2019emploi r\u00e9gulier de la langue bretonne dans cette correspondance. Certes, l\u2019usage du breton y est limit\u00e9 \u00e0 quelques incises, quelques lignes tout au plus. Alors m\u00eame que la chose est tr\u00e8s banale \u00e0 l\u2019oral, c\u2019est loin d\u2019\u00eatre le cas \u00e0 l\u2019\u00e9crit d\u2019apr\u00e8s ce que donnent \u00e0 voir les correspondances de combattants bas-bretons publi\u00e9es. Comment l\u2019expliquer chez ce petit bourgeois rural dont on a vu qu\u2019il avait fait des \u00e9tudes secondaires ? Les passages en breton rel\u00e8vent en g\u00e9n\u00e9ral de la confidence, souvent sur le ton de la plaisanterie, r\u00e9v\u00e9lant une r\u00e9elle connivence entre les deux \u00e9poux. Volont\u00e9 d\u2019\u00e9chapper au contr\u00f4le postal ? C\u2019est l\u2019argument mis en avant dans une carte \u00e0 son fils du 31 octobre 1916, carte sur laquelle il a trac\u00e9 une croix indiquant la maison dans laquelle il est log\u00e9, alors qu\u2019il est au repos \u00e0 l\u2019arri\u00e8re : pas s\u00fbr que la censure y ait trouv\u00e9 \u00e0 redire cependant.<br \/>\nSignalons, pour finir, une br\u00e8ve allusion \u00e0 la pr\u00e9sence au 351 d\u2019un fils du roi du Dahomey : \u00ab c\u2019est un lieutenant dont la poitrine est constell\u00e9e d\u2019une douzaine de d\u00e9corations \u00bb (29 mars 1915).<br \/>\nYann Lagadec<br \/>\nSource :<br \/>\nABJEAN, Ren\u00e9 No\u00ebl,<em> La guerre finira bient\u00f4t. 1914-1918 \u00e0 Plouguerneau et au front<\/em>, Brest, Emgl\u00e9o-Breizh, 2009.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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