{"id":1237,"date":"2013-03-20T09:50:13","date_gmt":"2013-03-20T08:50:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1237"},"modified":"2021-09-15T19:21:55","modified_gmt":"2021-09-15T18:21:55","slug":"gaymard-henri-1884-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/20\/gaymard-henri-1884-1963\/","title":{"rendered":"Gaymard, Henri (1884-1963)"},"content":{"rendered":"<p>Ce cultivateur de Gr\u00e2ne (Dr\u00f4me) avait 30 ans en 1914 ; sa femme se pr\u00e9nommait L\u00e9a, et sa fillette Henriette ; sa m\u00e8re, Marie Arsac, et le p\u00e8re de celle-ci, un des insurg\u00e9s gr\u00e2nois de 1851, vivaient aussi \u00e0 la maison. Henri part dans l\u2019artillerie pour la Lorraine et les Vosges ; en septembre 1915, il participe \u00e0 l\u2019offensive de Champagne. En octobre, c\u2019est l\u2019embarquement pour Salonique : \u00ab Apr\u00e8s avoir roul\u00e9 toute la France, fallait aller encore au diable. \u00bb Atteint de paludisme, il est rapatri\u00e9, le 16 janvier 1917, \u00e0 bord du navire h\u00f4pital France. La famille n\u2019a pas conserv\u00e9 ses lettres, mais deux versions successives de son journal de guerre, la premi\u00e8re au crayon sur deux petits carnets, la deuxi\u00e8me mise au propre avec des compl\u00e9ments sur deux cahiers d\u2019\u00e9colier. Il semble qu\u2019il ait dict\u00e9 cette derni\u00e8re apr\u00e8s sa d\u00e9mobilisation.<br \/>\nLe t\u00e9moignage d\u2019Henri contient les \u00e9l\u00e9ments habituels sur les conditions de vie et les dangers affront\u00e9s. Pr\u00e8s de Saint-Di\u00e9, le 6 septembre 1914, il d\u00e9crit le champ de bataille : \u00ab les arbres tous cass\u00e9s par les obus ; les fusils cass\u00e9s en deux ; des vestes de Boches ensanglant\u00e9es ; \u00e7\u00e0 et l\u00e0 quelques cadavres qu\u2019on n\u2019avait pas pu enterrer ; beaucoup de tombes le long de la route, marqu\u00e9es par de petites croix. \u00bb Plus tard, \u00e0 Montdidier, il note, souvenir scolaire, qu\u2019il a vu la maison de Parmentier. De m\u00eame, en 1916, dans l\u2019arm\u00e9e d\u2019Orient, il rencontre \u00ab un convoi de r\u00e9fugi\u00e9s grecs et serbes qui s\u2019en allaient dans la direction de Salonique. [\u2026] C\u2019est leurs attelages qui sont \u00e0 voir aussi, ils ont des buffles avec des cornes tr\u00e8s longues. J\u2019avais vu \u00e7a il y a quelques ann\u00e9es sur le <em>Petit Journal <\/em>pendant la guerre des Balkans, mais je me serais jamais figur\u00e9 de le voir de mes propres yeux. \u00bb Un peu plus t\u00f4t, il avait d\u00e9crit le caract\u00e8re cosmopolite de la grande ville de Gr\u00e8ce du nord : \u00ab Que de monde \u00e0 Salonique : des Turcs et des Grecs, voil\u00e0 ce qui domine, puis des soldats fran\u00e7ais, anglais, grecs, serbes. Il y a un mouvement extraordinaire. La ville n\u2019est pas mal surtout avec la mer. Nous avons bu du vin de Samos qui est \u00e9patant. \u00bb<br \/>\nPendant ce temps, sa m\u00e8re pr\u00e9parait sur un cahier de brouillon les lettres qu\u2019elle allait envoyer \u00e0 ses deux fils et \u00e0 d\u2019autres personnes, et c\u2019est ce brouillon qui a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9. Elle signale qu\u2019il faut \u00e0 la fois accomplir le travail de l\u2019absent (\u00ab L\u00e9a laboure au Grand Fonds \u00bb, \u00ab L\u00e9a est au Plot ramasser la luzerne \u00bb) et acc\u00e9l\u00e9rer son retour (\u00ab si tu voyais comme [Henriette] sait bien faire ses pri\u00e8res, surtout pour son papa Henri, qu\u2019il revienne de la guerre \u00bb). En avril 1915 : \u00ab Cette semaine nous avons bien travaill\u00e9, on a charri\u00e9 le fumier, labour\u00e9 et sem\u00e9 les pommes de terre au Plot et je te r\u00e9ponds que c\u2019est fait. Il y a encore un coin de colverts \u00e0 semer, mais nous le ferons cette semaine. Hier, avec Chastan, nous sommes all\u00e9s labourer au Grand Fonds pour enterrer un peu l\u2019herbe et, un de ces jours, il va charrier le fumier et labourer afin de semer les betteraves. Les bl\u00e9s sont tr\u00e8s jolis. Petit \u00e0 petit, le travail se fait mais combien se fait sentir ton absence. \u00bb<br \/>\nIl semble que, dans sa correspondance, Henri ait pratiqu\u00e9 l\u2019autocensure. Mais il a envoy\u00e9 son premier carnet personnel et la famille l\u2019a lu. Marie \u00e9crit \u00e0 son autre fils, Louis : \u00ab Nous qui nous figurions qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas en danger. Eh bien il en voit de dures. Esp\u00e9rons que le bon Dieu le prot\u00e8ge encore \u00bb (27 d\u00e9cembre 1914). Le fils a\u00een\u00e9, Louis, \u00e9tait pr\u00eatre. Marie \u00e9crit, le 16 mars 1915, \u00e0 une certaine \u00c9lise : \u00ab Mon cur\u00e9 soldat est tr\u00e8s content \u00e0 Lyon ; il est parti ravi d\u2019\u00eatre soldat et de pouvoir faire son devoir comme les autres. [\u2026] Il est \u00e0 la Brasserie du Parc transform\u00e9e en ambulance. [\u2026] Il est surtout occup\u00e9 au bureau et accompagne le major dans sa tourn\u00e9e aux malades et prend note de tous les malades en traitement pour transcrire cela sur un registre. [\u2026] Il a l\u2019autorisation de dire sa messe tous les matins. \u00bb<br \/>\nOn peut citer en conclusion cet extrait de lettre de Marie en avril 1915 : \u00ab La vie est bien triste ici et la liste des victimes de la guerre s\u2019allonge \u00e0 Gr\u00e2ne, le pays est tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9, il y a aussi bien des disparus et des mutil\u00e9s. Quand finira cet horrible cauchemar ? On se le demande avec effroi car il n\u2019a pas mine de s\u2019arr\u00eater, nous aurions bien besoin que le bon Dieu y mette la main. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n*<em>Je suis mouton comme les autres\u2026, <\/em>2002, p. 395-437. Photo d&rsquo;Henri Gaymard dans <em>500 T\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, p. 224.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce cultivateur de Gr\u00e2ne (Dr\u00f4me) avait 30 ans en 1914 ; sa femme se pr\u00e9nommait L\u00e9a, et sa fillette Henriette ; sa m\u00e8re, Marie Arsac, et le p\u00e8re de celle-ci, un des insurg\u00e9s gr\u00e2nois de 1851, vivaient aussi \u00e0 la maison. Henri part dans l\u2019artillerie pour la Lorraine et les Vosges ; en septembre 1915, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/20\/gaymard-henri-1884-1963\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Gaymard, Henri (1884-1963)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[103,11,6],"tags":[355,253,256],"class_list":["post-1237","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-103","category-combattant-artillerie","category-correspondance-unique","tag-autocensure","tag-religion","tag-travaux-agricoles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1237","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1237"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1237\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4081,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1237\/revisions\/4081"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1237"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1237"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1237"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}