{"id":1249,"date":"2013-03-22T10:23:12","date_gmt":"2013-03-22T09:23:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1249"},"modified":"2021-09-16T19:24:06","modified_gmt":"2021-09-16T18:24:06","slug":"molinet-louis-1883-1979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/22\/molinet-louis-1883-1979\/","title":{"rendered":"Molinet, Louis (1883-1979)"},"content":{"rendered":"<p>Louis Molinet na\u00eet de parents alsaciens le 31 octobre 1883 \u00e0 Wengelsbach, une annexe de Niedersteinbach, en Alsace du Nord. A la fin de sa scolarit\u00e9, il est employ\u00e9 \u00e0 la carri\u00e8re de Pirmasens (Palatinat), puis aux aci\u00e9ries de Rombas et de Hayange (Moselle), et enfin comme charbonnier. D\u2019octobre 1905 \u00e0 septembre 1907, il effectue son service militaire au 9e r\u00e9giment d\u2019infanterie rh\u00e9nan \u00e0 Diez-an-der-Lahn. En novembre 1909, il \u00e9pouse Madeleine Spill ; le couple s\u2019installe \u00e0 Lembach. De leur union naissent quatre enfants, dont trois avant 1914. Au d\u00e9but de la guerre, il est mobilis\u00e9 dans le 60e r\u00e9giment d\u2019infanterie de r\u00e9serve et participe aux combats sur le front de Lorraine. Il passe pr\u00e8s d\u2019une ann\u00e9e, entre juillet 1915 et juin 1916 dans le secteur d\u2019Avricourt-Amenoncourt. De juillet \u00e0 novembre 1916, il alterne les s\u00e9jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour soins dentaires et les permissions pour travaux agricoles et forestiers. Cette p\u00e9riode \u00e0 l\u2019arri\u00e8re prend fin le 22 novembre, jour de son d\u00e9part pour le front oriental (en Volhynie, Galicie et Bucovine). A la mi-mai 1917, l\u2019ensemble de son r\u00e9giment retourne sur le front ouest, \u00e0 l\u2019exception des Alsaciens-Lorrains. Transf\u00e9r\u00e9 dans un autre r\u00e9giment, Molinet est alors form\u00e9 au tir de mortier, poste auquel il est d\u00e9sormais affect\u00e9. Il passe l\u2019\u00e9t\u00e9 1917 entre le front et l\u2019arri\u00e8re. En septembre, son r\u00e9giment rejoint le front balte, et il y participe notamment \u00e0 la conqu\u00eate des \u00eeles estoniennes. Il est d\u00e9cor\u00e9 de la Croix de fer 2e classe le 20 novembre 1917. Suite \u00e0 une hospitalisation au d\u00e9but de janvier 1918, il est mut\u00e9 dans un bataillon de r\u00e9serve et demeure d\u00e8s lors \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Il obtient deux permissions d\u2019un mois en juin (suite au d\u00e9c\u00e8s de son fr\u00e8re Alfred au front), et en septembre. Le 9 novembre, il adh\u00e8re au comit\u00e9 de soldats de son r\u00e9giment. Il est ensuite d\u00e9mobilis\u00e9 le 16 janvier 1919. De retour, il est employ\u00e9 comme mineur aux puits de p\u00e9trole de Pechelbronn, o\u00f9 il travaille jusqu\u2019\u00e0 sa retraite en 1939. Le 1er septembre 1939, comme tous les habitants de Lembach, la famille Molinet est \u00e9vacu\u00e9e \u00e0 Droux en Haute-Vienne. A leur retour, l\u2019Alsace est \u00e0 nouveau allemande, mais cette fois sous le r\u00e9gime nazi. Leur maison est d\u00e9truite par un obus am\u00e9ricain en d\u00e9cembre 1944 et n\u2019est reconstruite qu\u2019en 1955 gr\u00e2ce aux dommages de guerre. Louis Molinet d\u00e9c\u00e8de en septembre 1979 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 96 ans. Tout au long de sa vie, son exp\u00e9rience de la Grande Guerre demeura un souvenir fort, qu\u2019il se plaisait \u00e0 raconter (selon le t\u00e9moignage de son petit-fils Jean-Claude Fischer, que nous remercions pour ses nombreuses pr\u00e9cisions).<br \/>\nPubli\u00e9 sous une forme traduite (\u00ab Le carnet de Louis Molinet. Un habitant de Lembach raconte sa guerre de 14-18 \u00bb, in<em> l\u2019Outre-For\u00eat<\/em>, n\u00b0109, 2000, p.21-36), ce journal de guerre est \u00e0 l\u2019origine r\u00e9dig\u00e9 par Louis Molinet au fur et \u00e0 mesure des \u00e9v\u00e8nements, au crayon et en allemand, sa langue maternelle, dans un petit carnet de poche. Celui-ci contient en outre un certain nombre d\u2019informations usuelles : des listes d\u2019adresses (les siennes, successives, ainsi que celles d\u2019amis, camarades ou parents), des listes de courriers ou colis re\u00e7us, les dates auxquelles il a communi\u00e9, la signification des signaux lumineux, les dates et le montant vers\u00e9 aux emprunts de guerre, ainsi qu\u2019une liste de mots courants fran\u00e7ais traduits et transcrits phon\u00e9tiquement. L\u2019ensemble s\u2019apparente donc \u00e0 un carnet de route recueillant les informations que l\u2019auteur a jug\u00e9 utile de conserver aupr\u00e8s de lui. Dans ce carnet, le r\u00e9cit ne commence qu\u2019en juin 1915, sans aucune r\u00e9f\u00e9rence aux mois pr\u00e9c\u00e9dents, ce qui laisse supposer qu\u2019un premier carnet contenant les mois d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 juin 1915 a d\u00fb \u00eatre perdu.<br \/>\nLouis Molinet y livre un r\u00e9cit chronologique tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 de ses mouvements, stipulant consciencieusement les dates, horaires et lieux de destination. Il s\u2019agit souvent de l\u2019essentiel de l\u2019information relat\u00e9e. Il ne s\u2019attarde pas sur certaines p\u00e9riodes comme ses s\u00e9jours \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ou ses permissions, ni sur l\u2019ann\u00e9e 1918 pass\u00e9e essentiellement \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Les descriptions des \u00e9v\u00e8nements v\u00e9cus ne tiennent souvent qu\u2019en quelques mots, jug\u00e9s sans doute suffisamment \u00e9vocateurs pour pouvoir lui rappeler les faits le moment venu. C\u2019est le cas pour les moments de la vie quotidienne comme pour les combats successifs. Certaines batailles, notamment celle o\u00f9 il \u00e9chappa de peu \u00e0 la mort, et certains \u00e9v\u00e8nements exceptionnels sont un peu mieux renseign\u00e9s, comme les tentatives de fraternisations russes en avril 1917 ou la d\u00e9sertion de deux soldats fran\u00e7ais le 9 mai 1916 : \u00ab vidant une grenade \u00e0 main, ils y ont mis un billet sign\u00e9 avertissant de leur venue dans la soir\u00e9e (\u2026) ils sont arriv\u00e9s comme pr\u00e9vu \u00bb (p.26). Quand il revient plus longuement sur des \u00e9pisodes, il garde un certain d\u00e9tachement : il d\u00e9crit ainsi, sans \u00e9motion, comme trop habitu\u00e9 \u00e0 ce genre de spectacle, les derniers moments d\u2019un camarade alsacien mourant, qui en plus est en parent\u00e9 avec sa femme : \u00ab Jambes et entrailles arrach\u00e9es, il ne mesurait plus que 80 cm, mais vivait encore (\u2026) puis il a rendu l\u2019\u00e2me \u00bb (p.29). Ses impressions personnelles, plut\u00f4t rares, sont aussi succinctes. Elles portent cependant autant sur les horreurs (le 8 octobre 1915 : \u00ab c\u2019est terrible \u00e0 voir (\u2026) C\u2019est en fait la journ\u00e9e la plus terrible que j\u2019aie v\u00e9cu jusque-l\u00e0 \u00bb), les difficult\u00e9s (li\u00e9es au froid et \u00e0 la neige par exemple : \u00ab je n\u2019ai jamais vu \u00e7a de ma vie \u00bb, p.29), que sur les moments plus agr\u00e9ables (le 14 mai 1917, apr\u00e8s un repas copieux et une s\u00e9ance de cin\u00e9ma, repr\u00e9sente sa \u00ab plus belle journ\u00e9e en Russie \u00bb). De la m\u00eame mani\u00e8re, il nous laisse entrevoir ses pr\u00e9occupations de soldat, qu\u2019il s\u2019agisse de sauver sa peau et de survivre aux \u00e9preuves de la guerre (la religion tient une place importante \u00e0 cet \u00e9gard), de la nourriture qui manque parfois cruellement, notamment sur le front oriental (\u00ab nous souffrons beaucoup de la faim \u00bb, p.30), ou de l\u2019attente impatiente du courrier et des colis de sa famille.<br \/>\nContrairement \u00e0 certains t\u00e9moignages d\u2019Alsaciens ou de Lorrains, le carnet de Louis Molinet ne contient aucune consid\u00e9ration politique, ni formes de critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard du militarisme allemand. Certes, il peut exister une forme d\u2019autocensure, l\u2019auteur pouvant \u00eatre soucieux de ne rien \u00e9crire qui puisse se retourner contre lui dans le cas o\u00f9 le carnet se perde. Il ne fait par exemple aucun commentaire lorsque tout son r\u00e9giment, \u00e0 l\u2019exception des Alsaciens-Lorrains, retourne sur le front occidental. Cependant, il semble qu\u2019il ne remette pas en cause son service dans l\u2019arm\u00e9e allemande et qu\u2019il effectue sa t\u00e2che avec un certain sens du devoir. Peut-\u00eatre est-ce li\u00e9 \u00e0 la transmission de valeurs militaires par un p\u00e8re qui connut le service de 6 ans et la guerre de Crim\u00e9e dans l\u2019arm\u00e9e de Napol\u00e9on III. En tout cas, tandis que Louis est d\u00e9cor\u00e9 de la Croix de fer en novembre 1917, son fr\u00e8re Pierre est \u00e9lev\u00e9 au rang de caporal. Par ailleurs, Louis \u00e9voque avec d\u00e9f\u00e9rence ses g\u00e9n\u00e9raux (\u00ab Son Excellence le g\u00e9n\u00e9ral en chef Falkenhausen \u00bb, p.22 ; \u00ab son Excellence le lieutenant g\u00e9n\u00e9ral Von Estorff \u00bb, p.30), et quand son camarade alsacien d\u00e9c\u00e8de au front, c\u2019est en \u00ab donnant ainsi sa vie pour la patrie \u00bb (p.29). Loyal pour le r\u00e9gime imp\u00e9rial, il ne semble pas pour autant vouer de haine particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Fran\u00e7ais. Ceux-ci sont simplement les adversaires d\u2019en face, contre qui \u00ab nous d\u00e9ployons (\u2026) nos mitrailleuses devant les barbel\u00e9s et vengeons nos camarades qui viennent de tomber \u00bb (p.22). Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de noter plus loin : \u00ab nos fusils crachent le plomb sur ces pauvres Fran\u00e7ais (\u2026) Les pauvres camarades Fran\u00e7ais tombent comme fauch\u00e9s \u00bb. Dans cette guerre qui divise les hommes en deux camps, Molinet reste \u00e0 la place qui lui est attribu\u00e9e, et projette ses espoirs sur les moments pr\u00e9serv\u00e9s du danger du front : il appr\u00e9cie ainsi la p\u00e9riode de formation au tir de mortier \u00ab car l\u00e0 nous sommes en paix, bien tranquilles \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du front \u00bb (p.30). De m\u00eame, il n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 contrevenir au r\u00e8glement quand il s\u2019agit de rejoindre se femme lors de cantonnement \u00e0 Sarrebourg (p.25).<br \/>\nRapha\u00ebl GEORGES, mars 2013<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Louis Molinet na\u00eet de parents alsaciens le 31 octobre 1883 \u00e0 Wengelsbach, une annexe de Niedersteinbach, en Alsace du Nord. A la fin de sa scolarit\u00e9, il est employ\u00e9 \u00e0 la carri\u00e8re de Pirmasens (Palatinat), puis aux aci\u00e9ries de Rombas et de Hayange (Moselle), et enfin comme charbonnier. 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