{"id":1260,"date":"2013-03-23T10:14:36","date_gmt":"2013-03-23T09:14:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1260"},"modified":"2021-09-16T19:24:21","modified_gmt":"2021-09-16T18:24:21","slug":"thiesset-henriette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/03\/23\/thiesset-henriette\/","title":{"rendered":"Thiesset, Henriette (1902-    )"},"content":{"rendered":"<p>Nous avons re\u00e7u cette notice, de notre coll\u00e8gue professeur d&rsquo;histoire Nathalie Jung-Baudoux :<\/p>\n<p>Henriette Thiesset est n\u00e9e en 1902 dans la ville de Ham (80). Elle vit avec sa m\u00e8re, Blanche, chez ses grands-parents, Henri Ficheux, chef de gare de la ville et son \u00e9pouse Elvire.  En ao\u00fbt 1914, la ville est envahie par les troupes allemandes.  Il est trop tard pour fuir. La famille s\u2019installe dans une maison de Saint-Sulpice et commence alors le temps de l\u2019occupation et des privations. Il faut loger les troupes, les nourrir et \u00eatre \u00e0 tout moment \u00e0 leur service. La jeune Henriette d\u00e9cide de tenir un journal d\u00e8s le d\u00e9but de l\u2019occupation. Elle y raconte les humiliations subies, les \u00e9v\u00e9nements quotidiens touchant le quartier et les environs. Si au d\u00e9but de la guerre Henriette s\u2019inspire des pens\u00e9es des adultes, traduisant leurs angoisses et le nouveau rythme de vie, elle se forge rapidement sa propre vision du monde qui l\u2019entoure. Attentive aux souffrances des autres, elle d\u00e9crit les soldats fran\u00e7ais, russes, anglais, ainsi que les mani\u00e8res de l\u2019occupant, les doutes de certains soldats alsaciens, polonais et mosellans. Elle retranscrit le t\u00e9moignage d\u2019habitants envoy\u00e9s au camp d\u2019Erfurt :<\/p>\n<p>\u00ab A Erfurt, les autorit\u00e9s ignoraient leur arriv\u00e9e, on leur fit subir un interrogatoire pour leur faire avouer qu\u2019ils \u00e9taient des francs-tireurs. Comme rien n\u2019\u00e9tait pr\u00eat pour les recevoir, on les mit coucher sous la tente en attendant mieux. Un jour, on les fit tous ranger pour enlever les boutons de cuivre, un autre jour pour les porte-monnaie, mais pendant la fouille des premiers les autres avaient fait dispara\u00eetre les leurs.<br \/>\nUn peu plus tard, on les mit dans des baraquements, nouvellement construits, et pendant quatre mois ils couch\u00e8rent sur la m\u00eame paille, qu\u2019on rempla\u00e7a enfin par de mauvaises paillasses.<br \/>\nIls \u00e9taient 16 000 dans le camp, des soldats fran\u00e7ais, des Russes, des civils. Les Russes malpropres introduisirent la vermine dans le camp, il fallut les mettre \u00e0 part et vacciner tout le monde contre le typhus. La cuisine, organis\u00e9e par un bufetier de la gare [sic], touchait 14 sous par jour pour nourrir chaque homme, et ne leur en donnait pas la moiti\u00e9. La France heureusement envoye [sic] du pain, mais quelquefois les Allemands pillent le convoi.<br \/>\nLes Fran\u00e7ais ont pris plusieurs fois la d\u00e9fense des Russes trop maltrait\u00e9s. Un jour, un Russe \u00e9loign\u00e9 \u00e0 cause du typhus \u00e9tant sorti pour ramasser une cro\u00fbte de pain, un factionnaire l\u2019attacha \u00e0 un poteau pour le fouetter, mais les Fran\u00e7ais ramass\u00e8rent des pierres pour jeter au factionnaire. Craignant une r\u00e9volte, les Allemands supprim\u00e8rent les punitions aux Russes.<br \/>\nOn circule dans le camp, on y joue, les jeunes organisent des concerts. Dans l\u2019int\u00e9rieur du camp on vend du th\u00e9, du caf\u00e9 et une rebutante charcuterie qui vaut tr\u00e8s cher. Quelquefois, des enfants acceptent de l\u2019argent pour faire les commissions des prisonniers, mais il arrive qu\u2019ils gardent l\u2019argent pour eux.<br \/>\nTous les jours, quelques prisonniers vont en corv\u00e9e en dehors de la ville.<br \/>\nLes colis arrivent aussi facilement que l\u2019argent, surtout, ceux qui viennent de la France non envahie, quelquefois un journal s\u2019y trouve gliss\u00e9, comme pour emballer quelque chose. Au d\u00e9but, les Allemands avaient voulu donner l\u2019argent \u00e0 mesure, 30 marks \u00e0 la fois, mais toujours on disait que le surplus avait \u00e9t\u00e9 emprunt\u00e9 \u00e0 un camarade, et le moyen ne r\u00e9ussit pas.<br \/>\nUn Alsacien, pris dans les arm\u00e9es fran\u00e7aises, a \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9 parce que ses parents lui ont \u00e9crit sous son v\u00e9ritable nom.<br \/>\nLorsque les prisonniers revinrent, ils crurent d\u2019abord aller en France, mais pass\u00e8rent par les Ardennes et apprirent alors qu\u2019on les dirigeait sur Saint-Quentin. Apr\u00e8s quelques formalit\u00e9s, on les rendit \u00e0 leurs familles joyeusement \u00e9tonn\u00e9es.<br \/>\nLe pauvre M. Ja\u00ebck qui nous a racont\u00e9 cela, n\u2019a sans doute pas tout dit, car il craint que son fils soit prisonnier, il ne veut pas effrayer sa famille. \u00bb<\/p>\n<p>Henriette Thiesset mentionne aussi les cons\u00e9quences des mesures municipales sous la pression des Allemands. Proche du front et pourtant loin des sources d\u2019information, son r\u00e9cit montre la pesanteur de l\u2019attente, les espoirs de paix d\u00e9\u00e7us, les craintes d\u2019un lendemain incertain.<br \/>\nLorsque la ville est lib\u00e9r\u00e9e, que le Pr\u00e9sident Poincar\u00e9 vient \u00e0 Ham, tous pensent \u00eatre au bout du chemin et un avenir est envisageable. Henriette cherche \u00e0 se remettre \u00e0 niveau et \u00e0 devenir institutrice. Elle r\u00e9ussit le concours d\u2019entr\u00e9e et part \u00e9tudier \u00e0 Amiens. L\u2019offensive allemande reprend. Tous les Hamois re\u00e7oivent l\u2019ordre d\u2019\u00e9vacuer. Commence alors l\u2019exil pour une partie de la famille, la grand-m\u00e8re ayant refus\u00e9 de quitter la ville. Henriette raconte alors la difficile recherche d\u2019un logement sur Rouen, l\u2019aide des populations et des religieux. Puis vient enfin le retour dans un pays d\u00e9vast\u00e9 suite \u00e0 la pratique destructrice des Allemands lors de leur repli. Henriette recueille le r\u00e9cit de sa grand-m\u00e8re qui a subi de terribles privations et a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e en Belgique. Son grand-p\u00e8re Henri, \u00e9puis\u00e9 par tant d\u2019efforts, est atteint de la grippe espagnole et meurt le 22 f\u00e9vrier 1919. La ville de Ham est d\u00e9vast\u00e9e. Henriette, sa m\u00e8re et sa grand-m\u00e8re s\u2019installent dans un petit b\u00e2timent encore debout au fond du jardin. Tout est \u00e0 reb\u00e2tir.<br \/>\nNathalie Jung-Baudoux<br \/>\n*<em>Journal de guerre d\u2019Henriette Thiesset, 1914-1920<\/em>, annot\u00e9 par Nathalie Jung-Baudoux, Encrage Edition, 2012, 304 p. L\u2019ouvrage comporte un index, les po\u00e9sies de guerre d\u2019Henriette Thiesset, d\u2019autres t\u00e9moignages et extraits de journaux de guerre (Docteur Dodeuil, M. Cagnon puis Mme Laurence Rousseau sur la ville de Roye), de nombreux documents d\u2019archives sur Ham et sur quelques familles des environs.<\/p>\n<p>Compl\u00e9ment :<\/p>\n<p>Les quatre cahiers manuscrits constituant le t\u00e9moignage de Henriette<br \/>\nThiesset font partie du fonds \u00ab\u00a0La Guerre dans le ressort de l&rsquo;Acad\u00e9mie<br \/>\nde Lille\u00a0\u00bb et sont conserv\u00e9s \u00e0 la BDIC sous la cote F D 1126\/07\/C.695<br \/>\nOn peut les visionner sur le site web de la BDIC dans la rubrique<br \/>\n\u00ab\u00a0L&rsquo;Argonnaute\u00a0\u00bb en recherchant \u00ab\u00a0Thiesset\u00a0\u00bb ou alors par le lien suivant<br \/>\n(<a href=\"http:\/\/argonnaute.u-paris10.fr\/ark:\/14707\/a011435678431tBxzgs\">http:\/\/argonnaute.u-paris10.fr\/ark:\/14707\/a011435678431tBxzgs<\/a>)<\/p>\n<p>Aldo Battaglia<br \/>\nResponsable des collections de peintures et dessins<br \/>\nMus\u00e9e d&rsquo;histoire contemporaine &#8211; BDIC<br \/>\nH\u00f4tel national des Invalides<br \/>\n75007 Paris<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons re\u00e7u cette notice, de notre coll\u00e8gue professeur d&rsquo;histoire Nathalie Jung-Baudoux : Henriette Thiesset est n\u00e9e en 1902 dans la ville de Ham (80). 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