{"id":1291,"date":"2013-04-12T16:13:16","date_gmt":"2013-04-12T15:13:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1291"},"modified":"2021-09-16T19:27:21","modified_gmt":"2021-09-16T18:27:21","slug":"waag-felix-1894-1989","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/04\/12\/waag-felix-1894-1989\/","title":{"rendered":"Waag, F\u00e9lix (1894-1989)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 de parents alsaciens \u00e0 Rouffach en 1894, F\u00e9lix Waag grandit \u00e0 Sarreinsming en Lorraine annex\u00e9e. Apr\u00e8s un baccalaur\u00e9at technique, il effectue \u00e0 partir de septembre 1912 son service militaire en tant que volontaire annuel (privil\u00e8ge r\u00e9serv\u00e9 aux bacheliers) au sein du 8e bataillon de chasseurs \u00e0 pied de S\u00e9lestat. En 1913, il obtient le dipl\u00f4me de garde forestier, mais pr\u00e9f\u00e8re travailler dans les mines de charbon. La mobilisation g\u00e9n\u00e9rale d\u2019ao\u00fbt 1914 interrompt le stage qu\u2019il effectue aux houill\u00e8res de Forbach ; il est alors mobilis\u00e9 en qualit\u00e9 de sous-officier au 17e r\u00e9giment d\u2019infanterie de Morhange. A la t\u00eate de sa section, il participe aux combats de Lorraine dans le secteur de Dieuze, au cours desquels il est bless\u00e9 \u00e0 la jambe par un \u00e9clat d\u2019obus. D\u2019abord transf\u00e9r\u00e9 dans un h\u00f4pital pr\u00e8s de Francfort, il ach\u00e8ve sa convalescence au sein du bataillon de r\u00e9serve de son r\u00e9giment \u00e0 Herford (Westphalie), puis b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une permission. Accompagn\u00e9 de sa m\u00e8re, il en profite pour rendre visite \u00e0 son p\u00e8re mobilis\u00e9 dans la r\u00e9serve territoriale et stationn\u00e9 \u00e0 Barr (Alsace). De retour \u00e0 Herford, il est employ\u00e9 \u00e0 former les recrues jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1914, puis rejoint son r\u00e9giment sur le front de la Somme, pr\u00e8s de P\u00e9ronne. Fin janvier 1915, son r\u00e9giment est transf\u00e9r\u00e9 en Prusse orientale. Il y est d\u00e9cor\u00e9 de la Croix de fer 2e classe, puis nomm\u00e9 sous-lieutenant. Le 27 ao\u00fbt, il est bless\u00e9 par balle lors du si\u00e8ge de Kaunas. On l\u2019\u00e9vacue vers l\u2019h\u00f4pital militaire de K\u00f6nigsberg, puis il retourne \u00e0 Herford et y reprend ses activit\u00e9s d\u2019instructeur. Le 1er novembre, il est incorpor\u00e9 au 55e r\u00e9giment d\u2019infanterie de la Landwehr \u00e0 Cl\u00e8ves. Jusqu\u2019au 10 janvier 1916, il profite des charmes de cette ville en dehors de ses heures de formateur, puis est envoy\u00e9 en Picardie dans le secteur des monts Saint-Aubin et du Pl\u00e9mont, assez calme \u00e0 ce moment. Il y commande la compagnie pendant les permissions de son commandant. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1917, il se distingue lors d\u2019offensives ennemies, ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre d\u00e9cor\u00e9 de la Croix de fer 1\u00e8re classe. Vers le 20 mars, il repart pour le front oriental, en direction de la Galicie o\u00f9 il stationne jusque fin 1917. Il y assiste \u00e0 un mouvement de fraternisation des troupes russes : \u00ab nous accept\u00e2mes naturellement \u00bb (p.41), ce qui \u00e9tait moins du go\u00fbt de sa hi\u00e9rarchie qui y coupa court. En juin, il est temporairement d\u00e9tach\u00e9 dans une compagnie de lance-mines. En juillet, il a l\u2019honneur d\u2019\u00eatre f\u00e9licit\u00e9 par l\u2019empereur Guillaume II en personne, qui, lors du passage en revue de sa compagnie, s\u2019arr\u00eata \u00e0 sa hauteur en apercevant sa Croix de fer. De la fin novembre 1917 \u00e0 janvier 1918, il suit des cours pour devenir commandant de compagnie. A partir de janvier, il participe \u00e0 l\u2019occupation allemande d\u2019anciens territoires russes : il commande la garnison militaire dans le secteur de Genitschesk (nord-est de la Crim\u00e9e). D\u00e9tenant le pouvoir militaire, il fr\u00e9quente l\u2019\u00e9lite locale et profite de conditions de vie agr\u00e9ables jusqu\u2019au 19 avril 1918, date \u00e0 laquelle il est \u00e0 nouveau mut\u00e9 sur le front occidental. Comme d\u2019autres officiers rapatri\u00e9s, il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019abord d\u2019une permission de huit jours \u00e0 Cologne, puis d\u2019une p\u00e9riode d\u2019exercice dans un camp d\u2019entra\u00eenement \u00e0 Gand en Belgique. L\u00e0, il constate avec effroi des comportements d\u2019insubordination parmi les nouvelles recrues. Le 2 juillet, il est affect\u00e9 comme chef de compagnie au 60e IR, et parcourt d\u00e8s lors le front \u00ab partout o\u00f9 \u00e7a chauffait \u00bb (p.52). Vers la fin de juillet 1918, il est bless\u00e9 par balle \u00e0 l\u2019aisselle pr\u00e8s de Fresnoy-l\u00e8s-Roye, emmen\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire de Saint-Quentin puis transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Fribourg. Le 24 ao\u00fbt, il est envoy\u00e9 pour un mois de convalescence \u00e0 Badenweiler, une station thermale de For\u00eat-Noire. Son avant-bras gauche demeurant \u00e0 moiti\u00e9 paralys\u00e9, il part subir un traitement par \u00e9lectrochocs \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Eisenach (Thuringe). Le 21 octobre, il est de retour \u00e0 Wissembourg, sa nouvelle ville de garnison, et le 27 il obtient une permission. Celle-ci lui permet \u00e0 la fois d\u2019observer en civil le mouvement r\u00e9volutionnaire \u00e0 Sarreguemines, et d\u2019apprendre l\u2019armistice \u00e0 domicile. Il se rend d\u00e8s lors \u00e0 sa caserne pour se faire d\u00e9mobiliser et per\u00e7oit du m\u00eame coup sa solde de novembre. Plusieurs jours plus tard, les troupes fran\u00e7aises arrivent dans son village ; il y assiste avec un camarade en permission, et note \u00e0 ce propos : \u00ab nous les regardions passer avec des sentiments mitig\u00e9s \u00bb (p.55). Commencent alors pour lui les tracasseries avec les autorit\u00e9s militaires fran\u00e7aises \u00e0 cause de ses \u00e9tats de service en qualit\u00e9 d\u2019officier de l\u2019arm\u00e9e allemande : des soldats fran\u00e7ais viennent le chercher pour le conduire aupr\u00e8s de leur \u00e9tat-major puis le transf\u00e9rer \u00e0 la citadelle de Bitche, o\u00f9 se trouvent d\u00e9j\u00e0 rassembl\u00e9s d\u2019autres officiers lorrains. Tous sont soumis aux m\u00eames interrogatoires, qui consistent notamment \u00e0 \u00e9lucider la raison pour laquelle ils sont devenus officiers et pourquoi ils n\u2019ont pas cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9serter. A cela Waag r\u00e9pond qu\u2019il d\u00e9tient le baccalaur\u00e9at allemand et qu\u2019il n\u2019a jamais eu aucune relation avec la France. Il demeure ainsi huit jours \u00e0 Bitche, puis deux jours au fort de Saint-Julien de Metz avant d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9. En 1919, il se verra finalement attribuer par les commissions de triage une carte d\u2019identit\u00e9 A comme descendant d\u2019Alsaciens fran\u00e7ais avant 1871. [Des commissions de triage ont \u00e9t\u00e9 mises en \u0153uvre pour classer la population des provinces reconquises selon des crit\u00e8res nationaux, empruntant \u00e0 la tradition allemande du droit du sang. Quatre types de cartes d\u2019identit\u00e9 sont cr\u00e9es \u00e0 cet effet : la carte A est attribu\u00e9e aux descendants de familles d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies en Alsace-Lorraine avant 1871, la carte B \u00e0 ceux dont l\u2019un des parents est \u00e9tranger, la carte C aux habitants n\u00e9s de parents \u00e9trangers \u00ab alli\u00e9s \u00bb, et la carte D aux \u00e9trangers de pays ennemis comme l\u2019Allemagne ou l\u2019Autriche, et \u00e0 leurs descendants.] La m\u00eame ann\u00e9e, il entre dans l\u2019administration des douanes, mais en d\u00e9missionne d\u00e8s 1923, d\u00e9\u00e7u de voir son avancement frein\u00e9 par rapport \u00e0 celui de ses coll\u00e8gues \u00ab Fran\u00e7ais de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb. [Cette expression qui subsiste encore aujourd\u2019hui d\u00e9signe les habitants des provinces de la France dans ses fronti\u00e8res d\u2019avant 1918, par opposition aux Alsaciens-Lorrains. Les diff\u00e9rences de traitement entre ces Fran\u00e7ais venus travailler dans les administrations des provinces recouvr\u00e9es en 1919 et les fonctionnaires alsaciens-lorrains sont un des facteurs du \u00ab malaise alsacien \u00bb qui culmine au milieu des ann\u00e9es 1920.] Entre-temps, il \u00e9pouse Louise Nil\u00e8s en 1921, avec qui il aura deux enfants n\u00e9s respectivement en 1923 et 1930. En 1926, il entre comme porion \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 M\u00e9tallurgique de Knuttange puis est embauch\u00e9 en 1931 par l\u2019entreprise de construction Dietsch pour diriger les travaux de l\u2019ouvrage fortifi\u00e9 de Drachenbronn sur la Ligne Maginot. Le 2 septembre 1939, il est mobilis\u00e9 comme soldat de 2e classe dans la r\u00e9serve et affect\u00e9 en tant que technicien sur la Ligne Maginot \u00e0 Forbach. Apr\u00e8s l\u2019annexion de fait de l\u2019Alsace-Moselle par le IIIe Reich, il est sollicit\u00e9 en tant qu\u2019ex-officier allemand pour adh\u00e9rer au parti nazi, mais il d\u00e9cline, consid\u00e9rant qu\u2019il ne s\u2019agit pas des m\u00eames Allemands qu\u2019en 1918. De son c\u00f4t\u00e9, son fils a\u00een\u00e9 tente de se soustraire \u00e0 l\u2019incorporation de force dans l\u2019arm\u00e9e allemande, mais en vain ; il fait finalement partie des 130 000 \u00ab Malgr\u00e9-Nous \u00bb de la Seconde Guerre mondiale. Retrait\u00e9 en 1959, F\u00e9lix Waag d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Thionville en 1989.<br \/>\nF\u00e9lix Waag a r\u00e9dig\u00e9 ses m\u00e9moires de guerre \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 89 ans, entre mai et juin 1983, \u00e0 la demande de son petit-fils Fran\u00e7ois Waag. Ce dernier, professeur d\u2019histoire-g\u00e9ographie et militant autonomiste, est \u00e0 l\u2019origine de leur publication (<em>Les Deux F\u00e9lix. 1914-1918 vu par un combattant d\u2019Alsace-Lorraine<\/em>, Do Bentzinger, Colmar, 2005, 128 p.). En outre, il en r\u00e9dige l\u2019avant-propos, l\u2019appareil de notes ainsi qu\u2019une partie introductive et conclusive repla\u00e7ant le r\u00e9cit de F\u00e9lix Waag dans le temps long de l\u2019histoire familiale. L\u2019ouvrage est pr\u00e9fac\u00e9 par l\u2019essayiste autonomiste Bernard Wittmann, qui retrace sous une forme partisane l\u2019histoire de la Premi\u00e8re Guerre mondiale en Alsace. Enfin, nombreuses photographies et documents sont reproduits et comment\u00e9s en annexe.<br \/>\nOutre ses propres souvenirs, F\u00e9lix Waag s\u2019est appuy\u00e9 sur sa feuille d\u2019\u00e9tat de services pour reconstituer la trame chronologique, et sans doute aussi sur de la correspondance d\u2019\u00e9poque. C\u2019est sans doute ce qui explique qu\u2019en dehors de ses mouvements successifs et des anecdotes, le r\u00e9cit se r\u00e9v\u00e8le assez pauvre en ce qui concerne sa participation aux op\u00e9rations militaires : il n\u2019en donne qu\u2019un survol rapide, ce qui est regrettable car il est rare de disposer du point de vue d\u2019un officier alsacien-lorrain de l\u2019arm\u00e9e allemande. Il semble avoir r\u00e9pondu \u00e0 ses obligations militaires avec un certain sens du devoir. Par la suite, sa vie durant, il a conserv\u00e9 avec une certaine fiert\u00e9 les marques de reconnaissance de sa hi\u00e9rarchie, comme le certificat de son g\u00e9n\u00e9ral d\u2019arm\u00e9e ou les photographies de sa rencontre avec Guillaume II, qui figurent en annexe de l\u2019ouvrage. A la fin de la guerre, il ne semble pas oppos\u00e9 au retour de l\u2019Alsace-Lorraine \u00e0 la France, mais il accepte mal de se voir reprocher d\u2019avoir servi dans son arm\u00e9e l\u00e9gitime. Ma\u00eetrisant assez bien le fran\u00e7ais depuis le lyc\u00e9e, il semble n\u2019\u00eatre ni un grand d\u00e9fenseur de la cause imp\u00e9riale allemande, ni un francophile. Comme nombre d\u2019Alsaciens-Lorrains peu politis\u00e9s, il est surtout attach\u00e9 \u00e0 sa petite patrie (Heimat), dont le sort allemand ou fran\u00e7ais ne lui importe que peu, aussi longtemps que cela n\u2019interagisse pas d\u00e9favorablement sur sa propre vie. C\u2019est pourquoi apr\u00e8s-guerre il se rapproche peu \u00e0 peu du mouvement autonomiste alsacien, d\u00e9\u00e7u par une politique d\u2019assimilation fran\u00e7aise dont il a le sentiment d\u2019\u00eatre victime.<br \/>\nRapha\u00ebl GEORGES, avril 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 de parents alsaciens \u00e0 Rouffach en 1894, F\u00e9lix Waag grandit \u00e0 Sarreinsming en Lorraine annex\u00e9e. 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