{"id":1297,"date":"2013-04-24T08:19:05","date_gmt":"2013-04-24T07:19:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1297"},"modified":"2021-09-16T19:27:42","modified_gmt":"2021-09-16T18:27:42","slug":"guilhem-francois-1886-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/04\/24\/guilhem-francois-1886-1945\/","title":{"rendered":"Guilhem, Fran\u00e7ois (1886-1945)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Toulouse le 7 avril 1886. Service militaire de 1907 \u00e0 1909. Mari\u00e9 en 1911. Une fille. Manutentionnaire aux entrep\u00f4ts de la soci\u00e9t\u00e9 L\u2019\u00c9pargne. Sympathisant socialiste. Mobilis\u00e9 en 1914 au 296e RI. Ses lettres \u00e0 sa femme t\u00e9moignent, une fois de plus, que la guerre a fait red\u00e9couvrir l\u2019amour conjugal. Ainsi : \u00ab Je te demande d\u2019avoir du courage jusqu\u2019\u00e0 la fin, songe que je suis oblig\u00e9 d\u2019en avoir, moi qui suis oblig\u00e9 de lutter contre un terrible ennemi et contre la s\u00e9paration de ma famille ; songe un peu, quand je jette mes yeux sur la photo que tu m\u2019as envoy\u00e9e, ce qui peut se passer en moi-m\u00eame\u2026 \u00bb (12-12-14). D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, les lettres ne manquent pas de pugnacit\u00e9 et d\u2019ironie. Par exemple, le 27 mai 1915 : \u00ab \u00c9mile m\u2019a appris par sa lettre d\u2019hier que Gourg avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Il pr\u00eachait la guerre dans le temps ; il ne la pr\u00eachera plus. \u00bb Ou encore, le 19 ao\u00fbt 1915 : \u00ab Je voudrais bien voir ces embusqu\u00e9s \u00e0 ma place, ceux qui ne sont jamais venus au front, comme le gendre de Caillabel par exemple ; ils en chieraient toute une. \u00bb Et, le 19 mai 1916 : \u00ab Pauvres m\u00e8res, vous pouvez faire des enfants, la boucherie militariste les attend. Ah ! que je suis heureux d\u2019avoir une fille ; elle ne viendra pas au moins se faire hacher sur un champ de bataille et si, apr\u00e8s la guerre, favoris\u00e9 par le sort, si je r\u00e9ussis \u00e0 m\u2019en sortir, ceux qui viendront me pr\u00eacher la repopulation seront re\u00e7us avec tous les honneurs dus \u00e0 leur grade. \u00bb Et encore : \u00ab Tu me dis que Pierrillou a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre du jour et qu\u2019il a eu la croix de guerre ; il vaut mieux celle-l\u00e0 que la croix de bois \u00bb (22-7-16).<br \/>\nLe r\u00e9cit de ce fantassin rejoint ceux de ses semblables et d\u00e9crit la boue, le froid, les veilles, les attaques stupides, les poux : \u00ab Ma ch\u00e8re Augustine, tu feras bien de m\u2019envoyer de la poudre pour les poux, car pourtant qu\u2019on les chasse et qu\u2019on se change, on en est rempli, et ils sont gros et tu peux croire qu\u2019ils piquent ; tu verrais les types, sit\u00f4t qu\u2019on a une minute, \u00e0 sortir la chemise et \u00e0 faire la chasse ; on a le corps tout rouge de piq\u00fbres \u00bb (14-8-15).<br \/>\nLe r\u00e9giment commence la guerre en Alsace, puis il est transf\u00e9r\u00e9 en Artois, devant Vermelles, village occup\u00e9 apr\u00e8s le repli allemand (voir Barthas, Hudelle). Le 25 d\u00e9cembre 1914 : \u00ab Ch\u00e8re Augustine, je me rappellerai longtemps de cette nuit de No\u00ebl : par un clair de lune comme en plein jour, une gel\u00e9e \u00e0 pierre fendre, nous sommes all\u00e9s vers les 10 heures du soir porter des poutres dans les tranch\u00e9es ; quel n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 notre \u00e9tonnement d\u2019entendre les Boches chanter des cantiques dans leurs tranch\u00e9es ; les Fran\u00e7ais dans les leurs, puis les Boches ont chant\u00e9 leur hymne national et ont pouss\u00e9 des hourrah ; les Fran\u00e7ais ont r\u00e9pondu par le Chant du d\u00e9part ; tous ces chants pouss\u00e9s par des milliers d\u2019hommes en pleine campagne avaient quelque chose de f\u00e9erique. \u00bb Une pause dans une guerre sans fin : \u00ab Quant \u00e0 la paix, je crois que si aucune puissance neutre ne s\u2019en m\u00eale, nous y sommes pour longtemps car de la mani\u00e8re que nous faisons la guerre, il est presque impossible d\u2019avancer, tant aux Boches qu\u2019\u00e0 nous \u00bb (30-12-14).<br \/>\nLe 10 mai 1915, Fran\u00e7ois est atteint par une balle au sommet du cr\u00e2ne : \u00ab Tu peux croire que cette balle a \u00e9t\u00e9 la bien venue. \u00bb Soign\u00e9, il essaie de faire durer la s\u00e9quence et m\u00eame de s\u2019embusquer pour de bon : \u00ab Je deviendrai peut-\u00eatre l\u2019ordonnance du major en chef des h\u00f4pitaux de B\u00e9ziers, mais je ne suis pas s\u00fbr de r\u00e9ussir \u00bb (13-7-15). En effet, cela ne marche pas et il doit repartir, avec le 96e, \u00e0 Beaus\u00e9jour, et participer \u00e0 l\u2019offensive du 25 septembre en Champagne. Le 12 octobre, il peut \u00e9crire : \u00ab Cette nuit nous avons \u00e9t\u00e9 relev\u00e9s des tranch\u00e9es et nous sommes dans un bois ; nous n\u2019avons ni eau pour nous laver, ni rien, mais nous sommes hors de danger, c\u2019est l\u2019essentiel. Nous crevons de faim et de soif. Nous avons pass\u00e9 15 jours terribles, nous avons eu beaucoup de morts et de bless\u00e9s ; moi, je n\u2019ai pas eu seulement une \u00e9gratignure ; encore une fois je m\u2019en suis sorti ; j\u2019ai eu un fusil partag\u00e9 dans les mains par un \u00e9clat d\u2019obus et je n\u2019ai pas eu la chance d\u2019\u00eatre bless\u00e9. \u00bb Un peu plus tard (2 d\u00e9cembre 1915), il tire des conclusions plus larges : \u00ab Tu peux croire que j\u2019en ai assez de cette vie ; toujours au danger, la pluie, le froid, mal nourris, d\u00e9vor\u00e9s par les poux, nous avons tout pour nous faire souffrir ; il faut avoir la volont\u00e9 de vivre pour supporter tout cela. \u00bb<br \/>\n1916 le trouve \u00e0 Berry-au-Bac et au bois de Beaumarais, \u00e9l\u00e9ment d\u2019un \u00ab troupeau de moutons qui suivons ceux qui nous commandent \u00bb. Les secteurs chauds et ceux o\u00f9 \u00ab on ne se croirait pas en guerre \u00bb alternent. En juillet, c\u2019est Verdun. Alors, les lettres de sa femme lui sont retourn\u00e9es avec mention \u00ab le destinataire n\u2019a pu \u00eatre atteint \u00bb. Fran\u00e7ois est en effet port\u00e9 disparu \u00e0 Fleury le 4 ao\u00fbt. Bless\u00e9, r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par les brancardiers allemands, il est soign\u00e9 \u00e0 Ulm, et sa premi\u00e8re lettre de captivit\u00e9 n\u2019arrive \u00e0 Augustine que le 6 septembre. Peu apr\u00e8s, il pr\u00e9cise : \u00ab Je garderai longtemps le souvenir de mes derniers combats qui d\u00e9passent en horreur tous ceux que j\u2019avais v\u00e9cus ; aussi je suis heureux d\u2019\u00eatre loin de ces champs de massacre. Je vois d\u2019ici le mauvais sang que tu as d\u00fb avoir fait pendant le temps que tu es rest\u00e9e sans nouvelles, mais maintenant tu peux dormir tranquille car tu es s\u00fbre de me revoir. \u00bb<br \/>\nUne fois gu\u00e9ri, il participe aux travaux agricoles en Allemagne : \u00ab Je laboure tous les jours, je suis devenu bon, mais si je reviens en France, je ne crois pas de continuer ce m\u00e9tier-l\u00e0. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n*Lettres num\u00e9ris\u00e9es par le petit-fils, Jean-Marie Donat. Un exemplaire sera d\u00e9pos\u00e9 aux Archives municipales de Toulouse. Photo de Fran\u00e7ois Guilhem, sa femme et sa petite fille dans <em>500 T\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, p. 244.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Toulouse le 7 avril 1886. Service militaire de 1907 \u00e0 1909. Mari\u00e9 en 1911. Une fille. Manutentionnaire aux entrep\u00f4ts de la soci\u00e9t\u00e9 L\u2019\u00c9pargne. Sympathisant socialiste. 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