{"id":1303,"date":"2013-04-24T08:59:03","date_gmt":"2013-04-24T07:59:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1303"},"modified":"2021-09-16T19:29:14","modified_gmt":"2021-09-16T18:29:14","slug":"lefebvre-gaston-1896","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/04\/24\/lefebvre-gaston-1896\/","title":{"rendered":"Lefebvre, Gaston (1896-1957)"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Un de l\u2019avant \u00bb Carnet de route d\u2019un \u00ab poilu\u00bb<\/em><br \/>\n<em> 9 octobre 1914 \u2013 27 novembre 1917<\/em><br \/>\nJournaux et Imprimerie du Nord, Lille 1930<\/p>\n<p>N\u00e9 \u00e0 Lille le 24 novembre 1896, l\u2019auteur a 17 ans lorsque, le 9 octobre 1914, il est \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 pied avec tous les hommes de 18 \u00e0 48 ans \u00e0 l\u2019approche des Allemands. A l\u2019automne il travaille dans une ferme pr\u00e8s d\u2019Abbeville (Somme); s\u00e9par\u00e9 de ses proches et mineur (il a 18 ans le 24 novembre), il apprend par les journaux (8 janvier 1915) que les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e2g\u00e9s de 18 ans peuvent s\u2019engager pour la dur\u00e9e de la guerre sans l\u2019assentiment des parents si ceux-ci sont rest\u00e9s en zone occup\u00e9e.<br \/>\nArriv\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t du 43e RI \u00e0 Limoges le 11 janvier 1915, il monte au front en mai apr\u00e8s un s\u00e9jour au camp de la Courtine ( 412e RI) ; il est vers\u00e9 \u00e0 sa demande au 73e RI de B\u00e9thune.<br \/>\nEn secteur sur l\u2019Aisne le 16 mai , vers Pontavert. Alternance de 1\u00e8re ligne et de repos, bless\u00e9 \u00e0 Berry-au-Bac le 26 octobre 1915 lorsqu\u2019il travaille \u00e0 installer un r\u00e9seau (grenade \u00e0 fusil \u2013 \u00e9clat dans le dos).<br \/>\nRetour en unit\u00e9 en janvier 1916 et transfert \u00e0 Verdun le 25 f\u00e9vrier avec la 2e DI, violents combats (Douaumont). Un mois de repos (10 mars \u2013 14 avril 1916) et secteur sur l\u2019Aisne (Beaulne \u2013 Cerny). Permission \u00e0 Toulouse puis retour et embarquement pour la Somme le 6 ao\u00fbt 1916 ; il participe \u00e0 la bataille, puis permission en novembre et arriv\u00e9e en secteur en Champagne au Mesnil-les-Hurlus. Le 4 d\u00e9cembre 1916, bless\u00e9 \u00e0 la cuisse par un projectile vertical, alors que \u00ab la neige ayant cess\u00e9 de tomber, je m\u2019\u00e9tais install\u00e9 sur une banquette de tir, \u00e0 la porte de notre sape, pour faire quelques lettres. \u00bb Evacu\u00e9 et op\u00e9r\u00e9, il doit \u00eatre amput\u00e9 le 9 d\u00e9cembre au dessus du genou.<br \/>\nApr\u00e8s une convalescence \u00e0 Angoul\u00eame, il arrive le 8 juillet 1917 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019appareillage de Toulouse dit \u00ab du Caousou \u00bb. R\u00e9form\u00e9 d\u00e9finitivement le 27 novembre 1917.<\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage est \u00e9crit en 1930 alors que l\u2019auteur est un \u00ab jeune \u00bb ancien combattant de 34 ans ; l\u2019ouvrage t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9, en hommage \u00ab aux rares survivants de son bataillon \u00bb, de reconstituer des faits pr\u00e9cis, pour \u00ab emp\u00eacher le voile de l\u2019oubli de tomber trop t\u00f4t sur le sacrifice et les souffrances des vrais combattants et d\u2019inspirer aux jeunes la r\u00e9solution de faire tout pour \u00e9viter le retour d\u2019un tel cataclysme. \u00bb C\u2019est un r\u00e9cit complet, qui se veut r\u00e9aliste, indiquant les lieux et les dates, d\u00e9signant de nombreux soldats et grad\u00e9s par leurs noms.<br \/>\nL\u2019int\u00e9r\u00eat du r\u00e9cit r\u00e9side dans la narration du ressenti du front d\u2019un tr\u00e8s jeune soldat ; celui-ci, plein d\u2019entrain en 1915, va par exemple chercher un fanion allemand comme troph\u00e9e dans le no man\u2019s land contre l\u2019avis de ses camarades et \u00ab lorsqu\u2019il revient avec le morceau de toile blanche pour lequel il venait de mettre \u00ab eul\u2019 fu \u00bb au secteur, dans la tranch\u00e9e, il ne re\u00e7oit, bien entendu, aucune f\u00e9licitation \u00bb. Lorsqu\u2019il est bless\u00e9 une premi\u00e8re fois en octobre 1915, \u00ab le major me dit n\u2019avoir jamais soign\u00e9 un aussi jeune bless\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance. \u00bb Le r\u00e9cit est riche en descriptions classiques de secteur, de bombardement, de travaux ou de cheminement de rel\u00e8ve ; Lefebvre se d\u00e9crit par exemple poseur de barbel\u00e9s: \u00ab embusqu\u00e9 d\u2019apr\u00e8s les camarades, furieux de voir que je ne prends plus la garde, mais peu amateurs de prendre ma place sur le parapet la nuit. \u00bb,<br \/>\nLefebvre arrive \u00e0 Verdun \u00e0 un moment dramatique \u00e0 la fin de f\u00e9vrier 1916 ; il \u00e9voque la violence des bombardements continus, les soldats terr\u00e9s, l\u2019avance allemande, les morts partout autour de lui. Son moral n\u2019est plus le m\u00eame qu\u2019en 1915 : \u00ab Je suis surpris de rester le dernier avec le caporal. En courant, il me dit :<br \/>\n&#8211; Alors ! \u00e7a ne va plus ? Avant tu partais toujours le premier. L\u2019 \u00abhosto \u00bb t\u2019a fait d\u00e9gonfler.<br \/>\nC\u2019est vrai. Depuis ma sortie de l\u2019h\u00f4pital, je ne suis plus le m\u00eame homme. L\u2019\u00e9clat re\u00e7u \u00e0 Berry-au-Bac m\u2019a enlev\u00e9 l\u2019insouciance de mes dix-huit ans. Comme les autres, j\u2019ai peur et je suis domin\u00e9 par une crainte vague, ind\u00e9finissable, celle de la mort. \u00bb<br \/>\nIl raconte une quinzaine de jours \u00e9pouvantables au bilan terrible : \u00abSur environ deux-cent dix hommes, cent soixante \u00e9taient tu\u00e9s ou bless\u00e9s. \u00bb Il quitte le secteur le 12 mars \u00ab Jusqu\u2019au moment de grimper dans les voitures, nous tremblions de remonter en ligne. Le lendemain de notre rel\u00e8ve, les Allemands, dans une pouss\u00e9e irr\u00e9sistible, avaient \u00e0 nouveau enfonc\u00e9 le front. Heureusement, de nouvelles troupes avaient endigu\u00e9 leur avance. Sans elles, nous \u00e9tions oblig\u00e9s de retourner \u00e0 la tuerie\u2026 \u00bb<br \/>\nEn secteur de repos, il \u00e9voque les inqui\u00e9tudes des soldats pour leurs femmes, les tentations de l\u2019arri\u00e8re et la stabilit\u00e9 de leur foyer : \u00ab N\u2019est-ce pas une torture affreuse que de se trouver sur de la paille pourrie et de penser qu\u2019un autre est peut-\u00eatre couch\u00e9 dans son propre lit ? Nous, les jeunes, nous souffrons un peu plus physiquement, car nous sommes moins r\u00e9sistants \u00e0 la fatigue, mais comme nos a\u00een\u00e9s doivent souffrir moralement ! \u00bb.<br \/>\nL\u2019\u00e9vocation de sa participation \u00e0 l\u2019offensive de la Somme insiste sur l\u2019\u00e9pouvantable odeur qui r\u00e8gne dans les abris b\u00e9tonn\u00e9s dans l\u2019ancienne 1\u00e8re ligne allemande, sur les cadavres qui pars\u00e8ment le terrain lunaire et sur la violence des bombardements (bois Louage- Combles). Il d\u00e9crit aussi un assaut sanglant de sa compagnie le 24 septembre et son \u00e9chec.<br \/>\nLefebvre parle longuement des deux blessures re\u00e7ues ; il \u00e9voque l\u2019\u00e9tat de choc, la douleur, le transfert en brancard, la souffrance \u00e0 l\u2019ambulance, et la duret\u00e9 des sc\u00e8nes d\u2019h\u00f4pital : \u00ab Quand le major, arm\u00e9 de pinces, enl\u00e8ve les compresses, le bless\u00e9 hurle et se tord de douleur. Je vois des hommes qui paraissent avoir atteint la quarantaine, appeler leur m\u00e8re et pleurer \u00e0 chaudes larmes. \u00bb Puis vient le calme et les infirmi\u00e8res qui viennent \u00ab border nos lits comme l\u2019aurait fait notre m\u00e8re.\u00bb<br \/>\nLefebvre restitue la langue des soldats (r\u00e9alit\u00e9 du phras\u00e9 argotique? reconstruction ?):<br \/>\n&#8211; \u00ab Yen a une, j\u2019crois qu\u2019elle m\u2019a \u00ab zieut\u00e9 \u00bb !<br \/>\n&#8211; Penses-tu ! c\u2019est des gens d\u2019la haute et tu vois pas ta \u00ab fraise \u00bb, eh ! mal foutu !<br \/>\n&#8211; Des fois, y a des copains qui s\u2019marient avec leurs infirmi\u00e8res\u2026<br \/>\n&#8211; Oui ! mais c\u2019est des types au \u00ab p\u00e8ze \u00bb, pour nous, y rien \u00e0 faire. \u00bb<br \/>\nLe t\u00e9moignage d\u00e9crit aussi longuement la pr\u00e9paration de l\u2019amputation, la visite de l\u2019aum\u00f4nier et le choc post-op\u00e9ratoire : \u00abMa jambe est bien coup\u00e9e. Nerveusement, j\u2019\u00e9clate en sanglots et je pleure abondamment. Que vont dire mon p\u00e8re et ma m\u00e8re ? \u00bb<br \/>\nAu total le t\u00e9moignage r\u00e9fl\u00e9chi (publication 1930) mais riche d\u2019un jeune homme qui \u00e0 19 ans avait d\u00e9j\u00e0 fait Verdun et la Somme pour finir la guerre amput\u00e9 \u00e0 20 ans.<\/p>\n<p>Vincent Suard<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Un de l\u2019avant \u00bb Carnet de route d\u2019un \u00ab poilu\u00bb 9 octobre 1914 \u2013 27 novembre 1917 Journaux et Imprimerie du Nord, Lille 1930 N\u00e9 \u00e0 Lille le 24 novembre 1896, l\u2019auteur a 17 ans lorsque, le 9 octobre 1914, il est \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 pied avec tous les hommes de 18 \u00e0 48 ans &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2013\/04\/24\/lefebvre-gaston-1896\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Lefebvre, Gaston (1896-1957)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[97,343,10,21],"tags":[295,289,346,514],"class_list":["post-1303","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1919-1930","category-73e-ri","category-combattant-infanterie","category-souvenirs","tag-attaque","tag-blessure","tag-odeurs","tag-peur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1303","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1303"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1303\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4101,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1303\/revisions\/4101"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1303"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1303"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1303"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}