{"id":1327,"date":"2014-04-06T15:54:36","date_gmt":"2014-04-06T14:54:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1327"},"modified":"2021-09-23T16:50:03","modified_gmt":"2021-09-23T15:50:03","slug":"armengaud-maurice-1886-1960","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/04\/06\/armengaud-maurice-1886-1960\/","title":{"rendered":"Armengaud, Maurice (1886-1960)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 B\u00e9lesta (Ari\u00e8ge), le 28 ao\u00fbt 1886, fils de meunier. Install\u00e9 \u00e0 Mirepoix ; titulaire du certificat d\u2019\u00e9tudes primaires ; service militaire au 83e RI \u00e0 Toulouse ; mari\u00e9 en 1911 avec Pauline, fille d\u2019un tailleur de pierre. Il est lui-m\u00eame menuisier et il fait le gar\u00e7on de caf\u00e9 le dimanche pour arrondir les fins de mois. Mobilis\u00e9 \u00e0 Foix en 1914, au 259e RI ; caporal le 5 septembre ; sergent en avril 1916. La Marne, le bois des Chevaliers pr\u00e8s de Saint-Mihiel, Verdun en ao\u00fbt 1916, o\u00f9 le r\u00e9giment est d\u00e9cim\u00e9, puis dissous. Il passe au 283e RI. Gri\u00e8vement bless\u00e9 au Chemin des Dames le 23 octobre 1917, il perd l\u2019usage du bras gauche et ne peut reprendre son m\u00e9tier. Il devient secr\u00e9taire de mairie \u00e0 Mirepoix en octobre 1918 puis, avec sa femme, il vend des journaux, sans disposer de local.<br \/>\nSon petit-fils, Michel Rivi\u00e8re, a retrouv\u00e9 935 cartes et lettres de Maurice, principalement adress\u00e9es \u00e0 Pauline, dans le grenier de la maison familiale. En 2014, il en a \u00e9dit\u00e9 une s\u00e9lection dans une plaquette format A4, sous le titre <em>Lettres d\u2019un Ari\u00e9geois 1914-1918<\/em>, 105 pages, 16 euros, ISBN 978-2-7466-6867-6 \u00e0 commander \u00e0 riviere.michel@orange.fr. L\u2019ouvrage contient un index des combattants cit\u00e9s par Maurice Armengaud. En couverture, une carte postale \u00ab On les aura ! \u00bb, transform\u00e9e en \u00ab On les aura les pieds gel\u00e9s \u00bb par Maurice. Sur la guerre vue de Mirepoix, o\u00f9 Pauline attendait Maurice, on peut consulter dans ce dictionnaire la notice Marie Escholier.<br \/>\nCe t\u00e9moignage d\u2019un fantassin contient \u00e9videmment les r\u00e9f\u00e9rences d\u00e9j\u00e0 bien connues aux poux, aux rats, \u00e0 la boue, au froid et aux conditions de vie dans les tranch\u00e9es, aux dangers, \u00e0 la nourriture insuffisante ou qui arrive froide, \u00e0 la hantise du prochain hiver, \u00e0 l\u2019ennui et au cafard, aux exercices stupides qu\u2019il faut faire quand on est \u00ab au repos \u00bb, aux m\u00e9decins qui ont re\u00e7u des ordres tels qu\u2019il faut \u00eatre mort pour \u00eatre reconnu malade, au d\u00e9couragement de tous (15 d\u00e9cembre 1915), aux odeurs qui emp\u00eachent de manger (15 septembre 1916), aux camarades tu\u00e9s dont on va voir la tombe (7 septembre 1917), aux stages de formation qui permettent de passer quelques jours loin des tranch\u00e9es.<br \/>\nMais chaque t\u00e9moin s\u2019exprime de fa\u00e7on personnelle. Il remarque particuli\u00e8rement et expose \u00e0 sa fa\u00e7on tel ou tel \u00e9pisode. Ainsi Maurice, \u00e2g\u00e9 de 28 ans en 1914, s\u2019\u00e9tonne \u00ab de falloir commander \u00e0 des types de 40 ans et plus \u00bb (9 janvier 1915), les m\u00eames qui s\u2019amusent \u00ab comme des gosses \u00bb (30 novembre 1914). Le 27 mars 1915, il d\u00e9crit l\u2019arriv\u00e9e dans la tranch\u00e9e de premi\u00e8re ligne de quatre prisonniers \u00ab boches polonais \u00bb accompagn\u00e9s par des officiers fran\u00e7ais ; ils sont charg\u00e9s de s\u2019adresser \u00e0 leurs camarades d\u2019en face pour les convaincre qu\u2019ils sont heureux et tr\u00e8s bien nourris, \u00ab et puis ils se sont mis \u00e0 chanter et leurs camarades une fois fini les ont applaudis \u00bb. Maurice obtient sa premi\u00e8re permission le 28 octobre 1915 ; c\u2019est au retour de chaque permission qu\u2019il subit un coup de cafard \u00ab que j\u2019ai bien grand depuis que je t\u2019ai quitt\u00e9e. J\u2019ai fait le fort \u00e0 cette heure si cruelle pour nous deux, mais une fois le train parti les larmes me sont venues \u00bb (4 mai 1916). A l\u2019h\u00f4pital, le 24 novembre 1917, une simple phrase en dit long lorsqu\u2019il parle de la nourriture : \u00ab \u00e9tant sergent, j\u2019ai du dessert. \u00bb<br \/>\nPas de trace de \u00ab consentement patriotique \u00bb dans les lettres de Maurice. Son objectif unique, c\u2019est de rentrer chez lui le plus t\u00f4t possible. Le menuisier de Mirepoix n\u2019est pas un po\u00e8te lyrique, mais toutes ses lettres laissent \u00e9clater son amour pour son \u00e9pouse : \u00ab Pour me tarder mon ador\u00e9e de te voir, il me tarde beaucoup et m\u00eame je crois que je ferais le chemin qui nous s\u00e9pare \u00e0 pied. \u00bb Ou encore, le lendemain de No\u00ebl en 1914 : \u00ab Il faut esp\u00e9rer que celle de 1915 nous la passerons ensemble comme deux tourtereaux et que jamais plus l\u2019on ne se s\u00e9parera. \u00bb Les lettres constituent un lien indispensable : \u00ab tu peux croire le bonheur que j\u2019ai lorsque je re\u00e7ois une de tes lettres \u00bb (19 novembre 1914) ; \u00ab je n\u2019ai que tes bonnes paroles comme consolation et dans ce milieu d\u2019enfer o\u00f9 tout autour de moi n\u2019est qu\u2019un vaste cimeti\u00e8re o\u00f9 les morts sont sur terre, j\u2019ai besoin je t\u2019assure de cette consolation \u00bb (12 septembre 1916). Maurice emploie souvent des tournures en occitan phon\u00e9tique pour exprimer des paroles d\u2019amour. Et, en \u00e9largissant, c\u2019est du \u00ab pays \u00bb qu\u2019il souhaite recevoir des nouvelles et des colis de nourriture lui permettant, par exemple, de pr\u00e9parer \u00ab des haricots comme chez nous avec le hachis et le saucisson que tu m\u2019envoyas \u00bb.<br \/>\n\u00ab \u00c9cris-moi souvent car j\u2019attends tes lettres comme la paix \u00bb, demande-t-il le 5 mai 1915. D\u00e8s le 29 octobre 1914, il aspire \u00e0 la fin du cauchemar, et il y revient \u00e0 toute occasion, interpr\u00e9tant tous les signes dans le sens de ce qu\u2019il souhaite : l\u2019\u00e9puisement suppos\u00e9 des Allemands, les bruits de n\u00e9gociations de paix dans les journaux. Peu port\u00e9 sur la religion, il est pr\u00eat \u00e0 prier pour la paix (28 d\u00e9cembre 1916). \u00c0 plusieurs reprises, il \u00e9crit qu\u2019il souhaite la paix, quelle qu\u2019elle soit, et d\u00e8s le 29 mai 1915 : \u00ab Apr\u00e8s tout, vainqueurs ou vaincus, qu\u2019on en finisse car il nous tarde \u00e0 tous de rentrer. \u00bb<br \/>\nIl n\u2019aime pas les \u00ab sales Boches \u00bb parce qu\u2019il les consid\u00e8re comme les responsables de son \u00e9loignement du foyer. En juillet 1915, il annonce qu\u2019il pense en avoir tu\u00e9 un d\u2019un coup de fusil et en \u00eatre tr\u00e8s satisfait ; \u00e0 d\u2019autres reprises, il \u00e9crit qu\u2019il ne faut pas faire de quartier. Mais, en novembre 1916, il parle en fran\u00e7ais \u00e0 un Allemand et lui demande pourquoi il est venu se rendre : \u00ab Il m\u2019a r\u00e9pondu qu\u2019il en avait marre de la guerre. Tu dois \u00eatre content maintenant. Ah oui ! \u00bb<br \/>\nMais Maurice a de nombreux autres \u00ab ennemis \u00bb qui reviennent beaucoup plus fr\u00e9quemment. Ce sont \u00ab les gros bouffis \u00bb, \u00ab les bouchers \u00bb qui conduisent les soldats \u00e0 l\u2019abattoir (9 mai 1917), \u00ab la cl\u00e9ricaille \u00bb et les embusqu\u00e9s (5 mai 1915 et plusieurs autres occurrences). Les \u00ab gros \u00bb profitent de la guerre tandis que les malheureux soldats d\u00e9fendent leurs capitaux (10 janvier 1916). Maurice n\u2019appr\u00e9cie pas les officiers, \u00ab une bande de peureux, de froussards, qui ne sont bons que pour nous faire des mis\u00e8res \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et qui dans les tranch\u00e9es se cachent \u00bb (25 septembre 1916) et qui obtiennent deux fois plus de permissions que les hommes. Il s\u2019en prend aux civils des r\u00e9gions de l\u2019Est qui exploitent les soldats et leur disent qu\u2019ils \u00ab pr\u00e9f\u00e9raient le donner aux Boches qu\u2019\u00e0 nous (question nourriture) \u00bb (17 d\u00e9cembre 1914). Enfin, les journalistes sont invit\u00e9s \u00e0 venir voir les r\u00e9alit\u00e9s du front au lieu d\u2019\u00e9crire des \u00ab blagues \u00bb, la m\u00e9fiance envers la presse engageant les soldats \u00e0 gober les \u00ab racontars de cuisiniers \u00bb. En avril 1916, une lettre de sa femme montre qu\u2019elle a compris la philosophie des communiqu\u00e9s : \u00ab Quand nous prenons un point quelconque, c\u2019est merveilleux, et quand nous le perdons ce n\u2019\u00e9tait pas important. \u00bb Lui-m\u00eame, se consid\u00e9rant comme \u00ab un vieux rat de tranch\u00e9e \u00bb (7 octobre 1917) ne croit pas qu\u2019une attaque pr\u00e9vue soit \u00ab un jeu d\u2019enfant \u00bb comme les chefs le laissent entendre, mais il ne veut rien dire pour ne pas d\u00e9courager les jeunes.<br \/>\nLa d\u00e9couverte ou red\u00e9couverte de l\u2019amour conjugal va \u00e0 l\u2019encontre de la th\u00e9orie de la \u00ab brutalisation \u00bb au sens de \u00ab transformer les gens en brutes \u00bb. Mais Maurice annonce que, s\u2019il en revient, on entendra parler de lui contre les gros et les embusqu\u00e9s, et il menace la \u00ab bande de grands cons \u00bb de la censure, \u00ab ces gros cochons engraiss\u00e9s \u00bb : \u00ab Si j\u2019ai le bonheur, comme je crois, de te revenir et que j\u2019en connaisse quelqu\u2019un, malheur \u00e0 eux, je saurai prendre ma revanche [\u2026] je leur souhaite qu\u2019ils cr\u00e8vent tous \u00e0 l\u2019instant m\u00eame \u00bb (17 mai et 16 juillet 1917). En fait, comme pour bien d\u2019autres, il ne s\u2019agissait que d\u2019un d\u00e9foulement ponctuel ; Maurice Armengaud fut trop content de revenir, sans mettre ses menaces \u00e0 ex\u00e9cution. De revenir, certes, mais pas en bon \u00e9tat.<br \/>\nD\u00e8s le 9 octobre 1917, pr\u00e8s du Chemin des Dames, il a le pressentiment qu\u2019il sera bless\u00e9, et m\u00eame il souhaite la blessure (17 octobre). Auparavant, s\u2019il n\u2019a pas d\u00e9crit les mutineries, il a \u00e9voqu\u00e9 \u00ab tout ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u00bb (27 mai 1917). Au retour d\u2019une permission, le 29 juin, dans le train, un monsieur vient lui parler patriotisme, \u00ab mais je l\u2019ai habill\u00e9 de premi\u00e8re et tous ceux qui \u00e9taient dans le compartiment se sont mis sur lui aussi \u00bb. Le 25 juillet, au pied du Chemin des Dames, il \u00e9crit ce passage : \u00ab Je veux te parler de Craonne et du moulin de Laffaux dont entre ces deux objectifs il y a le plateau dont on parle sur les journaux et ces putes de casemates aussi. J\u2019ai le ferme espoir que nous n\u2019y serons pas pour y aller et si le malheur nous y d\u00e9signait et bien je t\u2019assure que je n\u2019h\u00e9siterai pas \u00e0 faire ce que je t\u2019ai promis. Les pauvres malheureux qui en reviennent sont tout \u00e0 fait d\u00e9moralis\u00e9s, fous. \u00bb Envisage-t-il de d\u00e9serter ou de se rendre malade ? Seule, sa femme pouvait le comprendre.<br \/>\nDans l\u2019imm\u00e9diat, il loge dans une creute, \u00ab une carri\u00e8re ou grotte \u00bb o\u00f9 \u00ab il y fait une humidit\u00e9 terrible \u00bb (1er ao\u00fbt). Et, le lendemain : \u00ab Je suis devenu l\u2019homme des cavernes o\u00f9 je ne risque rien de n\u2019importe quel obus mais en revanche je crois que l\u2019humidit\u00e9 nous cr\u00e8vera \u00e0 tous. Si encore le temps \u00e9tait favorable, je m\u2019installerais dehors, mais il n\u2019y a pas moyen, il pleut tout le temps et sommes enferm\u00e9s l\u00e0-dedans comme des prisonniers ; heureusement que \u00e7a reste tout le temps \u00e9clair\u00e9 et si c\u2019\u00e9tait pas l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 je ne sais comment nous regagnerions notre endroit car ma couchette et ma section se trouvent \u00e0 1 km de l\u2019entr\u00e9e. \u00bb<br \/>\nLe 12 octobre, Maurice annonce qu\u2019il fera partie de la premi\u00e8re vague comme nettoyeur de tranch\u00e9es avec des hommes qui \u00ab tueraient p\u00e8re et m\u00e8re \u00bb ; le 17, apr\u00e8s avoir souhait\u00e9 la blessure, il rassemble son courage pour, lorsqu\u2019il sera \u00ab engag\u00e9 avec les Boches \u00bb, \u00ab leur casser la figure \u00bb. Le jour J de l\u2019attaque sur la Malmaison, 23 octobre, deux heures avant l\u2019heure H, Maurice est gravement bless\u00e9, l\u2019omoplate gauche bris\u00e9e. Depuis l\u2019h\u00f4pital, il dit sa souffrance et sa satisfaction d\u2019en avoir fini avec la guerre ; en m\u00eame temps il commente les lourdes pertes du 283e. Apr\u00e8s un long s\u00e9jour loin de chez lui, il arrive enfin \u00e0 Rodez en avril 1918, o\u00f9 \u00ab l\u2019on cause le patois tant m\u00e9decin qu\u2019infirmiers et infirmi\u00e8res \u00bb ; il visite la cath\u00e9drale. Puis, \u00e0 Decazeville, il assiste \u00e0 la coul\u00e9e dans l\u2019usine sid\u00e9rurgique ; c\u2019est \u00ab un m\u00e9tier de gal\u00e9rien \u00bb, mais tous ces ouvriers ont \u00e9chapp\u00e9 au front ; par contre, la grippe fait des ravages. En juillet, il est encore \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 Montpellier o\u00f9 la nourriture est insuffisante ; il faut compl\u00e9ter \u00e0 la cantine o\u00f9 \u00ab nous p\u00e9loun l\u00e9 porto mon\u00e9do \u00bb ; cela provoque un tapage et \u00ab les plus enrag\u00e9s \u00e9taient les amput\u00e9s \u00bb. Il ne rentre chez lui, \u00e0 Mirepoix qu\u2019\u00e0 la fin de septembre.<br \/>\nR\u00e9my Cazals,&nbsp; 6 avril 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 B\u00e9lesta (Ari\u00e8ge), le 28 ao\u00fbt 1886, fils de meunier. Install\u00e9 \u00e0 Mirepoix ; titulaire du certificat d\u2019\u00e9tudes primaires ; service militaire au 83e RI \u00e0 Toulouse ; mari\u00e9 en 1911 avec Pauline, fille d\u2019un tailleur de pierre. 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