{"id":1331,"date":"2014-05-26T10:59:11","date_gmt":"2014-05-26T09:59:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1331"},"modified":"2021-09-23T16:50:16","modified_gmt":"2021-09-23T15:50:16","slug":"rehberger-henri-1896-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/05\/26\/rehberger-henri-1896-1963\/","title":{"rendered":"Rehberger, Henri (1896-1963)"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin :<br \/>\nHenri (Heinrich) Rehberger na\u00eet le 21 octobre 1896 dans le village alsacien de Reitwiller (le village de Reitwiller a fusionn\u00e9 en 1972 avec ceux de Berstett, Rumersheim et Gimbrett pour ne former plus qu\u2019une commune : Berstett) au foyer du pasteur Heinrich Rehberger. Il est lyc\u00e9en \u00e0 Strasbourg quand \u00e9clate la guerre, et enr\u00f4l\u00e9 d\u00e8s ao\u00fbt 1914 dans un \u00ab r\u00e9giment d\u2019ouvriers auxiliaires \u00bb (p. 17) effectuant des travaux sur des voies ferr\u00e9es et des lignes t\u00e9l\u00e9graphiques, ou chez des paysans. Il passe l\u2019examen du bac comme une simple formalit\u00e9 et, sur le conseil de son p\u00e8re, s\u2019engage en tant que brancardier volontaire. Il est alors employ\u00e9 sur un bateau-h\u00f4pital transportant sur le Rhin les bless\u00e9s les plus graves, depuis Strasbourg jusqu\u2019aux villes allemandes en aval. L\u2019utilisation de la voie fluviale est cependant interrompue au d\u00e9but de l\u2019hiver \u00e0 cause des mauvaises conditions de navigation, ce qui met fin \u00e0 \u00ab l\u2019une des p\u00e9riodes les plus agr\u00e9ables \u00bb qu\u2019il a v\u00e9cues pendant la guerre (p. 47).  D\u00e8s lors, il int\u00e8gre le d\u00e9tachement de brancardiers cantonn\u00e9 \u00e0 la gare, dont l\u2019activit\u00e9 consiste \u00e0 d\u00e9barquer les bless\u00e9s arriv\u00e9s par convois sanitaires avant de les diriger vers les diff\u00e9rents h\u00f4pitaux de la ville. En avril 1915, il est convoqu\u00e9 au conseil de r\u00e9vision et d\u00e9clar\u00e9 \u00ab bon pour l\u2019infanterie \u00bb, mais il n\u2019est pas tout de suite mobilis\u00e9. Toujours attach\u00e9 \u00e0 la section d\u2019ambulanciers, il est charg\u00e9 un temps d\u2019effectuer de menues t\u00e2ches pour le compte du directeur des chemins de fer. Il d\u00e9cide de s\u2019engager sans attendre son ordre de mobilisation, choisissant un r\u00e9giment bas\u00e9 \u00e0 Rastatt en raison de sa proximit\u00e9 avec sa r\u00e9gion natale (il s\u2019agit vraisemblablement du 111e R\u00e9giment d\u2019Infanterie). La p\u00e9riode d\u2019instruction achev\u00e9e, il est dirig\u00e9 avec ses camarades vers le front russe. Le convoi ferroviaire fait une halte \u00e0 Kaunas avant de finir sa route \u00e0 Vilnius. A partir de l\u00e0 commence une longue marche pour rejoindre le front. Le secteur est assez calme \u00e0 son arriv\u00e9e, car la rigueur hivernale emp\u00eache toute action militaire d\u2019importance ; quand les combats reprennent avec force au printemps 1916, il y est m\u00eal\u00e9 en premi\u00e8re ligne. Une blessure \u00e0 l\u2019\u00e9paule gauche n\u00e9cessite son hospitalisation pendant plusieurs semaines \u00e0 Kaunas. De retour au front, il retrouve la m\u00eame position. Son r\u00e9giment prend bient\u00f4t la direction de la Volhynie, d\u2019abord dans un secteur calme o\u00f9 il demeure jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9, puis \u00e0 proximit\u00e9 de Dubno et Rivne o\u00f9 les attaques russes sont quotidiennes : sa compagnie participe ainsi pendant deux semaines \u00e0 des combats tr\u00e8s meurtriers avant d\u2019\u00eatre relev\u00e9e. Le r\u00e9giment se d\u00e9place ensuite vers le sud, en Galicie. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1917, suite \u00e0 la d\u00e9sertion d\u2019Alsaciens de son r\u00e9giment, une mesure disciplinaire est prise \u00e0 l\u2019encontre de tous les autres Alsaciens : ils sont mut\u00e9s dans des r\u00e9gions tr\u00e8s expos\u00e9es. Rehberger se retrouve ainsi sur le flanc est des Carpates, dans les hauteurs d\u2019une vall\u00e9e tenue par les Russes. Lors d\u2019un d\u00e9luge de feu caus\u00e9 par l\u2019explosion de mines et d\u2019obus russes, il est bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate. Apr\u00e8s son hospitalisation, au terme de sa convalescence \u00e0 Zolochiv, il b\u00e9n\u00e9ficie de sa premi\u00e8re permission \u00e0 Strasbourg. A son retour au front, il participe aux offensives permettant d\u2019enfoncer les lignes russes. Les combats et l\u2019avanc\u00e9e allemande cessent cependant avec l\u2019ouverture des n\u00e9gociations de Brest-Litovsk. Son r\u00e9giment cantonne alors dans une r\u00e9gion de Galicie jusque-l\u00e0 occup\u00e9e par les Russes, mais \u00ab cette petite cure de paix \u00bb ne dure pas et, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1918, ils sont embarqu\u00e9s \u00e0 destination de Vilnius puis de Vile\u00efka. De l\u00e0, Rehberger est envoy\u00e9 dans une \u00e9cole d\u2019officiers du camp de Munsterlager (Hanovre). Il en sort avec le grade d\u2019adjudant et retrouve son r\u00e9giment sur le front fran\u00e7ais devant Tracy-le-Val. D\u00e9sormais il commande les mitrailleuses de sa compagnie. Il se r\u00e9veille un matin avec le visage boursoufl\u00e9 et les yeux rouges et larmoyants, victime du gaz de tranch\u00e9e. Emport\u00e9 en ambulance, il finit dans un service de bless\u00e9s de la face install\u00e9 \u00e0 Glageon, puis est envoy\u00e9 en convalescence \u00e0 Saint-Avold, sa ville de garnison, vraisemblablement en octobre 1918. Alors qu\u2019il rejoint sa compagnie du c\u00f4t\u00e9 de Sedan, il est emport\u00e9 dans la retraite allemande. D\u00e9mobilis\u00e9 par le conseil de soldats de Metz, il peut finalement rentrer chez lui. Dans une Alsace redevenue fran\u00e7aise, il reprend ses \u00e9tudes qu\u2019il ach\u00e8ve en 1925 en soutenant une th\u00e8se de m\u00e9decine (Henri Rehberger, <em>Contribution \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des st\u00e9r\u00e9otypies dans la paralysie g\u00e9n\u00e9rale progressive<\/em>, 1925) puis entame une carri\u00e8re de m\u00e9decin. Il consacre \u00e9galement une partie de ses loisirs \u00e0 \u00ab La Fanfare \u00bb de Schiltigheim, qu\u2019il pr\u00e9side de 1933 \u00e0 1953. Il d\u00e9c\u00e8de le 15 janvier 1963.<br \/>\nLe t\u00e9moignage :<br \/>\nHenri Rehberger, <em>T\u00eate carr\u00e9e. Carnet de route d\u2019un Alsacien 1914\/18<\/em>, \u00e9ditions S\u00e9bastian Brant, Strasbourg, 1938, 247 p.<br \/>\nPubli\u00e9 l\u2019ann\u00e9e du vingti\u00e8me anniversaire de l\u2019Armistice, le t\u00e9moignage d\u2019Henri Rehberger est le fruit d\u2019un travail construit et r\u00e9fl\u00e9chi sur sa propre exp\u00e9rience de la guerre, qui le distingue de carnets de guerre \u00e9crits \u00ab \u00e0 chaud \u00bb et publi\u00e9s en l\u2019\u00e9tat. Comme d\u2019autres anciens combattants, il emprunte au genre du roman pour mettre en forme son r\u00e9cit, avec des titres de chapitre \u00e9vocateurs et un r\u00e9cit qui s\u2019amorce le 28 juillet 1914, chaude journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9 dans une salle de classe de son lyc\u00e9e. Tel qu\u2019il est pr\u00e9sent\u00e9, le narrateur est un lyc\u00e9en nomm\u00e9 Henri Selsam (et non Rehberger) : aucun indice dans l\u2019ouvrage ne permet de d\u00e9terminer s\u2019il s\u2019agit d\u2019un simple artifice ou de l\u2019\u00e9vocation d\u2019un surnom (le nom de Selsam pourrait \u00e9voquer le personnage du docteur Adrien Selsam dans une histoire d\u2019Erckmann-Chatrian, <em>Mon illustre ami Selsam<\/em>, peut-\u00eatre en clin d\u2019\u0153il \u00e0 la carri\u00e8re de m\u00e9decin que Rehberger entame apr\u00e8s la guerre). Outre le r\u00e9cit original de son exp\u00e9rience d\u2019ambulancier, Rehberger livre d\u2019int\u00e9ressantes descriptions de l\u2019exp\u00e9rience du feu, des traumatismes cons\u00e9cutifs (il \u00e9voque la catalepsie p. 107), et des horreurs dont il a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin sur le front, parfois de mani\u00e8re assez crue. Il use \u00e9galement d\u2019ironie pour d\u00e9noncer la guerre, en employant des formules m\u00e9taphoriques et analogiques : \u00ab en attendant la grande symphonie on se laisse bercer par la chanson des obus et le gazouillement des balles \u00bb (p. 92), ou encore : \u00ab M\u2019est avis que nous ressemblons assez aux cochons chercheurs de truffes. M\u00eame passivit\u00e9. Quand on les ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9table, ils se recouchent placidement dans leur fumier. Nous de m\u00eame. D\u2019ailleurs, la guerre n\u2019est-elle pas  uniquement une affaire de truffes ? (\u2026) Que de cochons crev\u00e9s pour satisfaire l\u2019app\u00e9tit des gourmets! \u00bb (p. 96-97). De m\u00eame, il s\u2019adresse parfois directement \u00e0 son lecteur : \u00ab H\u00e9 ! 35\u00b0 au-dessous, ce n\u2019est pas rigolo, vous savez ! \u00bb (p. 96). On regrette, comme cela arrive avec des romans, que son r\u00e9cit manque de rep\u00e8res chronologiques et g\u00e9ographiques, ainsi que de renseignements plus pr\u00e9cis sur ses unit\u00e9s de rattachement. Il peut s\u2019agir soit d\u2019un choix de l\u2019auteur, cherchant peut-\u00eatre \u00e0 ne pas alourdir son r\u00e9cit avec des donn\u00e9es jug\u00e9es inutiles, soit d\u2019indices portant \u00e0 croire qu\u2019il s\u2019est appuy\u00e9 davantage sur ses souvenirs que sur des notes prises au cours de la guerre.<br \/>\nAnalyse :<br \/>\nL\u2019ouvrage de Rehberger est \u00e0 classer parmi la poign\u00e9e de t\u00e9moignages d\u2019Alsaciens-Lorrains \u00e9crits et publi\u00e9s en fran\u00e7ais au cours de l\u2019entre-deux-guerres. L\u2019auteur, lyc\u00e9en au d\u00e9but de la guerre, revient en particulier sur l\u2019effervescence qui r\u00e9gnait \u00e0 Strasbourg lors de la mobilisation, dans son entourage allemand s\u00fbr de la sup\u00e9riorit\u00e9 du Reich, mais aussi dans la rue avec le d\u00e9fil\u00e9 des troupes, la fleur au canon et au son de la \u00ab Wacht am Rhein \u00bb, ainsi que sur l\u2019ambiance victorieuse des premi\u00e8res semaines de guerre : \u00ab On ne rentre m\u00eame plus les drapeaux car chaque jour les cloches se mettent en branle pour annoncer une nouvelle victoire. \u00bb On peut \u00e9galement noter l\u2019importance symbolique des distinctions militaires pour la jeunesse allemande de l\u2019\u00e9poque : ses amis Ernest et Heintz le montrent bien, ce dernier r\u00eavant de faire partie des troupes qui entreront dans Paris afin d\u2019\u00eatre d\u00e9cor\u00e9 de la m\u00eame Croix de fer que son grand-p\u00e8re. Pour ces jeunes, l\u2019entr\u00e9e en guerre repr\u00e9sente une sorte de rite de passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte. En ao\u00fbt 1914, c\u2019est l\u2019aventure qui commence pour Rehberger : son premier embrigadement dans une formation de jeunes travailleurs signifie aussi le premier salaire et surtout la familiarisation avec la bi\u00e8re et le tabac : \u00ab Pas d\u2019erreur, j\u2019ai bien l\u2019air d\u2019un vieux guerrier (\u2026) Je fume comme une locomotive, et j\u2019en suis tr\u00e8s fier \u00bb (p. 18). Il est tout aussi  fier de se pavaner en ville avec son uniforme de brancardier, m\u00eame si celui-ci est trop grand, seulement pour \u00ab montrer \u00e0 tout le monde que je suis devenu quelqu\u2019un \u00bb (p. 25). C\u2019est d\u2019ailleurs \u00e0 nouveau le regard des autres qui le pousse \u00e0 s\u2019engager volontairement au printemps 1915 (il avait d\u00e9j\u00e0 h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 le faire en 1914, emport\u00e9 par l\u2019\u00e9lan patriotique) : malgr\u00e9 les blessures de guerre affreuses qu\u2019il peut observer depuis des mois et qui pourraient \u00eatre dissuasives, il ne supporte pas l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre pris pour un planqu\u00e9 : \u00ab Quand je passe dans les rues j\u2019ai la sensation que tout le monde me regarde avec m\u00e9pris. Beaucoup de mes copains de classe, engag\u00e9s volontaires dans l\u2019artillerie lourde, sont d\u00e9j\u00e0 partis pour le front ! Si je m\u2019engageais moi-aussi ? \u00bb (p. 62-63). Avec du recul, l\u2019auteur interroge son rapport \u00e0 la France \u00e0 cette \u00e9poque : \u00ab Quel est donc ce pays qu\u2019on appelle la France ? \u00bb (p. 14). Il lui appara\u00eet qu\u2019il n\u2019en conna\u00eet rien, en dehors de quelques vieilles histoires familiales. En fait, en Alsace-Lorraine, le souvenir de la France s\u2019estompe de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. On le remarque \u00e0 propos d\u2019un de ses amis, tent\u00e9 par l\u2019engagement volontaire dans l\u2019arm\u00e9e allemande, mais qui se heurte \u00e0 l\u2019opposition de son p\u00e8re qui \u00ab louche un peu de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des Vosges \u00bb (p. 50). Pour beaucoup de jeunes Alsaciens, la France ne repr\u00e9sente rien de concret, ce qui n\u2019emp\u00eache pas une certaine affection \u00e0 son \u00e9gard. Ainsi, \u00e0 bord de son bateau-h\u00f4pital, Rehberger se montre tout aussi bienveillant avec les bless\u00e9s fran\u00e7ais qu\u2019avec les Allemands, malgr\u00e9 ses connaissances linguistiques fragiles. Il supporte d\u2019ailleurs assez mal un de ses coll\u00e8gues, \u00ab \u00e0 cause des propos haineux qu\u2019il prof\u00e8re continuellement contre les Fran\u00e7ais \u00bb (p. 56). Cela n\u2019emp\u00eache, il se sent avant tout allemand et entretient des rapports tr\u00e8s amicaux avec ses coll\u00e8gues, avec qui il entonne les chants patriotiques et partage l\u2019ivresse de certaines soir\u00e9es. Comme eux, il \u00e9prouve peu de consid\u00e9ration pour les Russes : \u00e9voquant un d\u00e9serteur russe arrivant dans leurs lignes avec du savon en guise de pr\u00e9sent, il note : \u00ab Mais alors, ils se lavent donc les Russes ? \u00bb (p. 138). Toutefois, en tant qu\u2019Alsacien, il se sait suspect aux yeux des autorit\u00e9s. Cette suspicion est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la d\u00e9sertion d\u2019un groupe d\u2019Alsaciens de son r\u00e9giment : tous les autres font ensuite l\u2019objet d\u2019une mesure disciplinaire et sont envoy\u00e9s dans des secteurs hostiles, ce qui le pousse \u00e0 \u00e9crire : \u00ab Nous sommes la lie de l\u2019arm\u00e9e \u00bb (p. 136). Il se sent victime d\u2019une autre mesure discriminante : contrairement \u00e0 ses camarades sortis de l\u2019\u00e9cole d\u2019officiers, il ne re\u00e7oit pas le brevet d\u2019officier mais le grade d\u2019adjudant, car l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par le gouvernement militaire de Strasbourg indique \u00ab A fr\u00e9quent\u00e9 des familles fran\u00e7aises avant la guerre ! \u00bb Il en garde une certaine amertume : \u00ab Qu\u2019\u00e9tais-je avant la guerre ? Un gosse de seize ans bien incapable de mijoter des projets antinationaux. Les familles o\u00f9 j\u2019\u00e9tais re\u00e7u ? Celles de mes camarades de classe, parbleu ! \u2013 archi-allemandes pour la plupart \u00bb (p. 206).<br \/>\nLes conditions de vie du soldat allemand, de la caserne \u00e0 la tranch\u00e9e (principalement sur le front oriental), sont assez bien renseign\u00e9es dans le t\u00e9moignage de Rehberger. On y retrouve les pr\u00e9occupations habituelles du soldat, au premier rang desquelles se hissent le ravitaillement et l\u2019alimentation en g\u00e9n\u00e9ral, qui semblent souvent poser probl\u00e8me sur le front russe, le courrier, le repos et les permissions. Les difficult\u00e9s de la vie dans les tranch\u00e9es, li\u00e9es au froid, aux inondations cons\u00e9cutives \u00e0 la fonte des neiges, aux poux, aux maladies sont abord\u00e9es avec le d\u00e9tachement qu\u2019un t\u00e9moignage tardif peut comporter, voire avec humour : \u00ab Est-il possible de vivre pendant des mois, sans claquer d\u2019\u00e9tisie, dans un taudis pareil pire qu\u2019une caverne pr\u00e9historique ? Il para\u00eet que oui \u00bb (p. 95). Un peu plus loin, il \u00e9voque les malades dans un h\u00f4pital de campagne, livr\u00e9s \u00ab sans d\u00e9fense \u00e0 la Triple-Entente impitoyable des poux, des puces et des punaises\u2026 \u00bb (p. 96). La routine (\u00ab on s\u2019habitue aux pires choses \u00bb, p. 52), mais aussi la lassitude qui culmine en 1918 (\u00ab Relev\u00e9s ! La nouvelle est fameuse, mais elle nous laisse indiff\u00e9rents. A quoi bon se trimbaler vers ailleurs. Au fond nous aimerions autant rester l\u00e0. Nous sommes devenus totalement insensibles ! \u00bb, p. 220) sont \u00e9galement soulign\u00e9es par l\u2019auteur. Ce dernier, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 t\u00e9moigner des horreurs de la guerre, se heurte \u00e0 la difficult\u00e9 de sa mise en r\u00e9cit : \u00ab Comme ils seraient p\u00e2les, les mots qui voudraient peindre cette horreur ! \u00bb (p. 173). Il nous laisse entrevoir la palette d\u2019\u00e9motions ressenties par le soldat avant (\u00ab Nos nerfs sont tiraill\u00e9s \u00bb, p. 140), pendant (\u00ab un instant je me demande pourquoi et de quel droit je d\u00e9molis ces gens que je ne connais pas. Br\u00e8ve lueur aussit\u00f4t \u00e9teinte par la saoulerie du meurtre. Aussi f\u00e9roce qu\u2019\u00e0 huit ans, je continue d\u2019abattre mes soldats de plomb. Quelle jolie voix tu as, petite mitrailleuse\u2026 \u00bb, p. 127) et apr\u00e8s les attaques (parlant de lui et ses proches camarades : \u00ab nous devons \u00eatre devenus un peu mabouls tous les trois \u00bb p. 129).<br \/>\nGEORGES Rapha\u00ebl, mai 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin : Henri (Heinrich) Rehberger na\u00eet le 21 octobre 1896 dans le village alsacien de Reitwiller (le village de Reitwiller a fusionn\u00e9 en 1972 avec ceux de Berstett, Rumersheim et Gimbrett pour ne former plus qu\u2019une commune : Berstett) au foyer du pasteur Heinrich Rehberger. 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