{"id":1334,"date":"2014-05-26T11:17:39","date_gmt":"2014-05-26T10:17:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1334"},"modified":"2025-07-04T15:57:21","modified_gmt":"2025-07-04T14:57:21","slug":"rudrauf-charles-1895-1916","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/05\/26\/rudrauf-charles-1895-1916\/","title":{"rendered":"Rudrauf, Charles (1895-1916)"},"content":{"rendered":"<p>&#8211; le t\u00e9moin :<br \/>\nCharles Rudrauf na\u00eet le 23 d\u00e9cembre 1895 dans une famille alsacienne traditionnellement francophile. Son p\u00e8re est chef d\u2019atelier \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Alsacienne de Constructions M\u00e9caniques (SACM) de Graffenstaden et la famille, qui compte six enfants (Emile, Louise, Lucien, Charles, Lina et Albert, mort en bas \u00e2ge) vit dans un logement de fonction proche de l\u2019usine. Apr\u00e8s une scolarit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole communale d\u2019Illkirch, il suit comme Lucien avant lui un enseignement scientifique \u00e0 l\u2019Oberrealschule beim Kaiserpalast (\u00ab \u00e9cole sup\u00e9rieure pr\u00e8s du Palais imp\u00e9rial \u00bb), selon le v\u0153u de son p\u00e8re qui les destine \u00e0 une carri\u00e8re d\u2019ing\u00e9nieur \u00e0 la SACM. Toutefois, les deux finissent par s\u2019\u00e9carter de cette voie et Charles, qui manifeste assez t\u00f4t un go\u00fbt pour la peinture, d\u00e9cide de poursuivre ses \u00e9tudes \u00e0 l\u2019Ecole des Arts d\u00e9coratifs de Strasbourg. En juin 1912, il effectue son premier s\u00e9jour \u00e0 Paris et y retrouve Lucien, d\u00e9j\u00e0 install\u00e9, qui l\u2019introduit dans le milieu artistique et dans les cercles patriotiques de la capitale, notamment les associations d\u2019Alsaciens-Lorrains. Au terme de sa deuxi\u00e8me ann\u00e9e en \u00e9cole d\u2019arts, en automne 1913, il y retourne pour un long s\u00e9jour, logeant quelque temps avec Lucien chez Paul Ledoux, un artiste peintre lui aussi originaire d\u2019Illkirch-Graffenstaden. Recommand\u00e9 par son professeur de fran\u00e7ais strasbourgeois, il int\u00e8gre l\u2019atelier de l\u2019artiste Cormon et b\u00e9n\u00e9ficie en outre d\u2019une bourse d\u00e9livr\u00e9e par le m\u00eame m\u00e9c\u00e8ne que Lucien. En dehors de l\u2019atelier d\u2019apprentissage, il fr\u00e9quente assidument les mus\u00e9es et les expositions de Paris, et perfectionne ainsi son art. Il rentre en Alsace en juillet 1914 et s\u2019y trouve donc au moment de la d\u00e9claration de guerre, contrairement \u00e0 Lucien. Dans un premier temps, il est incorpor\u00e9 dans l\u2019Ungedienter Landsturm (territoriale pour ceux qui n\u2019ont pas encore effectu\u00e9 leur service militaire), au sein d\u2019un bataillon de travailleurs occup\u00e9 \u00e0 creuser des tranch\u00e9es \u00e0 l\u2019ouest de Strasbourg. En novembre, il passe devant le conseil de r\u00e9vision qui le d\u00e9clare apte \u00e0 servir dans la prestigieuse Garde imp\u00e9riale, mais attend encore quelques mois avant de recevoir son ordre de mobilisation, pr\u00e9vue finalement le 1er juillet 1915. Comme beaucoup d\u2019\u00e9tudiants, il s\u2019est engag\u00e9 comme volontaire, sans doute pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une formation suppl\u00e9mentaire d\u2019\u00e9l\u00e8ve-officier. Il l\u2019entame dans une caserne de Berlin, rev\u00eatu de la tenue de grenadier de la Garde. Sa premi\u00e8re p\u00e9riode d\u2019instruction s\u2019ach\u00e8ve en septembre 1915 ; il est alors envoy\u00e9 parfaire son apprentissage au sein d\u2019une compagnie de mitrailleurs alpins dans le Riesengebirge (les Monts des G\u00e9ants, dans le massif des Sud\u00e8tes). Il se r\u00e9jouit d\u2019\u00eatre pr\u00e9serv\u00e9 des dangers du front et y appr\u00e9cie les bonnes conditions de vie, ayant d\u00e9sormais \u00ab le loisir de penser quelquefois \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 graisser des bottes et \u00e0 nettoyer des armes \u00bb (p. 45), c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 d\u2019exploiter la source d\u2019inspiration que constituent les montagnes pour s\u2019exercer \u00e0 son art. A la fin du mois de mars 1916, un ordre interrompt cette qui\u00e9tude et l\u2019envoie en renfort sur le front ouest avec tous les hommes non encore partis combattre. Il part ainsi le 9 avril \u00e0 destination des Ardennes, o\u00f9 il reste quelques jours avant de rejoindre le secteur de Verdun, en retrait de la ligne de front. En juillet, il est charg\u00e9 du ravitaillement de l\u2019\u00e9tat-major du r\u00e9giment au fort de Douaumont. Le 15 juillet, alors qu\u2019il se trouve dans la zone des combats, il est bless\u00e9 au menton et \u00e0 la main. Deux semaines plus tard, il d\u00e9c\u00e8de de ses blessures dans une ambulance allemande \u00e0 Romagne-sous-les-C\u00f4tes. Inhum\u00e9 dans un cimeti\u00e8re militaire allemand, sa tombe est par la suite transf\u00e9r\u00e9e par les autorit\u00e9s fran\u00e7aises avec celles d\u2019autres Alsaciens au cimeti\u00e8re national de Mangiennes, o\u00f9 une croix indique : \u00ab Ici repose Rudrauf Charles, Alsacien, mort pour la France \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; le t\u00e9moignage :<br \/>\nCharles Rudrauf, <em>Le drame de la mauvaise fronti\u00e8re\u00a0: Lettres d\u2019un Alsacien (1914-1916<\/em>), Nancy-Paris-Strasbourg, Berger-Levrault, 1924, 115 p.<br \/>\nLe parcours de ce t\u00e9moin mort au front en 1916 serait rest\u00e9 inconnu sans le travail de m\u00e9moire men\u00e9 inlassablement par son fr\u00e8re, Lucien Rudrauf. A l\u2019aide de ses propres compl\u00e9ments dans l\u2019ouvrage, ainsi que de ses publications post\u00e9rieures, il nous est possible \u2013 et cela est n\u00e9cessaire pour bien comprendre le t\u00e9moignage \u2013 de reconstituer son parcours et de comprendre ses motivations. A\u00een\u00e9 de Charles avec six ans de plus, il semble avoir exerc\u00e9 sur lui une certaine influence artistique et politique (patriotisme pro-fran\u00e7ais). Proches depuis leur enfance, leurs liens sont encore renforc\u00e9s par ces centres d\u2019int\u00e9r\u00eats communs. Apr\u00e8s des \u00e9tudes de philosophie \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg, Lucien quitte l\u2019Alsace pour Paris en octobre 1911 afin d\u2019y parfaire sa connaissance du fran\u00e7ais, et d\u2019y continuer ses \u00e9tudes de litt\u00e9rature fran\u00e7aise et d\u2019histoire de l\u2019art. Recommand\u00e9 par son professeur de fran\u00e7ais Hubert Gillot, lecteur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Strasbourg, il est introduit d\u00e8s son arriv\u00e9e dans le cercle des patriotes alsaciens de la capitale par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019Esther Chev\u00e9, collaboratrice de Zislin pour la revue satirique Dur\u2019s Elsass. Il rencontre ainsi les grands noms de la cause fran\u00e7aise en Alsace-Lorraine tels que Zislin, Hansi, Preiss, Laugel, Wetterl\u00e9, Bucher, mais aussi les membres de la Ligue des jeunes amis d\u2019Alsace, ainsi que ceux de la Ligue des patriotes, notamment Paul D\u00e9roul\u00e8de. Six mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e, apr\u00e8s avoir \u00e9coul\u00e9 toutes ses \u00e9conomies, il b\u00e9n\u00e9ficie du m\u00e9c\u00e9nat g\u00e9n\u00e9reux de Paul Mellon, li\u00e9 par alliance (par un de ses fils) \u00e0 la famille d\u2019industriels alsaciens De Dietrich, ce qui lui permet de rester \u00e0 Paris. Il entreprend ainsi une th\u00e8se sur la lithographie romantique. A l\u2019entr\u00e9e en guerre, il s\u2019engage volontairement et combat sur le front fran\u00e7ais avec le 113e RI, notamment en Argonne, sous le nom d\u2019emprunt de Lucien Rivi\u00e8re. Bless\u00e9 puis promu sergent, il finit la guerre en entrant \u00e0 Strasbourg avec le 55e RI, dont il porte le drapeau.<br \/>\nEn 1924, Lucien est \u00e0 l\u2019origine de la publication posthume des lettres de son fr\u00e8re, apr\u00e8s les avoir rassembl\u00e9es (elles proviennent de la famille et de quelques amis de Charles), tri\u00e9es (un choix a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 : il ne s\u2019agit pas d\u2019un corpus complet de correspondance), et traduites de l\u2018allemand en fran\u00e7ais. Dans les lettres s\u00e9lectionn\u00e9es, certains passages ont \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9s, consid\u00e9r\u00e9s sans importance, r\u00e9sum\u00e9s parfois en une phrase comme : \u00ab (Ici quelques plaintes au sujet de la nourriture insuffisante) \u00bb (p. 18). En outre, les passages laissant entrevoir le patriotisme pro-fran\u00e7ais de Charles sont mis en valeur avec des caract\u00e8res en italique.<br \/>\nLes lettres ne sont jamais tr\u00e8s longues, et comportent tr\u00e8s peu de d\u00e9tails sur les aspects militaires de la vie quotidienne. Elles sont principalement adress\u00e9es \u00e0 ses parents, \u00e0 son fr\u00e8re Emile, \u00e0 sa s\u0153ur Louise, institutrice \u00e0 Mutzig, et \u00e0 un ami (Schenkbecher). Une ou l\u2019autre sont adress\u00e9es \u00e0 son fr\u00e8re Lucien. En effet, la famille peut compter sur une dame originaire d\u2019Illkirch-Graffenstaden, Mme Cruchon, pour passer le courrier en France, via la Suisse o\u00f9 elle r\u00e9side (elle est pourvue pendant quelques temps d\u2019un laisser-passer pour se rendre en Alsace aupr\u00e8s de sa m\u00e8re malade).<br \/>\nEn d\u00e9finitive, il s\u2019agit d\u2019un t\u00e9moignage partiel et partial, \u00e0 classer parmi les \u0153uvres de propagande francophile. Son contenu, mis en forme par Lucien, refl\u00e8te certes l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019une partie minoritaire de la population de ces provinces, mais tend \u00e0 \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 tous les Alsaciens-Lorrains sous le titre Le drame de la mauvaise fronti\u00e8re. C\u2019est d\u2019ailleurs confirm\u00e9 en 1966 par Lucien, qui note : \u00ab Le recueil de ses lettres est un prodigieux document pour la connaissance psychologique du \u00ab drame de la mauvaise fronti\u00e8re \u00bb \u00bb. L\u2019ouvrage est d\u00e9dicac\u00e9 \u00e0 Paul D\u00e9roul\u00e8de et Paul Mellon (le m\u00e9c\u00e8ne parisien), et pr\u00e9fac\u00e9 par Georges Delahache, archiviste \u00e0 Strasbourg issu d\u2019une famille d\u2019 \u00ab optants \u00bb. Ce dernier y d\u00e9veloppe le th\u00e8me de l\u2019Alsace rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 la France. L\u2019\u00e9pilogue est quant \u00e0 lui sign\u00e9 par Esther Chev\u00e9 qui conclut en d\u00e9non\u00e7ant la \u00ab vraie trag\u00e9die \u00bb, celle de \u00ab l\u2019Annexion forc\u00e9e \u00bb (p. 114), avant d\u2019implorer les Fran\u00e7ais d\u2019apaiser \u00ab ces Ombres douloureuses (\u2026) par une juste r\u00e9paration \u00bb. Ce n\u2019est pas un hasard si ce livre, qui est le premier t\u00e9moignage d\u2019un Alsacien de l\u2019arm\u00e9e allemande \u00e0 \u00eatre publi\u00e9 en France, s\u2019attire les bonnes faveurs de la presse fran\u00e7aise qui en fait la critique, en particulier le <em>Journal des D\u00e9bats Politiques et litt\u00e9raires <\/em>(10.06.1924), et <em>Le Mercure de France <\/em>(01.01.1925).<br \/>\n&#8211; Analyse :<br \/>\nCes avertissements donn\u00e9s, le t\u00e9moignage est au moins int\u00e9ressant \u00e0 deux titres : d\u2019une part sur l\u2019identit\u00e9 francophile d\u2019un soldat de l\u2019arm\u00e9e allemande, de l\u2019autre sur la place d\u2019un artiste dans la guerre. Forc\u00e9ment conscient des risques li\u00e9s au contr\u00f4le postal, Charles n\u2019exprime pas explicitement ses id\u00e9es politiques, mais les manifeste ponctuellement \u00e0 l\u2019aide de sous-entendus qui laissent peu de doutes. Ses lettres ne contiennent cependant aucune critique ouverte du militarisme allemand, ni d\u2019\u00e9vocation de discriminations \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Alsaciens-Lorrains. Si celles-ci ont exist\u00e9 et ont parfois \u00e9t\u00e9 am\u00e8rement ressenties, il faut se garder de les g\u00e9n\u00e9raliser. Au sujet d\u2019un de ses sous-officiers, il note m\u00eame en ao\u00fbt 1915 qu\u2019il est un \u00ab homme tr\u00e8s convenable \u00bb (p. 25). Un mois plus t\u00f4t, \u00e0 peine arriv\u00e9 \u00e0 la caserne, il \u00e9crit, \u00e9tonn\u00e9 : \u00ab Le traitement n\u2019a rien eu d\u2019humiliant jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00bb (p. 8). Certes, il est conscient des avantages li\u00e9s \u00e0 son statut : \u00ab les volontaires d\u2019un an sont trait\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re un peu \u00e0 part \u00bb. Au final, il se plaint surtout de la p\u00e9nibilit\u00e9 des exercices, m\u00eame s\u2019il se f\u00e9licite d\u2019y r\u00e9sister fort bien. Ce qui le fait \u00ab cruellement souffrir \u00bb (p. 3), c\u2019est la s\u00e9paration d\u2019avec sa vie d\u2019avant, ses connaissances \u00e0 Paris, sa famille, et surtout son fr\u00e8re (il regrette de ne pas pouvoir combattre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, p. 26. Il se montre toujours impatient d\u2019avoir de ses nouvelles. En outre, il craint que son engagement dans l\u2019arm\u00e9e allemande constitue un foss\u00e9 qui, en se creusant, le s\u00e9pare toujours davantage de ses proches : \u00ab Je me demande souvent avec effroi combien nous serons devenus \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, lorsque nous nous reverrons, mon fr\u00e8re, moi, et nos autres amis. Combien faudra-t-il de temps pour lancer un pont par-dessus l\u2019immense gouffre que les \u00e9v\u00e8nements ont creus\u00e9 entre nous ? \u00bb (p. 43). Et de continuer, plus loin, sur une consid\u00e9ration plus g\u00e9n\u00e9rale englobant les Alsaciens-Lorrains : \u00ab Faut-il que ceux qui sont les plus innocents de l\u2019affaire en aient \u00e0 souffrir le plus terriblement ! \u00bb Pris en tenaille dans ce conflit, il s\u2019impatiente de voir aboutir la paix, \u00e0 condition qu\u2019il s\u2019agisse de la \u00ab bonne \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, \u00e0 demi-mot, celle qui accompagne la victoire de la France. Car il \u00e9prouve le sentiment trouble de se trouver dans le mauvais camp. Berlin n\u2019a pour lui aucun charme (p. 6, 10, 12, 24, 25), en comparaison avec Paris, \u00ab notre belle capitale \u00bb (p. 41). Toutefois, il est ravi d\u2019y trouver la presse fran\u00e7aise comme le <em>Temps<\/em> ou le <em>Figaro<\/em>, o\u00f9 il peut lire le r\u00e9cit de \u00ab nos grandes victoires \u00bb (p. 20). Il en fait m\u00eame parvenir des exemplaires \u00e0 sa famille en Alsace. Par ailleurs, il porte un regard tr\u00e8s distant, voire franchement hostile, \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses \u00ab Kameraden \u00bb (p. 47) : \u00ab Le fait d\u2019\u00eatre parqu\u00e9 avec tant d\u2019individus \u00e9trangers, vulgaires et abrutis, a \u00e9veill\u00e9 en moi des instincts aristocratiques. \u00bb Quand les Allemands font la f\u00eate pour la nouvelle ann\u00e9e 1916, il se tient \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Il pr\u00e9f\u00e8re se replier sur les quelques Alsaciens \u00ab avec qui on peut s\u2019entendre \u00bb (p. 9). La ressemblance est ici frappante avec ces lignes de Barr\u00e8s : \u00ab Ma r\u00e9pugnance de principe \u00e0 servir l\u2019Allemagne se doublait d\u2019une sorte d\u2019incapacit\u00e9 physique \u00e0 causer avec mes \u201ccamarades\u201d \u00bb, extraites du roman Au service de l\u2019Allemagne, dont on sait qu\u2019il figurait en bonne place dans la biblioth\u00e8que de Charles Rudrauf (p. 26). Il est bien tentant de penser que ses lectures pass\u00e9es constituaient pour lui une source d\u2019inspiration.<br \/>\nDans les derni\u00e8res pages, la mort de Charles appara\u00eet myst\u00e9rieuse. En effet, sa derni\u00e8re lettre, dat\u00e9e du 31 juillet, exprime un message optimiste : \u00ab Je suis en voie de gu\u00e9rison. \u00bb Or, il d\u00e9c\u00e8de trois jours plus tard. La derni\u00e8re lettre reproduite est celle sign\u00e9e de la main du m\u00e9decin chef de l\u2019ambulance, qui explique la d\u00e9gradation rapide de l\u2019\u00e9tat de Charles, suite \u00e0 la suppuration de ses plaies. Mais cette version officielle est mise en doute par Lucien et le soup\u00e7on plane \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage. Il l\u2019exprime clairement en 1966, dans un ouvrage biographique consacr\u00e9 \u00e0 Charles : \u00ab Ne semble-t-il pas que tout se soit pass\u00e9 comme si le Docteur Diehl avait trouv\u00e9 un moyen rapide pour \u00e9liminer ce bless\u00e9 peu int\u00e9ressant pour l\u2019arm\u00e9e allemande, fr\u00e8re d\u2019un sergent de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise ? \u00bb Lucien fonde cette conviction sur des passages dans les lettres de Charles \u00e9voquant son d\u00e9sir de mettre bient\u00f4t en \u0153uvre son \u00ab dessein \u00bb, ainsi que sur les circonstances myst\u00e9rieuses qui entourent sa mort : \u00e0 son avis, les autorit\u00e9s militaires auraient profit\u00e9 de cette hospitalisation pour se d\u00e9barrasser de Charles apr\u00e8s une tentative avort\u00e9e de d\u00e9sertion.<br \/>\nEn tant qu\u2019artiste francophile isol\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e allemande, le lien \u00e9pistolaire avec sa famille et ses proches est absolument vital : ses parents lui donnent les nouvelles qu\u2019il attend avec impatience, en particulier de son fr\u00e8re, tandis qu\u2019il entretient sa passion de l\u2019art avec certains de ses amis, notamment Schenkbecher. Tous, famille comme amis, lui procurent des livres (par exemple la <em>Divine com\u00e9die <\/em>de Dante, ou du Dosto\u00efewski), des revues et des catalogues d\u2019art, ainsi que des cahiers de dessin, c&rsquo;est-\u00e0-dire autant de moyens pour lui d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son quotidien morne, de \u00ab s\u2019arracher \u00e0 l\u2019inertie intellectuelle qui est le grand danger de la vie militaire \u00bb, comme le note Lucien \u00e0 l\u2019appui des lettres de son fr\u00e8re. D\u00e8s qu\u2019il le peut, il s\u2019adonne \u00e0 son art, faisant \u00e0 l\u2019occasion prendre la pose ses compatriotes (p. 50), mais regrette souvent de manquer de temps. S\u2019int\u00e9ressant surtout aux portraits et aux paysages, il porte \u00e9galement un regard \u00e9merveill\u00e9 sur certaines contr\u00e9es qu\u2019il est amen\u00e9 \u00e0 traverser.<br \/>\nSources :<br \/>\nMaurice Barr\u00e8s, <em>Au service de l\u2019Allemagne : les bastions de l\u2019Est<\/em>, F. Juven, Paris, 1906 (5e \u00e9d.).<br \/>\nCharles Rudrauf, <em>Le Drame de la mauvaise frontie\u0300re : Lettres d\u2019un Alsacien (1914-1916), <\/em>Nancy-Paris-Strasbourg, France, Berger-Levrault, 1924, 115 p.<br \/>\nLucien Rudrauf, \u00ab Charles Rudrauf, peintre et martyr \u00bb, in <em>L\u2019Alsace fran\u00e7aise<\/em>, juillet 1936, n\u00b0 770, p. 173-177<br \/>\nLucien Rudrauf, <em>Un mai\u0302tre alsacien de vingt ans: Charles Rudrauf, mort pour la France<\/em>, Strasbourg, 1966, 179 p.<\/p>\n<p><em>Rapha\u00ebl Georges, juin 201<\/em>4<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8211; le t\u00e9moin : Charles Rudrauf na\u00eet le 23 d\u00e9cembre 1895 dans une famille alsacienne traditionnellement francophile. 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