{"id":1337,"date":"2014-06-29T15:28:43","date_gmt":"2014-06-29T14:28:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1337"},"modified":"2021-10-04T16:48:18","modified_gmt":"2021-10-04T15:48:18","slug":"bergerie-andre-1893-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/06\/29\/bergerie-andre-1893-1915\/","title":{"rendered":"Bergerie, Andr\u00e9 (1893-1915)"},"content":{"rendered":"<p>Le journal de campagne tenu par le sapeur-mineur Andr\u00e9 Bergerie est un des plus brefs qui soit : r\u00e9dig\u00e9 au crayon sur un minuscule carnet publicitaire \u00ab\u00a0Vermouth-Cinzano\u00a0\u00bb de dimension 7 x 5 cm, il d\u00e9bute le 19 octobre 1914 pour s&rsquo;achever le jeudi 31 d\u00e9cembre. Ce journal a \u00e9t\u00e9 interrompu par une grave blessure qui a entrain\u00e9 sa mort, officiellement enregistr\u00e9e le 7 janvier 1915.<br \/>\nLe document a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 par D\u00e9sir\u00e9 Sic (voir la fiche \u00e0 son nom), qui a inscrit au dos l&rsquo;annotation suivante : \u00ab\u00a0Carnet de route du s\/m Bergerie, tu\u00e9 au bois des Zouaves, agent de liaison de l&rsquo;adjudant Sic (en souvenir)\u00a0\u00bb. Sa transcription repr\u00e9sente une dizaine de pages dactylographi\u00e9es.<br \/>\nLe site \u00ab\u00a0M\u00e9moire des hommes\u00a0\u00bb nous indique laconiquement que Andr\u00e9, Vital, Paul Bergerie est n\u00e9 le 3 janvier 1893 \u00e0 Bordeaux, qu&rsquo;il \u00e9tait sapeur \u00e0 la compagnie 19-2M du 7e G\u00e9nie, et qu&rsquo;il est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Louvois (Marne) le 7 janvier 1915 des suites de ses blessures, soit quasiment le jour anniversaire de ses 22 ans. Son nom semble introuvable dans les archives d\u00e9partementales de la Gironde. Il faut se tourner vers le journal de marche et d&rsquo;op\u00e9rations de la compagnie 19-2 M pour glaner quelques d\u00e9tails suppl\u00e9mentaires sur le comportement de ce soldat et les circonstances de son d\u00e9c\u00e8s.<br \/>\nSon nom n&rsquo;apparait pas dans la formation initiale de la compagnie du G\u00e9nie, effectu\u00e9e \u00e0 Casablanca (Maroc) le 9 ao\u00fbt 1914. Selon son journal, le sapeur Bergerie a rejoint la compagnie \u00e0 Verzenay vers le 22 octobre, apr\u00e8s avoir transit\u00e9 par Lyon en train \u00e0 la mi-octobre.<br \/>\nApr\u00e8s la \u00ab\u00a0guerre des fronti\u00e8res\u00a0\u00bb, la retraite, puis la stabilisation du front, la compagnie est install\u00e9e depuis octobre 1914 \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;est de Reims, dans le secteur du bois des Zouaves et du fort de la Pompelle. Elle travaille au renforcement des positions et s&rsquo;engage dans la guerre des mines, mais peut participer aussi \u00e0 des \u00ab\u00a0coups de mains\u00a0\u00bb. Ainsi les 21-22 d\u00e9cembre, le commandement a d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0prononcer une attaque sur les tranch\u00e9es allemandes formant saillant dans le bois des Zouaves\u00a0\u00bb. Le JMO indique que la compagnie doit fournir un d\u00e9tachement pour accompagner les colonnes de tirailleurs alg\u00e9riens charg\u00e9s d&rsquo;enlever les tranch\u00e9es allemandes sur le saillant. \u00ab\u00a0Les hommes \u00e9taient porteurs de cisailles, d&rsquo;outils de destruction (haches, serpes) et de charges de dynamite, l&rsquo;ordre re\u00e7u \u00e9tant le suivant : Se porter en avant avec l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de t\u00eate des colonnes d&rsquo;assaut, faire la br\u00e8che dans les d\u00e9fenses accessoires de l&rsquo;ennemi, enlever la tranch\u00e9e, la d\u00e9passer, se maintenir sur la position jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le mat\u00e9riel servant \u00e0 la construction d&rsquo;une tranch\u00e9e soit apport\u00e9 \u00e0 pied d&rsquo;\u0153uvre. Diriger les auxiliaires d&rsquo;infanterie pour la construction de cette tranch\u00e9e et aider au placement du r\u00e9seau brun de protection\u00a0\u00bb.<br \/>\nParmi les noms des 11 sous-officiers ou sapeur mineurs qui se sont \u00ab\u00a0particuli\u00e8rement distingu\u00e9s\u00a0\u00bb lors de cette op\u00e9ration meurtri\u00e8re, figure celui de Bergerie, ce qui lui vaut, avec 9 autres, une citation \u00e0 l&rsquo;ordre de la division marocaine.<br \/>\nCependant, le JMO indique \u00e0 la date du  3 janvier 1915 que \u00ab\u00a0le s\/m Bergerie est bless\u00e9 tr\u00e8s gri\u00e8vement par un \u00e9clat d&rsquo;obus au bois des Zouaves\u00a0\u00bb, ce qui entraine son d\u00e9c\u00e8s rapide.<br \/>\nD\u00e9sir\u00e9 Sic relate ce d\u00e9c\u00e8s, qui semble l&rsquo;avoir particuli\u00e8rement affect\u00e9, d&rsquo;abord \u00e0 sa m\u00e8re par lettre du 3 janvier 1915, puis \u00e0 son \u00e9pouse le 6 janvier :<br \/>\n\u00c0 sa m\u00e8re : \u00ab\u00a0Aujourd\u2019hui encore je viens de voir tuer \u00e0 cot\u00e9 de moi un pauvre gar\u00e7on qui m\u2019\u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9. Au moment o\u00f9 il s\u2019y attendait le moins et o\u00f9 je le croyais en lieu s\u00fbr, il a re\u00e7u un \u00e9clat d\u2019obus dans la t\u00eate qui l\u2019a \u00e9tendu \u00e0 mes pieds sans que je ne puisse rien faire pour lui. J\u2019en suis d\u00e9sol\u00e9. Trouver la mort dans un abri, alors qu\u2019il y a une dizaine de jours il \u00e9tait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s comme agent de liaison dans une man\u0153uvre qui consistait \u00e0 couper les fils de fer allemands et o\u00f9 sur 12 hommes que j\u2019avais, j\u2019en ai laiss\u00e9 6 ! C\u2019est abrutissant. Je perds en ce brave gar\u00e7on un camarade pr\u00e9cieux, ils sont si rares ! C\u2019est pour notre ch\u00e8re France tout cela, mais c\u2019est \u00e9gal la victoire sera ch\u00e8rement pay\u00e9e !\u00a0\u00bb<br \/>\n\u00c0 son \u00e9pouse: \u00ab\u00a0Avant-hier encore, un des 6 qui \u00e9taient revenus avec moi, un jeune homme que j&rsquo;aimais beaucoup pour son courage et pour l&rsquo;attachement qu&rsquo;il me t\u00e9moignait, a trouv\u00e9 la mort \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Un \u00e9clat d&rsquo;obus lui a bris\u00e9 le cr\u00e2ne devant la porte m\u00eame du \u00ab trou \u00bb d&rsquo;o\u00f9 je t&rsquo;\u00e9cris. Tout cela est bien triste et les \u00ab Boches \u00bb ne payeront jamais assez cher tout le mal qu&rsquo;ils nous font.\u00a0\u00bb<br \/>\nQui \u00e9tait ce soldat d\u00e9c\u00e9d\u00e9 apr\u00e8s seulement quelques semaines de combat ? Son journal nous livre quelques pr\u00e9cisions, en indiquant en particulier qu&rsquo;il \u00e9tait mari\u00e9, malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge, \u00e0 une d\u00e9nomm\u00e9e C\u00e9cile, qu&rsquo;il avait des tantes, et qu&rsquo;il a correspondu avec cette gent f\u00e9minine. Si on ignore son niveau d&rsquo;\u00e9tudes et sa formation, on apprend cependant que son capitaine (sans doute Bergonzi)  s&rsquo;enquiert le 11 novembre de ses aptitudes, pour lui confier ensuite des relev\u00e9s de plan d&rsquo;installations et de tranch\u00e9es dont il semble s&rsquo;acquitter fort bien, parfois dans des conditions p\u00e9rilleuses. Peut-\u00eatre \u00e9tait-il dessinateur, toujours est-il qu&rsquo;il confectionne le 23 d\u00e9cembre le menu illustr\u00e9 du repas de No\u00ebl 1914, dont il nous donne par ailleurs la composition. Par une heureuse circonstance, ce menu a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9 par l&rsquo;adjudant D\u00e9sir\u00e9 Sic et annot\u00e9 par lui.<br \/>\nMalgr\u00e9 sa bri\u00e8vet\u00e9, le journal du sapeur Bergerie fourmille d&rsquo;annotations int\u00e9ressantes, notamment quant aux liens de camaraderie \u00e9tablis avec quelques soldats. Il nous donne aussi des pr\u00e9cisions sur ses rapports avec ses sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques. Ainsi \u00ab\u00a0le capitaine est tr\u00e8s bon\u00a0\u00bb avec lui, et sa mission de dessinateur lui permet occasionnellement de partager la popote avec les officiers. Il nous d\u00e9crit aussi l&rsquo;inanit\u00e9 de deux attaques st\u00e9riles et particuli\u00e8rement meurtri\u00e8res, le p\u00e9ril constant des explosions d&rsquo;obus et des balles qui sifflent d\u00e8s que l&rsquo;on rel\u00e8ve la t\u00eate. On per\u00e7oit aussi la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre des mines qui bat son plein dans ce secteur \u00e0 cette p\u00e9riode, recoup\u00e9e par les informations du JMO de la compagnie, et que confirment les lettres que D\u00e9sir\u00e9 Sic \u00e9crit \u00e0 son \u00e9pouse. T\u00e9moignage assez rare, Bergerie indique, \u00e0 la date du 23 novembre, qu&rsquo;il tire sur un Allemand \u00e0 40 m, et qu&rsquo;il l&rsquo;abat. Les d\u00e9tails macabres ne manquent pas non plus, quant \u00e0 la pr\u00e9sence des cadavres qui d\u00e9gagent une odeur pestilentielle, ou encore ce casque allemand r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 comme troph\u00e9e, mais qu&rsquo;il rejette avec horreur, \u00ab\u00a0car il est plein de la cervelle de son ancien possesseur\u00a0\u00bb (3 novembre).<br \/>\nEn filigrane, transparait l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de ce combattant dans les premiers mois de la guerre. On est frapp\u00e9 par son acceptation : ainsi, faute de place au cantonnement, se r\u00e9signe t-il \u00ab\u00a0\u00e0 coucher \u00e0 la belle \u00e9toile sous la pluie\u00a0\u00bb le 27 octobre, pour se r\u00e9veiller le lendemain \u00ab\u00a0mouill\u00e9 et tout endolori\u00a0\u00bb. Il se d\u00e9clare volontaire pour des missions particuli\u00e8rement p\u00e9rilleuses \u00e0 deux reprises au moins. Il surmonte sa peur en se raidissant, avec le sentiment \u00ab\u00a0d&rsquo;accomplir son simple devoir\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Sans t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 ni folle imprudence\u00a0\u00bb, il sera \u00ab\u00a0prudent, froid et courageux, et c&rsquo;est tout, c&rsquo;est si simple\u00a0\u00bb (8 d\u00e9cembre).<br \/>\nEn r\u00e9sum\u00e9, ce journal d\u00e9couvert fortuitement constitue un t\u00e9moignage \u00e9mouvant d&rsquo;un simple soldat qui, comme tant d&rsquo;autres, a \u00e9t\u00e9 brutalement plong\u00e9 dans l&rsquo;horreur de la guerre de tranch\u00e9es, et y a particip\u00e9 sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me apparent, en faisant preuve d&rsquo;un ind\u00e9niable courage.<br \/>\nCe modeste document pourrait \u00eatre remis \u00e0 ses descendants, s&rsquo;ils existent et s&rsquo;ils se manifestent : colin.miege@hotmail.fr<br \/>\nColin Mi\u00e8ge, juin 2014<\/p>\n<p>Le carnet a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 par Colin Mi\u00e8ge aux Archives municipales de Bordeaux. Colin Mi\u00e8ge a retrouv\u00e9 la tombe du soldat Bergerie : n\u00e9cropole nationale de Sillery, pr\u00e8s de Reims, tombe n\u00b0 4926.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le journal de campagne tenu par le sapeur-mineur Andr\u00e9 Bergerie est un des plus brefs qui soit : r\u00e9dig\u00e9 au crayon sur un minuscule carnet publicitaire \u00ab\u00a0Vermouth-Cinzano\u00a0\u00bb de dimension 7 x 5 cm, il d\u00e9bute le 19 octobre 1914 pour s&rsquo;achever le jeudi 31 d\u00e9cembre. 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