{"id":1352,"date":"2014-07-25T19:30:43","date_gmt":"2014-07-25T18:30:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1352"},"modified":"2021-09-23T16:51:17","modified_gmt":"2021-09-23T15:51:17","slug":"davat-hippolyte-1884-1966","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/07\/25\/davat-hippolyte-1884-1966\/","title":{"rendered":"Davat, Hippolyte (1884-1966)"},"content":{"rendered":"<p>1. L\u2019auteur<br \/>\nN\u00e9 \u00e0 Aix-les-Bains (Savoie) le 12 mars 1884. Certificat d\u2019\u00e9tudes. Formation de jardinier. Service militaire au 4e Dragons de Chamb\u00e9ry. Garde municipal charg\u00e9 des espaces verts dans sa ville natale. Mari\u00e9 en 1911, un fils. Pendant la guerre, ravitailleur d\u2019artillerie au 206e RAC, puis dans l\u2019artillerie lourde \u00e0 partir de janvier 1918. Apr\u00e8s la guerre, il reprend sa fonction jusqu\u2019\u00e0 la retraite en 1943.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nHippolyte Davat, <em>1914-1918 Ma guerre<\/em>, 2014, pr\u00e9face de Jacques Delatour, 277 p., contient un lexique des termes techniques, des croquis de localisation, la reproduction en fac-simil\u00e9 de quelques pages.<br \/>\nRetrouv\u00e9 et publi\u00e9 \u00e0 compte d\u2019auteur par Guy Durieux (gdurieux07@orange.fr), qui nous a d\u00e9j\u00e0 fait conna\u00eetre le t\u00e9moignage de Marius Perroud (voir ce nom).<br \/>\nL\u2019original comprend 735 feuillets recto-verso, format 15 x 9,5. Le premier int\u00e9r\u00eat du texte se trouve dans la volont\u00e9 de l\u2019auteur de garder une trace de tous les jours, du 3 ao\u00fbt 1914 au 14 mars 1919 (sauf les p\u00e9riodes de permissions). L\u2019intention de l\u2019auteur est r\u00e9sum\u00e9e \u00e0 la fin : \u00ab O\u00f9 j\u2019\u00e9tais, ce que j\u2019ai vu, ce que j\u2019ai entendu et ce que j\u2019ai fait pendant la Grande Guerre. \u00bb<br \/>\nPour la commodit\u00e9 du lecteur, Guy Durieux a parfois all\u00e9g\u00e9 le texte de passages r\u00e9p\u00e9titifs lorsque la vie \u00e9tait trop monotone ; il l\u2019a divis\u00e9 en chapitres et il a normalis\u00e9 l\u2019orthographe. J\u2019ai rep\u00e9r\u00e9 une erreur de transcription p. 210, lorsque, le 18 avril 1918, Hippolyte signale la mort de \u00ab Rolo \u00bb ; il s\u2019agit de Bolo (Pacha), fusill\u00e9 le 17 avril ; et cela montre la rapidit\u00e9 de transmission de cette information.<\/p>\n<p>3. Analyse<br \/>\nS\u2019agit-il du r\u00e9cit d\u2019une vie monotone ? Hippolyte Davat ne combat pas les armes \u00e0 la main, mais il correspond incontestablement \u00e0 la d\u00e9finition du combattant donn\u00e9e par Jean Norton Cru car il vit une grande partie du temps au danger (obus, bombes d\u2019avions). Son texte d\u00e9finit les diverses facettes de son \u00ab m\u00e9tier \u00bb : avec ses chevaux, il doit installer les batteries sur leur position de tir et les d\u00e9placer lorsqu\u2019elles sont rep\u00e9r\u00e9es ; il doit les ravitailler en obus et apporter la soupe ; il est parfois r\u00e9quisitionn\u00e9 pour apporter diverses choses \u00e0 l\u2019infanterie et au G\u00e9nie ; au d\u00e9but de la guerre, il faut aller r\u00e9cup\u00e9rer les douilles, les fusils et ba\u00efonnettes. Les corv\u00e9es sont diverses : aller remplir des tonneaux d\u2019eau ; transporter la liti\u00e8re et l\u2019enterrer dans les trous d\u2019obus. Le 7 juin 1916, il note : \u00ab Corv\u00e9e de boue devant la porte des <em>huiles<\/em> ! Quel travail et \u00e0 la carri\u00e8re pour extraire et charger des pierres que nous mettons \u00e0 la place de la boue. \u00bb Le 1er septembre, c\u2019est une corv\u00e9e de gravier \u00ab pour les all\u00e9es de M. le capitaine \u00bb. Tous ces transports ont lieu non loin des lignes et parfois sous les obus quand les attelages ont \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us par un observateur depuis sa saucisse. Mais Hippolyte est conscient de la situation encore plus mauvaise des \u00ab pauvres fantassins \u00bb.<br \/>\nM\u00eame compassion pour les chevaux ; l\u2019expression \u00ab pauvres chevaux \u00bb revient souvent. \u00ab Triste chose que la guerre pour ces pauvres animaux aussi \u00bb, \u00e9crit-il le 21 avril 1916. Ils triment dur pour s\u2019arracher \u00e0 la boue ; ils glissent sur le sol verglac\u00e9 ; ils passent des nuits sans abri sous la pluie et au froid. Les obus, les tirs de mitrailleuse les effraient. Un jour (17 octobre 1918), un cheval heurte du sabot un obus non \u00e9clat\u00e9 ; l\u2019explosion provoque la fuite \u00ab dans tous les sens \u00bb des rescap\u00e9s. \u00ab Nos chevaux commencent \u00e0 en avoir assez \u00bb, remarque-t-il le 23 octobre 1917, expression largement employ\u00e9e par les poilus, et bien avant cette date. Hippolyte s\u2019attache \u00e0 certains de ses chevaux, son \u00ab grand Canadien \u00bb ou ses \u00ab deux gris \u00bb. Une grande partie de son temps passe en soins (contre la gale) et pansages (19 avril 1917 : \u00ab Bon pansage o\u00f9, les chevaux muant, on avale beaucoup de poils. \u00bb).<br \/>\nQuand il a des loisirs, il va boire un litre avec des camarades ; on chante, on joue de l\u2019accord\u00e9on. On cueille des fraises et framboises, des champignons ; on ramasse des pommes pour faire du cidre ; on am\u00e9liore le menu avec la viande d\u2019un sanglier ; on fait une p\u00eache miraculeuse dans un \u00e9tang en partie ass\u00e9ch\u00e9 (\u00ab je cueille les poissons comme avec une pelle \u00bb) et il y a largement de quoi en vendre de pleins seaux dans les cantonnements (\u00ab c\u2019est une recette pour du pinard \u00bb). On aide les paysans chaque fois que c\u2019est possible. Hippolyte fabrique des briquets et, \u00e0 plusieurs reprises, il dit qu\u2019il \u00ab dessine \u00bb sur des douilles d\u2019obus pour les camarades qui ont sans doute reconnu ses comp\u00e9tences artistiques. Quant aux Anglais, leur jeu favori est le football ; les Fran\u00e7ais y participent parfois bien conscients de la sup\u00e9riorit\u00e9 britannique.<br \/>\nHippolyte t\u00e9moigne d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat pour les avions : les sp\u00e9cialistes de l\u2019aviation pourraient trouver dans son texte quantit\u00e9 de notations, avec les \u00e9volutions qualitatives et quantitatives du d\u00e9but \u00e0 la fin de la guerre. Au d\u00e9but, on voit quelques appareils isol\u00e9s ; on tire dessus sans succ\u00e8s et il faut s\u2019abriter lorsque les culots retombent. Puis on assiste \u00e0 des pirouettes, des acrobaties, des duels dont les r\u00e9sultats sont incertains car le vaincu tombe parfois dans les lignes adverses. A la fin de la guerre, ce sont des escadrilles de dizaines d\u2019appareils que l\u2019on peut voir depuis le sol.<br \/>\nHippolyte ne manque jamais de noter des renseignements sur les cimeti\u00e8res : tombes individuelles ou collectives, de Fran\u00e7ais et\/ou d\u2019Allemands. Lorsqu\u2019il passe deux fois au m\u00eame endroit \u00e0 plusieurs jours d\u2019intervalle, il constate l\u2019allongement des files de croix, l\u2019agrandissement des cimeti\u00e8res. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, il note qu\u2019il est d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 auparavant \u00e0 tel endroit (par exemple dans les parages du Trou Bricot en septembre 1918 comme en septembre 1915).<br \/>\nCertains jours, les notes sont br\u00e8ves. D\u2019autres fois, il d\u00e9crit plus longuement des secteurs o\u00f9 l\u2019action a \u00e9t\u00e9 rude : Champagne fin septembre 1915 ; Verdun en mars 1916 ; le Soissonnais d\u00e9vast\u00e9 lors du recul allemand de mars 1917 (arbres fruitiers sci\u00e9s, puits remplis de fumier, sucrerie de Villers-Saint-Christophe d\u00e9truite\u2026) ; le Chemin des Dames en mai (tandis que des civils se livrent aux travaux agricoles \u00e0 proximit\u00e9 du danger) ; environs de Nouvron-Vingr\u00e9 en novembre 1917. D\u00e9tail curieux : \u00e0 Aubigny en avril 1917, dans une maison d\u00e9vast\u00e9e, il d\u00e9couvre \u00ab un petit m\u00e9moire \u00e9crit \u00e0 la main de M. Bolor\u00e9, otage des Allemands en 70 \u00bb et les 26 cahiers r\u00e9dig\u00e9s par \u00ab un homme rest\u00e9 dans l\u2019invasion et inscrivant au jour le jour ses impressions parfois curieuses de ce qu\u2019il voyait \u00bb.<br \/>\nLa sup\u00e9riorit\u00e9 des Alli\u00e9s lors des derniers mois de la guerre devient \u00e9crasante : \u00ab grande activit\u00e9 d\u2019aviation \u00bb (26 septembre) ; \u00ab des tanks il y en a partout \u00bb (1er octobre). Les Allemands reculent en faisant sauter leurs canons dont l\u2019un \u00ab ouvre sa gueule comme un crocodile \u00bb (10 octobre). Les prisonniers allemands expriment leur joie d\u2019en avoir fini ; charg\u00e9s d\u2019enterrer des chevaux morts, ils en sont heureux \u00ab car ils ont du cheval \u00e0 manger \u00bb et les Fran\u00e7ais leur apportent du pain. Le 10 novembre, Hippolyte se demande : \u00ab Est-ce vrai que cela va finir demain ? \u00bb Le11 dans l\u2019apr\u00e8s-midi : \u00ab Ce calme, pas de canon, me semble tout \u00e9trange. \u00bb Et le 13 : \u00ab Ayant pu se procurer le journal, nous lisons les clauses de l\u2019armistice, c\u2019est sal\u00e9. \u00bb Le 21 novembre, la description du paysage de la route de Somme-Py \u00e0 Souain est la derni\u00e8re de ce type dans les carnets.<br \/>\nCeux-ci comprennent rarement des jugements sur les chefs, sur l\u2019arm\u00e9e et sur la guerre. Mais il y en a quelques-uns. On a d\u00e9j\u00e0 fait allusion aux huiles pour lesquelles il faut faire des corv\u00e9es. Retarder son d\u00e9part en permission (27 juillet 1915) l\u2019irrite au plus haut point et lui fait comprendre que des pistonn\u00e9s passent avant lui et que la solidarit\u00e9 entre officiers et soldats \u00ab n\u2019existe que sur les journaux \u00bb. L\u2019expression \u00ab bourrage de cr\u00e2ne \u00bb est utilis\u00e9e le 3 octobre suivant. L\u2019arm\u00e9e ? \u00ab Ah ! Arm\u00e9e fran\u00e7aise, tu ne changeras donc jamais, arm\u00e9e o\u00f9 l\u2019on d\u00e9vaste tous les champs, \u00e7a me fait rage de voir ce travail ! \u00bb Les alli\u00e9s russes ? \u00ab Aujourd\u2019hui, sur le journal, capitulation de <em>nos chers alli\u00e9s, les Russes <\/em>! \u00bb La guerre ? \u00ab Je fais des tas de petites choses qui occupent mon temps et me distraient sans cela ne deviendrions-nous pas fous ? \u00bb (17\/02\/1917). Et, plus largement (19 octobre) : \u00ab Que devons-nous penser de cette civilisation ?&nbsp;\u00bb<br \/>\nAu total, beaucoup d\u2019informations \u00e0 tirer de ce livre.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, juillet 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. L\u2019auteur N\u00e9 \u00e0 Aix-les-Bains (Savoie) le 12 mars 1884. Certificat d\u2019\u00e9tudes. Formation de jardinier. 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