{"id":1355,"date":"2014-07-29T22:16:14","date_gmt":"2014-07-29T21:16:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1355"},"modified":"2021-09-23T16:51:29","modified_gmt":"2021-09-23T15:51:29","slug":"bouton-andre-1890-1979","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/07\/29\/bouton-andre-1890-1979\/","title":{"rendered":"Bouton, Andr\u00e9 (1890-1979)"},"content":{"rendered":"<p>*Andr\u00e9 Bouton, <em>M\u00e9moires d\u2019un Manceau, soldat pendant la Grande Guerre<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9es et annot\u00e9es par son petit-fils Didier B\u00e9outis, Editions de la Soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire du Maine, 2014, 340 pages. En illustration : photos prises par l\u2019auteur et d\u2019autres de l\u2019ECPAD. Pr\u00e9face de St\u00e9phane Tison, ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Maine : \u00ab Le t\u00e9moignage important d\u2019un mobilis\u00e9 aux exp\u00e9riences multiples. \u00bb<\/p>\n<p>1. L\u2019auteur<br \/>\nN\u00e9 le 30 novembre 1890 \u00e0 Fresnay-sur-Sarthe o\u00f9 son p\u00e8re dirige une entreprise de tannerie. Son fr\u00e8re cadet deviendra pr\u00eatre. Lui-m\u00eame exerce la profession de clerc de notaire. Il a fait le service militaire comme secr\u00e9taire d\u2019\u00e9tat-major. En 1914, il est encore c\u00e9libataire. Myope, il est class\u00e9 service auxiliaire et il reste \u00e0 la caserne Chanzy au Mans. Apr\u00e8s l\u2019h\u00e9catombe des premiers mois, il part en renfort au 117e RI, \u00e0 sa demande expresse, nous dit-il. Arriv\u00e9 au front le 12 novembre, il est bless\u00e9 \u00e0 la cuisse le 17 d\u00e9cembre et il d\u00e9crit la mauvaise organisation de la cha\u00eene d\u2019\u00e9vacuation, puis l\u2019h\u00f4pital Ridgway \u00e0 Pau. Gu\u00e9ri, il passe plusieurs semaines comme instructeur, puis il participe \u00e0 la formation du 404e RI au camp de Mailly dont il donne une description (p. 138). Apr\u00e8s trois semaines de tranch\u00e9es, il vient soigner une scarlatine \u00e0 Compi\u00e8gne pendant deux mois. A partir de juillet 1915, suivent des \u00ab p\u00e9r\u00e9grinations \u00bb et des occupations de tranch\u00e9es dans l\u2019Aisne, coup\u00e9es par une permission en novembre. Il d\u00e9crit la ferme de Confr\u00e9court (p. 194), le secteur de Sacy (p. 225). Il est promu sergent en f\u00e9vrier 1916. Il est \u00e0 nouveau bless\u00e9 le 17 juillet et soign\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital des Rothschild \u00e0 Paris (p. 279). En f\u00e9vrier 1917, il revient dans les services auxiliaires et stationne pr\u00e8s d\u2019Alen\u00e7on dans des postes de surveillance des avions et des dirigeables.<br \/>\nApr\u00e8s la guerre, il devient notaire \u00e0 Mamers et se marie en 1923 avec une fille de notaire. De retour au Mans, il dirige un cabinet d\u2019affaires. Membre des soci\u00e9t\u00e9s savantes, il \u00e9crit des ouvrages d\u2019histoire locale et r\u00e9gionale. Il meurt le 1er avril 1979.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nAndr\u00e9 Bouton a tenu un journal quotidien pendant toute la dur\u00e9e de la guerre. Le pr\u00e9sentateur nous dit qu\u2019il utilisait un papier carbone et qu\u2019il envoyait r\u00e9guli\u00e8rement le double \u00e0 sa m\u00e8re afin qu\u2019une version au moins soit sauv\u00e9e. Les 15 carnets font mille pages. Puisqu\u2019ils sont conserv\u00e9s, une comparaison avec les m\u00e9moires serait int\u00e9ressante. Andr\u00e9 Bouton nous dit qu\u2019il a r\u00e9dig\u00e9 ses m\u00e9moires avant m\u00eame la fin de la guerre, \u00e0 partir de ses carnets et des souvenirs encore frais. En 1929, il a fait dactylographier le texte des m\u00e9moires par sa secr\u00e9taire ; il dit qu\u2019apr\u00e8s relecture il n\u2019a rien modifi\u00e9 et il a \u00e9crit un avant-propos de forte critique de la guerre, qui pourrait constituer en fait une conclusion tardive. Les m\u00e9moires comprennent trois parties : 1. \u00ab Souvenirs d\u2019un Manceau soldat au 117e r\u00e9giment d\u2019infanterie (ao\u00fbt \u00e0 d\u00e9cembre 1914) \u00bb ; 2. \u00ab Dix-huit mois avec le 404e r\u00e9giment d\u2019infanterie (janvier 1915 \u00e0 juillet 1917) \u00bb ; 3. \u00ab&nbsp;M\u00e9moires d\u2019un \u00ab\u00a0embusqu\u00e9\u00a0\u00bb (juillet 1916 \u00e0 mars 1919) \u00bb. Il aurait alors renonc\u00e9 \u00e0 les publier (a-t-il essay\u00e9 ? on ne le sait pas). Des passages ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9s \u00e0 des p\u00e9riodiques locaux. L\u2019\u00e9dition de 2014 est la premi\u00e8re publication compl\u00e8te et annot\u00e9e. Le style \u00e9voque nettement une r\u00e9\u00e9criture et une h\u00e9sitation entre trois attitudes : celle du t\u00e9moin direct ; celle de l\u2019historien prenant du recul ; celle de l\u2019\u00e9crivain soucieux d\u2019attirer l\u2019attention sur le pittoresque et les ridicules.<\/p>\n<p>3. Analyse du contenu<br \/>\nUn premier th\u00e8me est celui de l\u2019entr\u00e9e en guerre. Andr\u00e9 Bouton fait partie des rares Fran\u00e7ais qui prenaient des vacances. La mobilisation le ram\u00e8ne au Mans et il d\u00e9crit les aspects les plus d\u00e9lirants des quelques jours du d\u00e9but ao\u00fbt dans cette ville. Sans doute insiste-t-il sur les ridicules. En septembre-octobre, cependant, il signale des inscriptions contre la guerre sur les murs de la ville, \u00e9pisode qu\u2019on souhaiterait mieux conna\u00eetre. Lui-m\u00eame cherche \u00e0 partir vers le front et il souligne qu\u2019il est bien le seul : il fait autant d\u2019efforts pour partir que les autres en font pour rester. Ses motivations : un patriotisme nourri d\u2019un imaginaire guerrier ; la curiosit\u00e9 et le go\u00fbt de l\u2019aventure ; la volont\u00e9 de ne pas devenir un objet de ris\u00e9e pour les filles.<br \/>\nD\u00e8s les premi\u00e8res pages, il critique violemment ceux qui veulent s\u2019embusquer, mais aussi les infirmi\u00e8res, les M\u00e9ridionaux, les ivrognes ; ceux-ci sont extr\u00eamement nombreux et stigmatis\u00e9s dans tout le livre, jusqu\u2019\u00e0 des aviateurs partis en mission et ayant cass\u00e9 leur engin ; tous les sp\u00e9cimens d\u2019embusqu\u00e9s rencontr\u00e9s \u00e0 Compi\u00e8gne ; les brancardiers trop prudents ; d\u2019autres \u00ab embusqu\u00e9s rutilants \u00bb (p. 207) ; les paysans des environs d\u2019Alen\u00e7on, abrutis vivant dans un pays sauvage ; la baronne de Rothschild dont il fait une critique au vitriol lorsqu\u2019il est soign\u00e9 dans son h\u00f4pital ; et enfin les Am\u00e9ricains, grossiers, violents, vantards.<br \/>\nAyant beaucoup fr\u00e9quent\u00e9 les h\u00f4pitaux, il donne son opinion sur le \u00ab moral \u00bb des bless\u00e9s. Au tout d\u00e9but, ils souhaitent revenir au combat ; mais ce n\u2019est plus le cas au tournant de 1914 et de 1915. Il faut dire qu\u2019ils sont d\u00e9moralis\u00e9s par la vue des embusqu\u00e9s. Au printemps 1915, le 404e RI est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab un r\u00e9giment sous-aliment\u00e9, malade et sans ressort \u00bb. Mais au printemps 1916 \u00ab l\u2019\u00e9tat moral du front s\u2019\u00e9tait am\u00e9lior\u00e9 \u00bb et les permissionnaires remontaient le moral de l\u2019arri\u00e8re, affirmations curieuses qui arrivent apr\u00e8s des descriptions apocalyptiques de marches \u00e9reintantes, d\u2019ivresses g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, d\u2019officiers imb\u00e9ciles.<br \/>\nLa derni\u00e8re partie raconte \u00ab l\u2019embuscade \u00bb. Apr\u00e8s sa deuxi\u00e8me blessure, il ne veut plus remonter au front, il fait tout pour cela, il accepte le qualificatif d\u2019embusqu\u00e9 : \u00ab Et aucun remords ne vint troubler ma joie apr\u00e8s deux ans de mis\u00e8re et de souffrances ! Je pouvais me reposer un peu, et laisser les p\u00e9rils de la lutte \u00e0 ceux qui n\u2019\u00e9taient au front que depuis six mois, et s\u2019\u00e9taient chauff\u00e9s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re pendant plus de deux ans ! \u00bb Il estime aussi que l\u2019\u00c9tat tentaculaire est son d\u00e9biteur (p. 305). C\u2019est dans cette derni\u00e8re partie que se voient le mieux les attitudes d\u2019historien : il revient assez justement sur les responsabilit\u00e9s de la Serbie et de la Russie dans le d\u00e9clenchement de la guerre ; mais il attribue les \u00ab troubles et s\u00e9ditions \u00bb de 1917 \u00e0 l\u2019action des Boches (p. 303).<br \/>\nEnfin, il coule des jours paisibles en 1917 et 1918 du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Alen\u00e7on, \u00ab excursionnant dans cette nature o\u00f9 il y a de jolis sites, m\u2019entretenant avec les paysans, riant avec les filles qui venaient nous voir, faisant de l\u2019arch\u00e9ologie \u00bb\u2026<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juillet 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>*Andr\u00e9 Bouton, M\u00e9moires d\u2019un Manceau, soldat pendant la Grande Guerre, pr\u00e9sent\u00e9es et annot\u00e9es par son petit-fils Didier B\u00e9outis, Editions de la Soci\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire du Maine, 2014, 340 pages. 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