{"id":1358,"date":"2014-08-01T21:08:16","date_gmt":"2014-08-01T20:08:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1358"},"modified":"2021-09-23T16:51:45","modified_gmt":"2021-09-23T15:51:45","slug":"langsdorff-alexander-1898-1946","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/08\/01\/langsdorff-alexander-1898-1946\/","title":{"rendered":"Langsdorff, Alexander (1898-1946)"},"content":{"rendered":"<p>1. L\u2019auteur<br \/>\nN\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 1898 \u00e0 Alsfeld (Hesse). P\u00e8re banquier. Famille cultiv\u00e9e proche des milieux militaires. Alexander parle fran\u00e7ais, ce qui lui sera bien utile lors de sa captivit\u00e9 et de ses \u00e9vasions. Dans sa jeunesse, il appartient au mouvement Wanderv\u00f6gel (oiseaux migrateurs) qui d\u00e9nonce la soci\u00e9t\u00e9 moderne industrialis\u00e9e et le mat\u00e9rialisme. Dans sa situation de prisonnier, il \u00e9voque le faucon sauvage, pr\u00eat \u00e0 s\u2019\u00e9lancer (Hans Rodewald, voir ce nom, PG en France, exprime une id\u00e9e proche : \u00ab \u00d4 Dieu, transforme-moi en une mouette \u00bb, mais il s\u2019agit d\u2019une mouette et non d\u2019un faucon sauvage, et d\u2019aller retrouver son Erna et non de retourner sur le front). Ses descriptions des paysages, cr\u00e9ations divines, sont tr\u00e8s romantiques.<br \/>\nIl s\u2019engage le 21 mars 1916 au 35e r\u00e9giment de fusiliers brandebourgeois. Apr\u00e8s cinq mois de formation, il est aspirant dans la Somme et en Champagne. Croix de fer de 2e et de 1\u00e8re classe. Il est captur\u00e9 par les Fran\u00e7ais le 17 octobre 1916 ; son exp\u00e9rience directe de la guerre est donc assez courte.<br \/>\nD\u00e8s le 23 octobre, il essaie de s\u2019\u00e9vader du camp d\u2019Irval, pr\u00e8s de Reims, rev\u00eatu d\u2019un uniforme fran\u00e7ais. Repris, il craint d\u2019\u00eatre fusill\u00e9, mais il est seulement condamn\u00e9 \u00e0 trois ans de prison. Il commence sa peine \u00e0 Avignon dans les dures conditions qui seront pr\u00e9sent\u00e9es plus loin. Cependant, d\u00e8s le mois de mai 1917, il peut partir en commando agricole pr\u00e8s d\u2019Orange, d\u2019o\u00f9 il lui est facile de s\u2019enfuir pour sa deuxi\u00e8me \u00e9vasion, le 10 juillet. Il est repris \u00e0 Voiron et ramen\u00e9 \u00e0 la prison d\u2019Avignon. En mai 1918, il est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Marseille sur le bateau Dock Pin\u00e8de d\u2019o\u00f9 il s\u2019\u00e9vade le 18 juin. Nouvel \u00e9chec. Nouveau transfert en commando agricole fin septembre et quatri\u00e8me \u00e9vasion en octobre avec un camarade qui a plus de chance que lui car, arriv\u00e9s \u00e0 Bellegarde dans un wagon \u00e0 destination de la Suisse, il peut passer la fronti\u00e8re tandis qu\u2019Alexander est intercept\u00e9 au dernier moment. En janvier 1919, il est transf\u00e9r\u00e9 dans la r\u00e9gion de Saint-Mihiel pour participer \u00e0 la reconstruction, et il r\u00e9ussit enfin en avril \u00e0 fouler \u00ab le sol de la patrie allemande \u00bb rev\u00eatu d\u2019un uniforme am\u00e9ricain.<br \/>\nApr\u00e8s la guerre, sa biographie alterne engagement politique et travaux arch\u00e9ologiques. Ainsi il participe au putsch d\u2019Hitler en novembre 1923 et soutient en juin 1929 une th\u00e8se sur les \u0153nocho\u00e9s en bronze en contexte fun\u00e9raire. Il participe \u00e0 des missions en Egypte et \u00e0 Pers\u00e9polis comme arch\u00e9ologue, et \u00e0 la Nuit des longs couteaux comme membre de la SS. En 1940, il est engag\u00e9 dans la campagne de Norv\u00e8ge. En d\u00e9cembre 1943, il exp\u00e9die vers l\u2019Allemagne les tr\u00e9sors des mus\u00e9es de Florence. Il est fait prisonnier en Italie en mai 1945 et r\u00e9ussit sa sixi\u00e8me \u00e9vasion \u00e0 travers les Alpes pour rejoindre son \u00e9pouse. Mais il contracte une grave infection et meurt le 15 mars 1946.<\/p>\n<p>2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nAlexander Langsdorff dit (p. 92) qu\u2019il a \u00e9crit son livre en ao\u00fbt 1919. Il est publi\u00e9 en 1920 (titre allemand : <em>Fluchtn\u00e4chte in Frankreich<\/em>) sous le pseudonyme de Sandro, peut-\u00eatre pour ne pas avoir d\u2019ennuis avec les troupes fran\u00e7aises d\u2019occupation. Comme on va le voir, il est tr\u00e8s critique envers la France et les Fran\u00e7ais, et il appartient \u00e0 une litt\u00e9rature nationaliste avide de revanche. Le livre a eu trois nouvelles \u00e9ditions dans la p\u00e9riode nazie, en 1934, 1937 et 1942. La traduction en fran\u00e7ais vient de para\u00eetre : <em>Nuits d\u2019\u00e9vasion en France<\/em>, Villers-sur-Mer, Editions Pierre de Taillac, 2014, 208 p. L\u2019avant-propos et l\u2019appareil critique sont de Fran\u00e7ois de Lannoy qui a retrouv\u00e9 dans les Archives d\u00e9partementales du Vaucluse les t\u00e9l\u00e9grammes officiels signalant les \u00e9vasions de Langsdorff. Biographie de l\u2019auteur (d\u2019o\u00f9 sont tir\u00e9s les renseignements ci-dessus), chronologie de sa captivit\u00e9 et de ses \u00e9vasions, index des noms de lieux. Un point de d\u00e9saccord avec le pr\u00e9sentateur lorsqu\u2019il dit (p. 5) que le volontaire Langsdorff \u00e9tait \u00ab anim\u00e9, comme la plupart des jeunes Europ\u00e9ens de son \u00e9poque, de la volont\u00e9 de se battre pour sa patrie \u00bb. Il me semble que les choses n\u2019\u00e9taient pas aussi simples.<\/p>\n<p>3. Analyse du contenu<br \/>\nLe r\u00e9cit donne d\u2019abord de nombreux d\u00e9tails qu\u2019on retrouve dans les textes de ce genre, les \u00e9l\u00e9ments de m\u00e9thode de l\u2019\u00e9vasion : cacher son identit\u00e9 de PG sous des v\u00eatements civils ou m\u00eame des uniformes d\u00e9rob\u00e9s aux gardiens ; marcher la nuit et se cacher le jour pour dormir, avec le probl\u00e8me des villes \u00e0 traverser, Valence (p. 75), Romans (p. 81), etc. ; emporter du poivre et le semer pour d\u00e9router les chiens (p. 70). La quatri\u00e8me tentative d\u2019\u00e9vasion est originale puisque, au lieu de remonter la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne comme pr\u00e9c\u00e9demment, Langsdorff et son camarade gagnent S\u00e8te pour s\u2019installer clandestinement dans un wagon de bl\u00e9 \u00e0 destination de la Suisse.<br \/>\nComme les prisonniers de guerre de toutes les nationalit\u00e9s, Langsdorff pr\u00e9sente les cas les plus divers d\u2019attitudes des gardiens et des nationaux ennemis. Certains ont un comportement correct, par exemple lors de la capture : \u00ab globalement, sur les premi\u00e8res lignes, on restait convenables avec l\u2019ennemi \u00bb. Il a affaire \u00e0 quelques bons officiers fran\u00e7ais ; les relations sont bonnes avec les d\u00e9tenus fran\u00e7ais qui disent aux Allemands : \u00ab Dans le malheur, nous sommes tous pareils. \u00bb Il confie le plan de sa deuxi\u00e8me \u00e9vasion \u00e0 une vieille domestique du domaine sur lequel il travaille, et celle-ci lui fournit des vivres et m\u00eame de l\u2019argent (par contre il y a un tra\u00eetre chez les prisonniers allemands). Le fait que les PG donnent \u00e0 leurs gardiens des surnoms d\u00e9pr\u00e9ciatifs est parfaitement g\u00e9n\u00e9ralisable ; il en est de m\u00eame pour les visites que les civils viennent leur rendre \u00e0 distance et \u00e0 travers les cl\u00f4tures, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019animaux (voir la couverture du livre de Charles Gueugnier, voir ce nom). De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, Langsdorff insiste sur les brimades et mauvais traitements qu\u2019il a subis, en particulier \u00e0 la prison d\u2019Avignon, sur la privation d\u2019air et de soleil, l\u2019insuffisance de la nourriture. Il \u00e9voque un prisonnier qui aurait \u00e9t\u00e9 fouett\u00e9 (p. 90). Et, \u00e0 partir de l\u00e0, il monte en g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 en opposant les Allemands civilis\u00e9s et les Fran\u00e7ais indignes : \u00ab Le plaisir sadique de tourmenter est profond\u00e9ment ancr\u00e9 dans le sang du Fran\u00e7ais \u00bb (p. 58). A de nombreuses reprises, la France est qualifi\u00e9e avec d\u00e9rision de \u00ab la Grande Nation \u00bb, expression en fran\u00e7ais dans le texte original.<br \/>\nOn retrouve souvent cette g\u00e9n\u00e9ralisation dans les r\u00e9cits de prisonniers fran\u00e7ais qui \u00e9voquent la barbarie de la \u00ab Kultur \u00bb allemande. Ici, cela va jusqu\u2019\u00e0 affirmer que l\u2019humour fin de la litt\u00e9rature allemande ne peut \u00eatre compris par les Fran\u00e7ais \u00ab car eux ne saisissent que la plaisanterie obsc\u00e8ne \u00bb (p. 93). Et, si le camp de Carpentras marche bien (distribution du courrier, biblioth\u00e8que, orchestre, th\u00e9\u00e2tre), c\u2019est parce qu\u2019il est pris en main par l\u2019organisation allemande des prisonniers eux-m\u00eames. On peut rappeler ici l\u2019opinion des Allemandes juives du pays de Bade, expuls\u00e9es vers la France par les nazis en octobre 1940, sans pr\u00e9venir le gouvernement de Vichy, parqu\u00e9es en catastrophe au camp de Gurs et critiquant sa v\u00e9tust\u00e9 en invoquant l\u2019excellente organisation qu\u2019il y aurait \u00ab chez nous en Allemagne \u00bb (Hanna Schramm et Barbara Vormeier, <em>Vivre \u00e0 Gurs<\/em>, Paris, Maspero, 1979, p. 90).<br \/>\nLangsdorff ne manque pas de parler de races. D\u2019abord avec les Corses (p. 57) : \u00ab Pour la garde des bagnards fran\u00e7ais, c\u2019\u00e9tait le plus souvent des sergents corses qui \u00e9taient de service ; on jouait l\u00e0 deux races l\u2019une contre l\u2019autre, car le Corse est g\u00e9n\u00e9ralement ha\u00ef de la plupart des Fran\u00e7ais pour sa pr\u00e9somption et son esprit de domination. La grossi\u00e8ret\u00e9 de ces gardes-chiourme envers les individus \u00e9tait souvent vraiment diabolique. \u00bb Un autre tortionnaire corse est mentionn\u00e9 p. 125. Quant aux Noirs, on s\u2019attendrait \u00e0 une dure critique apr\u00e8s la mention d\u2019une fouille suivie avec attention par des S\u00e9n\u00e9galais, \u00ab l\u2019humiliation d\u2019un Blanc leur causant une joie toute particuli\u00e8re \u00bb (p. 45). Mais on ne va pas au-del\u00e0 et, dans les troupes am\u00e9ricaines, les Noirs sont les plus amicaux et les plus secourables.<br \/>\nLes conditions de vie des prisonniers d\u00e9pendent aussi du syst\u00e8me des repr\u00e9sailles d\u00e9cid\u00e9es par les gouvernements. \u00ab La patrie \u00bb intervient quand les PG allemands sont priv\u00e9s de colis de nourriture. En mai 1918, il faut cependant une v\u00e9ritable \u00e9meute des prisonniers d\u2019Avignon pour que les conventions internationales soient respect\u00e9es.<br \/>\nUn dernier point concerne l\u2019allusion aux journaux. Prisonniers en Allemagne, les Fran\u00e7ais doivent apprendre \u00e0 d\u00e9crypter la presse locale. Il en est exactement de m\u00eame pour les PG allemands en France, lisant \u00ab des journaux fran\u00e7ais totalement revus \u00e0 la fran\u00e7aise et o\u00f9 le tableau de la situation mondiale \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019avantage de la France \u00bb. En 1917, les PG allemands peuvent cependant se r\u00e9jouir des \u00ab \u00e9v\u00e9nements \u00e0 l\u2019Est et sur mer \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des r\u00e9volutions en Russie et de l\u2019apog\u00e9e de la guerre sous-marine. Au printemps de 1918, ils consid\u00e8rent comme des succ\u00e8s les offensives Ludendorff et les tirs de canons \u00e0 tr\u00e8s longue port\u00e9e sur Paris. Mais il n\u2019y a rien ensuite concernant la contre-offensive terminale des Alli\u00e9s, et on se retrouve le 11 novembre 1918 avec un Langsdorff comme assomm\u00e9, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 par la d\u00e9faite et la fuite du Kaiser : \u00ab Le combat des Nibelungen \u00e9tait perdu \u00bb, \u00e9crit-il (p. 153). Le nouveau gouvernement est accus\u00e9 de laisser tomber les prisonniers ; en Allemagne, \u00ab le sentiment d\u2019honneur national et de virilit\u00e9 y \u00e9tait mort \u00bb (p. 167). Les \u00ab temps honteux \u00bb de 1806-1807 sont revenus. Pourtant, le retour dans \u00ab l\u2019indescriptible magie de la patrie allemande \u00bb lui fait \u00e9crire : \u00ab \u00d4 Dieu, Allemagne que tu es belle \u00bb, lui fait contempler le Rhin \u00ab avec son caract\u00e8re fonci\u00e8rement allemand \u00bb, et lui fait dire aux Fran\u00e7ais fiers et pr\u00e9somptueux : \u00ab Oui, vainqueurs, mais pour combien de temps ? \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, ao\u00fbt 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. L\u2019auteur N\u00e9 le 14 d\u00e9cembre 1898 \u00e0 Alsfeld (Hesse). P\u00e8re banquier. Famille cultiv\u00e9e proche des milieux militaires. Alexander parle fran\u00e7ais, ce qui lui sera bien utile lors de sa captivit\u00e9 et de ses \u00e9vasions. Dans sa jeunesse, il appartient au mouvement Wanderv\u00f6gel (oiseaux migrateurs) qui d\u00e9nonce la soci\u00e9t\u00e9 moderne industrialis\u00e9e et le mat\u00e9rialisme. 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