{"id":1361,"date":"2014-08-17T16:09:57","date_gmt":"2014-08-17T15:09:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1361"},"modified":"2021-10-04T16:49:00","modified_gmt":"2021-10-04T15:49:00","slug":"bach-andre-1888-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2014\/08\/17\/bach-andre-1888-1945\/","title":{"rendered":"Bach, Andr\u00e9 (1888-1945)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le livre<br \/>\n* Andr\u00e9 Bach, <em>Carnets de guerre (4 ao\u00fbt 1914 \u2013 30 d\u00e9cembre 1916), Vie et mort d\u2019un patriote de la Grande Guerre \u00e0 Buchenwald<\/em>, textes \u00e9tablis et annot\u00e9s par Elisabeth Carlier, Jean-Pierre Carlier et Christian Desplat, Pau, \u00e9ditions Cairn, 2013, 296 p. Illustrations. Les deux premiers pr\u00e9sentateurs sont des petits-enfants d\u2019Andr\u00e9 Bach ; le troisi\u00e8me est un historien \u00e9minent, \u00ab auteur d\u2019une quarantaine d\u2019ouvrages et d\u2019environ cinq cents articles consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019histoire culturelle et institutionnelle, \u00e0 Henri IV et aux soci\u00e9t\u00e9s pastorales \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne \u00bb (p. 4). Les divers textes de pr\u00e9sentation occupent 80 pages ; les carnets de guerre d\u2019Andr\u00e9 Bach, 120 pages a\u00e9r\u00e9es ; les annexes 17 pages ; les notes, 62 pages serr\u00e9es.<\/p>\n<p>2. Le poilu Andr\u00e9 Bach<br \/>\nIl est n\u00e9 le 30 octobre 1888 \u00e0 Paris d\u2019une famille originaire de Moselle ; son p\u00e8re a exerc\u00e9 les m\u00e9tiers de cordonnier, puis photographe, puis \u00e9picier. Service militaire en Alg\u00e9rie et au Maroc avec les zouaves en 1911-1912 ; sergent, il a le sentiment d\u2019appartenir \u00e0 un corps d\u2019\u00e9lite. Mari\u00e9 en 1913, il se s\u00e9pare rapidement de sa femme (deuxi\u00e8me mariage en 1920). Employ\u00e9 dans une maison de commerce de tissu, il fait de fr\u00e9quents voyages d\u2019affaires et parle plusieurs langues. Il est passionn\u00e9 de sport.<br \/>\nPendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, il combat avec le 4e Zouaves en particulier en Flandre, dans l\u2019Aisne et \u00e0 Verdun. Il devient adjudant, puis sous-lieutenant. Bless\u00e9 \u00e0 Douaumont, le 26 octobre 1916, il doit \u00eatre amput\u00e9 du bras gauche. Il a rempli 7 petits carnets de notes br\u00e8ves, qui sont l\u2019objet central de l\u2019\u00e9dition pr\u00e9sent\u00e9e ci-dessus.<br \/>\nLe sportif se r\u00e9v\u00e8le par ses pratiques : football, rugby, v\u00e9lo, boxe pour ramener des poivrots \u00e0 la raison. A plusieurs reprises, il souligne qu\u2019il consid\u00e8re la guerre comme un match, par exemple le 5 ao\u00fbt 1915 : \u00ab Depuis deux jours nos crapouillots font du d\u00e9g\u00e2t aux Boches et le match est passionnant. \u00bb Mais il y a des soldats qui d\u00e9testent qu\u2019on vienne troubler leur secteur. Cela conduit Andr\u00e9 Bach \u00e0 \u00e9tablir une distinction entre le guerrier, comme lui, qui \u00ab fait la guerre \u00bb, et les autres qui la \u00ab subissent \u00bb et qui consid\u00e8rent le guerrier comme \u00ab un piqu\u00e9 \u00bb. A d\u2019autres moments, en contradiction avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de et avec les sentiments exprim\u00e9s par beaucoup d\u2019autres t\u00e9moins, il annonce que les poilus acceptent \u00ab froidement et r\u00e9solument \u00bb la campagne d\u2019hiver qui s\u2019annonce (juillet 1915) ; plus tard, montant \u00e0 Verdun en juin 1916 : \u00ab Le moral de nos hommes est excellent, l\u2019approche de la bataille les excite et tous sont de belle humeur. \u00bb On a l\u2019impression qu\u2019il s\u2019accroche \u00e0 cette posture de sportif et de guerrier pour pouvoir tenir dans les conditions extr\u00eames du front. Le moindre petit succ\u00e8s est consid\u00e9r\u00e9 par lui comme d\u00e9finitif.<br \/>\nLes Allemands ne cessent pas d\u2019\u00eatre des ennemis \u00e0 abattre. Mais il admet que les troupes relev\u00e9es en premi\u00e8re ligne avertissent ainsi leurs successeurs : \u00ab Oh ceux-l\u00e0 sont tranquilles ou turbulents, etc. \u00bb Le 20 mars 1915 : \u00ab Les Boches nous fichent la paix pour le moment. \u00bb Les Fran\u00e7ais boivent trop et les grad\u00e9s doivent savoir reprendre en mains les troupes au repos (22 juin 1916). Un bon conseil aux officiers : \u00ab Souffrez avec vos hommes et ne les tracassez jamais&nbsp;\u00bb (p. 172).<br \/>\nApr\u00e8s la guerre, Andr\u00e9 Bach devient journaliste, en particulier \u00e0 <em>L\u2019Ind\u00e9pendant<\/em> de Pau, de 1936 \u00e0 1940. En 1932, il avait publi\u00e9 <em>L\u00e0-Haut<\/em>, un livre r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 partir de ses carnets et de ses souvenirs. R\u00e9sistant, il est arr\u00eat\u00e9 le 9 ao\u00fbt 1943 par la Gestapo. Il aurait transport\u00e9 du courrier et particip\u00e9 \u00e0 une fili\u00e8re d\u2019\u00e9vasion de juifs vers la Suisse (mais aucune pr\u00e9cision n\u2019est donn\u00e9e sur cette question). De Buchenwald, il revient en France, mais il meurt \u00e9puis\u00e9 par la captivit\u00e9 le 10 mai 1945.<\/p>\n<p>3. La conception du livre de 2013<br \/>\nQuelques pages de <em>L\u00e0-Haut <\/em>sont donn\u00e9es dans le livre et on nous dit qu\u2019Andr\u00e9 Bach y adoptait un \u00ab ton badin \u00bb pour d\u00e9crire son exp\u00e9rience de guerre. Un travail int\u00e9ressant aurait \u00e9t\u00e9 de comparer syst\u00e9matiquement le contenu des carnets avec la version r\u00e9dig\u00e9e plus tardive. Il me semble que cela aurait \u00e9t\u00e9 une op\u00e9ration plus profitable que de charger le livre de tant de notes (208 notes, occupant 62 pages), certes pleines d\u2019\u00e9rudition, mais qui pr\u00e9sentent quelques probl\u00e8mes.<br \/>\nLa bri\u00e8vet\u00e9 des phrases d\u2019Andr\u00e9 Bach impliquait \u00e9videmment la pr\u00e9sence de notes explicatives. Mais elles sont si nombreuses et si longues qu\u2019en les lisant on perd le fil de la guerre v\u00e9cue par l\u2019auteur. Les d\u00e9veloppements sur Louis XIV, l\u2019Ancien R\u00e9gime, puis sur la R\u00e9sistance de 1940-44, ne paraissent pas indispensables. Certaines notes redisent de fa\u00e7on redondante ce que l\u2019auteur a \u00e9crit. D\u2019autres constituent des affirmations pour le moins trop rapides : \u00ab Les Poilus combattaient pour une certaine id\u00e9e de l\u2019homme et de la France, celle des Lumi\u00e8res et de 1789 \u00bb (note 62).<br \/>\nLes notes contiennent quelques erreurs. On voit mal comment le 29 ao\u00fbt 1914 marquerait pour Andr\u00e9 Bach \u00ab le tournant de la bataille de la Marne \u00bb (note 16). Le 19 juillet 1915, Bach ne peut pas se faire l\u2019\u00e9cho de la rencontre de Zimmerwald qui aura&nbsp;lieu le 5 septembre suivant (note 66). La mention (28 ao\u00fbt 1915) d\u2019un r\u00e9giment de \u00ab Terribles taureaux \u00bb appelle cette note : \u00ab Les \u00ab\u00a0Terribles Taureaux\u00a0\u00bb : vraisemblablement le nom d\u2019un r\u00e9giment britannique \u00bb (note 79). (Tous les lecteurs familiers de la p\u00e9riode 1914-18 savent qu\u2019il s\u2019agit du surnom des territoriaux.)<br \/>\nIl est toujours difficile de transcrire un texte manuscrit ; ici on a l\u2019impression qu\u2019il y a eu quelques erreurs. Par exemple (p. 131) : \u00ab Les Boches nous envoient avec une fl\u00e8che un facteur d\u00e9mentant les mauvais traitements aux prisonniers. \u00bb Ne s\u2019agirait-il pas d\u2019un factum ? Et en octobre 1915 (p. 146) : \u00ab Quand je vois des r\u00e9cits de l\u2019offensive ou regarde les cartes de Champagne et Yonne, quelle rage de ne pas y \u00eatre. \u00bb On voit mal un poilu \u00e9voquer une offensive dans l\u2019Yonne pendant la guerre de 1914-18.<br \/>\nParfois, on ne sait pas si l\u2019erreur provient de l\u2019auteur ou du pr\u00e9sentateur. En note 2, ce dernier reproduit un \u00e9ditorial d\u2019Andr\u00e9 Bach dans <em>L\u2019Ind\u00e9pendant des Basses-Pyr\u00e9n\u00e9es<\/em>, le 2 ao\u00fbt 1939, \u00e0 propos des titres de journaux annon\u00e7ant la mort de Jaur\u00e8s, vingt-cinq ans auparavant : \u00ab Je revois celui que Gustave Herv\u00e9 \u2013 patriote de la veille \u2013 affichait en t\u00eate de <em>La Guerre sociale <\/em>: \u00ab\u00a0Ils ont assassin\u00e9 Jaur\u00e8s. Ils n\u2019assassineront pas la France\u00a0\u00bb ; \u00ab\u00a0Ils\u00a0\u00bb, c\u2019\u00e9tait \u00e9videmment, aux yeux d\u2019Herv\u00e9, les Allemands, mais je n\u2019ai jamais cru que le Kaiser, pas plus que n\u2019importe qui d\u2019autre ait \u00e9t\u00e9 pour quoi que ce soit dans l\u2019assassinat de J. Jaur\u00e8s. \u00bb Et le pr\u00e9sentateur d\u2019ajouter : \u00ab A. Bach n\u2019\u00e9tait sans doute pas aussi ignorant qu\u2019il le pr\u00e9tendait. \u00bb En fait, si la citation du journal de Pau est reproduite correctement, elle contient plusieurs erreurs. D\u2019abord, le titre en premi\u00e8re page du journal d\u2019Herv\u00e9 \u00e9tait : \u00ab Ils ont assassin\u00e9 Jaur\u00e8s \u2013 Nous n\u2019assassinerons pas la France. \u00bb Ce qui voulait dire : les ennemis de Jaur\u00e8s, de droite et d\u2019extr\u00eame droite, l\u2019ont assassin\u00e9 ; nous, socialistes, nous participerons cependant \u00e0 la d\u00e9fense de la France. C&rsquo;est une id\u00e9e bizarre de penser que les Allemands avaient assassin\u00e9 Jean Jaur\u00e8s. Par contre, dire que personne n\u2019ait \u00e9t\u00e9 pour quoi que ce soit dans ce crime, c\u2019est se laisser entra\u00eener par sa plume.<br \/>\nR\u00e9my Cazals, ao\u00fbt 2014<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le livre * Andr\u00e9 Bach, Carnets de guerre (4 ao\u00fbt 1914 \u2013 30 d\u00e9cembre 1916), Vie et mort d\u2019un patriote de la Grande Guerre \u00e0 Buchenwald, textes \u00e9tablis et annot\u00e9s par Elisabeth Carlier, Jean-Pierre Carlier et Christian Desplat, Pau, \u00e9ditions Cairn, 2013, 296 p. Illustrations. 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