{"id":1382,"date":"2015-02-07T11:11:21","date_gmt":"2015-02-07T10:11:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1382"},"modified":"2021-09-23T16:52:39","modified_gmt":"2021-09-23T15:52:39","slug":"stauder-aloyse-1891-1954","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/02\/07\/stauder-aloyse-1891-1954\/","title":{"rendered":"Stauder, Aloyse (1891-1954)"},"content":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin<br \/>\nAloyse Stauder na\u00eet le 30 septembre 1891 \u00e0 Gros-R\u00e9derching, en Lorraine annex\u00e9e. Second fils d\u2019une famille de dix enfants, il se destine \u00e0 une carri\u00e8re eccl\u00e9siastique. Vers 1903, il entre au petit s\u00e9minaire de Montigny-l\u00e8s-Metz, avant d\u2019int\u00e9grer le grand s\u00e9minaire de Metz en 1910. Il entame son noviciat chez les j\u00e9suites en Belgique en octobre 1913. En septembre 1914, il fait partie d\u2019un groupe de religieux engag\u00e9s par les chevaliers de Malte \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du front (du c\u00f4t\u00e9 de Thionville) comme infirmiers. Il poursuit ensuite ses \u00e9tudes en Hollande jusqu\u2019en juillet 1915, quand il doit partir \u00e0 J\u00fclich (Juliers) en Rh\u00e9nanie afin d\u2019effectuer sa p\u00e9riode d\u2019instruction. A la fin du mois de juillet 1917 \u2013 il commence ici son r\u00e9cit \u2013, il est envoy\u00e9 sur le front russe. Il passe par Cologne, Dortmund, Berlin et Thorn avant d\u2019arriver \u00e0 Wilna (Vilnius) le 29 juillet, o\u00f9 il int\u00e8gre la 9e compagnie du 425e r\u00e9giment d\u2019infanterie de r\u00e9serve. Il demeure quelque temps \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. D\u00e9j\u00e0 sergent, il b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019abord d\u2019une formation pour officiers, puis participe aux travaux auxquels sa compagnie est employ\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 du front. En novembre, cette derni\u00e8re est envoy\u00e9e en premi\u00e8re ligne. Il y conna\u00eet son bapt\u00eame du feu et d\u00e9couvre la vie dans les tranch\u00e9es, mais n\u2019y reste pas longtemps car il re\u00e7oit l\u2019ordre de rejoindre le front fran\u00e7ais le 19 novembre. Il transite par le camp de Beverloo et y reste sept semaines, jusqu\u2019au milieu du mois de janvier 1918, puis arrive au d\u00e9p\u00f4t de la 16e division de r\u00e9serve \u00e0 Cagnoncles (\u00e0 proximit\u00e9 de Cambrai). Il y stationne jusqu\u2019\u00e0 la fin de f\u00e9vrier puis int\u00e8gre la 7e compagnie du 29e r\u00e9giment de r\u00e9serve et rejoint le front du c\u00f4t\u00e9 de Marcoing, au sud de Cambrai, face aux positions anglaises. Les conditions de vie sont \u00e9prouvantes et les combats meurtriers. Avec l\u2019unit\u00e9 de mitrailleurs qu\u2019il commande, il participe \u00e0 l\u2019offensive sur la Somme en mars et avril. Apr\u00e8s la rel\u00e8ve et un s\u00e9jour en repos \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du 28 avril au 11 mai, sa compagnie regagne le front le 12 mai. Le 25, il profite d\u2019une opportunit\u00e9 pour d\u00e9serter et se rendre aux Anglais. Pass\u00e9 les premiers interrogatoires, il transite dans diff\u00e9rents camps de prisonniers avant d\u2019\u00eatre dirig\u00e9 vers le camp sp\u00e9cial pour Alsaciens-Lorrains de Saint-Rambert-sur-Loire, o\u00f9 il arrive le 11 juin. Apr\u00e8s une semaine de repos, il est d\u00e9tach\u00e9 dans une ferme pour aider aux travaux agricoles jusqu\u2019au 16 juillet, quand il obtient d\u2019en \u00eatre relev\u00e9. Il est alors employ\u00e9 au camp en tant qu\u2019interpr\u00e8te pour interroger et identifier les nouveaux arrivants. Cette fonction l\u2019enthousiasme et donne lieu \u00e0 d\u2019heureuses retrouvailles. Le 1er octobre, il d\u00e9cide de s\u2019engager dans la marine fran\u00e7aise. Cette exp\u00e9rience, dont il sait d\u00e8s le d\u00e9but qu\u2019elle sera br\u00e8ve, est encore \u00e9court\u00e9e en raison de la grippe espagnole qui s\u00e9vit dans les ports mis en quarantaine, et qu\u2019il contracte lui-m\u00eame. Impatient de rentrer chez lui, il est finalement d\u00e9mobilis\u00e9 le 23 janvier 1919. De retour \u00e0 la vie civile, il reprend ses \u00e9tudes th\u00e9ologiques en Belgique, est ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1922 puis part comme missionnaire j\u00e9suite \u00e0 Madagascar en 1925. Hormis un bref interm\u00e8de en Lorraine entre 1947 et 1949, il y passe le reste de sa vie et y d\u00e9c\u00e8de le 24 d\u00e9cembre 1954.<br \/>\nLe t\u00e9moignage<br \/>\nAloyse Stauder, <em>Un Lorrain dans la tourmente, 1914-1918<\/em>, \u00e9ditions du Belv\u00e9d\u00e8re, Pontarlier, 2012, 287 p.<br \/>\nAu cours de ses ann\u00e9es au front (\u00e0 partir de 1917), Stauder tient un journal, rendu par pr\u00e9caution illisible pour autrui gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019utilisation de la m\u00e9thode de st\u00e9nographie Gabelsberger. Apr\u00e8s la guerre (on ne sait pas quand), il r\u00e9dige ses m\u00e9moires en fran\u00e7ais (\u00ab M\u00e9moires de guerre d\u2019apr\u00e8s mon journal \u00bb) dans les deux carnets qui sont ici retranscrits. Le journal original a quant \u00e0 lui disparu. Si le contenu a sans doute \u00e9t\u00e9 remodel\u00e9, ces carnets en h\u00e9ritent une certaine pr\u00e9cision dans la chronologie des \u00e9v\u00e8nements relat\u00e9s.<br \/>\nLa premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage est constitu\u00e9e de l\u2019\u00e9tude men\u00e9e par Pauline Guidemann sur les carnets de Stauder dans le cadre de son travail de Ma\u00eetrise. Elle y pr\u00e9sente l\u2019auteur puis nous offre une analyse th\u00e9matique d\u00e9roul\u00e9e autour de deux axes, la vie de soldat puis \u00ab les forces spirituelles et intellectuelles dans la guerre \u00bb. L\u2019ensemble est pr\u00e9fac\u00e9 par Jean-No\u00ebl Grandhomme et agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019un cahier central d\u2019illustrations ainsi que de quelques annexes (chronologies, carte, bibliographie).<br \/>\nAnalyse<br \/>\nCe t\u00e9moignage offre un tableau assez complet de la vie au front, et se montre volontiers critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019arm\u00e9e allemande, notamment pour ce qui concerne le ravitaillement et les pillages, relevant selon l\u2019auteur d\u2019une \u00ab mentalit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00bb (p.170). Stauder d\u00e9nonce les officiers \u00ab planqu\u00e9s \u00bb et ne manque pas de relever les exemples d\u2019indiscipline, individuels ou collectifs. Il porte un regard curieux sur les contr\u00e9es qu\u2019il traverse et les localit\u00e9s qu\u2019il ne manque jamais de visiter, avec une attention particuli\u00e8re pour les lieux de cultes et les pratiques religieuses des populations rencontr\u00e9es. Nous ne nous attardons pas sur ces aspects, largement mis en valeur par Pauline Guidemann dans son analyse. La principale particularit\u00e9 de ces carnets r\u00e9side en l\u2019exp\u00e9rience atypique de leur auteur, s\u00e9minariste originaire de la partie germanophone de la Lorraine annex\u00e9e (les deux tiers nord-est de la partie de la Lorraine annex\u00e9e avec l\u2019Alsace en 1871 appartiennent \u00e0 l\u2019aire linguistique al\u00e9manique). S\u2019il semble \u00eatre, \u00e0 bien des \u00e9gards, correctement int\u00e9gr\u00e9 au sein de l\u2019arm\u00e9e allemande (ses rapports cordiaux voire amicaux avec la plupart de ses pairs le prouvent), il n\u2019en proclame pas moins souvent son attachement \u00e0 la France. Le culte de la France lui a vraisemblablement \u00e9t\u00e9 transmis par sa famille qui, d\u2019ailleurs, approuve son projet de d\u00e9sertion. Si celui-ci n\u2019est mis \u00e0 ex\u00e9cution qu\u2019\u00e0 la fin de mai 1918, Stauder dit y songer d\u00e8s le d\u00e9but de sa mobilisation : alors qu\u2019il est encore en garnison \u00e0 la caserne et qu\u2019on demande des volontaires pour le front fran\u00e7ais, il se propose avec d\u00e9j\u00e0 l\u2019espoir d\u2019\u00eatre \u00ab plus ou moins volontairement prisonnier \u00e0 la premi\u00e8re occasion \u00bb. A deux reprises, il voit sa demande rejet\u00e9e au motif suivant : \u00ab Alsaciens-Lorrains except\u00e9s \u00bb (p.99). Par la suite, il ne manque pas de se pr\u00e9senter comme Lorrain francophile \u00e0 chaque rencontre propice, par exemple avec des prisonniers fran\u00e7ais (p.101), d\u2019autres soldats alsaciens-lorrains (p.106), ou encore des civils polonais (p.113) ou fran\u00e7ais (p.195, 197). Lorrain et volontiers revendicateur, il est suspect aux yeux de sa hi\u00e9rarchie, qui le met \u00e0 l\u2019\u00e9cart des pr\u00e9paratifs de l\u2019offensive de mars 1918 : \u00ab Le seul qui ne fut pas appel\u00e9, qui ne s\u2019aper\u00e7ut de la chose que quand tous les autres \u00e9taient partis, c\u2019\u00e9tait moi\u2026 \u00bb (p.169). Appliquant les prescriptions de plusieurs circulaires de l\u2019Etat-major \u00e0 propos des Alsaciens-Lorrains suspects, ses officiers semblent \u00e9viter soigneusement de l\u2019employer \u00e0 des postes strat\u00e9giques. C\u2019est \u00e0 nouveau le cas quand on l\u2019\u00e9carte d\u2019une patrouille de reconnaissance en avant des lignes (p.207). En plus de ses sentiments francophiles, cette suspicion ne manque pas de le rapprocher de sa patrie de c\u0153ur.<br \/>\nRapha\u00ebl Georges, f\u00e9vrier 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Aloyse Stauder na\u00eet le 30 septembre 1891 \u00e0 Gros-R\u00e9derching, en Lorraine annex\u00e9e. Second fils d\u2019une famille de dix enfants, il se destine \u00e0 une carri\u00e8re eccl\u00e9siastique. Vers 1903, il entre au petit s\u00e9minaire de Montigny-l\u00e8s-Metz, avant d\u2019int\u00e9grer le grand s\u00e9minaire de Metz en 1910. 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