{"id":1388,"date":"2015-02-21T15:58:32","date_gmt":"2015-02-21T14:58:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1388"},"modified":"2021-09-23T16:52:58","modified_gmt":"2021-09-23T15:52:58","slug":"barthaburu-elie-1893-1944","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/02\/21\/barthaburu-elie-1893-1944\/","title":{"rendered":"Barthaburu, Elie (1893-1944)"},"content":{"rendered":"<p>Il est n\u00e9 le 25 ao\u00fbt 1893 \u00e0 Saint-Palais, dans une famille de notables du pays basque ; son p\u00e8re est n\u00e9gociant et propri\u00e9taire terrien. Il peut donc aller au lyc\u00e9e puis, bachelier, devenir \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019Institut agronomique de Paris. Il est mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914 au 49e RI de Bayonne. Il est bless\u00e9 le 20 septembre 1914 dans l\u2019Aisne. R\u00e9tabli, il passe aux Chasseurs alpins et combat dans les Vosges et la Somme. Sergent en septembre 1916, il effectue un stage pour devenir officier. Sous-lieutenant au 17e BCA, il participe en 1918 \u00e0 l\u2019arr\u00eat des offensives allemandes et \u00e0 la derni\u00e8re offensive des Alli\u00e9s.<br \/>\nAvec le livre de Michel Barthaburu, <em>La Grande Guerre de mon p\u00e8re, Carnets et correspondance d\u2019\u00c9lie Barthaburu (1914-1919), <\/em>Soci\u00e9t\u00e9 des sciences, lettres et arts de Pau et du B\u00e9arn, 2014, 312 p., nous avons \u00e0 faire \u00e0 des documents publi\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 la convergence de la pi\u00e9t\u00e9 familiale, du soutien d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 savante et de l\u2019occasion offerte par le centenaire de 1914. Le t\u00e9moignage comprend principalement des lettres adress\u00e9es par le jeune soldat \u00e0 sa famille. On dispose \u00e9galement de carnets, malheureusement pour une p\u00e9riode trop courte car ils semblent plus riches en r\u00e9flexions personnelles, par exemple les 14 et 15 septembre 1914 lorsqu\u2019il exprime sa compassion pour des bless\u00e9s allemands. Pr\u00e9face de Pierre Tauzia ; introduction du docteur Michel Barthaburu qui expose avec quelque d\u00e9tail l\u2019histoire de la famille et r\u00e9sume les \u00e9pisodes v\u00e9cus par son p\u00e8re en 14-18. La Soci\u00e9t\u00e9 des sciences, lettres et arts m\u2019a demand\u00e9 une postface afin d\u2019\u00e9clairer le texte par quelques \u00e9l\u00e9ments de bibliographie et le situer par rapport \u00e0 d\u2019autres t\u00e9moignages. J\u2019en reprends ici des \u00e9l\u00e9ments.<\/p>\n<p>Le combattant Barthaburu, s\u2019il a connu quelques secteurs calmes, a d\u00e9crit diverses formes de combat : comment les fantassins subissent dans la tranch\u00e9e les bombardements sans pouvoir se d\u00e9fendre ; comment on assiste \u00e0 un \u00ab gaspillage \u00bb d\u2019obus qui ne font aucun mal, mais comment celui qui tombe en pleine tranch\u00e9e fait un carnage ; il a observ\u00e9 les duels a\u00e9riens ; il explique la sp\u00e9cialisation des combattants correspondant \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la guerre ; il montre que le \u00ab nettoyage \u00bb des tranch\u00e9es adverses ne se fait pas au couteau comme on l\u2019a parfois absurdement r\u00e9p\u00e9t\u00e9. L\u2019offensive alli\u00e9e de 1918 est particuli\u00e8rement \u00e9voqu\u00e9e, avec le franchissement du canal de la Sambre sous le feu ennemi, et les coups d\u2019arr\u00eat des contre-attaques allemandes.<br \/>\nIl a aussi montr\u00e9 que l\u2019homme des tranch\u00e9es devait consacrer une partie du temps \u00e0 des besognes de casseur de cailloux, de terrassier, de b\u00fbcheron. Le cas Barthaburu illustre les alternances de vie sur le front et \u00e0 l\u2019arri\u00e8re : blessure, soins et convalescence ; permissions ; stages divers ; \u00e9tudes pour devenir aspirant ; phase d\u2019instruction des troupes am\u00e9ricaines ; monitorat de gymnastique. D\u2019autres constantes apparaissent encore : la boue, parfois consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019ennemi n\u00b0 1 des fantassins parce qu\u2019ils vivent dedans, et des artilleurs parce que leurs chevaux s\u2019y \u00e9puisent ; le cafard, principalement aux retours de permission ; l\u2019importance du courrier ; les longues marches et le soulagement de l\u2019aspirant qui n\u2019a pas de sac \u00e0 porter ; le bapt\u00eame du feu avec l\u2019\u00e9tonnement de ne pas voir l\u2019ennemi, et la d\u00e9couverte des ravages provoqu\u00e9s par le tir des mitrailleuses ; le r\u00f4le du caporal charg\u00e9 de faire des rondes de surveillance des sentinelles ; le contact avec les Sammies qui ont du \u00ab pognon en pagaille \u00bb.<br \/>\nUne grande constante dans les t\u00e9moignages des combattants, c\u2019est la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la famille, au village et aux \u00ab saveurs du pays \u00bb. Ici, le pays est basque. On le voit aux noms de famille, au commerce de b\u00e9rets ; mais \u00c9lie ne risque que deux ou trois phrases en langue basque, ce qui est normal car on ne lui a pas appris \u00e0 l\u2019\u00e9crire \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Comme tous les combattants, Barthaburu cherche \u00e0 rencontrer des \u00ab compatriotes \u00bb et se plaint lorsqu\u2019il n\u2019en trouve pas (16 avril 1918). Quant aux \u00ab saveurs \u00bb du pays basque, c\u2019est la liqueur Izarra, les saucisses s\u00e8ches et autres charcuteries typiques et les colis de gibier, perdrix, palombes, alouettes. Les envois familiaux sont tr\u00e8s nombreux ; il re\u00e7oit parfois \u00ab colis sur colis \u00bb (26 d\u00e9cembre 1915).<br \/>\nIl semble que le grand probl\u00e8me de notre soldat de Saint-Palais \u00e9tait de \u00ab tenir \u00bb soi-m\u00eame et de faire en sorte que sa famille tienne aussi. Dans ses lettres, il est difficile de faire la part d\u2019une strat\u00e9gie et celle d\u2019un comportement spontan\u00e9. Il veut m\u00e9nager ses parents, et il note, le 27 ao\u00fbt 1918, dans une lettre \u00e0 son fr\u00e8re et \u00e0 sa s\u0153ur : \u00ab Apr\u00e8s le coup de tampon, je leur \u00e9crirai. \u00bb Il minimise les situations, il cache la duret\u00e9 de la guerre sous de l\u2019humour, employant un argot l\u00e9ger de connivence. Mais il reste, aussi, un coll\u00e9gien sportif, avide de d\u00e9fil\u00e9s, de croix, de bonnes notes et de citations. Il pratique l\u2019autosuggestion quand il annonce,  le 6 novembre 1915, qu\u2019il \u00ab envisage tr\u00e8s bien cette campagne d\u2019hiver \u00bb, en contradiction absolue avec tous les autres combattants. Plus fr\u00e9quente est l\u2019attitude de faire le vide, de se r\u00e9fugier dans cette \u00ab t\u00eate vide \u00bb (22 f\u00e9vrier 1916) ou cette \u00ab cervelle creuse \u00bb (13 ao\u00fbt 1916). L\u2019intellectuel, mais simple soldat, \u00c9tienne Tanty [voir ce nom], dans sa tr\u00e8s abondante correspondance, avoue souvent ce sentiment.<br \/>\nL\u2019esprit contestataire, si fr\u00e9quent chez les poilus, est ici interdit de s\u00e9jour, mais il arrive parfois \u00e0 transpara\u00eetre. \u00c9lie conna\u00eet les tr\u00eaves tacites et les fraternisations, mais il les minimise ou les attribue \u00e0 un autre r\u00e9giment. Le 7 d\u00e9cembre 1915, il est bien oblig\u00e9 de raconter les fraternisations provoqu\u00e9es par l\u2019inondation des tranch\u00e9es apr\u00e8s des jours et des jours de pluie [voir la notice Barthas Louis]. Les mutineries de 1917, qui ont affect\u00e9 une grande partie des unit\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise, sont ici compl\u00e8tement pass\u00e9es sous silence. Seule allusion (condescendante) \u00e0 quelques troubles : la gr\u00e8ve des midinettes, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019Henri Charbonnier [voir ce nom] qui a su montrer aussi la croissance de l\u2019exasp\u00e9ration des poilus en ce printemps de 1917.<br \/>\nDans ses carnets (9 et 14 septembre 1914), \u00c9lie qualifie la guerre de crime (en l\u2019attribuant cependant au seul Kaiser) et condamne ses horreurs, ce qu\u2019il ne fait pas dans sa correspondance. Toujours dans les carnets (14 f\u00e9vrier 1916), il constate la lassitude des hommes qui expriment le \u00ab vivement qu\u2019on en finisse \u00bb. La critique des attaques st\u00e9riles et sanglantes appara\u00eet dans les carnets (27 janvier 1916) et dans la correspondance \u00e0 la m\u00eame date. Il dit \u00e0 ses parents qu\u2019une attaque fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e par les canons fran\u00e7ais de 75 qui tiraient trop court (9 septembre 1916), et que son commandant a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, en novembre 1918 par un de ces tirs Il reconna\u00eet l\u2019insuffisance des communiqu\u00e9s officiels. En novembre 1916, il admet que repartir au combat lui \u00ab fait presque peur \u00bb. Le 10 novembre 1918 : \u00ab Que c\u2019est bon quand m\u00eame de songer que c\u2019est peut-\u00eatre fini de se battre ! \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, f\u00e9vrier 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est n\u00e9 le 25 ao\u00fbt 1893 \u00e0 Saint-Palais, dans une famille de notables du pays basque ; son p\u00e8re est n\u00e9gociant et propri\u00e9taire terrien. Il peut donc aller au lyc\u00e9e puis, bachelier, devenir \u00e9tudiant \u00e0 l\u2019Institut agronomique de Paris. Il est mobilis\u00e9 en ao\u00fbt 1914 au 49e RI de Bayonne. 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