{"id":1408,"date":"2015-06-13T14:18:54","date_gmt":"2015-06-13T13:18:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1408"},"modified":"2021-09-23T16:54:05","modified_gmt":"2021-09-23T15:54:05","slug":"chaleat-louis-1877-1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/06\/13\/chaleat-louis-1877-1942\/","title":{"rendered":"Chal\u00e9at, Louis (1877-1942)"},"content":{"rendered":"<p>Cultivateur, mari\u00e9, deux enfants, il a 37 ans en 1914 (n\u00e9 \u00e0 Livron, Dr\u00f4me, le 3 septembre 1877). Ses lettres de guerre se pr\u00e9occupent de \u00ab ce qui se passe au pays \u00bb et donnent \u00e0 sa femme des conseils pour le travail agricole : \u00ab Maintenant, tu me dis que vous avez avanc\u00e9 votre travail et que vous pourrez enfin soigner votre b\u00e9tail. Vous ferez comme vous pourrez, car il ne faut gu\u00e8re compter sur moi. Vous engraisserez les moutons et tout \u00e0 votre guise ; pour le fourrage, s\u2019il ne vaut pas d\u2019argent, garde bien ce qu\u2019il faut, mais les pommes de terre, vends-les, cela te d\u00e9barrassera et te fera de l\u2019argent. Maintenant, pour l\u2019engrais aux fourrages, vous ferez comme vous l\u2019entendrez, mais je te conseille pas d\u2019en mettre si t\u00f4t, surtout \u00e0 la Rami\u00e8re, car s\u2019il venait m\u2019arriver malheur et que vous ne puissiez continuer, ce serait de l\u2019argent perdu pour vous. \u00bb<br \/>\nUn long extrait (3 septembre 1915) \u00e9claire la situation et les sentiments de Louis : \u00ab Ma ch\u00e8re Eug\u00e9nie, j\u2019ai re\u00e7u avec grand plaisir ta lettre en m\u2019apprenant que vous \u00eates tous en bonne sant\u00e9. Je puis vous en dire de m\u00eame, je me porte assez bien quoique ayant tous les jours les jambes raides et les reins courbatur\u00e9s. L\u2019on ne peut de moins faire : il ne fait que pleuvoir, l\u2019on est toujours mouill\u00e9s, il faut que les effets se s\u00e8chent sur toi, tu es \u00e9loign\u00e9 de tout endroit habit\u00e9 et tu ne peux te soigner. Et par comble de bonheur, le colis que tu m\u2019as envoy\u00e9 et qui m\u2019aurait tant rendu service, je n\u2019ai eu le plaisir d\u2019en profiter, l\u2019on me l\u2019a vol\u00e9 dans ma musette du temps que je n\u2019y \u00e9tais pas. Par bonheur j\u2019avais pris un picodon [petit fromage de ch\u00e8vre] et le nougat. Ils ont r\u00e9pudi\u00e9 la petite bo\u00eete de thon, mais m\u2019ont pris le saucisson et deux picodons. Et je te jure que quand je m\u2019en suis aper\u00e7u, j\u2019en aurais pleur\u00e9 tant cela allait me rendre service et que toi tu te sacrifies et t\u2019en prives ainsi que les enfants pour am\u00e9liorer mon sort. Mais que veux-tu, jamais il ne m\u2019avait rien manqu\u00e9, mais il ne faut qu\u2019un bandit pour faire ces tours-l\u00e0 ; mais avec cela, je ferai comme si j\u2019en avais profit\u00e9 et je t\u2019en remercie bien quand m\u00eame. Tu me dis sur ta lettre que tu allais battre et que tu avais bien du tourment. T\u00e2che de ne pas t\u2019en faire trop et te soigner le plus possible, car il faut songer que tu as deux enfants \u00e0 \u00e9lever et qui ont encore besoin de toi et de tes conseils. Mais ce qui me console c\u2019est que tu es capable d\u2019en faire de bons citoyens. \u00bb<br \/>\nLes diverses lettres d\u00e9crivent la vie \u00ab souterraine \u00bb, dans des \u00ab terriers \u00bb, sous la pluie ; la boue et les pieds gel\u00e9s ; les rats, les poux, les puces qui \u00ab nous vont faire la guerre autant que les Boches \u00bb. Il faut vivre en pensant \u00ab que cette maudite guerre n\u2019a pas de fin et tant qu\u2019il restera un homme valide cela ne finira pas. Et pour en arriver \u00e0 ce but, cela va \u00eatre long et je te r\u00e9ponds que ceux qui sont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s au d\u00e9but ont eu rudement de la chance car ils n\u2019ont pas eu la souffrance que nous avons eue \u00bb (29 juin 1915). Comme beaucoup d\u2019hommes des tranch\u00e9es, Louis exprime la hantise d\u2019une nouvelle campagne d\u2019hiver (17 juillet 1915). D\u00e8s le 9 novembre 1914, il avait remarqu\u00e9 avec un grand bon sens : \u00ab Ce sera, je le crois, le plus qui pourra r\u00e9sister en vivres qui aura la victoire.\u00bb<br \/>\nLouis Chal\u00e9at (294e RI) a combattu dans la Marne, de l\u2019automne 1914 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1915 ; apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019hospitalisation et de convalescence, il est revenu en 1916 en Champagne, dans la Somme et l\u2019Aisne. Bless\u00e9 au bras droit en juin 1917, il est rest\u00e9 handicap\u00e9 par sa blessure.<br \/>\nR\u00e9my Cazals<br \/>\n* <em>Je suis mouton comme les autres, Lettres, carnets et m\u00e9moires de poilus dr\u00f4mois et de leurs familles<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9s par Jean-Pierre Bernard et <em>al., <\/em>Valence, Peuple libre et Notre Temps, 2002, p. 283-302.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cultivateur, mari\u00e9, deux enfants, il a 37 ans en 1914 (n\u00e9 \u00e0 Livron, Dr\u00f4me, le 3 septembre 1877). 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