{"id":1417,"date":"2015-06-13T15:42:26","date_gmt":"2015-06-13T14:42:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1417"},"modified":"2021-09-23T16:54:42","modified_gmt":"2021-09-23T15:54:42","slug":"pescay-camille-1885-1951","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/06\/13\/pescay-camille-1885-1951\/","title":{"rendered":"Pescay, Camille (1885-1951)"},"content":{"rendered":"<p>Ouvrier typographe de formation n\u00e9 \u00e0 Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne), il devient avant la guerre ouvrier dans une des nombreuses usines textiles de Labastide-Rouairoux (Tarn). Mobilis\u00e9 au 296e de B\u00e9ziers, il part comme des milliers d\u2019hommes \u00ab musique en t\u00eate \u00bb le 4 ao\u00fbt 1914 et traverse toute la guerre, sans aucune blessure, pour n\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 qu\u2019en mars 1919. Son t\u00e9moignage se pr\u00e9sente, \u00e0 l\u2019image de celui du tonnelier audois Louis Barthas, qui fut dans le m\u00eame r\u00e9giment, sous la forme d\u2019un r\u00e9cit au jour le jour, retranscrit sur 12 cahiers d\u2019\u00e9colier reli\u00e9s entre eux et num\u00e9rot\u00e9s, sans doute mis au propre tr\u00e8s rapidement au lendemain de la guerre \u00e0 partir de notes prises sur le vif. L\u2019auteur rel\u00e8ve le nombre de jours pass\u00e9s sous l\u2019uniforme et ach\u00e8ve son r\u00e9cit \u00e0 l\u2019unisson du tonnelier socialiste : \u00ab Avant de terminer, je pourrais dire ce qu\u2019au cours de cette campagne j\u2019ai pu voir comme injustices et abus de toute sorte mais je pr\u00e9f\u00e8re m\u2019abstenir. Je constate simplement que nous n\u2019aurons la Paix dans le monde que le jour o\u00f9 le militarisme sera renvers\u00e9 dans toutes les puissances, chose qui n\u2019est pas pr\u00e8s d\u2019arriver ! \u00bb Il souligne un peu plus loin : \u00ab Je me suis tir\u00e9 de cet enfer (\u2026) et je m\u2019incline devant ceux qui moins heureux que moi n\u2019ont pas vu la fin de ce cataclysme et ont pay\u00e9 de leur vie. \u00bb On trouve dans ce t\u00e9moignage in\u00e9dit une relation m\u00e9ticuleuse de ses faits et gestes et ceux de son unit\u00e9, et moins d\u2019allusions directes sur son moral. Mais plusieurs \u00e9l\u00e9ments int\u00e9ressants donnent \u00e0 comprendre \u00e0 la fois le quotidien combattant, fractionn\u00e9 et encadr\u00e9, et les pratiques de guerre du fantassin.<br \/>\nCamille Pescay vit la guerre comme une contrainte et avec r\u00e9signation. Il note le banal quotidien dans les tranch\u00e9es, auquel les hommes s\u2019adaptent comme ils peuvent. La prise de notes r\u00e9guli\u00e8re fait partie de cet arsenal d\u2019\u00e9l\u00e9ments stabilisateurs dans un univers instable. Dans ce cadre, la camaraderie entre \u00ab pays \u00bb offre un important support de sociabilit\u00e9. \u00ab C\u2019est avec peine qu\u2019on se s\u00e9pare des camarades avec lesquels on vivait depuis si longtemps, mais \u00e0 la guerre il faut se faire \u00e0 tout \u00bb, note-t-il en juillet 1916 au moment o\u00f9 est dissoute la 24e compagnie \u00e0 laquelle il appartient depuis le d\u00e9but du conflit. M\u00eame sentiment de r\u00e9signation lors de la dissolution du r\u00e9giment en novembre 1917. Camille passe alors au 248e RI comme une grande partie de ses connaissances. Il observe plus g\u00e9n\u00e9ralement le th\u00e9\u00e2tre de la guerre, notant les rumeurs d\u2019Africains \u00e9gorgeant les retardataires allemands qui n\u2019ont pas fui \u00e0 temps, les bless\u00e9s prisonniers que son escouade tente de rassurer, les soldats qui se portent malades \u00e0 la fin de d\u00e9cembre 1914 afin d\u2019\u00e9viter les exercices harassants impos\u00e9s au repos par le commandement. Il rel\u00e8ve \u00e9galement les \u00e9chos des chants \u00e9manant en ligne des 280e, 296e et 281e RI qui r\u00e9pondent aux chants de No\u00ebl des Allemands en 1914. Et au fur \u00e0 mesure que la guerre s\u2019installe dans un temps long, deux \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9gnants \u00e9maillent de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re son r\u00e9cit \u00e0 partir de sa premi\u00e8re permission : le foss\u00e9 s\u00e9parant les civils et les combattants sur la fa\u00e7on de se repr\u00e9senter le conflit, et l\u2019attente de la paix qui tarde \u00e0 venir. \u00ab Lors de ma premi\u00e8re permission en novembre dernier [1915], j\u2019ai dit dans quel \u00e9tat j\u2019avais trouv\u00e9 les civils ; la situation n\u2019a pas chang\u00e9, confiance in\u00e9branlable, sauf pour quelques-uns qui raisonnent et qui constatent que cette victoire tant promise est longue \u00e0 venir. En ce qui concerne la vie \u00e0 Labastide, elle y est supportable, les usines vont grand train pour la fabrication du drap bleu horizon et des couvre-pieds militaires \u00bb, \u00e9crit-il en juin 1916, \u00e0 la suite de sa deuxi\u00e8me permission et de la d\u00e9nonciation des \u00ab engraiss\u00e9s de la guerre \u00bb.<br \/>\nApr\u00e8s la d\u00e9couverte de la guerre de si\u00e8ge, c\u2019est pour Camille Pescay deux ann\u00e9es d\u2019attente difficile en 1916 et 1917. Deux passages m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre \u00e9voqu\u00e9s ici, le premier r\u00e9dig\u00e9 au front, (27 avril 1916), apr\u00e8s plusieurs semaines de repos : \u00ab Apr\u00e8s 21 mois de campagne, effectuer une marche de 18 ou 20 kilom\u00e8tres, sous un soleil de plomb et avec un chargement \u00e0 faire plier un mulet, doit \u00eatre une simple promenade aux yeux de nos grad\u00e9s puisqu\u2019ils ont d\u00e9fendu d\u2019\u00eatre fatigu\u00e9 ! Oh ! Le militarisme ! Cette guerre te fait appara\u00eetre tel que tu as \u00e9t\u00e9 et que tu seras toujours : ridiculement b\u00eate ! Et de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, il n\u2019y a rien \u00e0 envier \u00e0 celui de nos ennemis. \u00bb Un second r\u00e9sume \u00e0 lui seul la pens\u00e9e de Camille Pescay noy\u00e9 dans \u00ab une vie de brute \u00bb : \u00ab Les vrais Fran\u00e7ais n\u2019attendent qu\u2019une chose, la Paix ! \u00bb (1er janvier 1917). L\u2019ann\u00e9e 1918, de ce point de vue et \u00e0 travers ses annotations, ne milite aucunement en faveur de l\u2019id\u00e9e d\u2019une remobilisation combattante.<br \/>\nSur la forme et sur le fond, ce t\u00e9moignage se rapproche d\u00e9cid\u00e9ment de celui de Louis Barthas, sans offrir la m\u00eame abondance de r\u00e9flexions sur la guerre et le comportement des hommes. Il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il livre une parole populaire critique qui a su se d\u00e9velopper et se d\u00e9marquer, en guerre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un discours dominant patriotique.<br \/>\nAlexandre Lafon<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ouvrier typographe de formation n\u00e9 \u00e0 Verdun-sur-Garonne (Tarn-et-Garonne), il devient avant la guerre ouvrier dans une des nombreuses usines textiles de Labastide-Rouairoux (Tarn). 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