{"id":1477,"date":"2015-09-29T19:37:21","date_gmt":"2015-09-29T18:37:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=1477"},"modified":"2021-09-23T16:56:15","modified_gmt":"2021-09-23T15:56:15","slug":"jacob-brunette-dite-mimi-1894-1942","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2015\/09\/29\/jacob-brunette-dite-mimi-1894-1942\/","title":{"rendered":"Jacob, Brunette dite Mimi (1894-1942)"},"content":{"rendered":"<p>Cet int\u00e9ressant t\u00e9moignage sur les sentiments d\u2019une Lorraine de Sarrebourg au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de guerre est intitul\u00e9 <em>Impressions de guerre 1914-1918, Journal de guerre de Mimi Jacob<\/em>, sans mention d\u2019\u00e9diteur mais avec un ISBN 978-2-7466-7598-8. Si on retourne le livre, c\u2019est un nouvelle couverture, celle des <em>Impressions de guerre 1914-1918, Carnet de guerre de Roger Gamel, poilu aveyronnais<\/em>. Le livre double est le r\u00e9sultat d\u2019un travail p\u00e9dagogique r\u00e9alis\u00e9 au lyc\u00e9e Louis Querbes de Rodez (Fax 05 65 78 12 32) sous la direction de Jean-Michel Cosson, professeur d\u2019histoire et de g\u00e9ographie, et de Sandrine Garriguet, documentaliste. Il semble hors commerce mais il est peut-\u00eatre possible de se le procurer en s\u2019adressant \u00e0 ce lyc\u00e9e. Je l\u2019ai moi-m\u00eame re\u00e7u sans commentaire.<br \/>\nLes renseignements biographiques concernant Mimi Jacob sont donn\u00e9s par sa petite-fille Mich\u00e8le Raccah. Mimi est n\u00e9e en 1894 \u00e0 Schalbach, Moselle, dans une famille juive. Pendant la guerre, c\u00e9libataire (elle se mariera en 1919), elle vit avec ses parents \u00e0 Sarrebourg. Son journal personnel est tenu sur deux cahiers, du 31 juillet 1914 au 21 avril 1915, \u00e9crits en fran\u00e7ais. Certains passages en allemand sont traduits. Le fond sonore de ces r\u00e9cits est le bruit du canon. Il y aurait un troisi\u00e8me support, un carnet, dont le contenu n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 transcrit.<br \/>\nLe milieu social de l\u2019auteur n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9, mais il semble bien que Mimi ait appartenu \u00e0 une famille ais\u00e9e et qu\u2019elle ait fait suffisamment d\u2019\u00e9tudes pour \u00e9crire avec une certaine facilit\u00e9. L\u2019expression de ses sentiments r\u00e9v\u00e8le de la finesse. Ainsi, d\u00e8s le 31 juillet 1914&nbsp;(p. 6), apr\u00e8s la description du d\u00e9part d\u2019un jeune officier, p\u00e8re d\u2019un b\u00e9b\u00e9 de trois jours, cette phrase : \u00ab Tous ces affreux d\u00e9tails vous glacent d\u2019effroi et vous font entrevoir cette horrible chose inconnue qui s\u2019appelle \u00ab\u00a0la guerre\u00a0\u00bb ! \u00bb Elle ne sait pas ce qu\u2019est la guerre, mais elle comprend qu\u2019elle sera horrible.<br \/>\nMimi et sa famille sont des Lorrains rest\u00e9s fran\u00e7ais de c\u0153ur. Cela se voit d\u00e8s le d\u00e9but, et de plus en plus en avan\u00e7ant. Les Allemands sont d\u00e9crits (p. 48) comme des \u00ab Huns effrayants qui ach\u00e8vent \u00e0 coup de crosse, impitoyablement, ceux que les obus n\u2019ont pas tu\u00e9s \u00bb. \u00ab Puisse leur ch\u00e2timent \u00eatre aussi affreux que leurs crimes ! \u00bb A l\u2019h\u00f4pital, les infirmi\u00e8res allemandes sont de mauvaises femmes, avec cependant une exception (p. 54). L\u2019enterrement d\u2019un soldat provoque la compassion (p. 107) : \u00ab Nous aussi nous pleurons et nous souffrons sinc\u00e8rement pour cet \u00e9tranger, cet Allemand, autant dire cet ennemi ; au fond tout de m\u00eame le c\u0153ur n\u2019a pas de fronti\u00e8re, et c\u2019est bon de le sentir. \u00bb<br \/>\nLes premi\u00e8res pages d\u00e9crivent l\u2019atmosph\u00e8re au moment de la mobilisation (p. 7-10) : les arrestations pr\u00e9ventives de \u00ab bourgeois de la ville soup\u00e7onn\u00e9s antiallemands \u00bb ; le triste d\u00e9part des hommes de la Landsturm ; un ouvroir o\u00f9 les dames qui cousent des chemises ne parlent que fran\u00e7ais ; l\u2019inscription de Mimi dans un cours d\u2019infirmi\u00e8res. Arrivent de nombreux bless\u00e9s bavarois qu\u2019il faut rapidement \u00e9vacuer car, s\u2019\u00e9crie un m\u00e9decin allemand : \u00ab L\u2019ennemi approche, l\u2019ennemi va entrer ici, et il ne doit pas tuer nos bless\u00e9s dans leurs lits ! \u00bb Les 16 et 17 ao\u00fbt, la description de Sarrebourg \u00ab entre deux feux \u00bb constitue une tr\u00e8s belle page (p. 17). Le 18 ao\u00fbt, \u00ab grande, belle, bonne \u00e9motion de cette guerre : des cuirassiers fran\u00e7ais \u00e0 Sarrebourg ! \u00bb Les Jacob se r\u00e9fugient dans la cave, pleins d\u2019angoisse pour eux-m\u00eames et pour les soldats fran\u00e7ais qui rencontrent une vive r\u00e9sistance (p. 19) et doivent se replier et abandonner la ville.<br \/>\nD\u00e9sormais, on vit comme sous une occupation. Il est d\u00e9fendu de parler fran\u00e7ais dans les rues. \u00ab Les Allemands et les pangermanistes d\u2019ici deviennent de plus en plus insolents \u00bb, \u00e9crit Mimi, formulation ambig\u00fce. Y aurait-il des Lorrains pangermanistes ? L\u2019exemple qu\u2019elle donne ensuite prouve que c\u2019est bien le cas. Les Allemands c\u00e9l\u00e8brent la prise d\u2019Anvers, mais qu\u2019est-ce qu\u2019une victoire ? \u00ab La ville en flammes, la population en fuite, en partie tu\u00e9e en route par les bombes qui \u00e9clatent de toutes parts, voil\u00e0 les sinistres \u00e9l\u00e9ments dont se compose une victoire ! \u00bb<br \/>\nMimi est consciente de la partialit\u00e9 des journaux allemands ; elle sait qu\u2019il faut d\u00e9crypter les nouvelles triomphales qu\u2019ils diffusent. On arrive \u00e0 lire quelques journaux suisses ou italiens, et m\u00eame une belle page d\u00e9crit une sc\u00e8ne de lecture clandestine de deux journaux fran\u00e7ais parvenus on ne sait comment (p. 114). L\u2019opposition de Liebknecht \u00e0 la guerre est connue le 20 mars 1915, et Mimi signale la suspension de p\u00e9riodiques socialistes pour avoir publi\u00e9 des articles blessants pour l\u2019Autriche. Elle donne m\u00eame le texte d\u2019un article du <em>Vorw\u00e4rts<\/em> condamnant le chauvinisme, malheureusement sans donner la r\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9cise, ni expliquer comment elle se l\u2019est procur\u00e9 (p. 109).<br \/>\nElle sait montrer la confusion de la situation et des sentiments, l\u2019alternance des moments d\u2019exaltation et d\u2019abattement. La faim et les restrictions menacent l\u2019Allemagne (p. 82) : \u00ab Nous saluons toutes ces nouveaut\u00e9s avec un vif contentement, quoique nous soyons les premiers \u00e0 en souffrir ! \u00bb L\u2019arm\u00e9e allemande semble \u00e9prouver des difficult\u00e9s sur le front russe (p. 83) : \u00ab Il est \u00e0 esp\u00e9rer que c\u2019est bon signe ; mais l\u00e0 aussi la joie s\u2019accompagne de regrets, car beaucoup d\u2019Alsaciens-Lorrains ont \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9s l\u00e0-bas, pour y endurer toutes les souffrances et toutes les privations. \u00bb<br \/>\nJe pense que ce texte m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre connu.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, septembre 2015<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet int\u00e9ressant t\u00e9moignage sur les sentiments d\u2019une Lorraine de Sarrebourg au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e de guerre est intitul\u00e9 Impressions de guerre 1914-1918, Journal de guerre de Mimi Jacob, sans mention d\u2019\u00e9diteur mais avec un ISBN 978-2-7466-7598-8. 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