{"id":148,"date":"2008-07-31T17:00:43","date_gmt":"2008-07-31T16:00:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/31\/piquemal-marius-1894-1915\/"},"modified":"2021-09-09T17:13:41","modified_gmt":"2021-09-09T16:13:41","slug":"piquemal-marius-1894-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/07\/31\/piquemal-marius-1894-1915\/","title":{"rendered":"Piquemal, Marius (1894-1915)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Marius Cl\u00e9ment Piquemal est n\u00e9 le 11 mars 1894 \u00e0 Serres, canton de Foix (Ari\u00e8ge) dans une famille d&rsquo;agriculteurs. Entr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Ecole normale d&rsquo;instituteurs de Foix, il en sort pour faire ses classes au 14<sup>e<\/sup> RI, puis il passe au 106<sup>e<\/sup> bataillon de chasseurs \u00e0 pied, section de mitrailleuses. Il est caporal, chef de pi\u00e8ce. Il arrive sur le front en mai 1915. Il est tu\u00e9 le 29 juillet dans les Vosges, \u00e0 Linekopf. Il avait obtenu depuis peu le grade de sergent.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de deux petits carnets de format 14&#215;8,5 et 12&#215;8,5 portant en sous-titre : \u00ab Ce que je voudrais redire et raconter \u00bb. Les derni\u00e8res lignes sont du 28 juillet 1915, veille de sa mort. La famille a \u00e9galement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 et conserv\u00e9 quelques lettres de lui-m\u00eame, ou \u00e0 lui adress\u00e9es par sa fianc\u00e9e Marie et par quelques amis. Louis Claeys en a donn\u00e9 de larges extraits, plac\u00e9s dans l&rsquo;ordre chronologique, dans le <em>Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 ari\u00e9geoise des Sciences, Lettres et Arts<\/em>, 1996, p. 21-65, avec un portrait de Marius Piquemal (quelques rares probl\u00e8mes de transcription).<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>&#8211; Le corpus s&rsquo;ouvre sur une int\u00e9ressante lettre du 5 janvier 1915 de son ami Jean Maury, d\u00e9j\u00e0 sur le front au 14<sup>e<\/sup> RI : \u00ab Il faut que j&rsquo;abandonne papier et crayon pour former la carapace car les Boches nous arrosent d&rsquo;une pluie de bombes et d&rsquo;obus qui nous \u00e9clatent tout autour&#8230; La grande rafale pass\u00e9e, je me remets \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture. Quelques obus tombent encore \u00e0 droite et \u00e0 gauche mais maintenant l&rsquo;on est habitu\u00e9s et l&rsquo;on ne se d\u00e9range pas pour si peu. [&#8230;] Figure-toi ma position dans un coin de tranch\u00e9e, au-dessus de ma t\u00eate les cr\u00e9neaux dans lesquels sont plac\u00e9s les fusils. Ma tenue, je ne puis te la d\u00e9crire, pleine de boue jusque sur la t\u00eate, un passe-montagne me couvre la t\u00eate et le cou, ta lettre que je suis en train d&rsquo;\u00e9crire tenue de la main gauche et appuy\u00e9e sur le genou droit, le crayon \u00e0 la main, et tout un tas de fourbi \u00e0 droite et \u00e0 gauche, c&rsquo;est rigolo \u00e0 voir. \u00bb A ce moment, Marius Piquemal est encore en train de faire ses classes dans la r\u00e9gion toulousaine.<\/p>\n<p>&#8211; En avril, il passe quelques jours au camp d&rsquo;Avord (Cher) o\u00f9 \u00ab tout est boue \u00bb. Il semble avoir d\u00e9j\u00e0 compris que prendre du galon comporterait des risques, et que tout s\u00e9jour loin du front est bon \u00e0 prendre : \u00ab Mon amour-propre sait se taire devant une <em>g\u00e2che<\/em> indiscutable. \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Il d\u00e9crit les paysages travers\u00e9s pour aller vers le front, les campagnes, les usines de la r\u00e9gion du Creusot ; il signale les rivi\u00e8res qu&rsquo;il ne connaissait jusque l\u00e0 que par ses croquis de g\u00e9ographie. Il envoie des cartes postales \u00e0 ses professeurs afin qu&rsquo;ils les utilisent dans leur enseignement. Il lit des ouvrages s\u00e9rieux, la plume \u00e0 la main pour prendre des notes. Mais parfois il s&rsquo;abrutit de bi\u00e8re et de parties de manille. Une grande part du t\u00e9moignage \u00e9voque des marches, souvent sous la pluie, la vie au cantonnement, les concerts militaires. Il voit des coins merveilleux et souhaite pouvoir y revenir apr\u00e8s la guerre avec sa fianc\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8211; En Lorraine, le 20 avril 1915 (p. 30), le cur\u00e9 de Sion dans son sermon \u00ab fait na\u00eetre le courage dans les c\u0153urs en criant la haine des Boches \u00bb. Le lendemain, m\u00eame th\u00e8me dans la causerie d&rsquo;un lieutenant : \u00ab Il nous a aussi inculqu\u00e9 la haine du Boche et l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une lutte terrible et cruelle d&rsquo;extermination des Barbares. \u00bb Et quelques jours plus tard : \u00ab Je lis de temps en temps les journaux et je r\u00e9fl\u00e9chis. La confiance en notre force me gagne de plus en plus. \u00bb Autre argument : \u00ab Puisque l&rsquo;on nous retient ainsi durant des semaines loin du front, c&rsquo;est que l&rsquo;on n&rsquo;a pas besoin de nous. \u00bb Ce qui lui convient parfaitement. Il remarque que, s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9 volontaire pour les Dardanelles comme il en avait eu l&rsquo;intention, il serait \u00e0 pr\u00e9sent (30 avril) sous les canons turcs : \u00ab J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 infiniment bien servi par les circonstances en venant \u00e0 ce bataillon de chasseurs, retardant ainsi l&rsquo;heure de la lutte. \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Pourtant les chasseurs ont un esprit particulier. Un lieutenant qui n&rsquo;aime pas les fantassins lui cause quelques ennuis (p. 34). Il y a aussi une diff\u00e9rence avec les Alpins. Ceux-ci, dit-on, ne font jamais de prisonniers, ils tuent tous les Boches. R\u00e9sultat, ces derniers r\u00e9sistent jusqu&rsquo;au bout. Tandis que l&rsquo;infanterie fait quantit\u00e9 de prisonniers. Alors on envoie des r\u00e9giments d&rsquo;infanterie remplacer les Alpins (p. 50)&#8230;<\/p>\n<p>&#8211; Premi\u00e8re rel\u00e8ve aux tranch\u00e9es le 19 mai 1915. Nuit tumultueuse dont il essaie de rendre les bruits (p. 39).<\/p>\n<p>&#8211; Le 25 mai, son sac a disparu, avec tout ce qu&rsquo;il contenait des envois de ses parents, \u00ab ce sac minutieusement rempli, ce sac enfin qui m&rsquo;apportait un peu de confortable en campagne \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; Le 11 juin, un de ses amis, L\u00e9onard Mandrou, du 14<sup>e<\/sup> RI, lui \u00e9crit qu&rsquo;il est heureux de voir que Marius n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 trop \u00e9motionn\u00e9 par les premi\u00e8res visites au front, et il ajoute : \u00ab les gens de la Barguill\u00e8re, \u00e7a tremblote pas aux premiers coups de canon. On est du granit ou on ne l&rsquo;est pas ! \u00bb Mais le 5 juillet, Marius avoue sur son carnet : \u00ab Toute la matin\u00e9e a \u00e9t\u00e9 remplie de r\u00e9flexions au sujet de ma frousse. Pour la premi\u00e8re fois j&rsquo;ai eu la frousse et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 en col\u00e8re contre moi et je le suis encore. J&rsquo;ai eu la frousse pour une bombe d&rsquo;a\u00e9ro qui a \u00e9clat\u00e9 \u00e0 plus de 400 m. \u00bb Peur provoqu\u00e9e par la surprise ? \u00ab C&rsquo;est plus effrayant que l&rsquo;obus car au bruit d&rsquo;\u00e9branlement de l&rsquo;air s&rsquo;ajoute le frou-frou d&rsquo;une sorte de flamme qui descendrait des nues. \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; Le 19 juillet, pr\u00e9paratifs d&rsquo;attaque, secteur du Linge dans les Vosges. Elle a lieu le 22. Ce sont des visions \u00e9pouvantables : \u00ab Des corps coup\u00e9s en deux, des viandes sanguinolentes, un foie hors d&rsquo;un corps, des cadavres. Horreur ! Horreur ! Le bless\u00e9 avec la m\u00e2choire emport\u00e9e se fraie un passage et laisse l&#8217;empreinte de sa main teinte de sang sur tous les chasseurs qu&rsquo;il d\u00e9passe&#8230; \u00bb Marius est compl\u00e8tement d\u00e9moralis\u00e9. Une bonne nuit de sommeil et deux journ\u00e9es calmes r\u00e9tablissent le moral, mais il faut y revenir. Le souhait de la fine blessure, qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 apparu dans diverses lettres de sa fianc\u00e9e et de ses copains, est cette fois clairement affich\u00e9 : \u00ab Ah ! je voudrais que bient\u00f4t on nous rel\u00e8ve, que bient\u00f4t on soit en route pour des pays plus hospitaliers. Je voudrais, oh ! je voudrais une blessure heureuse qui me ferait quitter ce sol&#8230; \u00bb Le jour pr\u00e9c\u00e9dant sa mort, il compare les combattants \u00e0 des \u00ab mannequins vivants, moins heureux que les jouets enfantins qui eux n&rsquo;ont pas le malheur de souffrir \u00bb. Il faut marcher cependant, sous la pluie, s&rsquo;enfon\u00e7ant dans la boue, marchant sur des cadavres. \u00ab Guerre b\u00eate, guerre stupide, guerre de fous, finiras-tu ? finiras-tu ? \u00bb<\/p>\n<p><strong>4. Autres informations<\/strong><\/p>\n<p>Site M\u00e9moire des Hommes.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juillet 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. 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